Chants populaires de la Basse-Bretagne/Le Comte de Coat-Loury

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche


LE COMTE DE COAT-LOURY
Et le Seigneur de Porz-Lann
________



 Le comte de Coat-Louri, de la trêve de Gaouennec,
Est allé au pardon de Saint-Gildas, en la paroisse de Tonquédec.
Et il n’avait d’autre dessein, d’autre intention,
Que, vers la fin du pardon, faire au sonneur (ménétrier) sonner.

  Quand il s’élève quelque affaire, quelque querelle dans le pays,
Ce ne sont pas les gens d’honneur qui commenceront ;
C’est deux vagabonds qui avaient entre eux une affaire,
Depuis une aire-neuve, en la paroisse de Ploubezre.

  L’hôtelier disait à Porzlan : — Sortez,
Ou il arrivera malheur avant la fin de la journée ;
Le comte de Coat-Louri est fort en colère ;
Seigneur, allez le trouver, il vous obéit toujours.

  Le seigneur de Porzlan, sitôt qu’il l’a entendu,
Promptement hors du cabaret a sauté,
Et il a dit au comte, du milieu de son cœur :
— Seigneur, cessez (apaisez) votre colère, vous perdrez le pardon.

  Le comte de Coat-Louri a répondu
Au seigneur de Porzlan, sitôt qu’il l’a entendu :
— Retirez-vous, seigneur de Porzlan, retirez-vous, allez en arrière,
Ou je vous traverserai, sur-le-champ, de mon épée !

  Le seigneur de Porzlan, parce qu’il était puissant,
Ne fit pas grand cas pour l’entendre parler.
Le comte se retira en arrière, un pas ou deux,
Et le traversa de son épée, sous le sein droit !

  Paroissiens de Tonquédec, vous avez été des lâches,
(Vous qui avez) laissé tuer votre capitaine, étant tous sur la place !
Les paroissiens de Tonquédec hélas ! ne savaient pas
Que leur capitaine serait tué par trahison.

  Sa femme, ses enfants, quand ils ont entendu le bruit
Qu’il était tué, (le bruit) commun dans la foule,
Le bruit commun de dire qu’il avait été tué,
Se sont rendus sur le lieu de la querelle.

  Sa femme aimante, quand elle l’a vu,
L’a voué à nombre de places saintes.
Elle donne son tablier à monseigneur Saint-Gildas.
Son époux aimant alors lui parla (ainsi) :


  — Seigneur Dieu, mon épouse, n’était pas votre peine,
Je demande à aller mourir au manoir de Tromorvan.
On le prit, pour le porter chez lui,
Et il s’évanouit dans l’avenue des poiriers.

  Quatre corps (hommes) les meilleurs de la paroisse de Tonquédec,
Sur des serviettes l’ont porté ;
Sur des serviettes ils l’ont porté
Au manoir de Tromorvan, puisqu’il l’avait demandé.

  Quand on l’eut déshabillé, et qu’il fut dans son lit,
Sa femme aimante a dit alors :
— Je vais à présent, à Rennes, pour faire une requête,
Car il me faut vengeance de la mort de mon mari !

  Restez à la maison, ma femme, et laissez vos reproches,
La justice fera son devoir, quand je serai mort ;
Si vous allez à présent à Rennes, jamais vous ne me reverrez,
Si ce n’est mon corps dans un tombeau, dans le cimetière de Tonquédec !

  Le seigneur de Porzlan, plein de charité,
Appelle tous ses enfants pour venir le voir,
Et quand ils sont arrivés auprès de son lit,
Avec amour, il leur parla de cette façon :

  — Vous, dit-il, mon fils aîné, vous êtes le plus âgé,
Et je vous mets capitaine, à présent, en ma place,
Je vous mets capitaine de la paroisse de Tonquédec,
Songez à eux (aux habitants), ne les abandonnez pas.

  Vous, mon second fils, vous qui avez étudié,
Poursuivez, de bon cœur, afin d’être prêtre :
Souvenez-vous de moi, dans tous vos sacrifices,
Moi aussi je me souviendrai de vous, dans toutes mes prières.

  Et vous, mon petit enfant, vous êtes encore bien jeune,
Et je vous prie de rester avec votre mère et vos sœurs ;
Je vous prie de rester avec votre mère et vos sœurs,
Ayez soin d’elles, ne les abandonnez pas !

  Allons ma femme je vous dis adieu ;
Il faut mourir, à présent, mon heure dernière est venue.
Pardon donc, ô mon Dieu, pardon, Vierge Marie,
Souvenez-vous de moi quand je me présenterai à votre maison !


Chanté par Garandel, surnommé compagnon l’aveugle,
Plouaret, 1844.


On voit encore les ruines de l’ancien château de Coat-Loury, en la commune de Caouennec, à environ 6 kilomètres au sud-est de Lannion. Le manoir de Trémorvan est en la commune de Tonquédec, commune contiguë, sur le bord de la rivière Léguer.