Bulletin de la société géologique de France/1re série/Tome II/Séance du 7 novembre 1831

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Bulletin de la société géologique de France1re série - 2 - 1831-1832 (p. 24-41).


Séance du 7 novembre 1831.


M. Cordier occupe le fauteuil.

Le procès-verbal des séances extraordinaires tenues à Beauvais est lu et adopté.

Le président proclame membre de la Société :

M. J.-A. Delpon, député, présenté par MM. Meyranx et N Boué.

Il est fait hommage à la Société des ouvrages suivans.

1° De la part de la Société d’histoire naturelle de Strasbourg, de la première livraison du premier volume de ses Mémoires, avec la promesse d’envoyer la seconde, maintenant sous presse.

2° De la part de la Société industrielle de Mulhouse, du numéro 20 de son Bulletin.

3° De la part de la Société d’agriculture, des sciences et des arts du département de l’Aube, des numéros 58 et 59 de ses Mémoires.

4° De la part de la Société géographique de Paris, des numéros 99 et 100, de son Bulletin.

5° De la part de M. Bailly de Merlieux, rbs numéros 7, 8. 9, et 10 de son Mémorial encyclopédique.

6° De la part de M. Brongniart, d’un Mémoire sur une excursion à Londonderry, Tyrone et Downe en Irlande par M. Giesecke, (in-8° en anglais).

7° De la part de M. Girardin, d’un rapport sur l’emploi de la gélatine des os dans le régime alimentaire des pauvres et des ouvriers (in-8° 1831).

8° De la part de M. de la Béche, de son Manuel géologique, (Geological Manuel), in-8° de 536 pages, avec des vignettes (Londres, 1831).

9° De la part de M. Delpon, de sa Statistique du département du Lot, in-4°, de 534 pages (Paris, 1831.)

10° De la part de M. Moreau, du numéro 9 du premier volume de son Journal des travaux de l’académie et de l’industrie agricole, manufacturière et commerciale.

Il est présenté par M. Boué ; 1° un Mémoire sur les eaux minérales en général, et un tableau de 880 des sources minérales et salines les plus connues en Allemagne, en Suisse et dans les pays environnans, avec des tables contenant plus de 250 analyses (Abhandung von den Mineralquellen etc.), par le Dr. Stucke avec une carte géologique des sources de l’Allemagne en 4 feuilles, in-folio de 110 pages (Cologne 1831.)

L’auteur y distingue 17 espèces de sources ; savoir : dans la classe des eaux thermales, les eaux sulfureuses à natron, à sel de glauber, à muriate de soude et à élémens chimiques indifférens ; dans celle des eaux froides minérales, les eaux sulfureuses ferrugineuses, à natron, à muriate de soude on acidulées, à sel de glauber, à muriate de magnésie et à muriate de soude ; enfin il y joint les eaux salées proprement dites, les sources de naphte, les bains de mer, les eaux minérales artificielles et les bains de boue.

2° Des Observations. sur les fossiles du calcaire intermédiaire de l’Eifel, (Bemerkungen die Versteinsrungen etc.), par M. Steininger, in-4° de 44 pages, à Trèves. L’auteur promet d’y ajouter les figures des nouvelles espèces indiquées.

M. Rozet écrit de Châlons-sur-Saône qu’il a adressé à la Société deux caisses contenant toutes les roches et les fossiles récoltés dans le pays d’Alger.

M. Bertrand-Geslin offre à la Société des suites de roches du Poitou, de Fontenay et de la Rochelle, et annonce qu’il a confronté, avec MM. Fleuriau de Bellevue et Lajonkaire, les classemens des calcaires de la Rochelle proposés d’un côté par M. Dufresnoy, et de l’autre par MM, Cressac et Manès. Il se prononce pour ce dernier, parce qu’entre la pointe des Minimes et celle de Duché il n’a pas pu trouver des argiles bleues comparables l’argile d’Oxford, et en un mot une ligne de séparation dans l’étage oolithique inférieur et l’étage moyen de M. Dufresnoy. L’oolite moyenne existerait donc seule à la Rochelle.

M. le docteur Daubeny, d’Oxford, annonce que la seconde réunion de la société générale des naturalistes et des savans d’Angleterre aura lieu l’an prochain, en juillet, à Oxford. À la réunion de York, en septembre, M. Buckland a été élu président pour 1832 ; MM. Brewster et Whewell, de Cambridge, vice-présidents, et MM. Powel et Daubeny, secrétaires. Les travaux de la réunion de York sont sous presse. Il écrit aussi qu’il a fini son examen des eaux thermales d’Angleterre par celle de Jorfeswell, près de Cardiff, dans le pays de Galles méridional ; cette source à une température de 74° F. Toutes les eaux thermales d’Angleterre, lorsqu’elles dégagent du gaz, émettent de l’azote. Ces eaux et beaucoup de sources acidules se trouvent au-dessus ou prés de la grande faille du terrain calcaire du Derbyshire, telle qu’elle a été décrite par M. Farey : M. Philipps a fait la même remarque dans le Yorkshire.

On lit la lettre suivante de M. Morren, professeur à Gand.

« Les collections que j’ai faites de 1825 à 1828 ont été transportées en Hollande, on ne me les rendra qu’à la paix. La science est veuve de quatre naturalistes, qui nous ont été enlevée : M. Kickx, Enzelspach, Vanderlinden et Roucel. Le premier était botaniste et géologue ; il a fait un Tentamen mineralogicum, un Mémoire sur la chaux sulfatée des environs de Bruxelles, un Mémoire sur les trapp. Voici le peu de travaux que j’ai faits cette année, 1° j’ai rassemblé tous les écrits rares sur les Hunnebedden, blocs erratiques arrangés par les Celtes. J’ai une collection complète de leurs figures et quelques planches sont faites d’après nature et inédites. J’ai traduit là dessus les meilleures données du grand ouvrage de Westendorp. Dans le grand travail que Haussmann a préparé, mon ancien maître, M. Van Breda, y a coopéré pour les Hunnebedden de Groningue, sur lesquels les géologues se sont trompés. Dans cette coopération, M. Van Breda s’étend sur la géologie de tous les Pays-Bas. M. D’Omalius a fait croire dans ses nouveaux élémens, p. 168, que M. Van Breda avait publié un mémoire sur les Flandres. Ce travail n’existe qu’en notes manuscrites hollandaises dans la commission de statistique même, 2° les ossemens de cette province m’ont occupé davantage. J’ai décrit une précieuse mâchoire inférieure d’éléphant, telle que personne n’en a encore figuré. Elle se termine par une symphyse en long bec : la conclusion du Mémoire, est que dans l’espèce El. primogenius, il y avait deux variétés comparables au Morknoh et Deuhtelah des Indes. Si ce L travail peut faire plaisir, je l’enverrai. 3° J’ai fait des recherches sur les castors des tourbes ; il est certain que chez nous, ils ont habité toutes les petites rivières entre la partie de l’Escaut qui coule par Gand, et le Hond ou l’embouchure de l’Escaut occidental, mais ce que je crois peu connu, c’est le gisement exact de ces os. Ils reposent sur le sable en dessous des tourbes, à deux mètres au dessous du sol. Ils ne sont pas dans la couche, quoiqu’ils en soient colorés. Le sable dont la partie supérieure les porte, est blanc, siliceux, à petits grains, semblable en tout au sable de nos grandes bruyères. Je conclus delà que ces os ont passé par la tourbe qui les a teints, et qu’ainsi ils pourraient bien être plus récens que cette matière. Du reste j’observe sur ces os les différences que M. Cuvier a remarquées sur l’espèce fossile. 3° Dans nos tourbes, on a découvert des ossemens humains. J’ai dessiné deux frontaux, qui sont excessivement petits et très-bombés. 4° L’aurochs s’est trouvé dans la tourbe à Ninove ; à Ternath, sont les cochons des tourbes, dont M. Cuvier déplore quelque part de n’avoir pas de figures. 5° Les loutres ont laissé leurs os avec ceux des castors. 6° Ce qu’il y si de curieux, c’est le nombre des chiens des tourbes, du moins dans la Flandre occidentale ; sur 10 crânes, il y en a 9 de chiens, la plupart sont fort grands. 7° J’ai encore à noter parmi les ossemens du Brabant les rhinocéros trichorinus et le cheval, dont les restes confirment les remarques de l’illustre Cuvier. 8° J’ai trouvé à Forest, près Bruxelles, un autre gite d’ossements (du calcaire grossier ??) ; ce sont encore des masses de Batraciens, mais cette fois j’ai des os de salamandres et de petits mammifères. Ce qui caractérise le calcaire grossier de Gand, c’est le grand nombre de fruits fossiles. Les lieux où on les trouve sont fortifiés aujourd’hui : toute récolte est interdite. J’ai écrit à la régence et au conseil de l’Université de Gand pour que le plus beau palais académique du pays soit mis à sa disposition, en cas que la Société géologique nous fasse l’insigne honneur de venir ici. Les autorités s’empresseront de la recevoir avec tous les honneurs dignes d’elle, et aucun sacrifice ne leur coûtera pour répondre au choix dont elle voudrait les honorer.

M. Zuber-Karth écrit une lettre très-flatteuse pour la Société, en l’engageant à choisir Strasbourg comme lieu des réunions extraordinaires pour 1832.

M. La Joye présente à la Société les coupes du sol tertiaire de Lisy-sur-l’Ourcq et de St-Aulde, à deux lieues de la Ferté-sous-Jouarre.

« Dans le premier lieu il a observé, de bas en haut, les couches suivantes : 1° du calcaire à cérithes ; 2° une masse de sables et de grès qui est très-coquillère dans son milieu, tandis que près de sa base il y a une couche coquillère à Lenticulines, avec des Corbules, des Mactres, des Volutes, des Fuseaux, des Cérithes géants ; la partie supérieure est, aussi, pleine de coquillages, en particulier de Mélanies, de Cérithes, d’Auricules et d’Érycines ; 3° du calcaire grossier à cérithes età débris de Crabes (Pagure), dont la portion inférieure est très-friable. 4° Des marnes blanches à Lymnées.

La coupe de Saint-Aulde offre de bas en haut : 1° une masse de calcaire grossier qui est inférieurement à grains verts, et dans laquelle on voit plus haut se succéder du calcaires à dentales, du calcaire très coquiller avec de nombreuses Natices, des bancs à lits de silex corné à Cérithes agathisées ; 2° des marnes à Nucules et Cérithes ; 3° plusieurs lits alternant de marne blanche à ménilite avec et sans coquilles marines ; 4° une masse de sables avec des blocs et présentant supérieurement un lit coquiller à Mélanies, Cérithes et Cythérées ; 5° du mince banc de calcaire à coquilles marines ; 6° du sable à Lymnées ; 7° du calcaire à Lymnées et à Cyclostomes (C. mumia), avec des masses nombreuses de quarz résinite et de silex ménilite empâtant les mêmes coquilles ; 8° des marnes vertes ; 9° la terre végétale. »

M, La Joye fait hommage à la Société d’une suite d’échantillons à l’appui de sa notice.

Ce sont dix-huit échantillons de roches de St-Aulde, une dizaine de Lizy, ainsi que 55 espèces des fossiles de cette dernière localité. Plusieurs de ces espèces sont en grande quantité ; on y remarque en particulier des individus qui indiquent soit le passage des Fuseaux aux Pyrules, soit les grandes variétés du Dusus bulbiformois. Parmi les roches on doit citer un grès de St-Aulde avec l’impression d’une feuille de dicotyledon, un beau morceau de silex avec des Cyclostoma mumia du même lieu, un échantillon du calcaire grossiers à Crabes de Lisy, un gros échantillon des grès de Lisy tout pétri de coquilles (Lenticulines, Delphinules, Polypiers), renfermant des fragmens de calcaire grossier qui sont roulés et percés de coquilles perforantes. Le test de ces derniers y est encore visible.

M. Boué fait hommage à la Société des 400 roches et des 600 fossiles suivans :

8 roches de Croatie, 16 échantillons de Transylvanie ; 68 échantillons de diverses parties de l’Allemagne ; 118 échantillons de différentes localités de France, savoir : 4 de l’Estrelle ; 3 du lignite de St-Alexandre, près du pont St-Esprit ; 5 du calcaire tertiaire supérieur de St-Paul-Trois-Châteaux ; 1 morceau de molasse de Limoux ; 3 échantillons de Banyul-des-Aspres ; 3 de Dax, un morceau de calcaire tertiaire du Mont-de-Marsan ; 1 calcaire de Tercis, la marne à Arragonite et 3 échantillons de grès à bitume de Bastènes, 1 morceau de Lenzinito de St-Sévère ; 2 échantillons de craie verte de St-Jean de Marsac, du calcaire à orbitolites de Baitz ; 30 roches des Pyrénées, entre autres des morceaux de Lherzolite, du calcaire maclifère de Cierp, des roches à macles et actinote de Pousac, des grès de Loubeing, des calcaires de St-Girons, y compris la Gryphée du lias de cette localité ; 8 échantillons des filons de granite et des schistes schorlifères de Versailles, près de Nantes ; 2 morceaux de porphyre, l’un d’Anzet, sur la Loire, et l’autre de la Vendée ; le macline de Bretagne, du lignite de Joigny ; un morceau de craie verte de Saumur ; 8 échantillons crayeux de La Flèche ; 2 oolites de la Ferté-Bernard, des calcaires jurassiques d’Auxerre et de Susenneconrt, du granite de Semur ; 2 échantillons du schiste marno-bitumineux à poissons et graines d’Autun ; 1 échantillon de Chessy et deux de Couches ; 13 échantillons du lias et du grès du lias de Vigy près de Metz ; 3 de Vic en Lorraine ; 1 de Langres ; 1 de Nancy ; 4 échantillons du lias coquiller de Château-Salins ; 3 calcaires jurassiques de Béfort ; 1 de Besançon ; 1 des Faucilles et 1 du fort de l’Écluse ; 11 échantillons d’Entrevernes en Savoie ; 5 échantillons des Voirons avec ammonites ; 4 échantillons de grès et du calcaire de Bonneville ; 3 échantillons du gypse du Mont-Cenis ; 1 gneiss du Simplon ; 2 granites de Baveno ; 11 échantillons des roches secondaires récentes (grès de Taviglianaz, grès vert, etc.) de Ralligen, sur le lac de Thun en Suisse ; 2 échantillons du calcaire oolithique du Stockhorn ; 2 roches de Soleure, savoir : le Muschelkalk, et la Corgneule ou rauchwacke ; 2 calcaires de Denschburen, près d’Arau ; 8 échantillons des molasses de Verny, près de Genève, 1 agglomérat tertiaire du Belpherg près de Berne, le phosphorite terreux du Marmarosh, le quarz hyalin cristallisé de Transylvanie ; 2 échantillons du calcaire apennin de Stetera, dans les états romains ; une lave amphigénique de Borghetto ; 2 morceaux des mêmes subapennines de Volterre ; 2 morceaux de soufre tertiaire de Casena ; 3 échantillons de Gènes ; 1 agglomérat coquiller alluvial de Venise ; le silex résinite thermogène du Geyser, en Islande, et 2 laves de l’Ile de Bourbon.

Les fossiles comprennent deux grès bigarrés coquillers de Soultz en Alsace, 11 fossiles du Muschelkalk, savoir le Mytllus socialis, l’Ammonites nodosus, l’Encrinites lilüformis, le Trigonellites curvirostris, la Terebratula vulgaris, le Myacites musculoides, le Buccinites dubius, et 5 morceaux d’ossements, la Gryphea arcuata de Metz, la Gryphea gigas (Schloth.) du lias d’Amberg en Bavière, 6 échantillons du grès impressionné du Lias du même lieu, le Cerithium figuré dans Knorr vol. 2 part. 1 T., C. VI, fig. 7, 12 échantillons de l’oolite inférieure de Les Moutiers près de Caen, (Pholadomie, Pleurotomaire, Turbo, Terebratules etc.) 20 espèces silicifiées du calcaire jurassique d’Amberg (Echinites paradoxus et orificiatus (Schl.), Terebratula loricata, substratia, vicinalis, vulgaris, bicanaliculata, nucleata, variabilis etc.) un Turbo jurassique de Basle, une bivalve des oolites d’Oxford, 32 pétrifications de Solenhofen, savoir : 6 poissons, 10 crustacés, 2 étoiles de mer, un os de sèche, une Comatule, 3 vermiculites, une impression ressemblant un peu à une conferve ?, 2 Ammonites dont l’une empâte le fossile appellé Tellinites (Schl.) 4 échantillons du Tellinites problematicus et 2 du T. Solenoides, 16 échantillons d’impressions de poissons dans le schiste marno-bitumineux jurassique de Seefeld en Tyrol, deux Astrées et deux échantillons d’Orthocères du calcaire jurassique des Alpes du Salzbourg, un petit Turbo de l’Eggenalp en Tyrol, la Gryphée et le Diceras de Salève, le Diceras d’Autriche, l’Ostrea deltoidea d’Oxford, la Gryphea virgula, 10 polypiers siliceux des marnes ferrifères du grès vert de Natheim, en Wurtemberg, l’Ostrea biauricularis de la Flèche, la Gryphea columba soit des Carpathes, soit de Chatellerault, une petite Gryphea de la dernière localité, 6 fossiles du grès vert de la perte du Rhone, y compris les Orbitolites, 4 fossiles de la craie verte de Saint-Colombe, près Saint-Sevère, (Crabes, Terebratules, etc.), 7 échantillons d’Echinidées crayeuses de Bedat (Landes), (2 ou 3 espèces), une Térébratule de la craie de Dresde, 2 du Périgord, la Nummulite crayeuse de Donzat (Landes,) celle du Kressenberg, 18 polypiers et 32 coquilles fossiles de Gosau en haute Autriche, non compris 3 Tornatelles gigantesques, 2 espèces de Grunbach, une petite Tornatelle, des Mélonies et des Hippurites du même horizon géologique de Gams en Styrie, 3 espèces du même dépôt de Scecsor en Transylvanie, 3 fossiles tertiaires de Wendlinghausen en Westphalie, 2 de Francfort-sur-le-Mein et un de Hildesheim, 34 espèces de fossiles de Paris, 15 espèces tertiaires du Hampshire en Angleterre, 23 espèces du calcaire tertiaire à Nummulites de Castelgomberto dans le Vicentin, 5 espèces de Ronca, 6 échantillons de petits poissons d’Aix en Provence et 24 morceaux appartenant à de grandes espèces ainsi que les Paludines, le Cypris fava et le Palmacite de cette localité, une coquille de Tourraine, 20 espèces de Bordeaux, y compris deux gros polypiers, 4 de Dax, 14 de Banyuls-des-Aspres en Roussillon ; deux huitres du Lot et Garonne, (Aiguillon, Beaupuis), trois coquilles du calvaire d’eau douce de l’Agenois ainsi qu’un fragment d’os et deux bois silicifiés, (Grateloup) dont l’un est de Palmier (Moutflanquin), deux échantillons coquillers et 6 impressions végétales d’Oeningen, en Suisse, 16 morceaux de lignites terreux à impressions de feuilles ou à graines de Salzhausen en Wetteravie, 51 espèces subapennines de la Toscane, une centaine d’espèces connues et une trentaine d’espèces nouvelles de Basse Autriche, savoir : 2 espèces des argiles à lignite dans les sables tertiaires de Pielach, 4 nouvelles espèces d’eau douce de l’argile subapennine de Vienne, 30 espèces connues et 17 espèces nouvelles du même gisement à Baden et un moule d’eau douce d’Oedenburg, 4 espèces des sables tertiaires supérieurs de Pfaffstetten, 6 à 7 espèces du même dépôt à Hellas, 9 espèces des mêmes sables à Pullendorf, 5 de Gaunersdorf, 4 ou 5 de Nexing, 18 espèces du calcaire tertiaire supérieur d’Enzersfeld ; 20 espèces sur le même horizon géologique à Steinabrunn en Moravie ; 2 Mélanopsides des sables de Bisentz dans le même pays, 4 espèces du calcaire à coraux de Prinzendorf, et 3 de celui de Wollersdorf en basse Autriche ; 5 fossiles des sables inférieurs à ce calcaire à Eisentadt en Hongrie, 60 ossemens du calcaire coraux de Lauretto dans le même pays ; savoir : deux dents, trois côtes, une douzaine d’os longs, des os métacarpiens et sternaux, des vertèbres, etc., appartenant à des mammifères (Rhinocéros, animal voisin du Mouton ?) ou à des poissons et des amphibies (tortues), 6 espèces des sables tertiaires supérieurs de Tihany sur le lac Balaton, (2 espèces de Mélanopsides, des Moules d’eau douce, etc.) un fossile nummlitiforme de Hongrie, 8 espèces d’eau douce des sables tertiaires supérieurs d’Arapatak en Transylvanie, 5 du calcaire d’eau douce de Colle en Toscane, 3 de la marne alluviale de Tolz en Bavière, 2 dans une roche semblable à Baden, près de Vienne, et deux espèces de coquilles vivantes dans les eaux thermales de la même localité.

M. Desnoyers donne lecture d’une lettre de M. Prévost, envoyé par l’Académie des sciences pour explorer l’île volcanique récemment sortie du sein de la Méditerranée. Cette lettre est datée de Malte le 5 octobre 1831.

« Partis de Toulon le 16 septembre à une heure, nous ne parvînmes que le 25 au matin à la hauteur de l’extrémité occidentale de la Sicile, après avoir côtoyé d’abord les îles d’Hyères, et traversé le canal qui sépare la Corse de la Sardaigne, dont j’ai vu les rives correspondantes avec un intérêt, qui me donne le plus vif désir de les examiner de plus près.

Dans la matinée du même jour, nous dépassâmes l’île Maretimo, et le soir, sur les cinq heures, la vigie placée dans les mats signala une terre de laquelle s’élevait de la fumée ; étant montés sur les hunes, nous aperçûmes en effet distinctement l’île qui avait assez bien la forme de deux pitons réunis par une terre plus basse.

Nous étions à 18 milles, et nous voyions par moment des bouffées d’une vapeur blanche qui s’élevaient du côté du sud, principalement à une hauteur double de celle de l’île ; à plusieurs reprises et lorsque nous étions sous le vent, nous sentîmes une odeur sulfureuse plus analogue à celle du lignite pyriteux en combustion qu’à celle de l’hydrogene sulfuré.

Le 26 septembre, Ie vent étant contraire et la mer très-grosse, nous fûmes obligés de nous éloigner ; dans la nuit du 26 au 27, nous fûmes même assaillis par une tempête affreuse. Les yeux fixés sur le point où devait se trouver le volcan, pour voir si quelque lueur s’en échappait, je n’aperçus aucun indice d’éruption lumineuse ; seulement l’odeur sulfureuse, qui arrivait par intervalle jusqu’au bâtiment, était suffocante.

Le 27 au matin, nous parvînmes à nous rapprocher, malgré, une mer très houleuse ; vers midi, nous étions à 8 milles environ, alors nous tournâmes l’île, et pûmes en prendre un grand nombre de vues sous ses différens aspects. Elle paraissait comme une masse noire, solide, ayant tantôt la Forme d’un dôme surbaissé, dont la base était triple de sa hauteur, tantôt celle de deux collines inégales, séparées par un large vallon : ses bords s’élevaient à pic, à l’exception du côté d’où la vapeur sortait avec plus d’abondance ; celle-ci s’échappait visiblement de la surface de la mer, et même à une assez grande distance (30 à 40 pieds.) Les arêtes vives des escarpements, la couleur d’un brun brillant et parfois gras de ces faces abruptes, la forme générale de l’île rappelaient un massif de roches solides ; et si, me laissant guider par l’analogie, j’avais dû m’en tenir à des conjectures, j’aurais cru avoir sous les yeux un cirque formé par du basalte, de la serpentine ou du porphyre, figurant un véritable cratère de soulèvement, dans le centre duquel l’eau de la mer serait venue s’engouffrer, ainsi qu’on l’a avancé dans des relations précédentes ; toutes ces apparences m’auraient conduit à une erreur, ainsi que les observations des jours suivans me l’ont démontré.

La nuit du 27 au 28 fut encore très-orageuse et la mer était très-forte. Le 28 au matin, nous pûmes cependant approcher jusqu’à deux milles, et voir alors distinctement que la vapeur s’élevait, non seulement de la mer, mais encore d’une cavité séparée de celle-ci, par un bord très-mince, du côté du sud.

Quoique nous voyions la mer briser avec une grande violence sur toute la circonférence de la falaise à pic, je demandai au capitaine à faire une tentative ; un autre motif d’appréhension était la couleur d’un jaune verdâtre de l’eau qui entourait, l’île, couleur qui contrastait avec celle d’un bleu indigo de la pleine mer, et qui semblait annoncer soit des écueils, soit des courans rapides, dans une eau modifiée par l’action volcanique souterraine.

À midi la mer était un peu tombée, capitaine voulut bien faire mettre un canot à notre disposition. En moins d’une heure, nous arrivâmes sur les brisans ; nous reconnûmes alors que ceux ci étaient produits par la lame qui venait frapper avec force contre une plage courte, et terminée brusquement par une pente rapide et non par des roches solides. L’eau vert-jaunâtre dans laquelle nous étions et qui était couverte d’une énorme écume rousse, avait une saveur sensiblement acide, toutefois moins amère, que celle de la grande mer. Sa température était aussi plus élevée, mais de quelques degrés seulement, de 21 à 23° O. Nous sondâmes à environ 30 brasses du rivage, et nous trouvâmes le fond à 40 ou 50 brasses.

Nous nous étions dirigés vers le seul point où, de la surface de l’île, on peut descendre par une pente douce vers la mer ; c’est une espèce de golfe.

Les vagues rendaient sur elles-mêmes en s’élevant de 12 à 15 pieds lorsqu’elles frappaient le rivage, à 30 pieds sur notre gauche ; ces vagues semblaient s’élancer en vapeur dans l’atmosphère ; à une pareille distance à droite, la mer semblait briser sur un banc qui se serait étendu à plus d’un mille au large. Les marins pensèrent, d’un commun accord, qu’il y aurait imprudence à tenter le débarquement dans ce moment.

Nous n’étions qu’à 40 brasses de l’ile, je pus bien à cette distance me convaincre qu’au moins, pour la partie que nous avions sous les yeux, l’île était formée de matières meubles et pulvérulentes (Cendres, Lapilli, Scories), qui étaient retombées, après avoir été projetées en l’air pendant les éruption.

Je n’aperçus aucun indice de roches solides soulevées ; mais je reconnus bien distinctement l’existence d’un cratère ou entonnoir presque central, duquel s’élevaient d’épaisses colonnes de vapeur, et dont les parois étaient enduites d’efflorescences salines blanches.

Deux marins gagnèrent l’île à la nage ; et s’élevèrent jusqu’au bord du cratère, marchant sur des cendres et des scories brûlantes, et au milieu des vapeurs qui s’exhalaient du sol ; ils nous annoncèrent que le cratère était rempli d’une eau roussâtre et bouillante, formant un lac d’environ 80 pieds de diamètre. Parmi les morceaux rapportés, je trouvai un fragmens de calcaire blanc, ayant tous les caractères de la dolomie.

Dans la nuit du 28 au 29, nous fûmes portés par des courans vers les côtes de Sicile, et nous nous trouvâmes le matin à plus de 6 milles du volcan, sans pouvoir en approcher davantage. Le calme étant survenu, un canot fut de nouveau mis à la mer vers dix heures ; j’avais fait mes préparatifs, fait disposer des bouteilles, des flacons, des boites de fer-blanc, nous primes des thermomètres, et une machine faite à bord pour puiser l’eau à différentes profondeurs.

Les observations faites les 26, 27 et 28 par le capitaine, M. Lapierre, l’ayant convaincu que le nouveau volcan n’est pas placé sur le point où Smith indique dans sa carte marine le banc de Nerita ; qu’au contraire, cet îlot volcanique est situé sur un fond qui avait 5 à 700 pieds d’eau, nous pensâmes ensemble qu’il y aurait de graves inconvénients pour les marins à donner à la nouvelle, île le nom de Nerita qui a déjà été proposé ; et, comme le phénomène à paru dans le mois de juillet, nous convînmes de désigner la nouvelle île sous le nom de Julia, nom sonore, dont la terminaison italienne et harmonieuse peut facilement être adoptée par les habitans les plus rapprochés ; en conséquence nous préparâmes une planche de deux pieds de long, sur laquelle nous clouâmes une bande de drap bleu de six pouces de large et une autre de drap rouge de pareille largeur. Sur sa partie moyenne, peinte en blanc, j’écrivis en lettres de trois pouces de hauteur :

ILE JULIA

État-majour du brick La Flèche,

MM C. Prévost, professeur de géologie à Paris,

E. Joinville, peintre.

27, 28, et 29 septembre 1831.

Nous mîmes deux heures à traverser l’espace qui séparait le brick du volcan.

À un mille de distance, nous commençâmes à traverser des courans d’eau jaunâtre, dont je remplis quelques bouteilles et pris la température. Des courans de pareille couleur semblaient partir, comme des rayons, d’une zone semblable qui entourait l’ile. La sonde nous donna 40, 50 et 60 brasses dans les eaux, en approchant de l’île jusqu’à 200 pieds des bords. À un mille, on trouvait 100 brasses.

Abordés à une heure et demie, nous nous distribuâmes les rôles. MM. Aragon et Barlet, directeurs de l’expédition maritime, se chargèrent de mesurer la circonférence de l’île, qu’ils trouvèrent, être d’environ 700 mètres sur 70 de hauteur ; le docteur Baud fit toutes les expériences thermométriques. M. Defranlieu fit sonder dans le cratère et puiser de l’eau, dans les diverses profondeur et sur les différend bords. M. Joinville prit des dessins, parmi lesquels se trouve une vue de l’intérieur du cratère. Enfin, M, Derussat fit hisser le pavillon tricolore sur le point le plus élevé de l’ile et fixer l’écriteau que nous avions préparé ; non pas pour prendre possession, par une vaine et ridicule cérémonie, d’un tas de cendres surgi au milieu des mers, mais pour constater notre présence, et pour apprendre à ceux qui viendront après nous que la France ne laisse pas échapper l’occasion de montrer l’intérêt qu’elle prend aux questions scientifiques dont la solution peut étendre le domaine des connaissances positives.

Je me mis en devoir de parcourir tous les points de notre ilot pour rechercher surtout si, en quelqu’endroit des matières appartenant au fond de la mer, n’auraient pas été soulevées ou projetées. Après avoir gravi la plus haute cime au milieu des scories brûlantes, après avoir deux fois fait le tour entier des falaises, je fus assuré que ce-monticule dont la base était peut-être à 5 ou 600 pieds dans le mer était entièrement composé, comme je l’avais présumé le 28, de matières pulvérulentes, de fragmens de scories de toutes les dimensions, jusqu’à celle de 2 pieds cubes au plus ; je trouvai quelques blocs dont le centre très-dur avait l’aspect et la consistance de la lave, mais ces masses globulaires avaient été projetées.

Enfin, l’ilot entier me parut être, comme tous les cratères d’éruption, un amas conique autour d’une cavité également conique, mais renversée. En effet, examinant les parois intérieures du cratère, on voit que celles-ci ont une pente d’environ 45°, et dans les coupes latérales produites par les éboulemens, on distingue que la stratification est parallèle à cette ligne de pente, tandis que du côté extérieur les mêmes matériaux sont disposés dans un sens opposé.

Quant à la coupure à pic des falaises, il est difficile de voir qu’elle est l’effet postérieur des éboulemens causés, soit par des secousses imprimées au sol, soit plus probablement par l’action des flots qui, entraînant les matières meubles accessibles à cette action, ont successivement miné les bords ; ceux-ci se trouvant en surplomb sont tombés ; tous les jours ils se dégradent ; et c’est déjà aux dépens des éboulemens qu’il s’est formé autour de l’île, une plage, sorte de bourrelet de 15 à 20 pieds de largeur qui se termine brusquement en pente dans la mer.

D’après cette manière de voir, il est facile de reconnaître que les éboulemens continuant à avoir lieu par la cause qui les produit tous les jours, l’île s’abaissera graduellement, jusqu’à ce qu’une grosse mer venant à enlever tout ce qui restera au-dessus de son niveau, il n’y aura plus à la place qu’un banc de sable volcanique, d’autant plus dangereux qu’il sera difficile d’en avoir connaissance à quelque distance.

Les bords actuels du cratère sont d’inégales hauteur et épaisseur. Du côté du nord, l’élévation est d’environ 200 pieds, tandis qu’elle n’est que de 30 ou 40 au sud.

L’eau contenue dans le cratère paraît être au niveau de la mer, elle est d’un jaune orange, couverte d’une écume épaisse ; les scories qui bordent le bassin sont enduites de fer hydroxidé.

Des vapeurs blanches s’élèvent continuellement, non-seulement de la surface de l’eau qui semble être en ébullition, mais de tout le sol, par de nombreuses fissures. C’est surtout du côté sud que ces vapeurs sont les plus abondantes, et comme je l’ai déjà dit, elles sortent de la plage, et de la mer elle-même, en dehors du cratère. Aussi n’est ce pas sans peine que nous parvînmes à faire le tour complet de l’île, en passant à travers cette étuve de vapeurs brûlantes, et parfois suffocantes, car l’odeur sulfureuse n’était pas toujours sensible, lorsque nous étions au centre de la colonne de vapeur. Dans un espace, qui peut avoir 50 à 60 pieds de long, le sable noir de la plage est véritablement brûlant ; le thermomètre indiquait sur le sol baigné par la mer, à chaque flot, une température de 81 à 85 ° ; l’eau qui restait dans les dépressions semblait bouillir ; mais en y plongeant la main je ne la trouvai pas assez chaude pour qu’elle pût s’évaporer ; enfonçant ma main à quelques pouces dans le sable brûlant de la surface, je le trouvai frais. Dans une de ces expériences, l’un de mes doigts s’étant trouvé sur le trajet d’une bulle de gaz ou de vapeur qui, visiblement était partie d’une grande profondeur, je fus vivement brûlé, et convaincu que l’ébullition était produite par des bulles qui venaient de l’intérieur de la terre ; chacune d’elles projetait même avec une légère détonation, du sable et des grains volcaniques représentant autant de petits cratères d’éruption. Parmi ces milliers de volcan en miniature, j’en fis remarquer un qui me servit à donner à mes compagnons de voyage une idée de la manière dont l’île Julia avait été formée. Il avait environ un pied de diamètre, c’est-à-dire que le sable et les scories lancés continuellement par lui, jusqu’à 2 pieds de haut, avaient formé autour de la bouche d’éruption une sorte de taupinière d’un pied de base sur 5 à 6 pouces de hauteur, je fis ébouler les parois extérieures de ce cône, et j’en fis un cratère semblable à l’île Julia.

Je cherchai en vain à enflammer le gaz qui s’échappait ainsi du sol ; il me parut sans odeur ; mais à quelques pas, des vapeurs sulfureuses sortaient des parois du grand cratère, et déposaient du soufre et du muriate de soude sur les parois environnantes. L’eau du bassin intérieur était à une température de 95 à 98°. J’avais promis une prime aux matelots qui me rapporteraient des cailloux blancs ou jaunes et des coquilles ; j’ai rassemblé plusieurs des premiers, et j’en ai trouvé moi-même mêlés avec les produits volcaniques. Ils sont altérés, et ils ont été projetés du fond avec les scories.

Tout me porte à croire que ce volcan a produit des coulées de laves sous-marines ; et si comme cela est présumable, l’apparition du cratère d’éruption a été précédée du soulèvement du sol qui paraît avoir été de 5 à 600 pieds au-dessous du niveau de la mer, il doit exister autour de l’île Julia, une ceinture de roches soulevées qui seraient le bord de cratère de soulèvement ; peut-être cette nouvelle disposition du fond est-elle la principale cause de la coloration particulière en vert jaunâtre des eaux de la mer, à une assez grande distance de-l’île, et des courans qui se manifestent autour, et n’existaient pas avant l’apparition du phénomène volcanique. »

M. Héricart-Ferrand lit un mémoire sur la question suivante : les grès marins de Levignan, de Nantheuil-le-Haudoin et de Bregy sont-ils de la deuxième ou de la troisième formation tertiaire ?

« Les sables et les grès marins supérieurs intermédiaires entre la formation d’eau douce supérieure, et les grandes masses de sables et du grès, (de Fontainebleau) s’étendent au delà au nord, et en deçà au midi de la ligne que décrit la coupe géognostique du département de l’Oise, que j’ai présentée précédemment à la Société. M. Brongniart a présenté, comme on sait, ses doutes sur le classement des grès marins supérieurs de Nantheuil-le-Haudoin dans le groupe protéique, et M. Graves les a augmentés par ses observations sur les carrières d’Ognes, sur les grès marins de Nantheuil-le-Haudoin et sur le terrain d’eau douce qui les surmonte. (Voyez : Précis de statistique sur le canton de Nantheuil-le-Haudoin, Beauvais, 1829.)

Un classement définitif devient donc difficile ; néanmoins s’il fallait opter entre les deux classemens proposés, plutôt que de reconnaître dans ces grès des dépendances du calcaire grossier, je préférerais les rapporter au terrain protéique, j’y tiens par les considérations suivantes.

La descente de Levignan à Nantheuil-le-Haudoin, est un angle saillant, ou une pointe à la réunion de deux vallées. Sa base est de sable. Les grès non coquillers, d’abord en place dans le haut, et ensuite rompus, déchaussés et affaissés par étages jusqu’au bas de la descente, me semblent expliquer l’irrégularité apparente des grès marins, et du terrain d’eau douce qui les recouvre. De plus il faut remarquer que les sables et les grès non coquillers de cette localité se continuent sans interruption avec ceux de la petite vallée de la Chapelle des Marais, qui remonte au nord vers Crépy ; avec ceux de la vallée de Nantheuil-le-Haudoin, en descendant vers Droises. Sur le côté droit de cette vallée, au dessous du bois de Plemont, la partie inférieure de la masse de sable présente la zone des Discorbites, fossiles qu’on n’a reconnus que dans la partie inférieure de la grande masse de sable. Enfin c’est encore plus bas, en descendant la vallée, qu’on voit sortir de dessous le sable du côté de Varsigny, le calcaire grossier marin.

Les carrières d’Ognes que j’ai été reconnaître d’après les indications de M. Graves, loin d’ébranler mon opinion, la consolident, et malgré le regret que j’éprouve de me déclarer en opposition avec le géologue qui connait le mieux le département de l’Oise, je persiste à voir dans ces carrières le terrain d’eau douce supérieur et le grès marin supérieur. Ma persévérance, ou mon erreur si je me trompe, est fondée sur les faits suivans : c’est que ce n’est qu’en descendant le vallon dans lequel elles sont ouvertes, jusqu’à son embouchure dans la vallée de la Therouanne, et celle-ci jusqu’à son ouverture dans la vallée de l’Ourcq, qu’on voit après un trajet de deux myriamètres environ, la grande masse de sable inférieure aux carrières d’Ognes, ne laisser paraître le calcaire grossier marin qu’a la proximité de la vallée de l’Ourcq.

Le Mémoires de 1830 de M. Eugène Robert sur les grès marins de Nantheuil-le-Haudoin et de Bregy, les présente comme l’équivalent du calcaire grossier marin ou faisant partie du grès coquiller marin de la deuxième formation.

Cette opinion doit nécessairement augmenter les doutes de M. Brongniart sur ces roches, en même temps qu’elle ne peut éviter de lui en faire naître sur le grès marin de Levignan, maintenu dans le terrain protéique, mais rapporté par M. Robert, au grès de la deuxième formation. Ces doutes devront alors en suggérer sur le terrain d’eau douce, qui surmonte les grès marins de Nantheuille-Haudoin, de Levignan et de la butte de Montepilloy, sur laquelle M., Robert trouve, non le terrain d’eau douce supérieur, mais le terrain d’eau douce moyen, opinion que j’ai le regret, de ne pouvoir adopter.

Tout le vaste espace de terrain d’eau douce superficiel décrit par M. Robert et comprenant toute la plaine de Dammartin à Nantheuil-le-Haudoin, l’avait déjà été en partie dès 1829, par M. Graves, mais ce dernier ne s’était pas prononcé sur la formation à laquelle appartient ce terrain d’eau douce. M. Robert le rapporte à la formation moyenne de M. Brongniart, ou inférieure aux gypses. La localité de Saint-Ladre à un demi-myriamètre au nord de Dammartin où. M. Robert a trouvé des empreintes de fossiles qu’il annonce avoir pris pour des Miliolites, et le calcaire d’eau douce dans sa véritable place, paraîtrait devoir être le complément irrécusable des motifs qui l’y déterminent ; je ne connais point cette localité.

La description donnée par M. Graves, et la comparaison qu’on peut faire du terrain d’un grand nombre de localités de cette même plaine, avec les caractères connus des divers dépôts d’eau douce du bassin parisien, me semblent ne pouvoir manquer de tenir long-temps en suspens avant d’adopter l’opinion de M. Robert ; donc en admettant l’existence du terrain d’eau douce moyen à Saint-Ladre au nord de Dammartin, ne serait-on pas fondé au contraire à reconnaitre le terrain d’eau douce supérieur dans tout l’espace qui comprend Bregy ? Je suis effrayé de la conséquence que je devrais inévitablement tirer de l’opinion inverse ; c’est que la grande masse de sable et de grès que cette formation d’eau douce superficielle laisse paraitre au jour, à l’est, au nord, à l’ouest, et qui a été constatée dans la pleine de Silly par la perforation de puits, n’appartiendrait plus à la grande formation des sables et des grès (de Fontainebleau). Un tel changement qui s’étendrait sur les sables et les grès de Mortefontaine, d’Ermenonville, et d’autres localités voisines mènerait bien plus loin qu’on ne le pense.

M. Robert, en parlant des grès marins de Bregy, fait observer qu’ils reposent sur une grande masse de sable qui n’a jamais été percée, C’est la même masse de sable que celle sur laquelle reposent les carrières d’Ognes ; cette grande masse de sable est encore pour moi, celle de la grande formation des sables et des grès (de Fontainebleau). Le jugement final du travail de M. Robert, serait appliqué à un cercle encore trop restreint, si la vérité est pour lui, et l’erreur pour moi. Le même jugement me semble devoir englober tous les sables et les grès de Gondreville, de la forêt de Villers-Cotterets, de Maquelines, de Betz, de Thury, de Retz, de Bouillancy, de Dacy, ceux du bord de la vallée de l’Ourcq et enfin au delà de cette vallée, ceux de Neuilly Saint-Front, d’Oulchy, d’Arcy Sainte-Restitude, de Fère en Tardenois, de Coincy, etc. Ce serait une moitié de la grande formation des sables et du grès, (de Fontainebleau) telle qu’elle est établie par M. Brongniart.

Dans la discussion qui s’engage après la lecture de ce mémoire, M. Cordier appuie sur la coupe de la descente de Maffiers, qui est classique pour le sol parisien, puisqu’on y voit de bas en haut de la craie et des sables, le calcaire grossier à grains verts, le calcaire grossier ordinaire, du calcaire d’eau douce pétri de paludines, la grès de Beauchamp exploité dans le bois Carreau, un petit lit de calcaire à coquilles brisées, du calcaire d’eau douce à paludines, puis vers les hauteurs les marnes et le gypse, et vers d’Aumont les sables et les grès supérieurs. Le dépôt de grès inférieur est donc dans le milieu du système d’eau douce inférieur, et non pas dans le calcaire grossier.

M. La Joye fait observer que la coupe de St-Aulde confirme cette dernière opinion et il parle d’un calcaire siliceux à moules de coquilles marines, qui forme à Provins un petit lambeau de 40 à 50 pieds sur la craie.

M. Deshayes exprime le désir que la conchyliologie fossile de ces grès soit étudiée avec soin.