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Beautés de la poésie anglaise/Chant Funèbre

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Traduction par François Chatelain.
Beautés de la poésie anglaiseRolandivolume 1 (p. 33-34).


Chant Funèbre.


Oui les plus nobles corps ne sont, chose avérée,
Rien autre qu’argile dorée.
Dépouillez-les de leur enduit,
Ôtez-leur seulement l’écorce qui reluit,
Que reste-t-il de leur nature ?
La pourriture !
Les Rois qui dans la vie osent poser en Dieux,
Que sont-ils dans la mort ?… Tout comme nous des gueux !
Ce Roi sur mille Rois qui dominait naguère
Est le vassal des vers qui grouillent dans sa bière,
L’un sans façon s’escrime dans son œil,
Cherchant les diamants qui firent son orgueil,
Tandis que la main Porte-sceptre
Est forcement inerte étant la main d’un spectre !
L’autre s’en donne à bouche que veux-tu ?
Sur l’endroit dévêtu
Où l’on mit l’onction Royale,
Parfum délicieux, et divine eau lustrale !
Tandis qu’un autre encor se permet de ronger
La trouvant d’un goût fin ainsi que blanc-manger,

Cette langue souvent frivole
De son peuple la loi, qui plus est la boussole !
Oh ! sots ! oh ! triples sots que nous sommes vraiment,
Pour lutter entre nous à qui plus joliment
Et dans le meilleur plat servira sa guenille
Au ver, au ver rongeur, plus laid qu’une chenille !