Chansons populaires de la Basse-Bretagne/L’île de St-Malo

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L’ILE DE SAINT-MALO
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   Si je savais chanter, comme je sais composer,
Je composerais une chansonnette, qui serait à mon gré.

   Je composerais une chansonnette, et cela prestement,
A deux personnes de la contrée, qui s’aimaient fidèlement.

   Quand il y a amour parfait entre deux êtres,
Ils sont joyeux, comme un rossignol qui chante dans une haie.

   (Mais) après s’être aimés et avoir eu confiance (l’un dans l’autre)
Ils ont le cœur navré, si (leur amour) n’est pas récompensé,

   — C’est vous, dit (l’homme), ma maîtresse, qui êtes cause
________________________________________ de mon tourment.
C’est à vous que je pense, c’est vous que je désire ;

   C’est à vous que je pense, c’est vous que je désire,
Et vous êtes assez ingrate (pour mépriser) mon amour !

   — Taisez-vous, mon serviteur, ne dites pas cela,
Car quels que soient vos vœux, je souhaiterais qu’ils s’accomplissent ;

   (Mais c’est) ma famille qui s’oppose à ce que vous désirez ;
Pas avant trois ans, mon ami, vous ne m’aurez.



   Trois ans, c’est beaucoup et peu de temps à passer.
Celui qui attend trouve longue (à venir) l’échéance.

   Ce que nous saurions faire de mieux, ce serait de nous séparer,
Pour qu’il n’y ait rien à dire sur notre compte, en attendant
______________________________ que les trois ans (se passent),

   Car si nous continuions, en ce pays, à nous aimer tous deux,
Les gens en viendraient (vite) à prétendre que nous serions trop amis.

   Moi, j’irai à Saint-Malo, là où il y a une île,
Au milieu de la mer profonde, exposée à la froidure ;

   Là je n’aurai ni plaisir ni joie (d’aucune sorte),
Rien que la pluie, le vent, et toute espèce de souffrances.

   — Serait-il possible, mon serviteur, qu’à cause de moi
Vous vous mettriez en un danger, en une souffrance de ce genre.

   Tous mes biens en entier, ils ne m’appartiennent pas encore,
Ne suffiraient pas à vous payer de la peine que vous souffrez à cause de moi.

   — Vos bonnes façons, ô ma maîtresse, suffisent à m’en payer,
Si je puis me les concilier, je ne demande rien (davantage).

   Cette chanson a été levée par un jeune clerc ;
Je vous prie,soyez indulgents pour lui,il n’est pas encore habile ;

Dieu n’accorde pas toujours à chacun sa demande ;
Tous ceux qui vont aux études ne deviennent pas prêtres.

   Celui-ci est un jeune clerc, qui s’en retourne en son canton,
Et qui trouve le temps (plus) court en chantant une chanson.


Chanté à Keranborgne, février, 1849.
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