Brèves apologies de nos auteurs féminins/Mlle Adèle Bibaud

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Mlle ADÈLE BIBAUD



Au nombre de nos auteurs féminins, il nous est agréable de mentionner Mlle Bibaud, et d’inscrire même son nom au tableau d’honneur de nos femmes de lettres. Entre les plus beaux noms, le sien aura sa place, et c’est un honneur qu’elle a justement mérité. Digne héritière d’un nom déjà inscrit depuis longtemps dans les annales de notre histoire et de notre littérature, elle a su lui ajouter un lustre, qui ne dépare pas celui que lui avait donné son père Jean Gaspard Bibaud, fondateur de l’École de Médecine et de Chirurgie de Montréal, son oncle Maximilien Bibaud, l’auteur du Panthéon canadien, et son ancêtre Michel Bibaud, poète et premier historien canadien. Elle rivalise, en effet, avec Laure Conan par le nombre de ses romans et nouvelles historiques, et il suffit d’en dresser la liste et d’en connaître la valeur par les témoignages qui lui en ont été rendus pour mettre en évidence l’importance de son œuvre littéraire.

En 1893, elle publiait une nouvelle de trente-cinq pages, intitulée : Un terrible secret, et voici ce qu’en disait un critique d’alors dont nous ignorons le nom :

« Mlle Bibaud écrit avec une simplicité, une réserve éminemment française et qui sont pleines de noblesse. Une page de sa plume fait doucement vibrer l’âme et la met au diapason de la prière. Son âme semble déjà avoir beaucoup souffert, et toute froissée à ce rude contact avec la vie, on la dirait prête à se replier sur elle-même comme la feuille de la sensitive. »

En 1904 paraissait son premier roman Avant la conquête. Du Journal de Françoise, nous détachons ce paragraphe d’un article écrit à son sujet par le poète-lauréat Louis Fréchette :

« C’est le roman historique que Mlle Bibaud cultive d’ordinaire ; et cette fois encore c’est un épisode romanesque qu’elle nous raconte, en l’encadrant dans les pages si palpitantes de notre histoire nationale, quand, trahie par le sort des armes et ruinée par les malversations de ses administrateurs, la nation canadienne est au moment de voir de nouvelles destinées s’ouvrir devant elle.

« Je ne louerai pas le nouvel ouvrage sans quelque réserve. Il y a encore de l’inexpérience dans le développement de son action. Mais on sent toujours que c’est le cœur qui parle chez elle ; ce sont des impressions vécues qu’elle nous communique, un courant de sincérité anime le récit, et c’est ce qui fait le principal charme de son travail. »

Subséquemment Mlle Bibaud publiait en 1906 trois nouvelles, de vingt à cinquante pages : Le secret de la marquiseUn homme d’honneurNoël, et en 1908, une autre nouvelle — Méprise —, puis en 1910, elle nous donnait son deuxième roman — Les fiancés de Saint-Eustache — et en 1912, trois autres nouvelles de vingt à trente-cinq pages : Lionel Duvernoy, qui a reçu une mention honorable au concours de l’Alliance française à Montréal, Noémi et Une lettre anonyme.

Mlle Bibaud a aussi écrit de jolis articles dans le Journal de Françoise et dans la Bonne parole. Ses articles sur les beautés de la littérature sont des plus intéressants.

Pendant trois ans consécutifs, en 1907, 1908 et 1909, elle a aussi donné de belles conférences devant la Fédération nationale St-Jean-Baptiste sur l’Éducation des jeunes filles et sur le Rôle de l’école et de la famille dans l’œuvre de l’éducation.

Mlle Bibaud peut être à bon droit comparée à Mlle Erktone, qui à 13 ans faisait publier son premier roman : Gaëtane. À quinze ans, Mlle Bibaud écrivait son premier roman : L’Enfant perdu, qui fut publié dans le journal le Monde, à Montréal.