Chefs-d’œuvre poétiques des dames françaises/Justine de Lévi

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JUSTINE DE LEVI.


Justine de Levi, fille d’André Perotti, de Sasso Ferrato, descendant de l’illustre maison de Levi, naquit à Crémone, cultiva avec succès la poésie italienne et fut contemporaine de Pétrarque, avec lequel elle entretint une correspondance littéraire. Ce fut elle qui lui adressa ce sonnet si connu, qui commence par ce vers :

Jo vorrei pur drizzar queste mei piume,

et auquel Pétrarque répondit par un autre sonnet fait sur les mêmes rimes et commençant ainsi :

La gola, il sonno, e l’oziose piume, etc.

Mais, pour éviter jusque l’apparence de la rivalité avec ce célèbre poète, elle se décida à ne plus écrire qu’en français. Justine de Levi épousa Louis de Puytendre, gentilhomme français habitant les bords du Rhône, et fut la bisaïeule de Clotilde de Surville. Voici l’extrait d’une pièce de vers qu’elle fit à la louange de Louis de Puytendre.

C’est icy qu’apparust à ma veue encharmée
Le héroz que seulet tiens l’esgal d’ugne armée,
Que, por sien bel Adon, eust prins mère d’Amour,
Et diroit Orphéos, Dieou que lance le jour !…
Pardonne, ô tendre Eros ! s’entr’iceux ne te nomme ;
Maiz ne scay l’enfançon comparer au josne homme :
T’eusse veu sanz esmoy ; ne le vis sanz paslir,
Me troubler, perdre voix, palpiter, fresmollir ;
Languir de volupté, sentir en ma poictrine,
Toute en rapides feulx, circuler ta Cyprine…