Biographie nationale de Belgique/Tome 3/BUYDENS, Jean-Antoine

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BUYDENS (Jean-Antoine), aumônier général, né à Malines, le 28 octobre 1760, mort à Gand, le 21 janvier 1838. Après avoir fait ses humanités chez les Pères de l’Oratoire, dans sa ville natale, où son père était notaire, il alla étudier la philosophie à Louvain, et y obtint la sixième place sur cent quatorze concurrents, à la proclamation générale de 1780. Il s’appliqua dès lors à l’étude de la théologie. Ordonné prêtre en 1786, il se rendit à Charenton, au couvent des Carmes réformés, dans l’intention de se vouer à la vie monastique; mais ne se sentant pas de vocation, il quitta cette maison, durant l’année du noviciat et reprit les études théologiques sous le docteur Vande Velde. Celui-ci eut pour son élève la plus grande estime, et lui en donna des preuves en le recommandant en 1789 à Mgr Brenart, évêque de Bruges, qui lui confia la chaire d’Écriture sainte de son séminaire. Les labeurs du professorat ne l’empêchèrent point de se préparer aux épreuves de la licence en théologie; il les subit avec distinction en 1791 et Pie VI le nomma chanoine du chapitre de Bruges. Lors de la tourmente révolutionnaire, il refusa de prêter le serment de haine à la royauté, et son nom se trouva inscrit sur la liste des condamnés à la déportation à Cayenne; il n’échappa aux poursuites, qu’en se tenant caché. Le 11 juillet 1799, il fut adjoint aux grands vicaires, et devint successivement examinateur synodal, doyen de Ghistelles, curé de Notre-Dame à Bruges.

En 1810, le doyenné de Bruges lui fut confié, ainsi que les fonctions de vicaire général du diocèse de Gand; c’est en cette qualité qu’on le trouve lors du départ de Mgr de Broglie pour la réunion des évêques en 1811. On sait que ce prélat fut emprisonné; le vicaire général, ayant aussi déplu au gouvernement impérial, reçut ordre d’aller résider à Bruges et de ne s’y occuper que de sa cure. Il refusa quelque temps de donner sa démission, mais à la fin, il se laissa intimider et signa, au commencement de décembre, l’acte de sa renonciation. Cette conduite fut désapprouvée par l’évêque; qui, lors du retour de sa captivité, laissa son ancien grand vicaire dans la position qu’il s’était faite. Cette indifférence froissa Buydens, qui manifesta bientôt son opposition. Mgr de Broglie, comme on l’a vu à l’article qui lui est consacré, se défiait du gouvernement néerlandais : Buydens lui accordait toute confiance; De Broglie blâmait le serment à prêter à la loi fondamentale et réprouvait l’œuvre constitutionnelle même; Buydens approuvait au contraire l’un et l’autre. Il n’en fallait pas plus pour en arriver à une rupture complète; aussi l’évêque donna-t-il le doyenné de Bruges à un autre, ne laissant à notre personnage que la cure de Notre-Dame.

Le gouvernement des Pays-Bas appréciant le zèle de Buydens, voulut l’en récompenser, en le nommant aumônier général de l’armée, avec un large traitement. De plus, désirant se l’attacher il lui laissa entrevoir qu’un titre d’évêque in partibus lui serait conféré. Si Buydens succomba à la tentation, il ne fut cependant pas séduit moralement. L’aumônier général conserva les principes catholiques puisés à l’Université de Louvain; il blâma ouvertement les fameux arrêtés de 1825 et s’opposa, en diverses circonstances, aux prétentions du gouvernement, notamment en 1826, lors de la bulle du Jubilé de Léon XII. Le gouvernement prétendait qu’aucun rescrit, aucune concession d’indulgences, ne pouvaient être publiés dans le pays, sans le visa du ministère. Les évêques refusèrent de recevoir cette bulle dans de telles conditions; Buydens suivit leur exemple. On employa d’abord les flatteries puis les menaces, mais ce fut en vain, l’aumônier général résista; il fut privé de son titre et de tous les avantages qui s’y rattachaient. Dès lors il quitta le monde et se retira au mont des Cats, aux frontières de France, s’enfermant dans une cellule au couvent des Pères de la Trappe; il y vécut dans la prière, à l’exception de quelques heures qu’il employait à la préparation des leçons de théologie que les religieux lui avaient demandées. Depuis il rentra en Belgique et se fixa à Malines, où il vécut également dans une retraite absolue. Assez souvent il faisait une absence de deux ou trois semaines, qu’il passait dans l’une ou l’autre maison religieuse, chez les PP. Rédemptoristes, les PP. de la Trappe à Westmael, ou chez les PP. de la Compagnie de Jésus. C’est lors d’une semblable visite qu’il mourut, à Gand au collége de Sainte-Barbe. Conformément aux désirs du défunt, son corps fut transporté à l’abbaye des Trappistes de Westmael.

Aug. Vander Meersch.

Kersten, Journal historique et littéraire, t. IV, p. 552.