Catéchisme religieux des libres penseurs (Ménard)/2

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Hurtau (Extrait de la Critique philosophiquep. 8-14).


II

RAPPORTS DE LA RELIGION AVEC LA SCIENCE, L’ART ET LA MORALE


L’intelligence humaine poursuit la découverte du vrai, du beau et du juste. La science, l’art et la morale, qui répondent à ces trois ordres de recherches, se rattachent par des côtés différents à la religion, qui est le lien général des hommes réunis en société, la forme spontanée de leur pensée collective, l’expression la plus haute de leur idéal. Mais la morale, l’art et la science sont aussi anciens que la religion, puisqu’ils remontent comme elle aux origines de l’humanité ; ce ne sont pas des enfants ingrats ou tardivement émancipés, qui voudraient dépouiller leur mère de son héritage. Chacune des formes de l’activité humaine a sa part à cultiver dans le champ commun de la civilisation, et il n’y a pas de raison pour que la religion en soit éliminée plus que les autres. Seulement, il est nécessaire de tracer les limites dans lesquelles doit s’exercer chacune des énergies de l’intelligence, de fixer les rapports de la religion avec la morale, la science et l’art.


La Science et la Religion.


La science observe les faits particuliers et les apparences changeantes pour en déduire des lois générales ; elle corrige elle-même ses erreurs et fixe elle-même ses limites. Les sociétés humaines marchent à la conquête de la vérité comme des aventuriers débarqués sur une côte inconnue. On s’avance au milieu des rochers, dans les gorges profondes où plane une religieuse horreur. Des bruits menaçants sortent des cavernes, le vent gronde à travers l’épaisse forêt, et la nuit multiplie les fantômes. Il faut avancer, cependant, à petits pas, en évitant les fondrières, sous la protection du grand ciel qui allume pour nous ses étoiles. On atteint les hauteurs, l’ombre se dissipe, l’horizon s’élargit, on rit des épouvantes passées. Et pourtant l’imagination n’avait pas menti, mais il faut comprendre sa langue mystérieuse. Ces spectres qui rugissaient dans la nuit, c’étaient nos terreurs qui prenaient un corps aux bruits confus de la tempête ; ces lumières sacrées qui nous guidaient du haut du ciel, c’étaient la raison et la conscience ; ces glaives et ces boucliers invisibles qui nous protégeaient contre tous les dangers, c’étaient la vertu de l’homme et son courage : nous ne nous étions pas trompés, ce sont là en effet des secours divins. La science ne traite pas la religion en ennemie quand elle en explique les symboles : elle lui offre au contraire un asile et une forteresse où le doute et la raillerie ne l’atteindront plus.

La sphère de la religion est la croyance, la sphère de la science est la certitude. L’imagination et la foi règnent sur le domaine illimité de l’incertain et de l’inconnu ; mais à mesure que la science y étend ses découvertes, il faut que la croyance lui cède la place ; on ne peut pas croire le contraire de ce qu’on sait. Il est clair, par exemple, que la fable juive de Josué retardant le coucher du soleil pour achever le massacre de ses ennemis, et la fable grecque d’Hèrè faisant coucher le soleil plus tôt pour arrêter le carnage, ne peuvent se concilier avec les progrès de l’astronomie. Les sciences physiques sont fondées sur la fixité des lois de l’univers ; les sciences historiques sur le contrôle sévère des traditions. Mais tout ce que la science a droit de demander aux croyances c’est de ne pas la contredire ; le champ de l’inconnu étant sans bornes, il y aura toujours de la place pour la religion. Rien ne peut obliger la science à admettre ce qui n’est pas démontré, mais rien ne peut empêcher la religion de garder ses croyances sur les questions que la science n’a pas pu résoudre.

La connaissance complète de la vérité est l’asymptote de la science, on peut s’en approcher de plus en plus, mais on ne peut espérer l’atteindre jamais. La raison générale des choses, qui est le terme inaccessible de nos recherches, la religion essaye de la deviner. Elle expose les croyances de l’homme sur sa destinée, problème que la science ne peut pas même aborder, car l’origine et la fin des choses échappent à l’observation. L’esprit humain est ainsi fait qu’il lui faut des vues d’ensemble et qu’il s’intéresse aux questions d’origine et de fin, quoiqu’il sache qu’il ne peut vérifier ses solutions. Il croit ce qui lui paraît vraisemblable ; sans doute la foi n’est pas la certitude ; mais il est bon qu’il en soit ainsi : celui qui posséderait la vérité entière s’endormirait dans l’inertie de l’intelligence, car il n’aurait plus rien à chercher. Si l’homme se décourageait devant ces problèmes toujours posés et jamais résolus, il perdrait les aspirations incessantes qui entretiennent son activité et qui font sa grandeur.


L’Art et la Religion.


Le domaine de la science est la réalité, celui de la morale et de l’art est l’idéal. Le réel n’est qu’une des formes du possible, l’idéal en est la règle ; il est supérieur au réel, car il représente la loi et la raison des choses, ce qui devrait exister.

La beauté est la loi dans l’ordre physique. Elle n’est pas susceptible d’être démontrée comme la vérité, mais l’homme la conçoit par son intelligence, il aime à en reconnaître l’application dans la nature et il cherche à l’appliquer à ses propres créations. Parmi les diverses formes du travail, il en est, comme les œuvres de l’architecture et de l’industrie, que l’homme produit pour son usage, mais il cherche en même temps à les orner, à les rendre belles ; d’autres formes de l’art, comme la poésie, la musique, la sculpture, la peinture, n’ont pour objet que de satisfaire l’aspiration naturelle de l’intelligence vers la beauté.

L’homme étant un animal social, le premier instrument dont il a besoin est celui qui lui permet de communiquer avec ses semblables ; le langage est donc la plus ancienne dos œuvres d’art, et c’est pour cela qu’Homère, qui définit toujours d’un mot le caractère distinctif de chaque chose, appelle l’homme Mérope, c’est-à-dire l’être au langage articulé. L’étude analytique des langues flexionnelles, les plus parfaites de toutes, y a fait reconnaître des racines exprimant des idées générales et répondant à ces qualités premières qui agissent sur nous par la sensation et qui nous permettent de distinguer les choses et de les nommer. Cette analyse nous fait en même temps comprendre la formation de la mythologie, langue naturelle de la religion. Les principes généraux qui se manifestent par les apparences sont ce que la religion appelle les Dieux. À l’origine, la mythologie ne se distingue pas des autres formes du langage ; tout ce qui agit sur l’homme est conçu comme une force analogue à la sienne et ne peut être représenté que par cette assimilation. Elle devient plus complète encore pour les Dieux quand, par l’observation de l’ordre des choses dans le temps et dans l’espace, la religion s’élève, comme chez les Grecs, de l’idée de force à l’idée de loi, car c’est dans la conscience humaine que nous trouvons le type d’une loi qui se connaît elle-même.

Le langage arrive à sa plus haute expression artistique dans la poésie, qui est la parole rhythmée, et qui, à l’origine, est toujours associée à la musique et souvent à la danse. Les autres formes de l’art se développent en même temps et s’élèvent plus ou moins haut selon le génie des races. C’est à tort qu’on a regardé l’art comme un produit de la religion ; si les premières poésies de l’Inde sont des hymnes, les premières poésies de la Grèce sont des épopées héroïques. Les hommes ont construit des habitations pour eux et leurs familles avant d’élever des temples à leurs Dieux. Les plus anciennes statues égyptiennes prouvent que les arts plastiques ont cherché à reproduire la réalité avant de s’élever à l’idéal. Ce n’est pas à ses débuts que l’art présente un caractère religieux, c’est à son apogée ; il commence et finit par la réalité : l’idéal est au sommet.

La religion a fourni à l’art ses inspirations les plus hautes, mais tous les systèmes religieux ne lui sont pas également favorables. L’Hellénisme, qui trouvait dans la beauté l’expression visible du divin, a donné à toutes les formes de l’art un magnifique élan ; la sculpture s’est élevée, en Grèce, à une hauteur qui ne sera jamais dépassée. Mais les religions sacerdotales en ont arrêté le développement, soit en l’enfermant, comme en Égypte, dans des types consacrés, soit en l’obligeant, comme dans l’Inde, à traduire des idées abstraites par des formes monstrueuses. Le Monothéisme va plus loin encore, il la proscrit absolument comme un danger d’idolâtrie. Le Christianisme lui-même a cédé plus d’une fois à des tendances iconoclastes ; sa morale ascétique a longtemps entravé l’étude de la forme humaine ; les sectes protestantes, fort attachées à la Bible, sans condamner comme les juifs et les musulmans toute représentation graphique, ont certainement arrêté l’essor de la peinture religieuse.

Si la religion a quelquefois exercé une heureuse influence sur l’art, il faut ajouter que l’art lui a bien payé sa dette, et que l’influence a été réciproque. Les poëtes et les sculpteurs ont été les véritables théologiens de l’Hellénisme, car ce sont eux qui ont donné un corps aux croyances populaires ; la poésie a fixé les traditions mythologiques, la sculpture a précisé les types divins. Les Dieux de la Grèce n’ont plus aujourd’hui ni temples, ni fidèles ; mais quand, après plus de mille ans, on retrouve leurs images sous quelque buisson de la Grèce ou de l’Italie, l’art les a rendues sacrées, et on les entoure de respect et d’admiration. Même dans le Christianisme, l’œuvre des artistes a été bien plus grande qu’on ne le croit généralement. Les légendes des saints sont une véritable littérature populaire, où le clergé n’a eu qu’une faible part. Le culte de la Vierge n’est pas sorti tout entier de quelques versets de l’Évangile : à l’idéal féminin qui flottait confusément dans la pensée du moyen âge, il fallait une forme définitive ; l’art de la Renaissance la lui a donnée, et le véritable apôtre de la Mère de Dieu, c’est Raphaël.


La Morale et la Religion.


La beauté est la loi du monde physique ; la justice est la loi du monde moral. L’idéal moral ne peut être réalisé que par la libre volonté de l’homme, et il dépend de nous qu’il le soit. Entre les formes possibles de notre activité, il y en a une que nous savons la meilleure, la seule qui convienne à la dignité de notre nature. Nous ne sommes satisfaits de nos actes que lorsqu’ils sont conformes à cette règle, et nous éprouvons une répugnance naturelle pour ceux de nos semblables qui ne s’y conforment pas. L’appréciation de la beauté est variable, et nul ne peut reprocher à son voisin de ne pas partager ses goûts ; la loi morale, au contraire, a un caractère obligatoire ; les axiomes de la conscience sont impératifs ; ils s’imposent par leur évidence, et l’on ne peut s’empêcher de les admettre. Cette certitude est même supérieure à la certitude scientifique, car elle n’a pas besoin d’être vérifiée ou démontrée. Elle existe chez tous les hommes, et si l’un de nous transgresse la loi morale, les autres sont persuadés qu’il a su ce qu’il faisait et qu’il aurait pu faire autrement.

Cette persuasion, fondée sur la foi au libre arbitre de l’homme, entraîne la réprobation des actes contraires à la justice et le droit social de punir. Mais ce droit, la société ne peut pas toujours l’exercer, et souvent aussi elle l’exerce mal. La conscience humaine proteste contre cette impuissance et contre ces erreurs ; il lui faudrait un tribunal d’appel, dont les jugements infaillibles s’exécuteraient au delà des bornes de la vie. La morale demande cette sanction suprême à la religion, qui la lui offre sous différentes formes ; le Monothéisme punit le coupable dans sa postérité, solution dont l’insuffisance fut corrigée plus tard par le dogme de la résurrection ; le Panthéisme conduit l’homme à travers des transmigrations expiatoires ; le Polythéisme affirme l’immortalité de l’âme et fait de chacun de nous l’artisan de sa destinée. Quant aux religions modernes, elles ont emprunté aux religions antiques leurs croyances sur la vie future.

La manière dont l’homme conçoit le principe et le caractère de la loi morale est en rapport avec l’idée qu’il se forme de l’ensemble des choses, puisque lui-même fait partie de l’univers. Dans le Monothéisme, la morale est la soumission absolue à la toute-puissance divine : la loi descend du ciel au milieu des éclairs, l’homme la reçoit à genoux et l’exécute en tremblant. Dans le Panthéisme, le monde étant un être unique, les manifestations que nous nommons les êtres finis n’ont pas d’existence propre, et partant aucun droit individuel. Le Polythéisme, au contraire, considère le monde comme une fédération de forces distinctes et de lois multiples. L’homme sent en lui une force libre, qui est sa volonté, et une règle qui est sa conscience. Cette règle ne lui est pas imposée par une volonté supérieure, elle est lui-même et consiste dans le développement normal de ses énergies ; c’est en vivant selon sa nature qu’il accomplit sa destinée et concourt pour sa part à l’ordre universel.

Ce rapport nécessaire entre la religion des peuples et leur morale n’implique pas une subordination de la morale à la religion, ce qui serait inadmissible, car les dogmes religieux ne s’appuient que sur la croyance, tandis que les affirmations de la conscience portent le caractère de la certitude. On ne peut soumettre la morale à la religion qu’au détriment de l’une et de l’autre. Ainsi les actes contraires à la morale et accomplis au nom de la religion, les auto-da-fé, qui sont des sacrifices humains offerts en vue de l’unité du dogme, et en général toutes les persécutions exercées sous quelque forme que ce soit contre la libre expression de la pensée, sont le signe d’une incurable faiblesse chez les religions qui ne peuvent supporter le contrôle de la raison, et annoncent chez les peuples qui consentent à les subir une perversion absolue du sens moral.


La Politique et la Religion.


Comme les hommes vivent toujours en société, la morale, qui fixe la direction à donner aux activités humaines, est inséparable de la politique, qui cherche la loi des relations sociales. Mais une société se compose de volontés libres, qui peuvent accomplir la loi du juste ou la violer ; il est difficile de réunir ces énergies indépendantes en un faisceau unique et de les diriger dans le sens du bien. De là vient la différence des systèmes politiques, quoique la nécessité de suivre la loi morale soit partout reconnue. Une société peut être fondée sur l’autorité ou sur la liberté. Le système d’autorité investit un ou plusieurs hommes de la force collective, à la charge de faire exécuter la loi morale par chacun dans l’intérêt de tous. Malheureusement les dépositaires de ce pouvoir étant eux-mêmes des volontés libres, peuvent violer à leur profit la loi qu’ils sont chargés de faire observer. À ce système se rattachent les diverses formes de la hiérarchie, c’est-à-dire presque toutes les sociétés humaines ; il y en a même des exemples chez les animaux : la monarchie des abeilles, l’aristocratie des fourmis. La démocratie, qui est l’application du principe de liberté, considère la société comme un contrat mutuel d’assurances contre les violations particulières de la loi consentie par tous. Comme elle est très difficile à réaliser, la démocratie se produit rarement dans l’histoire, et seulement chez les races supérieures et dans les époques de haute civilisation. Parmi les sociétés qui ont essayé de marcher dans cette voie, celles qui ont approché du but ne sont que des points imperceptibles dans le temps et dans l’espace : il est vrai que le soleil aussi n’est qu’un point dans l’immensité.

Le réel étant le miroir de l’idéal, les sociétés s’ordonnent selon la manière dont elles conçoivent l’ordre de l’univers, et les transformations de la politique réfléchissent celles de la pensée religieuse. Le Polythéisme, dont le principe est la pluralité des causes, a pour expression sociale la république. Mais si le Polythéisme s’arrête à la notion des forces, leur hiérarchie se traduit naturellement dans la société : aussi la république romaine est-elle aristocratique. Si la religion s’élève, comme dans l’Hellénisme, à l’idée d’une harmonie de lois indépendantes, le principe d’égalité et de liberté trouve son application dans la démocratie. Nulle part la réalité n’a été si près de l’idéal que dans cette glorieuse commune d’Athènes, qui a inondé le monde de sa lumière, et qui avait dressé au sommet de son acropole la statue de l’invincible Raison.

Aux religions unitaires répondent les diverses formes de l’autorité, au Panthéisme le régime des castes, au Monothéisme la monarchie. Le Panthéisme conçoit l’unité sous une forme hiérarchique ; en Égypte et en Inde, la royauté n’est que le couronnement d’une pyramide où le sacerdoce occupe les degrés supérieurs. Le Panthéisme est fort en faveur aujourd’hui parmi les philosophes, mais l’école Saint-Simonienne a seule essayé d’en faire une religion ; or on sait que les Saint-Simoniens admettaient le système des castes : les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

Les Juifs et les Musulmans, qui conçoivent le monde comme une monarchie absolue, n’ont jamais eu d’autre forme sociale que le despotisme ; quand ils passent de la tribu à la nation, le Roi, le Kalife ou le Sultan hérite de l’autorité du patriarche ; il n’y a place ni pour le droit ni pour le privilège et l’idéal politique est l’unité dans la servitude. En France, le Déisme, qui était la croyance de la plupart des philosophes au dernier siècle, a essayé de devenir une religion ; le culte de l’Être suprême répond à une période de dictature qui a préparé le despotisme impérial.

Les religions de l’Asie occidentale ne sont connues que très imparfaitement et par des témoignages indirects. Quant au Dualisme iranien, il répond en politique à une monarchie féodale très analogue à celles de l’Europe au moyen âge, époque où dominait la race germanique, si étroitement unie à la race iranienne. La querelle du sacerdoce et de l’empire rappelle la lutte des rois Achéménides contre les Mages, et l’importance du Diable dans les légendes rapproche le Christianisme de la religion mazdéenne.

Le Bouddhisme est plus voisin encore du Christianisme par sa morale et sa légende, mais il s’en éloigne absolument par le dogme, puisqu’il offre le spectacle singulier de l’Athéisme érigé en religion. L’histoire intérieure des sociétés bouddhiques n’est guère connue, mais ce qu’on en sait suffit pour montrer que des croyances négatives peuvent s’accommoder du despotisme et de la théocratie. Le clergé bouddhiste se recrute par l’initiation individuelle comme le clergé chrétien ; en étendant ce système à toutes les fonctions publiques, la Chine a réalisé ce rêve des classes lettrées de notre époque, un peuple docile, obéissant avec une régularité ponctuelle à une élite de fonctionnaires éclairés. De là un mélange d’enfantillage et de décrépitude qui fait ressembler la Chine à une école de bambins conduite par des vieillards.

Dans les sociétés chrétiennes, la concordance entre les formes politiques et les croyances religieuses est frappante ; chaque siècle, chaque pays applique les mêmes solutions au problème religieux et au problème social. La divergence de ces solutions s’explique par la diversité des affluents d’où est sorti le grand fleuve chrétien. Par une réaction naturelle contre le Polythéisme vaincu, le côté unitaire du dogme devait prévaloir d’abord, et sur le sol où avaient fleuri les républiques, l’empire byzantin fut le type des monarchies absolues. En occident, au morcellement féodal et à l’autonomie imparfaite des communes répond le culte des Saints, un Polythéisme saupoudré d’unité et réglementé par la théocratie. Ces religions locales disparaissent quand les communes et les provinces sont absorbées dans l’unité des monarchies ; le roi dit : « L’État, c’est moi » ; le prêtre dit : « Dieu seul est grand, mes frères », et la philosophie subordonne à l’arbitraire divin les axiomes de la raison. À la revendication du libre examen des textes sacrés répond, en politique, le système parlementaire ; l’unité du monde est représentée par un Dieu presque abstrait, gouvernant sans miracles au moyen d’une charte, et assez semblable à un roi constitutionnel ou à un président de république moderne. Il faut remarquer que notre système représentatif, même quand le pouvoir central n’est pas héréditaire, n’a rien de commun avec les républiques de l’antiquité, qui avaient pour bases la législation directe et le gouvernement gratuit.