Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BREDAEL, Jean-François VAN

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  Tome 1 Tome 2 Tome 3  ►




BREDAEL, Jean-François VAN



BREDAEL (Jean-François VAN), fils d’Alexandre, dont il est parlé dans l’article consacre à Pierre, le vieux, peintre de paysage avec figures et animaux, de campements, etc., naquit à Anvers. Descamps nous indique pour date de sa naissance le 19 mars 1683, date admise par plusieurs auteurs; mais Alexandre, père de Jean-François, ne s’étant marié qu’en 1685, et n’ayant eu d’enfants qu’à partir de 1686, l’assertion de Descamps tombe encore une fois parmi les innombrables erreurs qu’il a commises. Jean-François fut baptisé à Anvers, le 1er avril 1686; il fut élève jusqu’en 1701 de son père. Nous croirions volontiers, ne fût-ce qu’en regardant son tableau du Louvre, qu’il reçut aussi les leçons de son oncle Jean-Pierre; on sait, en effet, que celui-ci, établi en Allemagne, était le peintre de batailles et de scènes militaires de la famille. Cependant, pour être tout à fait conforme à la vérité, nous devons ajouter que Jean-François accepta non-seulement les traditions de la famille en imitant Breughel de Velours, mais qu’en même temps il pasticha Wouwermans et parfois d’une manière assez parfaite pour que les plus fins connaisseurs y fussent trompés. Descamps raconte que le jeune artiste travailla neuf années dans le célèbre cabinet du marchand de tableaux Jacques De Wit, et qu’il fit, pour celui-ci, une grande quantité de copies de Breughel de Velours et de Wouwermans, copies vendues sans scrupule pour des originaux. Weyerman, qui appelle notre artiste N. van Breda, nous dit que ses imitations ne se reconnaissaient qu’à un coloris un peu porcelaine d’aspect, bien différent de la transparence de Breughel de Velours. Quand il eut suffisamment inondé sa patrie de ses copies, Jean-François partit pour Londres. Sa réputation l’y avait précédé; il y eut bientôt assez de commandes pour ne point regretter son exil volontaire. Selon Descamps il était parti en compagnie du sculpteur Michel Rysbrack, devenu si célèbre en Angleterre; mais M. Paul Mantz, dans un article de l’Histoire des peintres publié par Charles Blanc, fait remarquer que Rysbrack ne partit pour l’Angleterre qu’en 1720, et que Van Bredael y fut protégé par lord Derwent-Water, supplicié en 1716 pour sa conspiration jacobite de Preston. Malgré la perte de son protecteur, à laquelle il fut, paraît-il, très-sensible , Jean-François prolongea son séjour en Angleterre, y rencontra de nouveaux Mécènes, et fut, assure-t-on, employé par les plus grands personnages et même par le roi. En 1723, il y épousa une jeune fille anglaise du nom de Catherine Ryck ou Rick et revint enfin dans sa ville natale, en 1725. C’est toujours Descamps qui parle, et cela doit laisser un certain doute pour l’exactitude de ces derniers détails; nous ferons même observer que cette jeune Anglaise portait un nom essentiellement flamand ou allemand. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’en 1726 notre peintre était de retour à Anvers : car nous l’y trouvons inscrit comme doyen de la corporation de Saint-Luc. Le biographe déjà mentionné raconte ensuite qu’en 1746, lorsque Louis XV vint à Anvers, on lui présenta Van Bredael comme un des principaux artistes de la cité et des dignitaires de l’Académie. Le roi admira son talent et lui acheta quatre toiles, Jésus-Christ prêchant au bord de la mer, Miracles du Christ, et deux paysages, tous enrichis d’une multitude de figures dans la manière de Breughel de Velours. Les courtisans et les princes se hâtèrent de faire leur cour en suivant l’exemple du roi; l’on cite le prince de Soubise, le prince de Clermont, le duc d’Havre, etc., parmi ceux qui firent des achats à notre peintre. La joie le rendit gravement malade, dit Deseamps; cependant, selon cet auteur, il se rétablit et vécut jusqu’au 19 février 1750. Encore une date précise qui nous inspire des inquiétudes; Jean-François laissa un fils nommé François, peintre et élève de son père, né à Anvers, et qui remplit les fonctions de doyen de Saint-Luc pendant une partie des années 1733, 1734 et 1735, en remplacement d’autres artistes qui s’étaient rachetés du service. Nous ferons remarquer que la liste des doyens écrit, en 1735, Jean-François et non point François; si cette appellation n’est pas une erreur, nous devons rétablir les faits et noter que pendant une partie de l’année 1735 ce ne fut point le fils, mais bien le père qui remplaça, comme doyen, l’artiste racheté du service.

Le Musée d’Amsterdam possède un tableau authentique de Jean-François van Bredael; c’est un village aux bords d’une rivière, avec des vaisseaux, des chevaux, des chariots et une masse de figures; il est signé : T BREDA F. Ici le Van est omis et Bredael devient de nouveau Breda. A Dresde, la galerie contient deux tableaux du maître : Un Cavalier faisant ferrer son cheval, avec d’autres figures encore, et un Départ pour la chasse au faucon. Le catalogue commet plusieurs erreurs; il dit : « Élève de Wouwermans, né à Amsterdam, en 1683 et mort dans cette ville en 1751. » Enfin le Louvre a de lui un Campement militaire, toile qui rappelle tout à fait Wouwermans par la disposition et le genre, mais avec un dessin plus lourd, moins d’esprit et moins d’initiative; les chevaux sont cependant touchés avec soin et finesse. Il y avait en Jean-François l’étoffe d’un peintre doué d’originalité; mais en s’adonnant à copier d’autres artistes, il a dû, nécessairement, perdre ses qualités propres; on le confond, par conséquent, tantôt avec Breughel de Velours, tantôt avec Wouwermans, en attribuant ses qualités à ses modèles, et en ne faisant remarquer que les défauts qui le leur rendaient si inférieur. Jean-François a énormément produit; et cependant une masse de ses ouvrages ont dû rester en Angleterre, on n’en trouve point de traces. Il n’y a donc aucun doute que beaucoup de ses productions passent pour des Breughel et des Wouwermans ; c’est déjà là un succès assez honorable.

Ad. Siret.