Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/E

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ËBERLË (GASPARD)[modifier]

né le 11 juin 1764, à Schelestadt (Bas-Rhin), entra le 2b septembre 1781 dans le régiment du Maine (28e d’infanterie). Caporal le 1" mai 1787, sergent le 16 mars 1792, il devint sergent-major le 7 novembre suivant.

Il fit avec distinction les campagnes de 1792, 1773 et de l’an II, à. l’armée d’Italie. Le 28 vendémiaire an II, à l’attaque de Gillette, son capitaine fut mis hors de combat ; Éberlé prit aussitôt le commandement de la compagnie, il tua un soldat piémontais et lui enleva une capote d’officier qu’il portait avec lui. Après s’en être revêtu, il s’avança vers une redoute occupée par 300 hommes et somma le commandant ennemi de faire mettre bas les armes à sa troupe. Celui-ci trompé par le costume, s’imagina qu’il avait affaire à un officier d’un grade élevé suivi par des forces considérables et il se rendit à discrétion avec ses 300 hommes. Sur le rapport que fit de cette action le général en chef Dugommier, Éberlé fut nommé adjudant-général chef de bataillon le 13 brumaire, et adjudant-général chef de brigade le 1er frimaire suivant. Le 25 du même mois à la prise de la redoute anglaise, pendant le siège de Toulon, il s’élança un des premiers â l’assaut, son exemple entraîna les chasseurs d’avant - garde et contribua puissamment au succès de cette entreprise. Passé à l’armée des Pyrénées-Orientales, il se distingua au siège de Collioure et de Port-Vendre.

Le 14 floréal an H, quoiqu’il n’eût avec lui que cinq compagnies de chasseurs et une de grenadiers du 28e régiment d’infanterie, il sauva, pendant la nuit, la première batterie dirigée sur le fort Saint-Elme, et força par sa résistance opiniâtre une’ forte division ennemie à battre en retraite. Le 22 du même mois, à l’escalade de ce fort, il aida à placer les échelles, s’empara de la porte du fort pour y attacher le pétard, et fut grièvement blessé d’un coup de feu qui lui traversa le genou droit. Le 5 brumaire an III, il fut blessé d’un coup de feu à l’épaule droite en chargeant la cavalerie espagnole sur la grande route de Figuiè-res. Le 30 du même mois, avec 300 chasseurs à pied et la compagnie de grenadiers du 28e, il enleva à la baïonnette la redoute formidable de Nostra-Signora del Roure et s’empara de vive force du pont des Moulins.

Passé en l’an IV à l’armée d’Italie, il commandait l’avant-garde de la division Masséna,lorsque le 24 vendémiaire il s’empara, avec une seule compagnie d’éclai-reurs, de la redoute et du camp de Roc-barbenne où il fit 400 prisonniers. Nommé le 13 brumaire suivant, chef de la 56e demi-brigade de ligne, devenu 85e, le brave Éberlé, à la tête d’une colonne de 700 éclaireurs, enleva plusieurs redoutes, perça la ligne de l’armée ennemie et fit 2,000 prisonniers. Le 29 germinal de la même année il commandait l’avant-garde de la division Serrurier à l’attaque de Mondovi. Atteint de trois coups de feu, dont un lui traversa la jambe droite, il continua de diriger les troupes sous ses ordres jusqu’à la fin du combat. Le l’r frimaire an V, à la reprise de Rivoli, il marcha à la tête de son corps formé en colonne serrée contre l’ennemi qui avait déjà battu deux demi-brigades de la division Joubert et.

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qui s’avançait pour s’emparer de l’ancienne redoute espagnole ; il parvint à couper sa ligne, culbuta -400 hommes dans l’Adige et fit 1,500 prisonniers.

Dans le courant de la même année, à l’expédition du Tyrol, il prit sa part de gloire dans tous les avantages obtenus par le général Joubert. A la tête d’une seule compagnie de grenadiers de la 85e demi-brigade, il força le passage d’un pont dans des gorges très-difficiles, fit 500 prisonniers et s’empara de l’artillerie et des équipages de l’ennemi. La 85" demi - brigade fut désignée pour faire partie de l’expédition d’Égypte. Son valeureux chef Éberlé se signala de nouveau à la descente du Gizo (île de Malte), ainsi qu’à la célèbre bataille des Pyramides. A son retour, en l’an VII, le navire qui le transportait avec 22 Français convalescents comme lui, fut forcé, par les vents contraires, de relâcher sur les côtes de Calabre dans le port deCrotone. A peine venait-il d’y entrer queleporise trouva cerné par des corsaires barbares-ques. L’équipage et les passagers furent obligés de se réfugier dans la citadelle, mais bientôt ils y furent assaillis par les insurgés qui le sommèrent de se rendre à discrétion. Êberlé, qui avait pris le commandement de la petite troupe, l’excita, par son exemple, à faire une vigoureuse résistance, et ce fut à la fermeté qu’il déploya dans cette circonstance qu’il dut d’obtenir une capitulation honorable pour ses compagnons et pour lui.

Le 27 pluviôse an VIII, il fut appelé au commandement de la première demi-brigade provisoire de l’armée d’Orient (composée des 3ebataillons, des 9e, 13e et 85e demi-brigades de ligne). C’est à la tête de ce corps qu’il prit part, sous les ordres immédiats du général Delmas, aux opérations de l’armée d’Italie. Le 5 nivôse an IX, il montra la plus éclatante bravoure au passage du Mincio ; il eut le bras droit emporté par un obus et fut amputé sur le champ de bataille. Le premier Consul lui décerna, le 25 germinal an IX, un sabre d’honneur à titr% de récompense nationale. Le 12 germinal an X, il fut nommé général de brigade et employé comme commandant d’armes à Nice, département des Alpes maritimes.

Classé comme membre de droit dans la 5e cohorte de la Légion-d’Honneur, il en fut nommé commandant le 25 prairial an XII, et lorsque l’Empereur institua cette vaillante et glorieuse noblesse dont les titres se trouvaient inscrits en caractères sanglants sur tous les champs de bataille de l’Europe, le général Éberlé fut créé chevalier de l’Empire. En 1814, il commandait encore à Nice, et les habitants de cette cité conserveront toujours le souvenir des services qu’il leur rendit,. notamment dans la nuit du 14 au 1b mai de cette même année, où, par sa conduite ferme et dévouée, il préserva la ville de, l’incendie et du pillage. Le 20 du même mois, il rentra en France, emmenant avec lui, des magasins de Nice, dans-la place d’Antibes, 3 bouches à feu et 6 caissons approvisionnés, malgré tous les obstacles que lui opposèrent les armées ennemies auxquelles il sut imposer par sa contenance.

En non-activité le 1er septembre 1814, l’Empereur, à son retour de l’île d’Elbe, le nomma commandant supérieur de la place de Briançon et du département des Hautes-Alpes, par décret du 26 avril 1815. Il eut le bonheur, malgré la position difficile dans laquelle il se trouva pendant plusieurs mois, de conserver à la France un de ses principaux boule-varts, et d’empêcher l’ennemi d’entrer dans aucune des places fortes de son commandement, dans lesquelles se trouvaient des magasins immenses et plus de 50 millions de matériel. Le rapport détaillé des

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opérations et de la conduite du général Éberlé dans cette circonstance fut soumis au ministre de la guerre le 15 novembre 1815 ; mais les services qu’il venait de rendre au pays n’étaient pas de la nature de ceux qui pouvaient obtenir les bonnes grâces du gouvernement de cette époque : aussi le vieux guerrier fut-il mis à lare-traite par ordonnance royale du S juin 1816. Mort le 16 février 1837.

ÉBLÉ (JEAN-BAPTISTE, comte)[modifier]

naquit le 21 décembre 1768, à Saint-Jean de Rozbach (Moselle). Fils d’un officier de fortune, qui servait au régiment d’Aus-sone, il devait, comme son père, passer sa vie dans les camps ; aussi entra-t-il ? à neuf ans (21 décembre 1767), comme canonnier dans le régiment où servait son père. En 1791, c’est-à-dire après vingt-quatre ans de service, il était capitaine en second. Il servit, dans l’armée de Dumouriez jusqu’au mois de juillet 1793.

Quand l’Europe coalisée menaça les frontières de la France, il se trouvait à Naples, où il avait été envoyé pour organiser l’artillerie.

Un des premiers il forma une compagnie de canonniers à cheval ; élevé bientôt au grade de chef de bataillon, il fut attaché à l’état-major au mois d’avril de la même année.

Les "flots de volontaires qui se précipitaient alors sous les drapeaux avaient apporté avec eux la confusion dans les rangs de l’armée. Grades, emplois, étaient offerts au plus habile, au plus entreprenant. C’est ainsi que le chef de bataillon Ëblé commandait une division à la bataille d’Hondscoote et au déblocus de Dunkerque. Élu général de brigade, le 27 septembre 1793, le 15 octobre suivant, sa belle conduite à la journée de Waltignies lui mérita le grade de général de division, dont il avait déjà rempli les fonctions.

L’émigration avait privé la France de tous les officiers spéciaux ; l’artillerie surtout était dans le plus déplorable dénû-ment ; Éblé se chargea de la recréer. Par son intelligence et son activité, plus de 2,000 fourgons se trouvèrent approvisionnés, et Lille vit se rassembler sous ses murs un magnifique parc de siège.

C’est pendant cette terrible guerre des Pays-Bas qu’il imagina de partager les bouches à feu entre les différentes divisions de l’armée, formant ainsi des parcs de réserve et des dépôts de munitions sur toutes les lignes d’opérations, système dont l’expérience a démontré l’utilité, et qui depuis fut constamment suivi. Lorsque Moreau vint prendre le commandement en chef de cette brave armée que Dumouriez venait d’abandonner, le général Éblé était à la tête de l’artillerie ; il la dirigeait au siège d’Ypres, en juin 1794, et en juillet à celui de Nieuport. C’est par ses conseils que fut placée une batterie de 42 bouches à feu à 200 toises des glacis. Les ravages de ces canons, dont tous les coups portaient sur les quartiers les plus riches, forcèrent la garnison à capituler après trois jours de tranchée.

Il conduisit les sièges de l’Écluse, de Bois-le-Duc, de Crève-Cœur, de Nimè-gue, qui, grâce à ses soins, se rendirent avant que les neiges et les glaces ne fussent venues apporter à ces diverses places un secours devant lequel l’artillerie serait devenue impuissante.

En général habile, il sut profiter du grand froid des années 1794 et 1795 : tous les fleuves et tous les canaux de la Hollande, étaient gelés. Il y lança hardiment son artillerie. Ainsi s’effectua en quelques semaines cette prodigieuse conquête de tout un pays qui avait si courageusement et si longuement résisté à la majestueuse royauté de Louis XIV.

Éblé fut ensuite envoyé à l’armée du Rhin, dont Moreau venait de prendre le commandement en chef. Ce général s’exprimait ainsi qu’il suit sur le compte d’Éblé dans une lettre adressée à la Convention : « La conduite du général Éblé est vraiment très-active, on ne peut concevoir comment il a pu suffire à cette énorme consommation de poudre et de boulets que nous avons envoyés. » II faut ajouter que, dans tous ces combats, il ne perdit pas un seul canon, et que l’artillerie qui, ordinairement, compromet les retraites, décida du succès de celle de Moreau.

En 1797, le général Éblé commanda seul l’artillerie dans le fort de Kelh, pendant le long et mémorable siège que fit de cette place l’armée autrichienne sous les ordres de l’archiduc Charles. Il prouva qu’il n’était pas moins savant dans l’art de défendre les places que dans celui de les attaquer.

Bientôt, nous le voyons en présence de difficultés nouvelles : il est à Rome où il doit commander l’artillerie de l’armée que Championnet conduit à la conquête du royaume de Naples. Mais cette artillerie n’existe pas ; heureusement les ennemis ont des canons et nos soldats sont là pourles leur enlever. Éblé compose ses équipages de campagne avec les pièces prises aux Napolitains. Gaëte lui fournit des canons pour assiéger Capoue, et cette place se rend le 10 janvier 1799 ; Éblé en prit possession, surveilla l’exécution de l’important article de la capitulation, qui mettait au pouvoir de l’armée française toute l’artillerie de l’arsenal de la place. La prise de possession par les Français de cet important matériel détermina la soumission de Naples, et, le 20 janvier, les Français entraient dans la seule capitale de l’Italie qu’ils n’eussent pas encore visitée en vainqueurs depuis le commencement de l’ère révolutionnaire.

En 1800, il alla rejoindre Moreau à l’armée du Rhin, et une fois encore il mérita les témoignages les plus honorables de sa satisfaction : « On ne saurait, écrivait Moreau, trop faire l’éloge de l’artillerie, qui, par son organisation et la manière dont elle est manœuvrée dans les combats, s’est acquis l’estime de tous les corps de l’armée. C’est un hommage bien juste à rendre au général Éblé qui la commande, et qui doit être compté dans cette arme comme un des meilleurs officiers de l’Europe. »

Quand fut signée la paix de Lunéville, le général Éblé ramena en France la plus belle artillerie qu’on eût encore vue, et déposa dans les arsenaux de Metz ; Strasbourg et Neufbrisach, d’énormes approvisionnements d’acier, de fer et de bois, en même temps qu’il remettait dans les caisses des directions de ces villes des sommes considérables, produits de la vente des objets d’artillerie pris sur l’ennemi.

La République batave s’était engagée, par une convention spéciale, à entretenir à ses frais une armée française sur son territoire. Attaché à cette armée en 1803, Éblé fut chargé de tous les détails de l’organisation de l’armée placée sous ses ordres. Il passa l’année suivante au commandement des équipages de l’armée de Hanovre, laquelle devint ensuite le 6e corps de la grande armée. C’est alors qu’il fut nommé gouverneur de la province de Magdebourg, où il laissa d’honorables regrets lorsqu’il quitta cette province pour aller inspecter, en 1808, toute la ligne qui s’étend depuis Huningue jusqu’à Anvers.

A cette époque, l’Empereur lui conféra le titre de baron. L’année suivante, il passa au service de Westphalie, comme ministre de la guerre du roi Jérôme. Ses sages mesures et son activité déconcertèrent les projets insurrectionnels du major Schill, et c’est en récompense de ce service que Jérôme le nomma colonel général de ses gardes du corps.

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Cependant, tout en passant au service de Westphalie, Éblé, toujours général de division dans l’armée française, avait refusé de prêter serment au souverain étranger.

Napoléon lui donna la direction de l’artillerie de l’armée de Portugal, sous les ordres du maréchal Masséna.

Le siège de Ciudad-Rodrigo, l’investissement d’Alméida, la création de deux équipages de pont signalèrent la présence de l’infatigable Éblé. Les auteurs des Victoires et Conquêtes ont dit à ce sujet et avec justice : « Avec le maréchal Ney, le général Éblé, le brave k° bataillon de la flottille, les troupes de l’artillerie et tout le 6e corps, il n’y avait rien d’impossible à exécuter.

Le 7 février 1812, il fut nommé commandant en chef des équipages de pont à la grande armée qui s’ébranlait pour envahir la Russie.

Ce fut lui qui, pendant la retraite, sauva l’armée à la Bérésina. Il fut chargé de construire deux ponts de bateaux ; le général Chasseloup, commandant du génie, devait jeter le troisième. Éblé avait su conserver autour de lui, et en bon ordre, 400 pontonniers, 6 caissons d’outils, 2 forges de charbon. L’ordre qu’il avait reçu le 25 novembre, à 6 heures du soir, était exécuté le lendemain à une heure après-midi ; celui donné à l’artillerie ne le fut point.

Aussi humain qu’il était prévoyant, le 29 novembre, il tarda de deux heures à brûler ses ponts, et sauva encore un nombre considérable de ses camarades.

Le général Lariboissière, commandant en chef de l’artillerie de la grande armée, était mort, le 18 décembre, à Kœ-nigsberg : Éblé, nommé à sa place, et chargé de réorganiser le service, ne lui survécut que trois jours. Il mourut, le 21 décembre, dans la même ville. Le général comte Éblé avait été nommé membre de la Légion-d’Honneur le 23 vendémiaire an XII, grand officier de l’Ordre le 25 prairial de la même année, chevalier du Lion de Bavière, et grand commandeur de l’ordre royal de Westphalie. La nouvelle de sa mort n’était pas encore parvenue en France, le 3 janvier 1813, quand Napoléon le nomma premier inspecteur général de l’artillerie.

ELBÉE (JN. GIGOT D’)[modifier]

général des armées vendéennes, né à Dresde, en 1772, d’une famille française établie en Saxe. Il vint en France en 1777, y fut naturalisé, entra dans un régiment de cavalerie, parvint au grade de lieutenant, donna sa démission en 1783, se maria, et dès lors -vécut retiré dans un bien de campagne près de Beaupréau en Anjou.

Il suivit les princes à Coblentz ; mais il revint pour obéir à la loi qui ordonnait aux émigrés de rentrer.

En 1793, les paysans de Beaupréau le décidèrent à se mettre à leur tête. Sa troupe se grossit de celles deBonchamp, Cathelineau et Stofflet. Après la mort de Cathelineau il fut généralissime ; c’est en cette qualité qu’il se trouva, le 30 juillet 1793, à la bataille de Luçon gagnée par les Républicains et dans laquelle il s’exposa aux plus grands dangers et contribua à sauver l’armée vendéenne d’une complète déroute. Une seconde défaite des Vendéens à Luçon, le 13 août suivant, fut encore plus meurtrière.

On sait qu’après une alternative de bons et de mauvais succès, l’armée royale fut complètement défaite à Chollet par le général Kléber. D’Elbée, blessé grièvement dans_cette dernière bataille, fut d’abord transporté à Beaupréau, puis à Noirmoutier ; trois mois après les bleus s’étaient emparés de cette île ; il fut traduit devant une commission militaire, condamné à mort et fusillé sur la place publique du bourg de Noirmoutier, où on l’avait amené dans un fauteuil, parce que ses quatorze blessures ne lui permettaient pas de se tenir debout.

Au jugement de plusieurs biographes, d’Elbée fut un homme pieux, d’un courage constant et froid, mais sans talents militaires. Il n’avait aucune habitude des hommes, et se bornait à mener ses soldats à l’ennemi, en leur disant : « Mes enfants, la providence vous donnera la victoire. » Aussi l’avaient-ils surnommé le général la Providence.

ËMÉRIAU (MAURICE-JULIEN, comte)[modifier]

né à Carhaix, en Bretagne, le 20 octobre 1762. Il commença sa carrière dans la marine comme volontaire d’honneur quelque temps avant la guerre d’Amérique. Il fut fait sous-lieutenant de vaisseau en 1786 et lieutenant en 1791 ; il fut ensuite promu au grade^ de capitaine de vaisseau, et bientôt à celui de chef de division. En 1803, il fut nommé préfet maritime à Toulon ; en 1811, il commanda l’escadre de ce port, et le 7 mars 1813, il fut élevé au grade de vice-amiral et eut le titre d’inspecteur général des côtes de la Ligurie.

Au retour de Napoléon de l’île d’Elbe, il fut nommé pair ; il a été mis en retraite en 1816. Les actions d’éclat de M- Ëmériau sont trop nombreuses pour les citer toutes : il était au combat d’Ouessant où il gagna la décoration de Cincinnatus ; il était au combat mémorable que soutint Lamotte-Piquet dans la baie du Fort-Royal, à la Martinique, contre une escadre anglaise.

En 1792, chargé du commandement de la corvette le Cerf, avec le grade de lieutenant de vaisseau, il faisait partie de la station de Saint-Domingue. Après l’incendie du Cap, les habitants se jetèrent à bord des bâtiments de commerce avec les débris de leur fortune. Ce fut

Emériau qui conduisit à la Nouvelle-Angleterre ce nombreux et lamentable convoi. Là, il échangea son commandement contre celui de la frégate l’Embuscade, réunit autour de lui jusqu’à quatre cents bâtiments de commerce et- rallia le contre-amiral Vanstabel qui arrivait à Norfolk avec sa division. On dirigea aussitôt sur la France. Ce convoi, outre 100 millions de denrées coloniales, portait encore cinq cent mille barils de farine, achetés aux États-Unis par les soins d’Ëmériau : la France était alors en proie à la plus affreuse disette. L’importance du convoi s’accrut encore pendant la traversée par la prise de quarante bâtiments richement chargés. Au moment où la division s’approchait de Brest avait lieu le funeste combat du 13 prairial an II ; c’est à cet engagement qu’elle dut d’échapper à la surveillance de l’armée anglaise et d’entrer saine et sauve dans le port.

Émériau fit des prodiges de valeur à la bataille d’Aboukir, résista longtemps à quatre vaisseaux ennemis et s’empara du vaisseau le Vangard, monté par Nelson. C’est à lui que 4,000 Français, détenus dans l’île de Cabrera, durent leur délivrance. Enfin, tous les grades, toutes les distinctions qu’il obtint furent la -récompense de quelque action d’éclat.

Comme tant d’autres de ses vieux compagnons d’armes, c’est du roi Louis-Philippe que le vice-amiral a reçu la dernière récompense de ses longs et honorables services. En 1831, il a été de nouveau élevé à la dignité de Pair de France ; il avait alors 69 ans.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

ERNOUF (JEAN-AUGUSTIN, baron)[modifier]

naquit le 29 août 1753 à Alençon (Orne), reçut une éducation distinguée et embrassa avec ardeur la carrière des armes. Nommé lieutenant dans le 1er bataillon de volontaires de son département, le 24 septembre 1791, capitaine le 22 mars 1792, et le 5 mai 1793 aide-de-camp du général Barthel à l’armée du Nord, il obtint le 30 juillet suivant le grade d’adjudant-général chef de bataillon, après les affaires de Rosbruge et d’Ost-Cassel. dans la Flandre maritime.

Nommé parles Représentants du peuple commandant du camp de Cassel, le 16 septembre de la même année, pendant qu’il était occupé à fortifier ce poste important, le duc d ; York mettait le siège devant Dunkerque et bloquait la ville de Bergues, alors dépourvue de garnison. Ernouf parvint à jeter un millier d’hommes dans la place, rejoignit Houchard, qui marchait au secours de Dunkerque, instruisit ce général de la force et de la direction de l’ennemi, puis, se mettant à la tête d’une colonne, il fit lever le camp anglais qui cernait Bergues. Le pouvoir exécutif, appréciant la part qu’Ernouf avait prise au succès, l’éleva, le 21 septembre 1793, au grade de général de brigade, et le nomma, le 30 du même mois, chef d’état-major de l’armée du Nord.

Ce fut encore par ses conseils que le général en chef, Jourdan, ayant trouvé le prince Cobourg par derrière le bois de Wattignies, le contraignit à repasser la Sambre et à lever le siège de Maubeuge : ce service important lui valut sa promotion au grade de général de division, le 23 frimaire an H. Mais Jourdan, demeuré dans l’inactivité, par suite du mauvais état des chemins, fut rappelé par le Comité de salut public, et Ernouf partagea la disgrâce de son général, qu’il suivit bientôt après à l’armée de Sambre-et-Meuse en qualité de chef d’état-major, par ordre des représentants Gilet et Guyton, du 16 messidor an II.

L’envahissement de Charleroi, le passage de la Sambre, et la victoire de Fleurus, furent dus en partie au général Ernouf. Dans ces différentes circonstances, il seconda parfaitement le général en chef Jourdan, et pendant la retraite de l’armée de Sambre-et-Meuse il sauva le parc d’artillerie qui avait pris une fausse direction. Nommé, le 26 fructidor an V, directeur du dépôt de la guerre, auquel on réunit le cabinet topographique et historique, presque alors attaché au Directoire, il fit, à la même époque, partie du comité militaire, chargé de tracer la nouvelle ligne de défense des frontières du Rhin à la Meuse. Il quitta la direction du dépôt, le 22 vendémiaire an VII, pour aller occuper les fonctions de chef d’état-major à l’armée du Danube, qu’il commanda au départ du général en chef, et dont il dirigea la retraite vers la Kintzing, où il prit position jusqu’à l’arrivée de Masséna. Alors envoyé à l’armée des Alpes pour opérer son incorporation dans l’armée d’Italie, il devint inspecteur des troupes d’infanterie dans cette contrée, fut en la même qualité employé dans l’Ouest, au commencement de l’an VIII, puis, après le traité de Lunéville, il alla au même titre à Turin, à Gênes, à Milan et à Naples, et revint à Paris, le 17 ventôse an XI. Légionnaire, le 15 pluviôse an XII, grand officier de l’Ordre le 25 prairial suivant, le premier Consul le nomma, vers cette époque, capitaine général de la Guadeloupe.

La plus affreuse anarchie régnait alors dans cette colonie ; les nègres marrons y commettaient impunément de nombreux assassinats, et les hommes de couleur, en insurrection permanente contre les blancs, les chassaient impunément de leurs propriétés ; cette situation se compliqua par la rupture du traité d’Amiens, qui appela de nouveau la guerre dans ces contrées. En moins d’une année, le général Ernouf rétablit l’ordre, remit l’agriculture en vigueur, et releva les batteries des côtes ; mais si son administration fut sage et habile, il ne put échapper à l’accusation d’avoir commis quelques dilapidations. Quelque temps après, il se rendit maître de l’île suédoise de Saint-Barthélémy, où les rebelles de Saint-Domingue faisaient un commerce interlope, et, de 1809, de nombreux corsaires sortirent des ports de la colonie. La totalité des navires pris sur l’ennemi s’éleva à 734, et le produit de leur vente à 80 millions. La guerre avec l’Espagne et la prise de la Martinique fut un signal de mort pour la Guadeloupe ; bloquée de tous côtés par les forces maritimes des Anglais, elle vit tomber successivement en leur pouvoir les petites îles de sa dépendance et se trouva bientôt réduite à la plus affreuse misère. Là majeure partie des troupes avaient péri, et les habitants désespérés parlaient chaque jour de se rendre ; dans ces circonstances, 11,000 hommes de troupes anglaises, commandés par le général Becwith, opérèrent une descente sur les côtes de la Capestère, et attaquèrent le général Ernouf par trois côtés à la fois ; celui-ci battit l’ennemi sur deux points, mais ayant perdu la moitié de son monde, il fut contraint de signer, le 6 février 1810, une capitulation, par suite de laquelle lui et ses malheureux compagnons furent conduits en Angleterre.

Atteint d’une maladie déclarée mortelle, il obtint l’autorisation de rentrer en France, débarqua le 27 avril 1811 à Morlaix, et obtint son échange quelques mois après. Napoléon, irrité de la perte de la Guadeloupe, avait rendu, le 18 juillet 1811, un décret prononçant la mise en accusation du général Ernouf comme accusé d’abus de pouvoir, de concussion et de trahison. Le résultat de la commission d’enquête, présidée par le maréchal Moncey, fut envoyé au comte Regnault-Saint-Jean-d’Angely, procureur général de la haute Cour impériale qui, aux termes de la constitution, avait le droit exclusif de juger les capitaines généraux ; mais les conclusions du procureur général furent, que la haule Cour n’était pas suffisamment organisée pour entamer une procédure. On renvoya donc l’affaire devant la Cour de cassation pour assigner une juridiction au général, et le ministère public conclut à son renvoi davant le tribunal de première instance. Cette nouvelle procédure n’eut aucune suite, et cette affaire, qui retint vingt-trois mois le général Ernouf en captivité, eut pour premier résultat son exil à cinquante lieues de la capitale, sans pouvoir obtenir qu’un conseil de guerre prononçât sur son sort.

Louis XVIII, à son retour en France, rendit une ordonnance, où il était dit qu’en considération des difficultés immenses qu’on éprouvait à recueillir les témoignages, et en raison surtout des services rendus par le général Ernouf à sa patrie, la procédure dirigée contre lui serait annulée. Créé chevalier de Saint-Louis, le 20 août de la même année, et nommé inspecteur général d’infanterie, le 3 janvier 1815, il se rendit en cette qualité à Marseille, où il se trouvait lors du débarquement de Napoléon à Cannes. Le duc d’Angoulême lui avait confié le commandement du 1" corps de son armée ; mais la défection d’une partie de ses troupes et la nouvelle de la capitulation de ce prince à La Palud l’obligèrent, le 11 avril, à les licencier. Il revint alors à Marseille, où les dispositions prises par le maréchal Masséna, en faveur de la cause impériale, le- déterminèrent à se rendre à Paris. Destitué par un décret impérial du 15 avril 1815, il vit mettre le séquestre sur son hôtel à Paris et les scellés sur ses papiers ; mais au retour des Bourbons une ordonnance le rétablit dans ses droits et dans ses propriétés. Louis XVIII lui accorda, le 3 mai 1816, le titre de baron avec la croix de commandeur de l’ordre de Saint-Louis, et lui conféra, le 11 novembre de la même année, le commandement de la 3e division militaire (Metz), dont le territoire était presque entièrement occupé par les troupes alliées, et où il sut par ses efforts entretenir la bonne harmonie entre les habitants et les soldats étrangers.

Vers la même époque il accompagna le duc d’Angoulême lors de la reprise de Thionville par les troupes françaises. Il avait été envoyé à la Chambre des députés par le département de l’Orne, en 1815. Élu par le département de la Moselle, en 1816, "il obtint en 1818 l’autorisation de venir siéger à la Chambre des députés, et quitta le commandement de la 3e division lors de son admission à la retraite, le 22 juillet 1818. Il est mort à Paris, le 12 septembre 1827.

ERNOUF (GASPARD-AUGUSTIN)[modifier]

fils du précédent, naquit le 8 décembre 1777 à Alençon (Orne). Volontaire dans le 1" bataillon de ce département le 1" octobre 1791, il partit pour l’armée duNord et se trouva, en 1793, aux affaires de Respon et de Hondscoote contre les Anglais, ainsi qu’au déblocus de Maubeuge, où il reçut un coup de feu qui lui fit une forte contusion au bras.

Nommé adjoint aux adjudants-généraux le 6 frimaire an II, il assista à la bataille de Fleurus et passa, le S pluviôse an IV, en qualité de sous-lieutenant, dans le 2e régiment de chasseurs à cheval à l’armée, de Sambre-et-Meuse.

Dans une reconnaissance qu’il fit sur la route d’Aschaffenbourg, le 6 messidor de la même année, il enleva, à la tête d’un détachement de 8 cavaliers, un parti ennemi de 30 hommes qui gardait un dépôt de 450 sacs de farine et de 2,000 sacs d’avoine.

Devenu lieutenant le 5 pluviôse an V, et capitaine le 5 thermidor an VI, il servit à l’armée de l’Ouest en l’an VII, se rendit à la fin de prairial an VIII à celle d’Italie, et fit les campagnes des ans IX et X au corps d’observation du Midi et dans le pays de Naples.

Attaché en l’an XII à la réserve de cavalerie de l’armée des côtes de l’Océan, il y fut nommé membre de la Légion-d’Honneur le 25 prairial, et passa l’année suivante en Hanovre, d’où il partit dans le courant de l’an XIV pour rejoindre la grande armée.

S’étant cassé la jambe en tombant de cheval pendant la route, il fut recueilli chez le maréchal Lefebvre, qui le prit pour son aide-de-camp le 15 mai 1806, et lui fit obtenir le grade de chef d’escadron devant Dantzig, le 17 mars 1807.

Employé en Espagne en 1808 et à la grande armée d’Allemagne en 1809, il fut mis en non-activité après la paix de Vienne, par suite de la rentrée du maréchal Lefebvre au Sénat. Le 22octobre 1813, rappelé enattivité et envoyé en qualité d’officier supérieur au corps d’armée d’Italie, il y fut fait adjudant-commandant chef d’état-major à la demande du Vice-Roi, le 15 mars 1814.

Rentré en non-activité à la paix et créé chevalier de Saint-Louis le 24 août suivant, officier de la Légion-d’Honneur le 17 janvier 1815, il n’exerça aucun emploi dans les Cent-Jours et fut admis à la retraite le 11 février 1824. Une ordonnance royale du 19 mai lui conféra le grade honorifique de maréchal de camp.

ESGRIGNY (JEAN-RENE DE TOUERME, comte d’)[modifier]

est né en 1770, d’une ancienne famille noble qui compte plusieurs brigadiers des armées dans les dix-septième et dix-huitième siècles. 11 embrassade bonne heure la carrière militaire ; quitta la France à la suite des troubles révolutionnaires et fit les campagnes de la Révolution sous les ordres du prince de Condé.

La bravoure, dont il donna des preuves en plusieurs occasions, lu^ fit obtenir la croix de Saint-Louis le 25 août 1796.

Après le retour des Bourbons en 1814, le comte d’Esgrigny fut élevé par le roi Louis XVIII au grade de maréchal de camp et nommé aide-de-camp du prince de Condé, qu’il avait toujours suivi fidèlement aux jours du malheur.

Il fut ensuite appelé au commandement militaire du département de Saône-et-Loire, et nommé, le 29 octobre 182.8, commandant de l’ordre de Saint-Louis.

A la Révolution de 1830, M. d’Esgrigny fut admis à la retraite et rentra dans la vie civile.

ESPAGNE (JEAN - Louis - BRIGITTE, comte d’)[modifier]

général de division, naquit à Auch (Gers), le 16 février 1769. Entré le 6 juillet 1787 comme soldat au régiment de la Reine-Dragons, depuis 6e de l’armée ; il fut nommé capitaine le 2 septembre 1792, aux hussards dits les Défenseurs de la liberté et de l’égalité, depuis 6* régiment. Lieutenant-colonel le 30 novembre et adjudant-général le 23 septembre 1793, il acquit ces différents grades aux armées de Champagne et du Nord, sous les généraux Luckner, Rochambeau, Dumouriez ; et à celle des Pyrénées-Orientales sous Labourdonnaie.

Ce fut à l’armée de Sambre-et-Meuse que, nommé le 26 frimaire an V, chef de brigade, il prit le commandement du 8e régiment de cavalerie (cuirassiers). Il fit avec ce régiment, à l’armée de Mayence, sous Haty, la campagne, de T. 1.

l’an VI et celle de l’Allemagne sous Au-gereau, et partie de celle de l’an VIII à l’armée du Danube, que commandait Jourdan.

Le Directoire l’ayant nommé le 22 messidor, général de brigade, et l’ayant envoyé servir sous les ordres du général Muller, à l’armée d’observation, sa présence à cette armée fut de courte durée.

Le 7 thermidor de la même année, il rejoignit l’armée du Rhin, où, d’abord sous Laçombe et ensuite sous Moreau, il se distingua, le lo floréal an VIII, à la bataille de Moeskirch ; le 30 prairial, à celle d’Hochstedt, et le 8 messidor au combat de Neubourg. Chargé à cette dernière affaire d’attaquer l’ennemi sur les ’ hauteurs d’Unterhausen, il s’avança sur ce plateau avec les lct et 3e bataillons de la 84e demi-brigade ; après quelques efforts, la redoute fut enlevée, mais d’Espagne, blessé au bras., dut quitter le champ de bataille. L’année suivante, il combattit, le 12 frimaire, àHohenlinden.

Mis en non-activité le 1" vendémiaire an X, il eut, le 6 brumaire suivant, un commandement dans la 21’ division militaire, et il en était encore investi lorsqu’il fut nommé, les 17 frimaire et 25 prairial an XII, membre et commandant de la Légion-d’Honneur.

Promu au grade de général de division le 12 pluviôse an XIII, il alla à l’armée d’Italie prendre le commandement de la cavalerie légère. Le 12 brumaire an XIV, en poursuivant l’ennemi sur le chemin de Lonujo, il lui fit 600 prisonniers et parvint à gagner Leybach dans les derniers jours du mois. Passé en 1806 à l’armée de Naples, il eut pour mission de faire rentrer dans le devoir les insurgés calabrais, commandés par Fra-Diavolo, le plus déterminé et le plus féroce des galériens que Sidney-Smith, repoussé de l’île de Procida, avait débarqué sur le territoire napolitain,

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pour venger sa défaite par le meurtre, le pillage et l’incendie.

Quelque temps après, rappelé à la grande armée, d’Espagne y reçut, le 22 novembre 1806, le commandement de la 3’ division de cuirassiers, avec laquelle il prit, le 10 juin 1807, une part glorieuse, et fut grièvement blessé à la bataille d’Heilsberg, L’Empereur saisit cette occasion pour récompenser ses services en le faisant, le 11 juillet, grand officier de la Légion-d’Honneur, puis, en 1808, comte de l’Empire.

Ce fut en opérant une des charges qui décidèrent le succès de la bataille d’Ess-ling, le 22 mai 1809, que d’Espagne fut frappé par un boulet ; porté dans l’île Lobau, il y mourut le soir de cette grande journée, des suites de sa blessure. Sa statue équestre, que l’Empereur, par décret du 1er janvier 1810, destinait à décorer le pont de la Concorde, a été transportée, en 1816, à l’hôtel des Invalides. Son nom est inscrit sur le côté Est de l’arc de triomphe de l’Étoile.

ESPARTERO (Don BALDOJIEKO)[modifier]

comte de Luchana, duc de la Victoire, duc de Morella, grand d’Espagne de ! " classe, ex-généralissime des armées espagnoles et ex-président du conseil de régence, etc., est né en 1793, à Granatula, petit village de la Manche ; il est le neuvième fils d’un voiturier Manchegue. Il entra au couvent pour y faire ses études en 1808. 11 avait 16 ans. 11 s’enrôla dans un bataillon composé d’étudiants et de séminaristes, se distingua par sa bravoure, fut reçu à l’École militaire de l’île Saint-Léon, et en sortit sous-lieutenant, fit partie en 1814 d’une expédition dirigée contre les insurgés de l’Amérique du Sud, fit rapidement son chemin, à force de mérite et d’intrépidité. Colonel en 1824. Passionné pour le jeu, il s’y fit une fortune considérable ; il était d’une adresse incroyable au maniement de toutes les armes. Chargé de rapporter en Espagne les drapeaux conquis, il reçut le grade de brigadier, et épousa la fille d’un riche propriétaire de Logrono. Il se déclara en faveur d’Isabelle II, et fut nommé commandant général de la province de Biscaye ; il fut battu plusieurs fois par Zuma-lacarreguy, ce qui ne l’empêcha pas, vu sa bravoure et son mérite, de devenir maréchal de camp et lieutenant-général.

Le 17. septembre 1836, un décret le nomma, après le départ de Cordova, général en chef de l’armée d’opérations du Nord. Vice-Roi de Navarre et capitaine général des provinces basques, il se montra négociateur et temporisateur plus qu’homme de guerre ; réorganisa l’armée espagnole indisciplinée et démoralisée, remporta sur le parti carliste une victoire signalée à Luchana, avec le secours, il est vrai, de ISO artilleurs anglais, et délivra Bilbao.

En mai 1839, il s’empara par un coup de main des positions formidables des carlistes, acheva de les mettre en déroute, et termina, le 29 août, par la convention de Bergara, cette guerre civile qui avait duré sept ans : Don Carlos et bientôt Ca--brera passèrent en France. C’est là que finit la vie militaire d’Espartero.

Le 1" septembre 1840, à la suite d’une insurrection grave qui avait éclaté à Madrid, la reine régente abdiqua et Espar-tero fut nommé chef d’une régence provisoire. La dissolution des cortès fut prononcée ; les nouvelles cortès confirment son tilre de Régent. La tutelle même fut enlevée à Christine : Espartero régna et gouverna attendant la majorité d’Isabelle II.

Le traité de Bergara, signé le 3 août 1839, mit fin à la guerre des carlistes et des christinos ; mais il ne détruisit pas les germes de discorde qui naissaient des mauvaises institutions de l’Espagne. Les

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mécontentements ne tardèrent pas à se traduire en émeutes ; l’une d’elles éleva Espartero au niveau de la reine régente ; une seconde émeute lui donna la première place et renversa Christine.

Espartero savait manier le sabre, il ne sut pas tenir le sceptre ; aussi, l’esprit public ne tarda pas à réagir contre lui. Au mois d’octobre 1841, Barcelone qui l’avait porté sur le pavois, s’insurgea contre son despotisme militaire, mais cette tentative prématurée ne servit qu’à alourdir le joug du Régent.

Don Martin Zûrbano, fils d’un muletier, ex-contrebandier, homme dévoué à Espartero, fut pour le Régent un dogue bien dressé, dans ses premières luttes du pouvoir et de la nation. Cette sanguinaire soumission fut poussée si loin, que le nom de Zurbàno devint en horreur- à l’Espagne, et que plusieurs villes mirent sa tête à pris.

Ce fut dans ces circonstances que’le Régent nomma Zurbano maréchal de camp, et bientôt après commandant supérieur de la province de Girone. Espartero aimait les dévouements aveugles, il approuva solennellementles excès féroces de Zurbano en le nommant, en août 1843, grand-croix de l’ordre d’Isabelle, et en octobre, Inspecteur général des douanes, avec des pouvoirs très-étendus.

Cependant’ les esprits s’agitaient de plus en plus à Barcelone, les Anglais profitant des troubles de l’Espagne, inondaient ce pays de leurs marchandises ; les manufacturiers de la Catalogne étaient menacés d’une ruine complète. Dans le mois de novembre de cette année, Barcelone s’insurgea, une lutte sanglante y eut lieu, dans laquelle les troupes perdirent plus de 500 hommes ; .mais des, vaisseaux anglais, arrivés depuis peu dans le port, aidèrent le Régent à soumettre la ville rebelle.

Après un bombardement de treize heures, après avoir reçu 817 bombes, après avoir vu ses plus beaux quartiers détruits, Barcelone se rendit le 4 décembre et ouvrit ses portes aux troupes du Régent. Zurbano y entra un des premiers, les chefs de l’insurrection étant en fuite, les milices furent décimées ; Barcelone fut frappée d’une contribution de 1 2 millions de réaux ; les prisons furent remplies, mais ces rigueurs causèrent en Espagne une indignation générale. Les Cortès qui protestèrent furent dissoutes le 4 janvier et remplacées par une Chambre non moins hostile au gouvernemenl.

Le l"mai, le ministère donna sa démission en masse. Le ministère Lopez, qui lui succéda, ayant manifesté l’intention de secouer le joug de l’Angleterre, dut se retirer encore devant la volonté d’Espàrtero ; mais le Congrès déclara à l’unanimité que ce ministère avait bien mérité de l’Espagne. Les nouveaux ministres que choisit Espartero, furent hués par la foule en se rendant au Congrès ; à leur sortie, le peuple les accueillit à coups de pierres.

Le lendemain, les Chambres furent prorogées, puis dissoutes par un décret du 26 mai 1843. Dès ce moment, le ministère et le régent étaient perdus dans l’opinion publique ; les députés portèrent rapidement dans les provinces tout leur mécontement. Partout ils représentèrent Espartero comme un usurpateur futur du trône d’Isabelle, comme un dictateur impitoyable, et partout les esprits s’agitèrent et se préparèrent à l’insurrection. Malaga, Grenade et d’autres villes se soulevèrent : Zurbano faillit être massacré dans Barcelone ; une junte se constitua, qui déclara la province de Barcelone indépendante du gouvernement de Madrid.

Ces événements inquiétaient le Régent, il comprit qu’il y avait danger sérieux et se décida à agir ; le 15 juin, presque toute la Catalogne était debout, plusieurs villes s’étaient prononcées dans 1 Aragon, dans la province de Valence, en Murcie et en Andalousie ; décidément la fortune d’Espartero se voilait, la réprobation générale qui le frappait s’accrut encore par la nomination de Zurbano au grade de lieutenant-général.

Le 20 juin, il partit de Madrid avec 6,000 hommes pour Valence, elZurbano se dirigea sur la Catalogne ; mais les villes continuèrent à se soulever, l’armée lui échappait par fractions ; les hommes qu’il avait comblés de faveurs s’unissaient à ses ennemis pour le renverser. Au 1" juillet, il ne restait au Régent que l’Aragon, l’Estramadure, la Nouvelle-Castille et la Manche.

Ce qui aggravait sa position, c’est que ses coffres étaient vides et qu’aucun im^ pôt n’arrivait à Madrid. Sûre de sa puis-, sance, la junte de Barcelone forma un gouvernement provisoire ; elle convoqua le ministère Lopez dans ses murs. En attendant l’armée de ce ministère, elle le constitua dans la personne du général Serrano. Le premier acte émané de Serrano fut celui qui prononça la déchéance du régent.

Cependant les progrès de l’insurrection furent connus à Madrid où Mendizabal gouvernait en l’absence du Régent. Ce lui-ci organisa un système de terreur qui arrêta tout murmure ; mais voyant la marche des choses et en prévoyant le dénoûment, il avait conseillé à Espar-tero de rappeler le ministère Lopez. Le Régent refusa. « Non, je ne céderai point, dit-il ; que le sabre en décide : ma destinée est de tomber comme un chef de bande [como un bandolero) sur un champ de bataille. »

Le général Ramon Narvaez, exilé par e Régent et son ennemi personnel, commandait une partie des troupes au ser-rice de la junte. Le 5 juillet, il occupait

Daroca, sur la grande route de Sara-gosse à Madrid, et coupait ainsi la capitale et le Régent du principal corps d’armée qui lui restât fidèle. Cette lutte entre l’Espagne et Espartero ne pouvait se prolonger longtemps.

Le 22 juillet, Madrid étant menacé de trois côtés, Mendizabal dut songer à son salut et chercher un asile à l’hôtel de l’ambassadeur anglais. Le 23 au matin, le général Narvaez fit son entrée à Madrid à la tête de son corps d’armée ; il y fut reçu avec joie. L’armée défila sous le balcon de la jeune reine, heureuse d’être libre enfin. La milice fut désarmée, mais personne ne fut arrêté.

Les Esparterotistes purent quitter Madrid sans être inquiétés ; Zurbano lui-même en sortit sans obstacle. Cependant Espartero faisait bombarder Séville que les habitants défendaient avec courage. Le 2o, le Régent ayant appris la reddition de Madrid et la marche rapide des troupes expédiées par Narvaez, se décida à fuir. Le 26 au point du JOUP, il quitta le camp avec quelques affidés’, la caisse de l’armée et 400 cavaliers dévoués etse dirigea rapidement sur Cadix, poursuivi de près par le général Concha. Il faillit être pris près du port Sainte-Marie ; il dut se jeter précipitamment dans la première barque qu’il trouva sur le rivage et gagner le large, se dirigeant sur le vaisseau anglais le Malabar, qui était à l’ancre dans la baie,

Il comptait se faire conduire à Cadix ; mais cette ville s’étant soumise à la junte, le rôle d’Espartero étaif fini ; il lui restait à demander un dernier asile à l’Angleterre, ce qu’il fit. Après le mariage d’Isabelle II, il y eut une amnistie qui permit à Espartero de revoir sa patrie. Il y vit dans la retraite.

ESPERRONNIER (FRANÇOIS-DOMINIQDE-VICTOR-ÊDOUARD)[modifier]

né à Narbonne (Aude) en 1789. Son père était magistrat. Élève de l’École polytechnique en 1807, ~il passa sous-lieutenant élève à l’École d’application de l’artillerie et du génie en ’1809.

Parti en 1810 pour l’armée d’Espagne et nommé lieutenant dans le 6e d’artillerie à pied, il fut cité honorablement aux sièges de Badajoz et de Campo-Mayor, et à la bataille d’Albuera, où il commandait une batterie. Aide-de-camp du général Bouchu, commandant l’artillerie du 5e corps en 1811, il fit en cette qualité la fin de la campagne de 1811, celle de 1812 et se signala dans plusieurs combats, notamment au siège de Chinchilla, qui lui valut la décoration, en février 1813.

Nommé capitaine en second le 28 juin, il fut employé à la manufacture d’armes de Kligenthal, puis à l’armée d’Allemagne, où il remplit les fonctions d’adjoint à l’état-major de l’artillerie, fut détaché auprès du directeur général des équipages des ponts, et coopéra à la construction du pont de bateaux à Meissen (Dresde). A la bataille de Dresde, il sauva ce pont en y ramenant les troupes et en les y maintenant, malgré le feu de l’ennemi.

M. Esperonnier se trouva à la bataille de Leipzig, coopéra à la belle défense de Torgau, où il enleva un canon au fort de Zinna.

Prisonnier de guerre en Silésie, après la capitulation-de Torgau, M. Esperonnier rentra en France en 1814, et fut employé comme aide-de-camp du général Bouchu, commandant de l’École d’artillerie de Grenoble.

En 181 5, il fut d’abord envoyé à l’armée des Alpes, puis au corps d’armée des Pyrénées-Orientales. Adjoint à la direction d’artillerie de Paris en 1717, il fut classé au i" régiment d’artillerie à cheval, et, en 1819, il fut employé à l’École polytechnique, comme capitaine en premier et aide-de-camp du général directeur de l’École.

En 1827, il fit la campagne et fut nommé chef d’escadron pour sa conduite au siège de Pampelune. Envoyé sur sa demande en 1828 au corps d’expédition de la Morée, M. Espe-ronnier y commanda l’artillerie jusqu’en 1835. H reçut du gouvernement grec la croix.de commandeur de l’ordre du Sauveur.

Rentré en France comme lientenant-colonel et nommé sous-directeur d’artillerie à Toulon, il fut député en 1834, commandant en second de l’École polytechnique en 1835, réélu député en 1837, promu au grade de colonel en 1838.

Député par réélection en 1838 et 1839, il siégea toujours au’ centre gauche. Le 5 juin 1846, le colonel Esperonnier fut nommé général de brigade, puis commandeur de la Légion-d’Honneur.

Mis à la retraite par le gouvernement provisoire, il en fut relevé par le décret du 31 août 1849.

ESPERT DE LATOUR (JEAN-BAPTISTE, baron)[modifier]

né le 1er juillet 1764 à la Garde (Ariége), entra au service comme capitaine d’une compagnie franche de son département le 1" octobre 1792, et fit la campagne de cette année à l’armée des Pyrénées-Orientales. Passé au 4e bataillon de l’Ariége le 13 mai 1793, il y devint chef de bataillon le 15 vendémiaire an II etservit dans la même armée pendant les guerres de 1793 et des ans II, III et IV. Au siège de Rosés, il fut blessé d’un coup de feu au menton et d’un coup de sabre au bras gauche.

A la paix avec l’Espagne, il passa en Italie avec la 11e demi-brigade provisoire, qu’il commandait alors comme le plus ancien chef de bataillon ; cette 11e provisoire fut incorporée dans la 27e légère

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le 4 nivôse an V. Le 7 pluviôse, à l’affaire de Bassano, où il commandait la 27e. légère, qui formait l’avant-garde de la division Augereau, il reçut un coup de feu à la joue droite et un autre à la cuisse. Le 10 ventôse suivant, Bonaparte lui confia le commandement de la place de Boulogne, et, le 26 pluviôse an VI, le général Alexandre Berthier le nomma commandant de la province d’Umbria, en Romagne ; mais il retourna à Bologne le 4 prairial suivant. Le 2 germinal an VII, il dirigea l’avant-garde de la division qui marcha sur la Toscane, et commanda la place de Florence le 6 du •même mois.

Pendant le temps qu’il exerçait ses fonctions à Florence, le commandant Espert marcha plusieurs fois à la tête des détachements envoyés contre les insurgés d’Arezzo et d’autres lieux, et chaque fois, il les battit, les dispersa, leur prit leur artillerie, et fut assez heureux pour maintenir la tranquillité dans cette contrée. Lors de l’évacuation de la Tos-cane, le 17 messidor suivant, il conduisit à Gênes l’arrière-garde de la division. Appelé le 16 thermidor, il retourna à Gênes le 3 nivôse an XIII. Il fit partie de l’état-major du général en chef Mas-séna. Le 28 germinal de la même annnée, à Voltri, où il commandait dix-sept compagnies de grenadiers formant la réserve, il reçut un coup de feu à la jambe gauche. Le 22 floréal suivant, envoyé sur une barque pour porter des ordres à l’aile droite de l’armée, il fut pris par un corsaire autrichien sous le cap Noli. Echangé le 24 prairial de la même année, il vint reprendre ses fonctions au quartier général de l’armée d’Italie. On lui confia le 3 thermidor le commandement de Lucques, qu’il conserva jusqu’à l’évacuation de celle place. Mis en réforme le 8 messidor, et rappelé à l’activité, il re-

prit le commandement de Bologne le 10 ventôse an X.

Placé comme chef de bataillon à la suite, le 1er germinal, dans la 34e demi-brigade, il passa comme titulaire dans la 110" le 7 • prairial, et dans le 55° régiment d’infanterie de ligne le 1-1 fructidor an XI. Major du 108e régiment de la même arme le 30 frimaire an XII, et membre de la Légion-d’Honneur le 4 germinal, il fit les campagnes de Prusse et de Pologne, et se distingua, le 16 fé-vrierl807, à Ostrolenka, où il fut nommé officier de la Légion-d’Honneur. Sa brillante conduite à Friedland lui valut le grade de colonel à la suite, le 28 juin. Le 10 novembre de la même année, l’Empereur le nomma colonel titulaire du 42" d’infanterie de ligne, et, le 17 mars 1808, il lui accorda une dotation de 4,000 francs de rente. Il fit la campagne de 1809 avec la grande armée, et fut très-grièvement blessé au bras gauche, le 14 juin,, à la bataille de Raab.

Passé à l’armée d’Espagne, il fit les guerres de la Catalogne et d’Aragon jusqu’en 1814. Chargé, par le général Sou-ham, de tourner la position de l’ennemi, à la tête du 42% il concourut, après trois heures d’une vive fusillade, à la prise de Santa-Colonna et à la déroute complète des Espagnols, qui perdirent 2,000 hommes tués, blessés ou prisonniers. Le 20 février 1810, à l’affaire de Vich, en Catalogne, le 42e de ligne soutint, depuis huit heures du matin jusqu’à quatre heures du soir,’les efforts de l’armée espagnole, forte de 12,000 hommes d’infanterie et de 1,200 cavaliers. Renforcé par le 3e bataillon du Ie’ léger, le colonel Espert fit battre la charge et enfonça le centre de l’ennemi, prit un drapeau, six cents chevaux, el fit deux mille huit cents prisonniers, dont cent trente-quatre officiers. Dans cette affaire, il reçut quatre coups de feu ; le premier perça son chapeau, le second lui enleva une épaulette. le troisième brisa son sabre et le quatrième emporta le talon de sa botte.

Il se fit encore remarquer aux sièges de Girone, d’Hostatrich et de Tortose, et fut nommé commandeur de la Légion-d’Honneur le 7 mai 1811. A la prise d’assaut de Taragone le 28 juin suivant,,il mérita d’être honorablement mentionné, par le général en chef, à l’ordre,de l’armée. Elevé au grade de général de brigade le 6 août de la même année, pour être employé en cette qualité à t’ar-mée de Catalogne, il se trouva.au combat d’Altafulla le 23 janvier 1812, attaqua les Espagnols de front et les mit dans une déroute complète. Quelques jours après, posté à San-Geloni, il chassa de Villa-Major le fameux chef de bande Milans et lui fit éprouver des pertes considéra-, blés. Le 1 9 septembre, se rendant d’Arom del Mar à Mataro, avec le 5° de ligne, le 23e léger et un escadron du 29e.de chasseurs à cheval, il fut attaqué sur les hauteurs de San-Vicente par 3,000 Espagnols commandés par ce même Milans. Après un’ engagement très-vif, les insurgés furent culbutés, poursuivis au delà des montagnes jusqu’à la nuit, et perdirent 350 hommes.

Le 2 novembre suivant, au combat de Garrigica, il chassa brusquement les Espagnols des retranchements qu’ils occupaient sur les hauteurs, et leur enleva successivement cinq positions. En 1813 et en 1814, il coiiimanda la division de Cerdagne, et ne déposa les armes qu’après l’abdication de l’Empereur.

Mis en non-activité et nommé chevalier de Saint-Louis le 24 août 184 -4, lors, du retour de Napoléon, au mois de mars 1815, il fut employé dans la 19e division militaire à Lyon. Replacé dans la position de non-activité après la seconde Restauration, le baron Espert de Latour mourut le 43 octobre 18 ! S.

ESTÉVE (JEAN-BAPTISTE, baron)[modifier]

naquit le 2 janvier 1768 à Entrecastreaux (Var). Soldat dans le régiment de Normandie-Infanterie, il obtint son congé le 31 décembre 1790. Admis comme gendarme national à la résidence de Bri-gnolles (Var), le 20 septembre 1792, il fit partie de la deuxième division de gendarmerie organisée en guerre à Fontainebleau, et rejoignit l’armée du Rhin au commencement de 1793. En l’an II, il passa à l’armée de la Moselle, se trouva au combat de Tripstadt, où il se rendit maître d’une batterie ennemie en se précipitant au galop sur les canonniers qu’il sabra et mit en fuite, et, à l’affaire de Kaiserslautern,. il chargea vivement un corps de hussards ennemis.

L’année suivante, à la prise du fort Merlin, devant îflayence, comme il se trouvait en ordonnance auprès du général Argoud, il reçut deux coups de feu, dont un à la cheville et l’autre à la cuisse droite.

A son retour dans l’intérieur, il fut nommé sous-lieutenant dans la légion de police le 15 frimaire an IV ; et, après le licenciement de ce corps, il se rendit à Dunkerque, où le général Quantin le nomma, le 17 vendémiaire an V, capitaine dans la 2e légion des Francs, dile des Déserteurs étrangers, avec laquelle il embarqua sur la flotte destinée à une ’ descente en Irlande. Cette expédition ayant échoué, et la légion des Francs ayant été dissoute le 20 messidor de la même année, Estève, mis en subsistance dans la 20e demi^brigade de bataille le 20 thermidor suivant, se trouvait à Paris aux journées des 18, 19 et 20 fructidor, et y fut employé utilement par le général Augereau. Choisi pour aide-de-camp par le général Quantin le 3 messidor an VI,.et capitaine à la suite de la 14e légère le 26 prairial an VII, il fit une partie de la campagne de l’an VIII à l’armée du Danube, où il exerça successivement les emploisde commandant de place à Morat et à Arau, et devint, au mois dé ventôse, chef d’état-major de général Broussier, à Berne.

Attaché ensuite au corps du général Lannes, il pénétra en Italie avec l’armée de réserve et se trouva au passage du Pô à la tête d’une compagnie de la 28* de ligne. Comme une’partie de cette demi-brigade fléchissait devant l’ennemi et faisait retraite dans la petite plaine qui s’étend entre les deux digues, Estève accourut avec sa compagnie, rallia les fuyards et culbuta l’ennemi sous les yeux du général Lannes. A la bataille de Mon-tebello, il conduisit toute la 28° à l’ennemi, et à Marengo il courut à la tête des troupes jusque sous le feu des batteries autrichiennes, où il eut deux chevaux tués sous lui. Nommé le 1" messidor an VIII capitaine adjoint à l’état-major de l’armée d’Italie, il fut fait chef de bataillon le 27 germinal an IX, par un arrêté du premier Consul, àquile général Lannes avait plusieurs fois vanté sa bravoure. La deuxième jour complémentaire de la même année, admis avec son grade dans la M0 demi-brigade légère, il la suivit à Saint-Domingue, fut atteint de deux coups de feu, l’un à la poitrine et l’autre au bras, pendant la marche du général Hardy de Doudon à la plaine du Nord, le 9 germinal an X, et se maintint à la tête des carabiniers, malgré ses deux blessures : il reçut, à la suite de cette affaire, un sabre d’honneur des main du général en chef. De retour en France à latin de l’an XI, et le 12 germinal an XII incorporé dans le 2e régiment de la garde de Paris, il reçut la décoration d’officier de la Légion-d’Honneur le 25 prairial de la même année, étant de droit membre de l’Ordre depuis le d" vendémiaire précédent, comme ayant à cette époque reçu une arme d’honneur.

Employé en Holiande en l’an XIII, et promu au grade de major du 1" régiment de la garde de Paris le 12 juillet 1806, il en conduisit un des bataillons de guerre en Espagne au mois d’octobre 1807. Il était à l’affaire du pont d’Arcole, qu’il enleva d’assautle 7 juin 1808, à la prise de Cordoue le même jour, et au combat d’Andujar, où, après avoir résisté trois jours aux troupes espagnoles, il fit retraite sur Baylen. Bien qu’il eût combattu victorieusement dans la journée du 19 juillet depuis trois heures du matin jusqu’à deux heures de l’après-midi, il eut le malheur de se voir compris dans la capitulation signée le 23, un décret du 13 du même mois lui avait conféré le grade de colonel à la suite du régiment.

Retenu comme prisonnier de guerre en violation de la capitulation, et conduit avec ses malheureux compagnons sur le ponton la Vieille-Castille, en rade de Cadix, il parvint à s’échapper avec une centaine de braves dans la nuit du 15 au 16 mars 1810, fut recueilli sur la plage par l’armée française, et prit, le 1" novembre 1810, le commandement du 118* régiment de ligne, à la tête duquel il reçut un coup de feu au côté gauche à la bataille de Salamanque, le 22 juillet 1812.

Baron de l’Empire dans le cours de cette campagne, il passa en qualité de major au -4e régiment de voltigeurs de la jeune garde le 24 janvier 1813, rejoignit la division de la jeune garde à la grande armée, fut nommé chevalier de l’ordre de la Réunion et général de brigade le 23 juillet 1813, et placé au Ac corps à la réorganisation qui suivit la bataille de Leipzig, le 15 novembre suivant, il fit encore la campagne de France, se retira dans ses foyers, où Louis XVIII lui envoya la croix de Saint-Louis le 13 août 1814., et admis à la solde de retraite le 15 mars 181b ; il fut placé dans le cadre de réserve de l’état-major général le 22 mars 1831 ; puis rentra dans sa position de retraite le 1" mai 1832. Il est mort le 14 février 1837.

ÉVAIN (LOUIS-AUGUSTE-FREDERIC, baron)[modifier]

né Je 15 août 1775 à Angers, entra, le l" septembre 1792, comme élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de Châlons, passa lieutenant en second au 6e régiment d’artillerie à pied, le Ie’juin 1793, servit à l’armée du Nord pendant les campagnes de 1793 à l’an III, obtint le grade de lieutenant en premier, le 13 nivôse an II, et celui de capitaine en troisième, le 20 germinal en III.

Envoyé en résidence sur les côtes de Normandie au commencement de l’an IV, il y servit jusqu’en l’an VII, fit les campagnes des ans VIII et IX à l’armée du Rhin et fut nommé capitaine en deuxième, le 13 frimaire an IX. Détaché en cette qualité, le 19 floréal de la même année, à l’état-major d’artillerie de l’École d’application de Châlons, il passa capitaine en premier, le Ie’ pluviôse anX. Aide-de-camp du général Éblé, le 8 pluviôse an XI, il servit pendant les ans XI et XII aux armées de Batavie et de Hanovre, devint chef de bataillon, le 6 brumaire an XII, puis chef de l’état-major général du génie au camp d’Utrecht, le 16 frimaire. Le 24 du même mois, il entra au 6e régiment d’artillerie à pied, fut attaché le 11 ventôse à l’équipage d’artillerie de l’armée deHanovre,et membre de la Légion-d’Honneur, le 25 prairial ; il fut appelé, le 4 messidor de la même année, auprès du général Gassendi, chef de.la 6’ division du*ministère de la guerre. Nommé, le 11 ventôse an XIII, sous-directeur du génie à Paris, et désigné, le 16 messidor suivant, pour travailler au Code militaire, il devint colonel, le 9 février 1809, et attaché en cette qualité à la 6e division (artillerie) du ministère de la guerre, il remplit les fonctions de commissaire près l’administration des poudres et salpêtres, par décision du 28 mars 1809, et celle de membre du comité central, le 3 juin 1811. Administrateur habile et intégre, l’Empereur récompensa, par le grade de général de brigade (12 avril 1813) l’étonnante activité avec laquelle il organisa le matériel de l’artillerie, anéanti par nos désastres de 1812 en Russie.

Conservé chef de la direction de la division de l’artillerie au ministère de la guerre, pendant la première et la seconde Restauration, il fut nommé chevalier de Saint-Louis, le 27 juin, et officier de la Légion-â" Honneur, le 29 juillet 1814, puis baron à la fin de la même année. Le 26 septembre 1815, envoyé à Douai, commandant de l’École d’artillerie, il vint reprendre au ministère de la guerre son ancienne position à la direction d’artillerie, par décision du 1" mai 1817, et passa la même année directeur de l’artillerie et du génie au même ministère. Promu maréchal de camp par ordonnance du 15 avril 1818, et chargé avec ce nouveau grade de tout ce qui avait rapport au cours normal d’enseignement mutuel établi à la caserne de Babylone, à Paris, le roi l’éleva au grade de lieutenant-général, le 3 janvier 1822, et l’appela aux fonctions d’inspecteur général de l’artillerie. Il avait reçu, le 18 mai 1820, la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur. Mis en disponibilité pour cause de santé, le 9 mars suivant, et admis, sur sa demande, à la retraite, le 7 avril 1824, il se retira à Paris.

Réintégré en 1830 sur le cadre de réserve, le baron Évain alla porter ses talents en Belgique, y reçut des lettres de naturalisation et fut nommé ministre de la guerre. Il n’était pas possible, a dit un biographe anglais, de rencontrer,

EXE

( B06 )

ÈXE pour administrer ce département, un homme plus capable que cet officier plein d’expérience, dont les longs et utiles services avaient été si hautement appréciés par Napoléon et mis à profit par Louis XVIII. Cet homme recommanda-ble, et d’une probité irréprochable, est mort le 30 décembre 1832. Le roi Louis-Philippe l’avait nommé, le 8 juin précédent, grand officier de la Légion-d’Honneur.

EXELMANS (RESII - JOSEPH - ISIDORE, baron)[modifier]

né à Bar-sur-Ornain (Meuse), le d3 novembre 1775, entra fort jeune comme volontaire au 3e bataillon des volontaires de la Meuse, le 6 septembre 1791. Il fut nommé sous-lieutenant le 22 octobre 1793, lieutenant, le 19 juin 1798, aide-de-camp du général Éblé, le 22 octobre 1798. Le 13 avril 1799 il était capitaine provisoire au 16° dragons. Il se distingua au début par plusieurs actions d’éclat qui le firent remarquer de Murât, dont il devint bientôt l’aide-de-camp et l’ami. Il fut nommé chef d’escadron en octobre 1803, et colonel du 1er chasseurs le 27 décembre 1805. Après le combat de Wertingen (1805) où il eut trois chevaux tués sous lui et fit des prodiges de valeur, il fut chargé de présenter à Napoléon les drapeaux pris sur l’ennemi. Napoléon lui fit l’accueil le plus flatteur et lui dit : « Je sais qu’il est impossible d’être plus brave que vous : je vous fais officier de la Légion-d’Honneur. » Exelmans fut nommé quelque temps après colonel du V régiment de chasseurs, à la tête duquel il prit Po-sen, en 1806. 11 fut nommé général de brigade à Eylau, le 14 mai 1807 et attaché à l’état-major de Murât, qu’il suivit en Espagne comme aide-de-camp ; arrêté par les guérillas, il fut transféré en Angleterre, où il resta jusqu’en 1811. Le 24 décembre 4811, il fut nommé major

de chasseurs à cheval de la garde impériale.et des grenadiers achevai, le 27 juillet 1812 ; il fit la campagne de Russie et gagna son titre de général de division à la bataille de la Moskowa (8 septembre 1812).. Sa brillante conduite dans la campagne de 1813 lui valut le cordon de grand officier de la Légion-d’Honneur ; il fit des prodiges de valeur dans la campagne de France. Sous la première Restauration, on surprit de lui une lettre à Murât assez compromettante. L’ordre de l’arrêter fut donné ; il s’évada d’abord, puis se constitua prisonnier dans la citadelle de Lille. Un conseil de guerre l’acquitta à l’unanimité, le 23 janvier 1818.

Au retour de l’île d’Elbe, Exelmans fut nommé Pair de France et commandant en chef du 2e corps de cavalerie. Il se battit en héros à Waterloo. Le 2 juillet, l’armée réunie sous les murs de Paris attendait le signal d’une bataille qui eût été une revanche de Waterloo.

Blùcher, à qui l’on n’opposait qu’un simulacre de défense, avait passé ia Seine sur le pont du Pecq, conservé par les soins du journalisteMartainville, et paraissait vouloir se répandre, avec ses troupes, sur la partie Sud-Ouest de Paris. Nos généraux, témoins de cette marche aventureuse, jugèrent unanimement que les Prussiens s’étaient compromis. Ce fut dans ce moment que l’Empereur déclara au gouvernement qu’il était sûre d’écraser l’ennemi, si on voulait lui confier le commandement de l’armée. Par ordre du prince d’Eckmùhl, le général Exelmans fut dirigé sur les traces des Prussiens avec 6,000 hommes ; un corps de 15,000 hommes d’infanterie, sous le commandement du général Vichery, devait le suivre par le pont de Sèvres et lier ses mouvements avec 6,000 fantassins du 1er corps, et dix mille chevaux d’élite qui devaient déboucher par le pont de Neuilly. Mais au moment d’exécuter ces dispositions, dont le succès eût indubitablement entraîné la perte de l’armée prussienne, le prince d’Eck-mûhl donna contre-ordre. Le général Exelmans soutint seul le combat, avec cette- valeur bouillante qui le distinguait. Il attaqua l’ennemi en avant de Versailles, le précipita dans une embuscade, le tailla en pièces et lui enleva ses armes, ses bagages, ses chevaux. Les généraux Strulz, Pire, Barthe, Vincent, les colonels Briqueville, Faudoas, Saint-Amant, Ghaillpu, Simonnet, Schmid, Paolini et leurs braves régiments, firent des.prodiges de valeur, et furent intrépidement secondés par les citoyens des communes voisines qui avaient devancé en tirailleurs, sur le champ de bataille, l’arrivée de nos troupes, et qui, pendant l’action, combattirent à leurs côtés. Cependant, Exelmans, non soutenu,

fut obligé de rétrograder devant le gros de l’armée prussienne qu’il trouva à Louveciennes près de Marly. Devant des forces disproportionnées et dans ce,pays coupé et boisé, sa petite cavalerie ne pouvait se mouvoir ni combattre. Il revint sur Montrouge, la rage dans le cœur, laissant les Prussiens s’établir sur la rive gauche de la Seine ; le lendemain, 3 juillet, l’armistice conclu fît cesser les hostilités.

Exelmans futproscrit par l’ordonnance du 24 juillet, et rétabli dans le cadre de l’état-major général, le 1er septembre 1819. Il a été inspecteur général de cavalerie le 7 mai 1828 et le 8 août 1830. En 1830 il avait été réintégré à la Chambre des pairs.

11 est aujourd’hui (août 1849) grand-croix et grand chancelier de la Légion-d’Honneur en remplacement du maréchal Molitor.

D Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 F