Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ALBÉRIC DE TROIS-FONTAINES

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ALBÉRIC DE TROIS-FONTAINES



ALBÉRIC DE TROIS-FONTAINES, chroniqueur, né au diocèse de Liége. C’est sous ce nom qu’est devenue célèbre une chronique du xiiie siècle, qui est un des plus anciens et des plus précieux monuments de l’histoire de ces temps obscurs. Elle appartient à notre pays, non-seulement par le sujet, mais aussi par l’intitulé d’un des manuscrits, qui range le moine Albéric dans le diocèse de Liége. Cette origine a été adoptée par l’illustre éditeur de la chronique, Leibnitz, qui a pris pour en-tête : Incipit Cronica Alberici Monachi Trium Fontium Leodiensis diocesis. De telles preuves ne suffiraient pas pour nous permettre de revendiquer ce modeste écrivain, si sa nationalité ne résultait pas à l’évidence du texte même qu’il nous a légué. On y trouve quantité de détails minutieux relatifs au pays de Liége et à Huy. L’auteur y raconte des événements qui ne pouvaient intéresser qu’un habitant du lieu et qui sont rapportés avec l’exactitude d’un témoin oculaire. Il se montre mieux disposé pour les empereurs germaniques, dont relevaient les Liégeois, que pour les rois de France, des sujets desquels il lui arrive de se moquer. Tout démontre non-seulement qu’il était du diocèse de Liége, mais encore qu’il vivait non loin de Huy. Des indices plus précis permettent même d’affirmer qu’il était moine augustin, de l’abbaye de Neufmoustier. La chronique nous appartient donc sans conteste. Seulement, il est permis de douter qu’elle soit l’œuvre de cet Albéric sous le nom duquel elle a passé à la postérité. Ce dernier n’en paraît être que l’interpolateur : moine et Liégeois, comme l’auteur, il ne faisait point partie du même ordre, et c’était probablement un cistercien du Val-Saint-Lambert. Quant à cette dénomination de Trois-Fontaines, qui a engagé quelques auteurs a en faire un bénédictin du monastère de ce nom dans le diocèse de Châlons-sur-Marne, elle rappelle à d’autres un petit hameau, situé dans le marquisat de Frachimont, et qui pourrait être le lieu de naissance de notre Albéric. Quoi qu’il en soit, le véritable auteur est resté complètement anonyme. C’est bien à lui, cependant, que revient la gloire du travail, puisqu’on a pu compter les interpolations, qui sont au nombre de vingt et une, suivant M. Petit-Radel, tandis que Dom Bouquet n’en porte le chiffre qu’à seize. La chronique commence avec le monde. Jusqu’en 1220, ce n’est qu’une compilation d’une cinquantaine d’auteurs précédents que le chroniqueur nomme fréquemment. De 1220 à 1241, où il se termine, le récit peut passer pour original. Il ressort de l’ouvrage même que l’auctor anonyme n’est contemporain qu’au xiiie siècle des événements qu’il raconte. Les interpolations d’Albericus Monachus se font surtout remarquer de 1163 à 1223. La chronique a mérité les éloges des savants les plus compétents. Seule elle fournit une grande abondance de matériaux sur l’époque dont elle s’occupe. Elle se signale surtout par le grand nombre de généalogies princières et autres, qu’aucune chronique n’avait données avant elle. Même où il n’a fait que compiler, l’auteur a rendu service à la science en préservant de la destruction des passages choisis de chroniques aujourd’hui perdues ou du moins, en fournissant de meilleures leçons de textes publiés postérieurement. Sans doute, le moine de Neufmoustier n’est pas complètement exempt des défauts de son époque. Il croit à l’astrologie, à la magie, et montre pour les miracles une crédulité excessive. Il ne manque cependant pas tout à fait d’une certaine critique, et brille surtout par une impartialité bien extraordinaire chez un homme d’Éèglise, obligé de narrer les querelles sanglantes de l’Empire et de la Papauté. Quelque défectueuse que soit l’édition de Leibnitz, ce n’en est pas moins un honneur pour notre auteur que d’avoir fixé l’attention de ce grand homme, et l’on déplorera avec nous de ne pas connaître le nom du moine modeste dont, par une méprise fréquente au moyen âge, toute la célébrité a été donnée par les copistes à son trop heureux interpolateur, Albéric de Trois-Fontaines.

F. Hennebert.