Chansons populaires de la Basse-Bretagne/L’héritière de Pennanec’h (première version)

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L’HÉRITIÈRE DE PENNANEC’H
(PREMIÈRE VERSION)


   La pire œuvre que je fis jamais
Ce fut coucher avec un moine ;

   Avec un moine j’ai couché,
Celui-là m’a perdue.

   N’importe où je marche, par mon pays,
On m’appelle moinesse.

   Je m’habillerai en passementerie,
En or jaune ou en argent,

   Et j’irai alors à Paris
Saluer le roi Louis.

   Sitôt que j’entrerai en ville,
Tremblera le pavé tout entier,

   Si bien que dira le roi :
— Jésus ! il arrive (toute) une armée !

   Ce n’est pas une armée que c’est,
L’héritière de Pennanec’h je suis.

   C’est moi l’héritière de Pennanec’h,
Qui suis propriétaire de maint lieu,

   Et qui suis depuis longtemps en marche
Cherchant un (homme) qui m’épouse.

   Je ne trouve personne capable de le faire
A moins que ce ne soit vous, mon Roi !


   — Vous épouser je ne puis pas,
Bien jeunette est mon épouse ;

   Restez en ville une couple d’ans,
Si mon épouse meurt, je vous épouserai.

   C’est là de ma part une parole déplacée,
(De compter) pour faire la cour sur un décès.

   — Votre fils Dauphin, s’il est en âge,
Sire, et si cela est à votre gré ?...

   Le vieux roi disait
A son palefrenier, ce jour-là :

   — Va me chercher plume, encre et papier,
Pour que j’écrive une lettre ;

   Pour que j’écrive une lettre
A mon fils Dauphin, qui le rappelle à la maison,

   (A l’effet) d’épouser l’héritière de Pennanec’h,
Et il sera roi à ma place ;

   D’épouser l’héritière de Pennanec’h,
Et il sera roi dans le palais.

   Le fils Dauphin disait
A sa mère, quand la lettre il lisait :

   — Dites-moi, ma mère, si elles sont bonnes,
Les propositions que me fait mon père,

   D’épouser l’héritière de Pennanec’h,
Et je serai roi a sa place ;

   D’épouser l’héritière de Pennanec’h,
Et je serai roi dans le palais.

   — Quand j’aurai vu (quel est) ce parti,
Je dirai si la fille me plait.

   Dix-huit aunes de toile noire
Et dix-huit autres en épine noire

   Vont faire un bonnet
Pour cacher au Dauphin ses cornes ;

   Encore il disait, le pauvre cocu,
Que sa grande corne était restée dehors !


Chanté par Marguerite Philippe, septembre, 1868.
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