Ballade pour Mlle de Lenclos

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Ballade pour Mlle de Lenclos
Chapelle


BALLADE POUR MADEMOISELLE DE LENCLOS.

La terre en son rond spacieux,
Pour qui soupiroit Alexandre ;
La mer, qui voit monter aux cieux
Phébus, et qui l’en voit descendre ;
Le monde entier ne doit prétendre
D’avoir rien de plus précieux
Qu’un bel objet qui nous sait prendre
Et par l’oreille et par les yeux.

Quand, non loin des bords odieux
À Junon, qui les mit en cendres,
Sur l’Hellespont trop furieux
Et qui le menaçoit d’esclandre
S’hasarda le pauvre Léandre,
C’est qu’Hero, qui chantoit des mieux,
Pire que fou l’avoit su rendre
Et par l’oreille et par les yeux.

Ne sait-on pas bien qu’en ces lieux
Où baume, encens et musc s’engendre,
Pirame, le jeune et beau fieux,
À Thisbé se fit trop entendre
Au travers du mur, que sut fendre
Amour, toujours ingénieux
À glisser son charme et son tendre
Et par l’oreille et par les yeux ?

Envoi.

Vous, dans qui le plus beau des dieux
Son aimable et son gracieux
Voulut si pleinement répandre ;
Vous, dont le luth harmonieux
Fait que tous, et jeunes et vieux,
Sont à vous, à vendre et dépendre ;
Comme, en sa mort mélodieux,
Chante un cygne aux bords du Méandre,
Je viens, en mourant, vous apprendre
Par ces vers peut-être ennuyeux,
Que mon cœur ne s’est pu défendre
De tout ce qui l’a su trop prendre
Et par l’oreille et par les yeux.