Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M le Grand vicaire A Manseau/Chapitre XXXIII

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XXXIII.

Idées de l’Honorable Joliette sur l’Éducation.


Avec son jugement si sûr, la haute intelligence dont il avait donné des preuves si convaincantes, le seigneur Joliette comprenait qu’il manquait quelque chose d’essentiel à la prospérité de son établissement et au bonheur de la population qui s’y acheminait chaque année.

Il comprenait que son œuvre resterait inachevée, s’il ne réussissait à doter sa ville naissante d’une maison d’éducation dont le programme des études fut en rapport avec les besoins du temps.

« Rendre la jeunesse heureuse en développant ses perfections morales et intellectuelles pour la rendre utile à ses semblables et à elle même, pour la former aux luttes et aux devoirs de la vie publique et privée, » telle était l’idée que cet illustre citoyen avait conçue de la mission de cette éducation qu’il se proposait de faire donner à ses compatriotes. Avant tout, catholique sincère, il voulait que cette éducation fût essentiellement religieuse. Il était persuadé que sans cette condition, elle ne saurait être bonne et utile à la société.

À son langage et à ses actes, on voit que, contrairement à l’opinion d’un certain nombre de nos prétendus esprits forts, il était convaincu que l’éducation qu’il fallait à notre jeunesse canadienne, n’était pas celle donnée si imprudemment à la génération française du dix-huitième siècle, et qui, aux jours radieux de la foi, aux sublimes dévouements, fit succéder les tempêtes sociales, et amena le débordement de toute les mauvaises passions au sein de la société que l’on corrompait dans sa source.

Non, élevé dans les principes du plus pur christianisme, habitué dès son enfance à la pratique de ses devoirs religieux, l’Honorable Joliette sentait le besoin de répandre autour de lui les bienfaits de cette religion d’amour qui, en grandissant les sentiments du cœur de l’homme, lui procure en même temps, de si douces consolations aux heures mêmes de ses sacrifices.

Il croyait à bon droit, que le premier devoir de la société était de donner à l’enfant avant toute autre connaissance la connaissance de Dieu et du bien, et qu’elle la lui devait, pour lui-même d’abord, et pour elle ensuite.

1°. « Pour lui-même, afin qu’il ne s’engageât pas sans boussole sur cette vaste obscurité de la vie, afin qu’il ne demeurât pas sans consolation, sans secours, durant ces naufrages auxquels sont communément réservées les plus chères espérances du cœur, et que, frappé dans ses biens, dans son esprit, dans son âme, dans son corps, un indescriptible appui restât à son âme immortelle, et la sauvât du désespoir. Cet appui, il le savait, il le proclamait, c’est Dieu.

« Où l’homme le prendra-t-il, s’il ne le connaît pas ? Où trouvera-t-il son unique refuge, s’il n’a, dès la jeunesse, dès l’enfance, contracté l’habitude salutaire d’y porter, avec la soumission d’un égal amour, l’offrande de sa joie et de ses pleurs.

« II souffrira en vain, tout sera funeste dans sa vie ; ce peu de bonheur amer qu’il arrachera à la morne âpreté de son destin, ces fruits rares et chétifs qui pendent aux buissons de la mauvaise vie, — mauvais comme elle, tromperont la soif de son cœur, et chargeront son âme d’un aliment empoisonné.

« 2°. Pour elle-même. Cette connaissance, la société la doit encore pour elle-même ; car un jour, face à face avec les graves et austères devoirs de la vie, le jeune homme sera appelé à secourir ses frères, à diriger une famille.

Il devra donner le bon exemple à ses inférieurs, la soumission aux lois, le respect aux supériorités ; il faudra que l’humanité règle ses entreprises, que la chasteté gouverne ses sens, qu’une rigide probité le guide dans les affaires, que la religion reçoive publiquement ses hommages. Il faudra tout cela, s’il ne veut produire autour de lui une effrayante démoralisation. » Voilà l’homme tel que la société a droit de le demander à l’éducation du Collège et de l’Académie. C’est ainsi, que voulut le donner, et que le fit instruire l’Honorable B. Joliette.