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Caleb Williams/Préface

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Traduction par Amédée Pichot.
Michel Lévy frères, libraires éditeurs (tome 1p. 9-10).


PREMIÈRE
PRÉFACE DE L’AUTEUR




L’histoire suivante a un but plus général et plus important que le titre ne semble d’abord l’annoncer. La question agitée aujourd’hui dans le monde sur les choses comme elles sont est la plus intéressante qu’on puisse proposer à l’esprit humain. Pendant qu’un parti réclame la réforme et les innovations, l’autre exalte la constitution existante de la société. Il m’a semblé que ce serait hâter la solution de cette question que de développer fidèlement dans ses effets pratiques cette constitution tant vantée. L’ouvrage offert aujourd’hui au public n’est point une abstraction ni un tableau idéal, mais une étude et une représentation exacte de ce qui se passe dans le monde moral. Ce n’est que depuis peu que la haute importance des principes politiques a été justement appréciée. Les philosophes reconnaissent enfin que l’esprit et le caractère du gouvernement se communiquent à tous les rangs de la société. Mais c’est là une vérité digne d’être enseignée aussi à ceux par qui les ouvrages de philosophie et de science ne sauraient jamais être compris. En conséquence, autant que pouvaient le permettre les accidents d’une seule vie, on s’est proposé, dans l’invention du livre suivant, d’embrasser une revue générale de toutes les formes de despotisme domestique par lesquelles l’homme devient le destructeur de l’homme. Si l’auteur a pu donner une utile leçon, sans rien ôter à l’intérêt qui est le point essentiel dans une composition de la nature de celle-ci, il croira pouvoir se féliciter d’avoir choisi ce cadre[1].


12 mai 1794.





  1. Cette préface avait été omise dans la première édition à la prière des libraires.