Chansons populaires de la Basse-Bretagne/Le clerc de Rozmar (deuxième version)

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LE CLERC DE ROZMAR


(DEUXIÈME VERSION)
I

Si je vais à Quimper faire mes études,
Je ferai mes adieux, avant que j’aille.....


   — Bonjour à vous, ma douce Francéza !
Moi, c’est à l’étude que je vais.

   — Si c’est à l’étude que vous allez,
Faites (faire) mon cercueil, avant d’aller,

   Et mon octave, et mon (grande) service,
Mon anniversaire, comme c’est l’usage !

   — S’il vous arrive aucun ennui,
Ma douce, écrivez-moi (une) lettre.

II

   A quelque trois semaines de là,
Resta Françoise (clouée) sur son lit.

   Françoise Le Rolland disait
A son père, à sa mère, certain jour :

   — Mon père, ma mère, si vous m’aimez,
Un prêtre pour moi vous chercherez.

   — Quand vous voudrez, Françoise, ce sera fait ;
Envoyez (de vos) nouvelles jusqu’au clerc.

   — Cherchez-moi un prêtre, puisque je le dis,
Ce n’est pas avec des clercs que j’ai la tête, maintenant.

   Quand elle fut extrémisée, qu’elle eut reçu les sacrements,
A sa mère, à son père, elle a dit :

   — Mon père, ma mère, si vous m’aimez,
Envoyez (de mes) nouvelles jusqu’au clerc ;

   Envoyez un des gens de votre maison,
Ou, sinon, le garçon d’écurie.

III

   Le domestique de sa maîtresse bonjourait,
Dans la ville de Quimper, quand il arrivait.

   — Bonjour et joie (à) tous, en cette ville ;
Où est le collège ici ?

   Où est le collège ici,
Dans lequel se trouve le clerc de Rozmar ?

   Le clerc de Rozmar, quand il l’a entendu,
Sa tête à la fenêtre il a fourré ;

   Sa tête à la fenêtre il a fourré,
Le domestique de sa douce il a salué :


   — Quoi de nouveau est survenu,
Que vous êtes venu à Quimper me voir ?

   — Rien de nouveau n’est survenu,
Que je suis venu à Quimper vous voir,

   Si ce n’est que votre douce Francéza
Est demeurée sur son lit malade ;

   Elle est extrémisée et a reçu les sacrements,
Depuis (il y a eu) hier huit jours passés.

   — Allez à pied, à travers les champs,
Moi, j’irai à cheval, par les chemins.

IV

   Le clerc de Rozmar bonjourait,
Chez le vieux Rolland, quand il arrivait :

   — Bonjour et joie (à) tous en cette maison,
Les gens y sont-ils vivants et bien portants ?

   — Les gens y sont vivants et bien portants,
Si ce n’est votre douce Francéza ;

   Si ce n’est votre douce Francéza,
Qui est demeurée sur son lit malade.

   — Donnez-moi un petit bout de chandelle,
Que j’aille savoir si elle me reconnaîtra...

V

   Bonjour à vous, ma douce Francéza,
Bien changée je vous trouve.

   — Comment se pourrait-il que je ne fusse pas changée,
Puisque voilà trois jours que j ai quitté la vie de ce monde ?...

   Clerc, voici la vérité,
Que je vous dis, de la part de Dieu :

   Maintenant, vous serez fait prêtre,
Et durant votre première messe, vous mourrez ;

   Et durant votre première messe, vous mourrez,
Et alors nous serons unis !


Marguerite Philippe. — Pluzunet 1868.
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La garlantès est une guirlande de verdure et de fleurs que des voisins moqueurs tressent pour une jeune fille dont le galant attitré épouse une autre femme, ou réciproquement pour un jeune homme dont la prétendue a convolé ailleurs. On la suspend d'ordinaire, la nuit qui précède les bans, soit à un arbre proche de la maison, soit au toit même de la demeure habitée par l'amoureux ou l'amoureuse délaissés. Quelquefois on remplace la garlantès par un mannequin représentant un homme, s’il s’agit de plaisanter l’abandon d’une jeune fille, représentant une femme dans le cas contraire, mais qui, dans l’un et l’autre cas, s’appelle un « Pipi Vacori. » J’en ai vu un à Pleudaniel, qui est resté, quatre années durant, à la même place. On dit encore que l’on a reçu « une guirlande » lorsque, dans un pardon, on est éconduit par une jeune fille que l’on invite à danser.