Chefs-d’œuvre poétiques des dames françaises/Anne de Marquets

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ANNE DE MARQUETS.


Cette demoiselle, née de parents nobles et riches, fut élevée dans l’étude des belles-lettres et dans la piété. Religieuse à Poissy dans un couvent de l’ordre de St-Dominique, elle ne fut ni de ces dévotes atrabilaires qui croient la piété incompatible avec la poésie, ni de ces personnes qui, par l’abus qu’elles font de leurs talents, déshonorent la sainteté de leur état. Elle fit des siens l’usage qu’elle en devait faire, en les consacrant à la religion ; mais l’austérité du cloître ne l’empêcha point de conserver des relations avec les gens de lettres estimables qu’elle avait eu occasion de connaître.

Les poésies d’Anne de Marquets respirent la candeur et la piété ; elle y paraît animée d’un zèle aussi solide qu’éclairé. Ronsard et d’autres poètes célèbres de ce temps en ont fait l’éloge. Elle atteignit un âge avancé, mais elle perdit la vue quelque temps avant sa mort qui eut lieu en 1558. Cette fille respectable laissa en mourant à la sœur Marie de Fortia, son amie, religieuse du même couvent, 380 sonnets spirituels ayant trait aux dimanches et aux principales solennités de l’année. Anne de Marquets a, d’ailleurs, fait des pièces fugitives, et composé des sonnets et des devises pour l’assemblée tenue à Poissy en 1561.

Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur donnant les deux premiers sonnets spirituels de cette muse pieuse.

SONNET I.

POUR LA VEILLE DE LA NATIVITÉ.


O fille de Judée ! ô Jérusalem sainte !
Vous tous qui bénissez le nom de l’Éternel,
Qui chérissez la paix, sainte fille du ciel,
Ne soyez plus gênés de soupçon ni de crainte ;

Si d’angoisse aujourd’hui vous avez l’ame atteinte,
Ressentant du péché l’assaut continuel,
Vous sortirez demain hors de ce jour cruel ;
Le dragon qui rugit verra sa force éteinte ;

Du haut du firmament le Seigneur descendra,
Se viendra joindre à nous et vainqueur vous rendra
Il amène avec lui la tranquille assurance ;

Prenez courage donc, et croyez désormais
Que le secours est proche et ne manque jamais
À ceux qui tout en Dieu mettent leur espérance.


SONNET II.

POUR LE JOUR DE NOËL.


Quel miracle est ceci, quelle métamorphose !
Ce grand roi, qui contient et la terre et les cieux,
Et qui les fait trembler d’un seul clin de ses yeux,
En une étable est mis, qui n’est qu’à demi close,
Lui qui orne, enrichit et revest toute chose,


N’a que des drapelets sur son corps précieux ;
Lui qui lance dans l’air le foudre impétueux,
Humble, doux et petit en la crèche repose.

Lui que les chérubins adorent en tremblant,
Qui dispose et régit l’ordre du firmament,
Et qui est seul auteur de tous biens désirables,

Est gisant sur la paille entre deux animaux ;
Enfant, on l’emmaillotte, et pour nous misérables,
S’étant rendu mortel, il souffre tant de maux.