Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M le Grand vicaire A Manseau/Chapitre XLVIII

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XLVIII.

Une derniere pensée..


« Qu’il vive donc à jamais ce nom chéri de notre bienfaiteur ! »


Voilà la parole sur laquelle nous nous permettons d’arrêter nos réflexions. Nous ne l’ignorons pas ; la reconnaissance des citoyens de Joliette a élevé depuis longtemps, un monument impérissable à la mémoire du bienfaiteur de cette localité : ce monument, c’est son nom vénéré, son souvenir si cher, gravé en caractères ineffaçables dans le cœur de cette population si distinguée par son bon esprit, sa cordiale entente, et son zèle bien connu, pour toutes les entreprises charitables et généreuses. Cependant, ce n’est peut-être pas encore tout ce que les enfants de l’Honorable Joliette pourraient faire pour honorer sa mémoire. Ne serait-il pas à désirer que le sentiment de reconnaissance qui les honore, se manifestât pour l’exemple et l’instruction de la jeune génération, si elle devenait oublieuse de son devoir.

Dans tous les temps, la gratitude des peuples a élevé des statues, des monuments, pour transmettre à la postérité, le souvenir des hommes exceptionnels qui ont brillé au milieu de leurs concitoyens.

Naguère encore, on parlait avec raison, d’ériger des monuments de ce genre, en l’honneur de trois des plus illustres défenseurs de notre nationalité canadienne : les Honorables Lafontaine, Morin et Cartier. Eh quoi ! l’honorable Joliette, après vingt-cinq ans de sacrifices pour la fondation d’une ville aujourd’hui florissante, n’aurait pas mérité cet honneur ? N’est-il pas une de nos gloires nationales les plus pures ? Son intrépidité, son indomptable énergie, son dévouement à toute épreuve, son intelligence d’élite, ne l’élèvent-ils pas au rang de nos illustrations canadiennes ?

Sans lui, que serait la cité qui porte son nom ? Peut-être, encore une forêt, ou tout au plus, un champ à demi-défriché, dont le sol avare produirait à peine de quoi nourrir ses habitants ?

Non, la gratitude des citoyens de cette ville ne sera pas stérile, mais elle apparaîtra tôt ou tard, dans l’érection d’un monument digne de son nom, digne de sa générosité !

En exprimant ce vœu, nous craignons d’autant moins de ne blesser aucune susceptibilité, que nos paroles ne sont que l’écho fidèle d’un projet qui a déjà été agité, plusieurs fois. Depuis plus de vingt années, cette idée généreuse germe dans le cœur des citoyens de Joliette.

Durant cet intervalle, bien des voix ont redit éloquemment, et les titres de M. Joliette à cet honneur, et les motifs des citoyens pour le lui rendre. Voici entr’autres documents, un extrait d’une pièce poétique inspirée par ce sujet ; elle est trop précieuse pour notre cause pour qu’il nous soit permis de la passer sous silence.


Pour honorer un nom si cher à la Patrie,
Qu’on répète souvent par toute l’Industrie ;
Il faut un monument où l’on fasse exposer
Les travaux que cet homme a voulu s’imposer.
Qu’on y grave ces mots : « Par son noble courage,
Il a fondé, fait croître et fleurir ce village. »
C’est ainsi que Québec veut honorer Champlain
Et que Napoléon repose sous l’airain,
Quand luira le soleil de la race future,
L’étranger, qui lira cette antique gravure,
Apprendra qu’en ces lieux, un parfait citoyen,
En ami du pays, un vrai canadien,
N’a cessé d’employer ses talents et son zèle
À doter le pays d’une ville nouvelle.
L’enfant dont le génie a déjà pris l’essor ;
Qui voit dans la vertu, plus d’appas que dans l’or ;
Qui sent que pour l’honneur, son jeune cœur bouillonne,

Retrempera son âme au pied de la colonne,
En admirant le nom du mortel merveilleux
Que la Grèce payenne eût mis au rang des dieux.

Des feux encor cachés que son âme recelle,
Il sentira soudain jaillir une étincelle
Qui l’échauffant bientôt de la plus vive ardeur,
Le couvrira plus tard de gloire et de splendeur.
C’est ainsi qn’Alexandre, aux plages de l’Égée,
Après avoir gravi les hauteurs de Sigée
Du vainqueur d’Ilion admirant le tombeau,
Désirait devenir un Achille nouveau.
Oh ! puisque c’est pour toi qu’il prolongeait ses veilles

Et que son grand génie enfantait des merveilles
Puisque pour ta grandeur il prodiguait son or,
Et qu’il te promettait de l’enrichir encor.
Tu devras. Industrie, après ces jours funestes,
T’acquitter des honneurs, que tu dois à ses restes


Disons-le, encore une fois, l’organisation seule a manqué à cette entreprise qui entourera d’une même gloire, et le Fondateur de l’ancienne Industrie et les citoyens de Joliette. Par cette solennelle manifestation, ces derniers prouveront une fois de plus, que s’ils savent faire fleurir chez eux, la science et les arts, le commerce et l’industrie, ils n’oublient pas d’y cultiver aussi avec un soin particulier, la plus belle, la plus embaumée des vertus : la reconnaissance.

En attendant ce beau jour, où chacun se fera un devoir pieux d’apporter son offrande pour élever la pierre monumentale qui rappellera la vie et les œuvres de l’honorable B. Joliette, où, réunis dans un même sentiment d’affection et de gratitude, les habitants de la paroisse de St. Charles Borromée rendront un dernier hommage à leur bienfaiteur ; saluant une dernière fois, cette grande figure de l’histoire qui vient de passer sous nos yeux, nous ferons des vœux ardents pour que la jeune cité de Joliette, née sous l’inspiration de la foi, du dévouement et du patriotisme, ne cesse de se montrer la digne héritière des vertus de son illustre Fondateur.