Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BEAUFORT-SPONTIN, Jacques DE

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BEAUFORT-SPONTIN (Jacques DE), homme de guerre, mort en 1504, fut le troisième représentant de la branche de cette famille qui porta plus particulièrement le titre seigneurial de Freyr, et qui commença à l’aïeul de ce seigneur, Jacques de Beaufort-Spontin, fils de Marguerite de Wavre et de ce même Guillaume que nous avons vu faire ses premières armes dans la plaine de Bastweiler, à côté de son père. Descendant de ces hommes d’épée qui, d’après le témoignage du vieux Mélart, étaient toujours si chatouilleux et si hauts à la main, il avait dans l’histoire de sa lignée trop de modèles de chevalerie, pour qu’il ne cherchât pas à les imiter lui-même.

Presque enfant encore, il assista, à côté de son père, Guillaume, sire de Freyr, à la sanglante bataille que le comte de Nassau, un des lieutenants du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, livra, le 19 octobre 1465, aux Liégeois dans les plaines de Montenaken. Après cette terrible rencontre, il fut armé chevalier sur le champ de bataille même. L’année suivante, il prit part, cette fois encore avec son père, au célèbre siége de Dinant et au sac de cette malheureuse ville. Mais en 1467, sans qu’on sache la cause de la mésintelligence qui s’éleva tout à coup entre le père et le fils, une rupture ouverte eut lieu entre eux. Jacques, paraît-il, n’avait pas encore atteint sa majorité légale, et son père voulut l’émanciper, c’est-à-dire, comme s’exprime l’acte curieux qui fut dressé à cette occasion, le mettre hors de son pain, de sa main et de sa tutelle. Il le conduisit donc, le 2 janvier 1467, devant le sire de Beaurewart, lieutenant du souverain bailli du comté de Namur, auquel il déclara sa volonté. Sur quoi le lieutenant comtal lui demanda ce qu’il entendait donner à son fils. Guillaume répondit qu’il ne voulait lui donner qu’une dague. En même temps il remit une dague au jeune homme qui déclara se tenir pour satisfait. Ensuite, à la réquisition du sire de Beaurewart, il prit son fils par le pan de sa cotte et le lui livra. « Ainsi, » dit en terminant ce singulier acte d’émancipation, « fut jeté et mis hors de la tutelle, pain et main de son père, bien à droit et à loy, selon les us et coutumes de ladite cour. »

Une fois en possession de sa liberté, Jacques de Beaufort-Spontin, quel usage en fit-il ? On ne le sait. Mais ou conjecture qu’il alla mettre son épée au service du roi Louis XI, à l’exemple de tant d’autres seigneurs bourguignons qui à cette époque se disposaient à faire ou achevaient de faire défection à Charles le Téméraire, à cause de la dureté et de la violence de ce prince, et au nombre desquels se trouvaient les Croy, les Lalaing, les La Hamayde et jusqu’à ce Philippe de Comines qui, après avoir été l’ami et l’affidé du duc Charles, devint le confident et le conseiller le plus intime du roi. Du moins, si nous devons en croire le témoignage de Georges Chastellain (Chronique, IIe partie, chap. III), Jacques de Spontin fut l’un des deux ambassadeurs que le roi Louis envoya, en 1470, au Téméraire, pour le rassurer sur la fidèle exécution des traités, quoiqu’il soutînt ouvertement en France aussi bien qu’en Angleterre, les intérêts de la maison de Lancastre contre ceux de la maison d’York, à laquelle le duc s’était allié deux années auparavant en épousant madame Marguerite.

Quoi qu’il en soit, Jacques de Spontin ne reparut dans le comté de Namur que le 18 juillet 1476, jour où nous le voyons faire le relief de sa seigneurie de Freyr ; car il venait de recueillir l’héritage de son père, décédé le 11 du même mois. Depuis cette époque, il s’effaça de nouveau jusqu’en 1488. Alors il rentra en scène pour montrer qu’il n’avait oublié ni sou métier d’homme de guerre ni ses devoirs de chevalier, lui qui avait commencé la vie sur un champ de bataille. On sait quels troubles sanglants eurent lieu vers cette époque à Gand et à Bruges, à propos de la tutelle de Philippe le Beau, fils de Marie de Bourgogne et de Maximilien, archiduc d’Autriche. On sait aussi que l’empereur Frédéric, pour y mettre fin, lança une armée allemande sur la Flandre. Le désordre se répandit de proche en proche, et dans toutes les provinces bourguignonnes de la Belgique, Maximilien avait ses adhérents comme ses adversaires. L’aristocratie tenait en général pour l’archiduc. Parmi les seigneurs qui, dans le comté de Namur, s’étaient rangés avec le plus de ferveur à la cause de ce prince, figurèrent le sire de Spontin et celui de Freyr. Ils en donnèrent des preuves non équivoques lorsque, en 1488, le gouverneur et souverain bailli du comté, Jean de Berghes, ne pouvant réussir à s’emparer du château de Namur, où une bande de soldats révoltés s’était enfermée, invoqua le secours de tous les barons fidèles. Le sire de Freyr fut un des premiers à lui offrir l’aide de son épée et de ses hommes d’armes, et concourut vaillamment à la prise de la redoutable forteresse. Mais, à dater de cet événement, il ne reparut plus sur la scène publique, si ce n’est plusieurs années plus tard. En effet, après que l’archiduc Maximilien eut été élevé au trône de l’empire, Philippe le Beau fut solennellement inauguré, en 1494, dans quelques-unes des seigneuries dont se composait l’héritage de Marie de Bourgogne, sa mère. Il le fut à Namur, l’année suivante, et Jacques de Beaufort-Spontin assista à cette solennité parmi les barons du comté qui reçurent le serment du jeune souverain.

Il mourut sans laisser aucun héritier mâle. Sa fille unique, Jeanne de Spontin, mourut sans postérité, mais après avoir transporté la seigneurie de Freyr à un neveu de son père, à Guillaume de Beaufort-Spontin, fils de Guillaume IVe du nom.

Les restes de Jacques furent déposés dans une des chapelles de l’église abbatiale de Waulsort, non loin du château de Freyr-sur-Meuse.

André Van Hasselt.