Bernard Palissy, étude sur sa vie et ses travaux/Chapitre VI

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CHAPITRE VI

Émeutes en Saintonge. — Soulèvements en Guienne. — Les Pitaux. — Bordeaux au pillage. — Le connétable de Montmonrency châtie les villes révoltées. — Le maréchal de Vieilleville à Saintes. — Abolition de la gabelle. — Le connétable et Palissy. — Écouen. — Ce qui est de Palissy à Écouen.

La tentative de révolte, provoquée par l’impôt de la gabelle en 1542, avait été facilement comprimée en Saintonge. Mais cet impôt, pénible par lui-même, excitait encore les plaintes des populations par la rigueur avec laquelle il était perçu. Amendes, confiscations, emprisonnements, on employait tout pour habituer le peuple à payer la taxe. Il ne s’y habituait pas. Les traitants et sous-traitants se livraient aux plus honteuses exactions. Ils avaient acheté leur charge fort cher ; ils voulaient en solder le prix et faire quelques petits bénéfices. Tout métier doit nourrir son maître. Bouchet nous le dit : « Encores furent plus indignez ceux de toute la Guyenne, pour la multitude des officiers créés et commis pour lever le dit sel, en si grande multitude, et qui abusoient de telle sorte qu’en deux ou trois ans, lesdits officiers et leur commis devenoient riches de trois ou quatre mille livres des biens du pauvre peuple ; qui tousiours murmuroit, non-seulement pour la perte de leurs biens, mais pour la vexation de leurs personnes et tellement que chacun s’ennuioit de plus vivre. »

Il y a un terme à tout, même à la patience des provinces pressurées. En 1547, à Consac en Saintonge, le peuple avait massacré huit officiers du grenier à sel. Périgueux avait chassé les commis. On faisait courir le bruit que les garde-sel mettaient dans leur marchandise du sable et du gravier. On refusa en quelques endroits d’aller prendre le sel aux magasins.

En 1548, les laboureurs poussés à bout s’assemblent en armes à Jurignac en Angoumois. Les curés, indignés de voir leurs paroissiens ainsi maltraités, les encouragent. Les commis de la gabelle se réfugient à Cognac. Le mouvement s’étend. Blanzac, Jonzac, Berneuil, se soulèvent. Toutes les cloches sonnent le tocsin. Le roi de Navarre, Henri d’Albret, gouverneur des provinces maritimes d’Aquitaine, envoie contre les mutins trois cents cavaliers. Ils sont forcés de se retirer, et se cachent à Barbezieux où le seigneur du lieu, Charles de la Rochefoucauld, les reçoit. Bientôt, craignant de tomber au pouvoir de l’insurrection menaçante, ils se replient vers Montlieu d’où ils regagnent le Béarn.

Les révoltés qu’on nommait Pitaux — en langage populaire gens misérables, hommes de peu de valeur, PITEUX, qui fait pitié — prennent pour chef un gentilhomme des environs de Barbezieux, le sire de Puyymoreau. Sous son titre de grand courennal ou colonel de Saintonge, il range les couronnaux des diverses paroisses, bourgeois mal famés ou paysans grossiers, un Cramaillon, faux-saunier, un Bouillon, boucher, Châteauroux, bourgeois de Saintes, le forgeron Boismenin dit Galafre. Sa troupe, forte de quatre à cinq mille hommes, délivre à Châteauneuf les faux-sauniers prisonniers. Bouchonneau, directeur général des gabelles en Guienne, est surpris à Jarnac. On lui fait endurer mille tourments ; puis on lie son cadavre à une planche et on le jette à l’eau avec cet affreux jeu de mots « Va, méchant gabelou, va saler les poissons de la Charente. » La Charente se chargera de le transporter à Cognac. Et cette vue déterminera peut-être la ville à se soulever.

Le 3 août, la troupe est à Archiac. Elle brûle le château du seigneur d’Ambleville, qui avait voulu résister et pris quelques mutins. On rase ses autres maisons. Cet exploit accompli, le grand couronnal convoque, le dimanche suivant, toutes les paroisses à Baignes pour le mercredi. Quarante ou cinquante mille hommes s’y trouvèrent, venus de Barbezieux, Chevanceaux, Montlieu, Montguyon, Montendre, Jonzac, Ozillac, Vibrac, Meux, Saint-Magouy, Montauzier, Saint-Germain de Vibrac, et autres lieux. Un marchand, François Roullet, refuse de s’enrôler. On met le feu à sa maison. Pareil traitement était réservé à Jean de Sainte-Maure, seigneur de Chaux, qui avait refusé de leur donner un capitaine. Son frère puîné, Jacques de Sainte-Maure, intercéda et le sauva. Il obtint même que les bandes des paroisses de Chaux — aujourd’hui Chevanceaux — de Montguyon, de Montlieu, seraient renvoyées dans leurs foyers. Les autres seigneurs de la contrée furent contraints de laisser passer le torrent.

Une bande de 16,000 hommes se dirigea vers Saintes sous les ordres de Puymoreau. À Belluire, près de Saint-Genis, un prêtre, Jean Béraud, accusé par un « bon homme » de lui avoir dérobé une jument de six écus, fut attaché à un arbre et percé de flèches jusqu’à ce que mort s’ensuivit. À Pons, la maison d’un bourgeois, nommé Reugeart, fut saccagée. Fortifiés de la bande de Pons, les Pitaux arrivent sous les murs de Saintes où les viennent rejoindre ceux de Marennes, d’Arvert et de la Tremblade. La ville était trop faible. Elle laissa entrer. Plusieurs habitants, soupçonnés d’être contraires aux faux-sauniers, furent égorgés, entre autres un riche marchand nommé Lachuche. Les prisons furent ouvertes, et les contrebandiers mis en liberté. Un gabelou fut tué. On se contenta de saccager les maisons des autres, faute de mieux. Ils s’étaient au commencement réfugiés au château de Taillebourg ; on essaya bien de les aller chercher derrière les murailles de la forteresse ; il fallut bientôt renoncer au siège.

Saintes fournit son contingent à la bande ; six à sept mille bourgeois, prêtres, marchands, artisans, suivirent les Pitaux. Puymoreau, apprenant qu’une de ses bandes sous le commandement de Châteauroux, venait d’être horriblement taillée en pièces par vingt-cinq lansquenets, à un combat qu’on appela la Journée des bâtons, du grand nombre de bâtons laissés sur le terrain par les vaincus en fuite, et trompé par de fausses lettres qui lui annonçaient l’approche d’un corps de cavalerie, se dirigea vers Cognac. La ville résista ; c’était la seule qui, avec Saint-Jean d’Angely, n’eût point pris part à l’insurrection. Elle fut enlevée de force et livrée au pillage. Puymoreau prit ensuite la route d’Angoulême. François de la Rochebeaucourt, grand sénéchal de l’Angoumois, y instruisait le procès de quelques couronnaux dont Saint-Séverin s’était emparé à Saint-Amand-de-Boixe, après avoir, avec quelques hommes, mis en déroute une troupe de dix-sept mille Pitaux qui avaient pillé Ruffec. Puymoreau, à la tête de vingt mille furieux, réclama les prisonniers. Pour éviter un horrible saccagement, la cité les lui rendit.

Bordeaux fut sommé d’ouvrir ses portes. Les principaux refusaient d’obéir. La population s’ameuta. Douze heures durant, le tocsin sonna à la grosse cloche de la maison commune. Tristan de Moneins, lieutenant du roi, qui s’était renfermé au Château-Trompette, fut attiré, sous promesse d’être respecté, à l’Hôtel de ville par le président la Chassaigne, et traîtreusement massacré. Puymoreau livra la ville au pillage pendant plusieurs jours. Ce fut un massacre épouvantable.

Henri II était à Turin. Le dur connétable, Anne de Montmorency, lui proposa de châtier d’une manière exemplaire, ou plutôt d’exterminer ces indociles populations de la Saintonge, et d’y transplanter de nouveaux habitants. Le jeune roi préféra la clémence. Ses lettres, lues en septembre à Bordeaux, à Saintes, à Angoulême, arrêtèrent la révolte déjà lasse d’elle-même et effrayée de ses propres excès. Toutefois, Henri II chargea le connétable de rétablir l’ordre et de punir les auteurs de l’insurrection.

Malgré les humbles supplications et la soumission des jurats, le connétable entra dans Bordeaux comme en une ville conquise, par une brèche faite exprès, avec dix-huit pièces d’artillerie et toutes ses troupes, dont le défilé dura de six heures du matin à quatre heures du soir. Bordeaux, par sentence du mois de novembre, fut déclarée déchue de tous ses privilèges. La maison de ville devait être démolie et faire place à une chapelle expiatoire où l’on prierait pour le lieutenant général massacré. L’amende de la ville s’éleva à deux cent mille livres. Les jurats et cent vingt notables durent déterrer avec leurs ongles le cadavre en putréfaction de Tristan de Moneins, le porter à l’hôtel du connétable, son beau-père, et lui faire des funérailles magnifiques. Cent cinquante personnes de distinction furent condamnées à mort, et, comme le raconte, liv. II, chap. XI, dans ses Mémoires, écrits par Carloix, son secrétaire, François de Scépeaux, sire de Vieilleville, qui avait pris part active à la répression de ces troubles, « exécutés en diverses sortes de supplices, comme de pendus, décapités, roués, empalés, desmembrés à quatre chevaux et brûlés, mais trois d’une façon dont nous n’avons jamais ouy parler, qu’on appelait mailloter, car on les attachoit par le mytant du corps sur l’eschaffauct, à la renverse, sans être bandés, ayant les bras et les jambes délivrés en liberté ; et le bourreau, avec un pilon de la même longueur et grosseur et façon que ceux des ferreurs de fillace, mais de fer, leur rompit et brisa les membres, si bien qu’ils ne les pussent plus mouvoir ny remuer, sans toucher à la teste ny au corps supplice à la vérité fort cruel ; puis le bourreau les jeta tous trois dedans ung feu là préparé et à demi morts, prononçant tout hauct (ainsi était porté leur arrest) : « Allez, canaille enragée, rostir les poissons de la Charente que vous avez sallés des corps des officiers de vostre Roy et souverain seigneur. »

Partout en Guienne, en Saintonge et en Angoumois, les chartes des communes furent lacérées ; les cloches qui avaient sonné le tocsin furent fondues. Le grand prévôt de la connétablie, maître Jean Baron, natif de Pontoise, exécuta les arrêts prononcés. À Marmande, il fit étrangler et pendre au clocher huit habitants qui avaient sonné le tocsin. À Angoulême, il brûla le vicaire de Cressac, Jean Meraud, qui avait assemblé la commune contre le roi. Il mit à la roue, avec une couronne en tête, Puymoreau, Talemaigne, Galafre, Bouillon et Châteauroux, les chefs du soulèvement.

Les provinces ainsi pacifiées, Anne de Montmorency, avec le duc d’Aumale, quitta Bordeaux le 9 novembre, après un séjour de trois semaines, et se dirigea vers Poitiers.

Ce fut François de Scépeaux, sire de Vieilleville, créé plus tard maréchal de France par Charles IX, en 1562, qui vint à Saintes prendre garnison avec la compagnie de lansquenets du maréchal de Saint-André. Il y fut si bien accueilli qu’il écrivit au connétable en faveur de la ville. Montmorency pardonna. Et en quittant les bords de la Charente, Vieilleville leur put laisser une bonne nouvelle. À Saint-Jean-d’Angély, il fut aussi accueilli avec acclamations. C’était à lui et à leur compatriote, Amaury Bouchard, chancelier du roi de Navarre, que les habitants, dénoncés comme Pitaux, devaient l’exemption des peines portées contre les autres villes de la Saintonge. Plus tard, en octobre 1549, par lettres datées de Compiègne, le roi rendit aux cités leurs privilèges et leurs revenus, amnistia les mutins et mit à néant les amendes. Puis, sur l’avis du connétable lui-même, Henri II, confessant les abus et les vexations de la gabelle, voulut en décharger les populations selon sa promesse. Par lettres patentes données à Fontainebleau, le 20 du mois de décembre 1553, il vendit donc aux habitants des pays de Poitou, Saintonge, ville et gouvernement de la Rochelle et des îles de Marennes, Oleron, Hiers, Ré et autres adjacentes qui le demandaient, ce droit de quart et demi, moyennant la somme d’un million quatre-vingt-quatorze mille livres tournois, payable, la moitié au mois de mars suivant et l’autre en juin. Le commerce du sel devenait donc parfaitement libre à partir de janvier.

Ainsi, l’on finissait par où il eût été peut-être plus sage de commencer on vidait sa bourse. Mais que de sang répandu sans profit pour le roi, au grand détriment des populations ! Le souvenir de toutes les vexations endurées, des douleurs et des craintes éprouvées, les châtiments supportés, se conserva longtemps dans les contrées du littoral. « Dieu nous garde des patenôtres de monsieur le connétable ! » ont pu répéter les Saintongeois. Aussi, comme le terrain était merveilleusement préparé quand les réformateurs luthériens et calvinistes y vinrent jeter la semence des nouvelles doctrines ! Comme ces contrées étaient disposées à entendre prêcher contre les abus ! Ce fut certainement une des causes du facile établissement du calvinisme en Saintonge, en Angoumois, en Poitou, comme nous le dirons plus tard.

Pour Palissy, ces événements furent heureux. Ils lui donnèrent occasion de connaître Anne de Montmorency. Comment lui fut-il présenté ? Peut-être par quelque seigneur saintongeois, Coucis ou Jarnac, Pons ou la Rochefoucaud. Il a pu voir à Saintes François de Scépeaux et l’intéresser. Il a pu être reçu à Poitiers ou à Bordeaux par le duc lui-même. Toujours est-il que de cette époque datent les relations du potier et du connétable.

Anne de Montmorency, disgracié en 1540 par François Ier pour lui avoir conseillé de laisser passer en France Charles-Quint, s’était retiré dans ses terres. Las des honneurs, fatigué des intrigues de la cour, il chercha dans la culture des beaux-arts l’oubli des grandeurs. C’était l’époque des constructions splendides. François Ier avait élevé Fontainebleau que décorèrent le Rosso, André del Sarte, Léonard de Vinci ; puis Saint-Germain, et Chambord, œuvre de Pierre Nepveu, rival heureux des architectes italiens. Henri II allait construire Anet pour Diane de Poitiers, et Bullant édifier l’hôtel Carnavalet. Partout, sous l’influence des idées apportées d’Italie, l’architecture se modifiait. Aux forteresses féodales succédaient des palais. Le connétable choisit dans ses domaines, sur un haut mamelon, un de ces vieux châteaux du moyen âge, hérissé de créneaux et de mâchicoulis, bardé de fer comme les guerriers qui l’avaient habité, défendu et attaqué. On l’appela Écouen. Ce nom lui vient, dit-on, d’une inscription qu’à la porte d’entrée et sur les murs de l’habitation fit graver Anne de Montmorency, comme allusion à son exil, qu’il supportait avec dignité, et comme un souvenir d’Horace, son cher poëte, compagnon de sa solitude et consolation de son isolement :

AEQVAM MEMENTO REBVS IN ARDVIS
SERVARE MENTEM
Souviens-toi de conserver une âme égaie dans les revers...
Livre II, ode III.

Le premier mot du vers latin Æquam fut francisé, et devint le nom de baptême de la ville et du château d’Écouen. Ce qui n’est guère croyable ; car, dès le treizième siècle, des Montmorency sont qualifiés seigneurs d’Écouen. Anne aura voulu simplement reproduire peut-être le nom du village dans le vers d’Horace qu’il choisissait. Jean Bullant, disciple de Vitruve, artiste jusqu’alors inconnu, fut l’architecte du connétable. Dans son monument il introduisit les principes de l’architecture grecque et latine. Écouen offre un mélange assez bizarre de gothique et d’ionique, de dorique et de corinthien. Des toits aigus y surmontent des vitraux d’église. La position, du reste, est bien choisie. Le château domine la ville et une vaste plaine qui s’étend jusqu’à Luzarches ; de la terrasse on a le plus splendide point de vue.

Jean Goujon sculpta la chapelle, Paul Ponce divers morceaux, et Bullant sans doute les figures de la Foi, l’Espérance et la Charité, vulgarisées par la gravure ; Bernard Palissy fut l’émailleur et l’ornementateur. On ne sait trop ce qui est du potier saintongeois à Écouen. Peiresc, qui visita le château en 1606, dit : « Les Galleries et le château renferment plusieurs marbres précieux, et de ces belles poteries inventées par Maître Bernard des Thuilleries. Il y a deux Galleries toutes peintes fort doctement par un maestro Nicolo, qui avait été au service du cardinal de Chastillon. Aux verrières, les fables qui y sont le mieux représentées, c’est celle de Proserpine à l’une, et celle du banquet des dieux, celle de Psychée à l’autre. Le pavé d’icelles est aussi de l’invention du susdit maître Bernard. » Or il est à remarquer que les quarante-cinq sujets tirés de la fable de Cupidon et Psyché, exécutés d’après la composition de Raphaël, ainsi que le Connétable au milieu de ses enfants, avec deux tableaux en faïence représentant des batailles datent de 1541 à 1544. Le Rosso qui, d’après Sauval en son Histoire et recherches des antiquités de Paris, aurait dessiné la légende de Psyché, dont M. Lenoir a publié quarante-cinq estampes, mourut en 1541, chanoine de la Sainte-Chapelle et surintendant des travaux de Fontainebleau. Outre les verreries de Psyché, dont vingt-deux exposées sous l’empire au musée des Petits-Augustins à Paris, ont été, en 1848, transportées en Angleterre par le duc d’Aumale, outre les trois vitraux représentant l’un le connétable armé, agenouillé sur un prie-Dieu, derrière lui sainte Anne, saint Joachim et la sainte Vierge ; l’autre Madeleine de Savoie, sa femme, avec ses quatre filles ; le troisième, l’aîné des fils du connétable avec ses quatre frères et leurs patrons, tous exécutés d’après les dessins de Jean Bullant, M. Tainturier cite encore, d’après Lenoir et Du Sommerard, mais en faisant de fort sages réserves, deux vitraux en grisaille représentant, celui-ci la Nativité et la Circoncision d’après le Primatice, celui-là le martyre de saint Étienne ; un autre portant au centre ; dans un médaillon, le chiffre du connétable, entouré au-dessus d’un amour nu assis sur un massacre de cerf, et de deux grands satyres enguirlandés, sur les côtés de fruits soutenus par des génies ailés, puis d’oiseaux et de fleurs ; enfin un vitrail, qui est au musée de Cluny, montrant le blason, la salamandre et la couronne de François Ier, avec un entourage d’arabesques et la date de 1544. Or, à ces dates de 1541 et 1544, Palissy n’était qu’un ouvrier verrier inconnu, et tâtonnait encore pour trouver l’émail.

Ce qu’on peut lui attribuer sûrement, ce sont d’abord quelques panneaux sans sujets, dont quelques-uns sont au musée de Cluny, nommés panneaux d’ornements, portant la devise que Gabriel Simeoni inventa pour le connétable : AUΛANOΣ, sans erreur ; et celle-ci que lui donne Jean Leféron : SICVT ERAT IN PRINCIPIO ; puis celle des Montmorency : Dieu aide au premier baron chrétien, et les armes d’or à la croix de gueules cantonnée de seize alérions d’azur ; enfin d’autres panneaux historiés possédés aujourd’hui par M. le duc d’Aumale, qui fut propriétaire d’Écouen, comme héritier du prince de Condé, dans la maison duquel, comme on sait, le château était passé par le mariage de Charlotte de Montmorency, sœur du dernier duc décapité en 1632. Faujas de Saint-Fond, après les vitres de la sacristie, de la chapelle et de tout le château, qu’il affirme avoir été peintes par maître Bernard dans le genre de ses faïences, nomme le pavé de la sacristie représentant des scènes de l’Écriture sainte, d’une belle couleur et les têtes fort joliment dessinées ; puis, « la Passion de Notre-Seigneur en seize tableaux réunis dans un seul cadre d’un émail parfait, d’après Albert Durer, » et appliqués aux parois de la chapelle. Enfin M. Schœlcher, dans la Revue de Paris 1834, mentionne « une salle toute pavée de carreaux aux armes du connétable, que l’empire — en 1807, à l’époque où Napoléon, après Austerlitz, établit à Écouen, sous la direction de madame Campan, ancienne femme de chambre de Marie-Antoinette, une maison d’éducation pour trois cents jeunes filles des membres de la Légion d’honneur — a fait briser et bouleverser pour planter au beau milieu un de ces énormes N dont il marquait tous les monuments de la France, comme un bourgeois marque ses couverts. »