Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M le Grand vicaire A Manseau/Chapitre XLVII

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XLVII.

Souvenir reconnaissant envers l’Hon. Joliette.


En attendant, le souvenir de l’Honorable B. Joliette vivra dans le cœur des habitants de Joliette et de tout le peuple Canadien.

À Joliette surtout, où chaque édifice public, chaque industrie utile au progrès de la localité rappelle son zèle, son intelligence et sa sollicitude, son nom se trouve dans toutes les bouches.

Il n’y a pas de démonstrations nationales, pas de séance littéraire publique, pas d’assemblée importante, sans que le nom du Fondateur de la ville ne soit évoqué avec amour. D’époque en époque, les élèves du collège qu’il a fondé, se font un devoir de manifester par des discours publics, la reconnaissance dont ils sont pénétrés envers cet ami et cet insigne bienfaiteur de la jeunesse.

Parmi ces nombreux témoignages de gratitude, nous en citerons un qui, pour être celui de la date la plus reculée, n’en est pas moins précieux pour l’histoire. Tout en nous donnant une idée des sentiments de tristesse qu’avait provoqués dans toutes les âmes la mort de l’Honorable Joliette, ce joli morceau littéraire justifie notre préférence à un autre titre ; c’est qu’il nous semble un résumé fidèle de tout ce que nous avons pu dire sur la personne et les entreprises du Fondateur de « l’Industrie. »

M. G. Baby, l’honorable maire de la ville de Joliette, comme le digne représentant du comté du même nom, voudra bien nous pardonner d’ajouter aux notes précieuses qu’ils nous a transmises avec tant de bienveillance, cette fraîche et charmante production qui, outre son utilité pour notre sujet, pourra être pour lui-même une douce réminiscence de ses belles années de collège.


Discours de M. G. Baby, élève de philosophie, prononcé en présence de Mgr. l’Évêque de Montréal, aux examens du collège Joliette en l’année 1850.


Monseigneur, respectable assemblée,


« Il n’y a que peu de jours, une déplorable catastrophe jetait tout le monde dans l’abattement, dans la consternation, frappait tous les cœurs de la douleur la plus vive. Tout ici, semblait anéanti sous le poids d’un désastre terrible et inattendu : L’homme revêtu du caractère sacré, soupirait en adorant les décrets irrévocables de Dieu ; le commerçant cessait son calcul, l’industriel interrompait ses travaux, l’étudiant en pleurs, oubliait ses loisirs et ses livres ; la cognée s’échappait des mains du journalier, le laboureur sentait faiblir son courage et le pauvre désolé versait des larmes en abondance ; tous ces lieux semblaient frappés de stupeur à la pensée du malheur qui venait de les atteindre.

Quel était donc cet événement qui produisait une impression si profonde dans toutes les classes de la société ? Ah ! vous le savez comme moi… ; la mort, l’implacable mort, nous avait tous frappés au cœur. L’Honorable Barthélemi Joliette, membre du conseil législatif, seigneur et père de ces lieux, n’était plus ! Ou plutôt, cet homme si aimé, si vénéré succombait à une maladie opiniâtre qu’il avait supportée avec le calme d’un héros et la piété d’un chrétien. Le ciel sourd à nos prières, l’arrachait à une épouse chérie, à des parents désolés, à des concitoyens consternés. Sans égard pour ses grandes œuvres, la mort l’enlevait à son pays, comme le hardi chasseur enlève à ses petits la mère qui les soigne, le père qui les nourrit.

Il semblait que cet homme ne devait jamais mourir, tant il était utile et nécessaire à sa patrie. Mais hélas ! les pensées des hommes ne sont pas les pensées du Tout-puissant. Acquittons du moins à sa mémoire, le juste tribut d’éloges que nos cœurs lui ont voué.

Monsieur Joliette se faisait remarquer par son génie protecteur et infatigable, par son caractère réfléchi et entreprenant, par son imagination féconde, et par son esprit vaste et pénétrant, qui, d’un seul coup d’œil, embrassait en même temps qu’il les aplanissait, toutes les difficultés et les entraves qui pouvaient surgir dans le cours de ses nombreuses entreprises.

Par exemple, considérons un instant ce beau et florissant village de l’Industrie, si je ne puis l’appeler ville. Qu’était-il, il y a vingt ans ? Une forêt inculte et impénétrable, vrai repaire des bêtes sauvages. Quel courage ! quelle persévérance n’a-t-il pas fallu à cet homme infatigable pour convertir ces lieux, en ce que nous les voyons aujourd’hui ? c’est-à-dire pour rendre ce qui était sauvage, inculte et stérile, populeux, riche et riant.

Le voyageur, à l’approche de ce charmant village si gracieusement assis sur cette rivière pittoresque qui fait mouvoir ces nombreux moulins qui répandent tant de vie et tant d’activité ; à la vue de ce temple magnifique qu’il a élevé à Dieu qui l’avait toujours protégé et béni, à ce Dieu qui lui avait donné ce génie et ces qualités dont il fit un si noble usage ; à la vue de ces majestueuses demeures, les manoirs seigneuriaux qui nous reportent au temps de la féodalité ; à la vue de ces belles habitations qui portent le caractère distinctif du goût, de l’aisance et de la propreté ; à la vue de ce chemin de fer qui est comme la clef et le chef-d’œuvre de toutes ces entreprises, le voyageur, dis-je, pourrait-il s’empêcher de s’écrier avec le plus profond étonnement, avec l’enthousiasme le plus vif ? Oh ! quel est donc ce génie créateur !

Où est-il afin que tous ses compatriotes lui rendent un hommage universel de reconnaissance et d’admiration.

Dans sa carrière parlementaire, M. Joliette se fit estimer par son jugement profond et ses principes invariables. Il n’était pas doué d’une éloquence brillante, mais il savait par sa prudence et sa sagesse produire l’effet qu’il désirait. Aussi le parlement provincial lui a-t il rendu un tribut d’hommage par la bouche de ses plus illustres orateurs.

Dans le sein de sa famille, M. Joliette était d’un abord facile et possédait quelque chose d’entraînant.

Il avait un tempérament doux et sensible, et était doué d’une conversation agréable et toujours instructive. Toute personne, après l’avoir vu, était frappé de son caractère affable, de ses manières aisées, franches et honnêtes.

Aussi je ne craindrai pas d’affirmer ici, que cet homme si estimable, n’avait pas un seul ennemi, dans toute la province.

Ainsi, soit que nous considérions sa vie publique ou sa vie privée, nous le voyons le même, c’est-à-dire, un homme au-dessus de tout éloge pas ses vertus, par ses talents, par ses lumières et surtout par ses œuvres !

Oui, nous pouvons pleurer la perte que nous avons faite en la personne de ce grand homme. Le pays perd en lui un de ses plus beaux ornements ; la religion, un de ses membres les plus utiles ; l’éducation, un de ses bienfaiteurs les plus constants ; l’industrie, le commerce et les arts, un protecteur infatigable ; mais surtout le pauvre, l’infirme, la veuve, l’orphelin ont vu disparaître leur support et leur consolateur. Tous, grands et petits, riches et pauvres, trouvaient en lui un cœur ouvert à tous leurs chagrins, à toutes leurs infortunes. Il savait répandre par ses avis salutaires, un baume bienfaisant sur les plaies envenimées de la société.

Combien de familles n’a-t-il pas protégées et sauvées d’une ruine imminente, en vidant leurs différends d’une manière paternelle ? Combien de malheureux n’a-t-il pas arrachés à une mort certaine, par sa bienfaisance, sa charité ? Mais c’est surtout sur la jeunesse que se portait toute son affection ; elle n’avait pas un ami plus sincère. Il l’aimait cette jeunesse, il ne cherchait que son bonheur et ce qui pouvait la rendre utile et glorieuse à son pays. Ce superbe Collège, élevé par sa munificence et sous sa direction le prouve assez ; et n’y aurait-il que ce seul monument pour attester son génie et son cœur, ce sol de l’Industrie aurait déjà un monument impérissable qui redirait aux générations les plus lointaines, combien le nom de Joliette doit être cher à la jeunesse canadienne. Qu’il vive donc à jamais, ce nom chéri de notre bienfaiteur !