Cham - Albums du Charivari/Paris l’hiver

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Journal le charivari (3p. 43--).

PARIS L’HIVER
CROQUIS

PAR

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Le propriétaire de la pâte Regnauld élevant un monument à la grippe.


PARIS
AU BUREAU DU JOURNAL LE CHARIVARI,
16, RUE DU CROISSANT.

IMPRIMERIE LOUIS GRIMAUX ET COMP. 16, RUE DU CROISSANT, À PARIS
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le temps. — Vous n’avez pas honte d’arriver si tard que cela ?

l’hiver. — Merci ! j’ai voulu attendre que la grippe fut passée, je n’avais pas envie de me faire pincer.

COMMENCEMENT DU FROID.

le bourgeois. — Que le diable soit du verglas, je viens de me faire joliment mal !

le paysan. — Tant mieux, monsieur, tant mieux, c’est signe de gelée, et la terre en avait bien besoin !

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— Méchant polisson… oser ainsi jeter une boule de neige à mon chapeau !

— Monsieur, je n’ai pas eu l’intention d’attraper votre chapeau… je visais votre nez.

UN DES DÉSAGRÉMENTS DE L’HIVER

— Grippé !…

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le temps. — Vous êtes donc fou ? Vous arrivez au milieu de janvier !

mars. — Tiens : février n’est donc pas fini ? Voyant mon arbre en fleurs j’ai cru que mon tour était arrivé…

le temps. — Votre arbre radote cette année-ci, il bat complètement la breloque.

UN MONSIEUR GALANT.

— Madame, voulez-vous me permettre de vous prêter mes bottes pour traverser le macadam du boulevard ?

— Monsieur, ce n’est pas de refus.

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— C’est ton fils ? mais on a bien du mal à le distinguer cet enfant !

— Ce n’est pas de sa faute ; en traversant le boulevard il est tombé dans le macadam.

Les sabots devenus insuffisants
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La Seine ayant grossi au point de ne pouvoir plus tenir dans son lit.
La Seine profitant de sa crue pour aller jusqu’à Bercy et y reprendre une partie de son eau que les marchands de vin avaient détournée pour mettre dans leurs tonneaux.
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— Mon cher, il ne faut pas te fier aux apparences, mais ma femme est très délicate, elle sort de son lit.

— Elle en sort comme la Seine alors, qui quitte son lit quand elle est très forte.

— Monsieur ! personne ne veut de moi parce que je suis laide… mais comme vous n’êtes pas beau, vous n’avez pas le droit d’être difficile, je m’attache à vous !

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OUVERTURE DU THEATRE-ITALIEN.

le mari. — Je t’assure que nous sommes très bien placés… la voix monte… nous ne perdrons pas une seule des notes hautes.

la femme. — Oui, mais les notes basses !

LA SORTIE DES ITALIENS.

(11 heures 1/2.) — François, êtes-vous là ! François ! François ! François !

(Minuit) — François ! François ! François !

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AU BAL DES ARTISTES.

— Ma fille ! je ne te conduirai plus une autre fois au bal des artistes… je ne veux pas que tu ailles embrasser M. Grassot… Une jeune personne qui se respecte ne va pas ainsi embrasser un homme en public… surtout quand elle ne le connaît pas !

— Tiens, vous étiez au bal des artistes je ne vous y ai pas aperçu… c’est étonnant !

— J’étais derrière le nez de M. Hyacinthe.

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— Voici la mode des chapeaux pour cet hiver. Si Madame le désire je lui en ferai un.

— Faites m’en deux… celui-ci ne me couvre que la moitié de la tête, je m’enrhumerai si je n’en porte qu’un seul.

— J’engagerai Monsieur à s’acheter un châle pour cet hiver, c’est mieux porté que le paletot.

— Un châle… non… ça m’entraînerait dans d’autres dépenses… il me faudrait ensuite une ombrelle et des socques !

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MODES D’HOMME AU MOIS DE MARS.
Le chapeau voltigeant à vingt-cinq pas en avant, parapluie cassé par le manche, cheveux agités, pantalons crottés, bottes mouillées.
MODES POUR DAMES.
La robe flottant par dessus sa tête, les ombrelles retournées. Les mollets sont bien portés.
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À LA COURTILLE.

— Tiens, Chopinot, buvons à cette table, nous serons bien là-dessus.

— Oui… mais il est prudent de s’assurer si nous serons bien dessous.

— C’est une horreur de boire comme ça… rendez-moi mon mari.

— Vot’mari vient d’couler sous la table… nous irons le rejoindre tout à l’heure… faut pas vous gêner si vous avez quéque chose à lui faire dire.

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LE GARÇON. — Encore boire !… mais malheureux vous ne pouvez plus tenir sur vos jambes ?

LE TURC. — Je tiens encore sur les mains… faut qu’elles capitulent comme les jambes.

LE DÉBARDEUR. — Déjà !

LE CARÊME. — Ça vous contrarie ?…

LE DÉBARDEUR. — Au contraire, j’allais donner quinze sous à un commissionnaire pour vous envoyer chercher.

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LE BAL DES BLANCHISSEUSES.

— C’est vexant d’avoir des pratiques maigres, on ne peut seulement pas mettre leurs bas une fois pour aller au bal sans les faire crever.

LA PRATIQUE. — Il me faut absolument mon linge, je n’ai rien à mettre et je dîne en ville ce soir.

LA BLANCHISSEUSE. — Monsieur, il m’est impossible de m’occuper de votre linge aujourd’hui, j’ai promis quatre polkas, six mazurkas et douze schotischs.

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— Ah ! mon Dieu, voilà ma blanchisseuse qui danse avec ma belle collerette sur les épaules,

— Sapristi ! et son vis-à-vis qui porte ma seule chemise jabots !

— Ô Adèle, le carême ne peut donc rien sur toi ?…

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— Que le diable soit du concours de Poissy, voilà un imbécile de bœuf qui se trouve mal dans mes bras parce qu’il n’a pas obtenu de médaille… comme si c’était ma faute à moi !

— Que diable faites-vous donc à ce malheureux bœuf pour le faire bâiller comme ça ?

— Dam, je lui lis le roman de l’Oncle Tom afin qu’il puisse bien jouer son rôle dans la cérémonie.

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LE CORTÈGE DU BŒUF GRAS.

— Mon ami, tu me compromets dans cette foule ; pourquoi donner des coups de parapluie au cocher de ce char ?

— Laisse-moi donc tranquille… ce cocher c’est le Temps… il est détestable depuis trois mois ce drôle-là !

le musicien. — Diable d’animal… je lui joue un quadrille et lui il m’exécute une ouverture ?

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— M. Labédollière, l’habile traducteur de mistress Beecher Stowe, voyant entrer chez lui le propriétaire du nouvel Oncle-Tom, qui le supplie de ne pas faire tort à son commerce en imitant son bœuf.

Mistress Beecher Stowe arrivant trop tard pour sauver le Père Tom.
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— Ma chère, je te ménageais une surprise ! tu viens de manger un morceau d’Oncle Tom.

— Quelle horreur ! je viens donc de manger du nègre ;

— Mais non du bœuf.

— Du tout, Oncle Tom, c’est un nègre ?

MARS. — Allons, bon ! voilà le Carême… Je n’ai pas de chance, je n’arrive jamais sans le trouver là… comme si je n’aimais pas le rosbif autant que les autres.

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M. Cobden priant le Carême d’affaiblir Mars le plus possible afin de le mettre dans l’impossibilité de se servir de ses armes.

— C’est une invitation à un grand bal… je n’ai pas de mollets… Adélaïde, tu iras à ma place.

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À LONGCHAMPS, UN TILBURY NOUVEAU MODÈLE.

— Bien sûr que l’maître et l’domestique ont eu des raisons ensemble, qu’y sont à s’bouder comme ça !

Situation du domestique, lorsque son maître est obligé de tirer avec force sur les rênes pour arrêter le cheval.
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FERMETURE DE LA CHASSE.

— Voici minuit qui sonne… la chasse est fermée !

— Laissez-moi ramasser ce lièvre que j’ai tué avant le premier coup de minuit.

— Du tout… vous ne le ramasserez que l’année prochaine !

Saint Hubert en état de surveillance.
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— C’est du gibier… je l’empoigne !

— Arrêtez, malheureux, ce lièvre est un savant, vous allez nous faire une affaire avec l’Institut !

L’ÉCOLIER. — Monsieur, vous n’avez pas le droit de me donner la chasse, elle est fermée d’hier !

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— Tu n’as pas de honte !… un homme de ton rang… se faire admettre à l’hospice.

— Que veux-tu, j’adore le gibier… et depuis que la chasse est fermée ce n’est plus que là qu’on peut en manger tranquillement.

LA FEMME. — Mon ami, il ne serait pas convenable que nous allassions dans un lieu de divertissement pendant le carême.

LE MARI. — Nous pouvons aller voir la baleine… c’est du poisson !

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LE TEMPS. — Voyons, Mars, vous ne voulez donc rien faire ?

MARS. — Du moment que vous avez permis à Février de faire mon ouvrage, de faire pousser les feuilles de mon arbre, je m’en lave les mains, ça ne me regarde plus et je me croise les bras.

Le retour du printemps s’annonçant à Paris par de charmantes giboulées et d’agréables petits coups de vent.