Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BOEL, Pierre

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BOEL (Pierre), second fils de Jean, peintre d’animaux, fleurs, fruits, nature morte et graveur à l’eau-forte, né à Anvers, le 22 octobre 1622 et non en 1625, comme tous les biographes l’avaient avancé jusqu’à ce que M. Van Lerius eut rétabli la vérité dans son supplément du catalogue du Musée anversois. Pas plus que son frère Coryn ou Quiryn, Pierre n’est inscrit sur le Liggere; il aurait pu l’être fort jeune étant fils de maître. Il devint élève de Fran. Snyders et, selon Félibien et Basan, il épousa la veuve de son maître : il n’y a à cela qu’un obstacle, c’est que Snyders survécut dix ans à sa femme. Notre artiste, animé d’un grand désir de se perfectionner dans son art, partit, avant de contracter mariage, pour l’Italie; il s’arrêta à Venise, puis se rendit à Rome; il s’y occupa, ainsi que dans les cités environnantes, à étudier la nature et à surprendre les secrets des grands maîtres, ses devanciers. Nous trouvons la mention de ce voyage dans Corneille De Bie, dont les vers très-élogieux, consacrés au peintre anversois, sont accompagnés d’un beau portrait de Boel, gravé par Conrad Lauwers, d’après Érasme Quellyn. Le séjour de notre peintre en Italie dura plusieurs années. Immerzeel raconte qu’il se rendit à Gênes pour y retrouver son oncle, Corneille De Wael, que le même auteur lui donne aussi pour maître. Dans les recherches faites si scrupuleusement à Anvers sur la famille de Boel, il n’est point question de sa parenté avec Corneille de Wael ni des leçons que ce dernier lui aurait données. L’erreur sera venue de ce que sa femme, Marie Blanckaert, était alliée aux De Wael.

D’après plusieurs auteurs, Basan, Descamps, d’Argenville et autres, Boel se serait rendu en France en revenant d’Italie. M. Van Lerius pense qu’il y a confusion dans les dates et que le séjour en France eut lieu plus tard. Nous suivrons donc Pierre Boel à Anvers où sa réputation fut promptement établie; on vit bientôt que l’on avait affaire à un artiste de la grande école et les commandes affluèrent. Parmi les compositions qu’il exécuta à cette époque, les auteurs s’accordent à citer les Quatre éléments comme de véritables chefs-d’œuvre; ces toiles reproduisaient, en grandeur naturelle, des animaux, des fleurs et des fruits; c’étaient des œuvres colossales qui appartenaient, à cette époque, à un sieur N. Bloemaerts, fabricant de cuirs dorés pour tapisseries. Weyerman raconte que celui-ci les fit copier par un certain Lyssens et que cette copie ne manquait pas de mérite.

Vers 1650, Boel épousa Marie Blanckaert; il en eut deux enfants, Luc, né en 1651, et Anne-Basilie, née en 1653. Marie Blanckaert décéda en 1658-1659. On croit que notre artiste resta veuf. Le mariage d’un Pierre Boel se trouve bien inscrit sur les registres de Sainte-Walburge, en 1660, mais il y a des raisons suffisantes pour être certain qu’il s’agit d’un homonyme. En 1659-1660, deux élèves sont inscrits au nom d’un peintre Boel; ce sont De Coninck et Schoof; il s’agit très-probablement de Pierre Boel. C’est peut-être quelque temps après que notre artiste alla s’établir à Paris, car d’Argenville assure qu’à la mort de Nicasius (Nicaise Bernaerd, le Flamand), Pierre Boel lui succéda comme peintre du roi. Félibien et Mariette nous disent qu’il travailla aux Gobelins, pour Louis XIV; il y fit les animaux et les oiseaux des compositions intitulées les Douze mois et exécutées sur les dessins de Ch. Lebrun. Ce travail eut lieu en collaboration avec Genoels, le jeune, Vander Meulen et Adrien-François Baudouin. C’est encore avec Genoels que Boel travailla aux tapisseries commandées par le comte de Monterey, gouverneur général des Pays-Bas. On ne sait rien de positif sur l’époque de la mort de Pierre Boel; Immerzeel avait donné la date de 1680 que l’on ne peut admettre sans preuves. La dette mortuaire d’un Boel fut payée à la corporation de Saint-Luc en 1702-1703 et il est à supposer qu’il s’agit de notre peintre, mais comme le vieux registre n’indique pas de prénom, l’on ne peut rien affirmer.

Boel était un des maîtres de son temps; il mérite d’être placé sur la même ligne que Jean Fyt; il a le pinceau libre et hardi, le coloris digne de la grande école; on voit qu’il avait étudié la nature avec amour et qu’il avait reçu le don de la rendre avec la poésie qu’elle renferme. Longtemps le Repas de l’aigle, du Musée d’Anvers, fut attribué à Jean Fyt; c’est une belle œuvre, imposante et pleine de grandeur. L’autre tableau du même Musée, une Nature morte, n’est pas moins beau; il vient de la collection Vanden Schrieck, de Louvain, où il était aussi catalogué sous le nom de Jean Fyt. Le Musée de Madrid possède de Boel, du Gibier mort dans nu paysage; celui de Munich, Un chien gardant du gibier mort. Mais Pierre Boel n’était pas seulement un grand peintre, il était, en outre, un graveur à l’eau-forte d’un très-grand mérite. Voici le jugement que Bartsch porte sur ses gravures : « La vérité dans le rendu du caractère des animaux qui y sont représentés; le naturel propre à chacun observé dans leurs mouvements, l’exactitude du dessin, le charme des accessoires et l’exécution spirituelle et pleine de goût, élèvent les estampes de P. Boel au rang de véritables chefs-d’œuvre. Sa Chasse au sanglier peut soutenir la comparaison avec les planches les plus renommées d’après les meilleurs peintres d’animaux, et, dans la catégorie des oiseaux, il n’existe rien que l’on puisse mettre sur le même rang que les six pièces qu’il a gravées. Elles seront toujours admirées par les vrais connaisseurs. » Ce jugement est exact; il est ratifié chaque fois que les planches de Boel se présentent dans des ventes où elles atteignent des prix très-élevés. Voici la nomenclature de ses pièces, trop importantes pour être passées sous silence. Différents oiseaux; suite de six pièces. Frontispice Diversi Ucelli à Petro Boel. — Les faucons. — Les aigles. — Le paon. — Les butors. — Les éperviers. — La chasse au sanglier, cinq états (chef-d’œuvre). — Deux éléphants, deux ours et deux lynx. — Six pièces portant le nom de Scotin, attribuées à Boel, mais présumées de Scotin.

Ad. Siret.