Chronique d’une ancienne ville royale Dourdan/13

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

CHAPITRE XIII

LA SEIGNEURIE ET LES CENSIVES DE DOURDAN

§ I

DOMAINE DE DOURDAN.


Comme nos lecteurs ont déjà pu s’en apercevoir, le domaine de Dourdan n’était considérable ni par son étendue, ni par son produit. Ce qui donnait à la seigneurie[1] de Dourdan sa véritable importance, c’était la forêt, dont le rapport annuel montait à 25 ou 30,000 livres. Le domaine proprement dit consistait en une foule de petites propriétés et droits dont la gestion et la perception n’étaient pas toujours fort aisées, et donnèrent souvent quelques soucis à l’administration des ducs d’Orléans. Dans son état estimatif des dépendances du domaine, Mahy, directeur général des domaines du duché d’Orléans, estime, en 1733, celui de Dourdan à la somme totale de 1,875,319 livres[2].

La consistance du domaine de Dourdan, malgré la multiplicité et parfois la mince valeur des articles, offre pourtant une étude de quelque intérêt, parce que ses éléments divers sont les éléments mêmes de la vie locale et permettent de suivre certaines traditions, certains usages et priviléges soigneusement transmis pendant des siècles, et aujourd’hui doublement perdus : déjà comme réalité, bientôt comme souvenir.

Consistance et censive du domaine de dourdan[3]. — La Ville. — Par suite de concessions ou d’usurpations successives, la ville était loin de dépendre directement, dans son ensemble, comme on pourrait le croire, des maîtres du domaine. Les droits, les cens y étaient partagés fort inégalement par plusieurs seigneurs des environs, par des personnages ecclésiastiques ou des maisons religieuses, et nous verrons les ducs d’Orléans, sentant la gêne de cette communauté, ou pour mieux dire de cette rivalité d’intérêts, faire tous leurs efforts pour se débarrasser, par des acquisitions et des échanges, de ce vieux réseau féodal qui les serrait de trop près. Quoi qu’il en soit, par titres bien établis et constatés par terriers, ils possédaient à Dourdan les droits domaniaux suivants :

Les cens payés à la Saint-Remy par douze maisons de la ville, sises en face l’Hôtel-Dieu, rue Neuve, rue Saint-Pierre près l’Écu-de-France, et par quatre jardins.

Les avoines, dues par les habitants de Dourdan qui ont usage de bois mort dans la forêt, par ceux qui s’abonnent pour y mettre pâturer leurs bêtes, et par une maison sise rue des Maillets, près le cimetière.

Les droits des halles : droit de Coutume. — Ferme du hallage à blé, qui se lève sur ceux qui ne paient pas de coutume. — Ferme du revendage. — Ferme du droit de minage. — Droit de plaçage d’un sol sur chaque septier de blé vendu dans le marché et dans la ville, et 6 deniers sur chaque septier de menus grains[4]. — Droit du poids le roi et des petites mesures. — Droit d’étal sur 8 étaux de tannerie, 8 étaux de cordonnerie, 8 de bonneterie, 12 de draperie, 9 de mercerie, 26 de boucherie, 7 de poissonnerie, 13 de poterie d’étain, boulangerie et autres étalages des marchands forains. — Location des caves des halles. (Comptes de 1646.)

La ferme du Rouage de la ville et châtellenie, avec celui des Granges[5].

La ferme des exploits, amendes et défauts des bailliage et prévôté de Dourdan, jusqu’à 60 sols et au-dessous.

Le scel et escripture de la ville et châtellenie.

Le change de ladite prévôté.

Les conciergeries et geôles des prisons.

Les cens à prendre sur les fours à cuire pains et pots de terre.

La ferme des mouches à miel de la ville de Dourdan.

Les champarts, cens et rentes dus pour concessions de terrains faites dans la ville, dans les fossés de la ville et du château, et les permissions d’avoir des ouvertures dans les murs de Dourdan[6].

Nous devons ajouter :

Le Moulin du Roi, sis au bas de la ville, sur la rivière d’Orge, et vers la fin la grange y attenant.

Le Château avec toutes ses dépendances.

Banlieue de la ville. — Parmi toutes les enclaves des propriétés et censives étrangères qui se divisaient le territoire autour de Dourdan, le domaine avait conservé un certain nombre de possessions et de droits qui avaient, la plupart, une date fort ancienne, et s’étaient toujours transmis avec la seigneurie.

Au premier rang était « la revenue de la terre des Murs et de Potelet. » — L’hostel ou terre des Murs, des Meurs ou des Mures, cette vieille ferme d’une soixantaine d’arpents, centre d’une antique exploitation rurale et peut-être d’une noble habitation, était situé à l’ouest du grand étang de Dourdan, entre le clos de Plaisance et Potelet, dans une pièce limitée au nord par la prairie, au midi par le chemin de Grillon, et entourée de canaux. Il avait été, on s’en souvient, baillé à cens et rente par le sieur de Gobaches aux héritiers de Jean Seigneur (1483)[7]. Ce bail fut renouvelé au sieur Arnaud de Junquières (confirmation du 6 février 1683) et la rente en grains, portée par le terrier de 1538 à 15 septiers environ, finit par se payer en argent, sur le pied de 150 livres, en conséquence d’un abonnement verbal. Quant au fameux buisson ou « taloppée » réservé dans la terre des Murs pour l’ébat des lapins du roi, un jugement du 10 septembre 1680 le réunit au domaine de Dourdan[8]. — Les terre et moulin de Potelet ou Poutelet avaient été démembrés au xvie siècle. Trois frères, Annibal, Scipion et Alexandre de Ferrières, qui en étaient alors possesseurs, avaient été condamnés à mort par sentence du bailli de Dourdan du 4 octobre 1564, et la moitié de leur bien, confisquée au profit de la duchesse de Guise, dame de Dourdan, avait été donnée alors par elle à Guillaume de Neufchelles ; l’autre moitié, confisquée au nom du roi, et consistant dans l’emplacement du moulin, avait été accensée, à la charge d’un denier parisis de cens, de 4 septiers de blé et 2 poules, envers le domaine. Le sieur Arnaud de Junquières, conseiller du roi, contrôleur général de la grande chancellerie, premier secrétaire de Louvois et de Le Tellier, en fit l’acquisition vers 1680 et fut confirmé (16 mars 1683) dans les droits et jouissance des tuileries, fours et poteries dépendant de Potelet, qui avaient alors une grande importance[9].

Aux terrains des Murs et de Potelet venaient s’ajouter les « étangs » et les « prés. » — Les trois étangs, le grand étang ou étang du Roi, situé entre Dourdan et Potelet, l’étang de Gaudrée, situé au levant de la ville, et celui de la Muette ou de la Meutte, à droite de la route des Granges, avant la montée, appartenaient tous au domaine, ainsi que le poisson qui en provenait.

L’étang du Roi d’abord, les deux autres par suite, furent desséchés et convertis en prés. On attribua aux brouillards qui s’élevaient de ces eaux dormantes des fièvres et des maladies auxquelles les riverains avaient été sujets, et le domaine qui trouvait de l’avantage à rendre cet emplacement à la culture, en opéra volontiers le dessèchement. Ceci porta à 29 arpents environ les prés et pâturages dont il recueillait les fruits[10]. Il faut y joindre quelques petits marais et jardins, quelques vignes et quelques pièces de terre aux abords des étangs[11].

Villages voisins. — 1o Le village des Granges-le-Roy. Cette ancienne dépendance, cette sorte de grenier de Dourdan qui, à une époque reculée, donnait presque tous ses produits aux maîtres du domaine, avait graduellement échappé à leur censive par les acquisitions successives faites par la riche abbaye de Longchamp. Presque tout le domaine des Granges-le-Roy appartenait aux religieuses. Par la transaction et l’échange faits avec les ducs d’Orléans en 1756, elles se désistèrent de la plus grande partie de leurs droits. C’est ainsi que la ferme des Granges fut louée, en 1778, au compte du domaine. Certains revenus n’avaient jamais cessé d’appartenir, dans cette paroisse, aux seigneurs de Dourdan, et ils en conservèrent jusqu’au bout la jouissance : c’était d’abord la garenne des Granges, terrain planté de haies et de buissons entre les Granges et Dourdan. — C’étaient aussi plusieurs cens et rentes dus par les manants et habitants des Granges et de la Forêt-le-Roy, pour leur usage dans la forêt et autres redevances, entre autres les cens « Bourgongneux » dus à la Chandeleur par les hoirs de Jehan Bertrand. — C’étaient encore, si on avait voulu continuer à les réclamer, car l’article figure même dans le compte de 1646, « les gélines des Granges-le-Roy qui se lèvent et paient par chacun an le jour de Noël ou le lendemain, quand le seigneur vient à Dourdan ; et les pains et deniers que ledit seigneur prend par chacun an audit lieu des Granges, le lendemain de Noël[12] ».

2o A Roinville, une maison, et au-dessous de Roinville, quatre arpents de terre au moulin de la Mercerie, devaient des rentes d’avoine, et au domaine appartenait la ferme de la mairie de la justice et seigneurie de Beauvais, près Roinville.

3o A Sainte-Mesme, le seigneur, pour certains cens, les habitants, pour leur usage dans la forêt, avaient aussi quelques droits à payer.

4o Corbreuse devait des avoines pour semblable usage dans la forêt, et le « verdage » y était levé sur les maisons qui ne payaient point d’avoines.

5o Sonchamp, bien qu’éloigné de Dourdan, était toujours, par suite de titres fort anciens, demeuré l’un des débiteurs du domaine. Ses habitants et ceux des hameaux voisins devaient des avoines ; de plus, le « fouage » de la paroisse de Sonchamp rapportait 2 deniers par « chascun mesnage de la paroisse qui ne doibvent aucune avoyne, » et des foins étaient levés sur 840 arpents « ès quels les habitants de Sonchamp souloient prendre leur coustume et pasturages de leurs bestes, et dont, par arrest, ils ont esté débouttez[13]. »

6o La coutume de Launay et héritage de Grande était encore une de ces antiques redevances que les possesseurs du domaine s’étaient transmises et qu’il était devenu difficile de justifier.

7o Quelques terres avaient été aussi réunies au domaine par puissance de fief : c’est ainsi que s’expliquait la jouissance du revenu de la terre et seigneurie de « l’Eschanson »[14], et du fief appelé le fief de Sainte-Croix de la Bretonnerie.

Faisons mention, pour terminer, des profits de fiefs, des confiscations, aubaines et épaves excédant 10 livres parisis qui revenaient au seigneur ; du bénéfice des domaines usurpés à recouvrer, et de la nomination et provision des offices de judicature et de finance, conciergeries et geôles des prisons, etc., etc., et nous aurons, ce nous semble, mis sous les yeux du lecteur une nomenclature suffisante des articles constituant la recette du domaine de Dourdan proprement dit.

Perception des revenus du domaine. — Terriers. — La première condition, pour les nouveaux possesseurs du domaine de Dourdan, était d’avoir un bon terrier afin d’établir clairement leurs droits. On peut dire que tout le xviiie siècle fut employé à le compléter, qu’il ne fut jamais terminé, et ne servit à rien, puisque la révolution vint l’annuler. Les terriers sont toujours chose difficile à faire, et il reste le plus souvent certains points en litige qui les rendent inexacts. Ledomaine de Dourdan, plus qu’aucun autre peut-être, à cause de ses passages irréguliers ou violents dans tant de mains diverses, offrait de ces matières à procès. On se souvient des véhémentes protestations faites par le procureur du roi, en 1556, lors de la rédaction des coutumes, contre les empiétements de toutes sortes des seigneurs voisins. Un terrier avait pourtant été rédigé en 1538[15], mais il était depuis longtemps fautif. Anne d’Autriche, en 1658, fatiguée des conflits qui s’élevaient entre son domaine et les dames de Lonchamp, avait tenté de leur faire faire de leur côté un terrier exact, mais elle n’avait qu’imparfaitement réussi.

Une estimation du domaine, soigneusement rédigée en 1668, servit de base à la constitution de l’apanage des ducs d’Orléans, et le sieur Lallemant de Lestrée, vicomte de Villeneuve, commis au terrier de 1676, rechercha et fixa par de nombreuses sentences les droits et les devoirs des censitaires.

A la suite d’échanges et de transactions auxquelles leurs agents avaient longtemps travaillé, les ducs d’Orléans étaient arrivés, vers la dernière moitié du xviiie siècle, à rendre leur position beaucoup plus claire. En décembre 1757, les archives du comté de Dourdan furent transportées du Palais-Royal à Paris, où elles avaient été centralisées, dans la ville d’Orléans, pour être soigneusement classées au siége de la généralité, et l’année suivante tout ce qui était demeuré de vieux titres dans la chambre basse du château de Dourdan consacrée aux archives, et dans les layettes de l’auditoire royal, fut expédié dans le même dépôt[16]. Par lettres de terrier, obtenues en la grande chancellerie le 17 août 1775, Antoine Le Camus, notaire royal au bailliage d’Orléans, fut commis à la rénovation du terrier du comté de Dourdan, et les censitaires du domaine vinrent faire leurs déclarations par-devant Me Héroux, notaire à Dourdan, qui en a conservé toutes les minutes, aujourd’hui déposées dans l’étude de Me Ortiguier.

Fermiers. — Les ducs d’Orléans, en même temps ducs de Chartres, de Nemours, etc., avaient pour gérer leurs nombreux domaines un fermier général, qui lui-même prenait des sous-locataires. C’est ainsi que le domaine de Dourdan fut le plus souvent affermé à des hommes du pays, plus capables que d’autres évidemment d’y trouver du bénéfice. Le fermier jouissait de tous les revenus et droits que nous avons énumérés ; le duc se réservait seulement les profits des censives, les profits de fief et de roture, rachats, reliefs, etc., le château avec toutes ses dépendances, la nomination et provision de tous les offices de judicature et de finance sujets à la casualité, les conciergeries et geôles des prisons. Le fermier général retenait pour sa part les terres des Granges et les domaines usurpés à recouvrer. Il devait chaque année 50 livres au concierge des prisons de Dourdan. Comme exemples du taux de fermage, nous citerons le bail de Gabriel Rousseau, pour six années, à raison de 3,000 livres par an (5 février 1681) ; — celui de Jacques l’Enfant, à raison de 5,000 livres (5 juin 1720) ; — celui de la veuve Deslandres, moyennant 4,000 livres (18 février 1769) ; — celui des Micheau, père et fils, pour 5,300 livres (1790).

Charges du domaine. — On peut dire que la recette ne couvrait pas la dépense, car en dehors des gages des officiers, des frais de justice, d’entretien, etc., il y avait le chapitre des aumônes : 20 livres 15 sols à payer au chapelain du château ; 360 livres au chapitre de Notre-Dame de Chartres, pour l’entretien de la lampe d’or de Marie de Médicis ; la rente de 1,000 livres aux bénédictines du Calvaire de Paris, etc. Il y avait la contribution aux travaux d’intérêt général, voirie, pavage, ponts, etc. La taille du duc d’Orléans à Dourdan, avec ses accessoires, capitation, corvées, etc., monte, en 1790, à 3,720 livres, et les vingtièmes et droits seigneuriaux atteignent 2,574 livres, sans compter d’autres petites impositions à Richarville et aux Granges.

Comme nous le disions en commençant, le vrai, le seul revenu sérieux de Dourdan, c’était la forêt.


§ II

FORÊT DE DOURDAN

Quand le duc Philippe d’Orléans fut mis en possession des revenus de la forêt de Dourdan, il trouva en grand mouvement l’administration forestière et bénéficia tout d’abord des règlements et des réformes introduits par Louis XIV dans cette branche du domaine public.

En exécution de l’arrêt du Conseil d’État du 15 octobre 1661, pour la « clôture générale des forêts dépendant du domaine du roi, » Anne de l’Hôpital Sainte-Mesme, maître particulier ancien et alternatif de la maîtrise des eaux et forêts de Dourdan, venait d’être chargé de faire son rapport[17]. Nous y lisons que la contenance de la forêt de Dourdan est estimée à 2,400 arpents, dont 200 vagues ; que la forêt de Louye y entre environ pour 300 arpents, les bois de Sainte-Mesme pour 600 arpents. Nous y apprenons encore que la forêt de Dourdan est plantée en taillis de chênes, sur lesquels il y a des baliveaux de dix à cent-vingt ans d’assez mauvaise essence et qualité ; que le terrain n’y est point propre aux arbres de haute futaie ; que les coupes ordinaires ne portent que sur les taillis ; que, depuis 1635, 300 arpents de baliveaux ont été vendus et coupés extraordinairement ; enfin que le débit des bois est limité aux riverains, à cause de la difficulté des transports et des communications ; en somme, que la forêt de Dourdan est en fort mauvais état, par suite des dégâts qui s’y commettent impunément depuis longtemps.

Ceci n’était qu’un sommaire procès-verbal. L’arrêt du Conseil d’État de 1641 avait ordonné la « réformation générale des eaux et forêts, » et le tourde Dourdan était venu en l’année 1665. M. Barillon, ou plutôt M. Legrand, son subdélégué, vint s’établir dans la ville, et commença à parcourir en tous sens la forêt à réformer. Messire François Hautemps, contrôleur des eaux et forêts de Dourdan, tenait la plume, et M. Martin de Récard, sieur de Saint-Martin, gruyer garde-marteau, avec le substitut du procureur du roi, le greffier et quatre gardes, escortaient et dirigeaient l’enquêteur dans son information[18].

Les abus étaient nombreux, car le volumineux procès-verbal de cette visite n’est qu’une longue complainte. Règle générale, tout ce qui avoisine les villes ou les villages, Dourdan, Rochefort, Saint-Arnoult, Sainte-Mesme, est gâté et dévasté. Dans chaque vente, le taillis est « rabougry et abrouty des bestiaux, le hault bois est esbranchez et eshouppez. » De grands arbres étouffent le taillis, de vieilles souches, coupées à deux pieds de terre, pourrissent sur place. — Viennent les explications : les délits sont très-anciens ; à la faveur des troubles du siècle précédent, de mauvaises habitudes se sont prises ; la misère les a perpétuées. Les pauvres gens se chauffent, et leurs bêtes paissent aux dépens du roi : il n’y aurait pas là grand crime ; mais les paysans se transportent la nuit, par bandes armées, dans les bois. Il en vient de fort loin ; et comme dans les grandes plaines de Beauce les arbres sont rares, c’est à Dourdan que se donnent rendez-vous, pour faire leurs provisions, de hardis maraudeurs. Des conflits s’élèvent à toute heure entre les gardes et les délinquants : menaces, violences, meurtres, les braconniers osent tout, et des procès, des jugements sont là qui témoignent de leur incorrigible audace.

Arrivent ensuite les révélations : à la vente de Beauchesne, les arbres de futaie ont disparu. C’est M. de Sancy qui les a vendus, il y a quarante ans, pour en faire de l’argent. — A la Fresnaye, tous les grands arbres sont coupés. C’est M. de Bautru qui les a fait prendre, « pour le feu des cheminées du chasteau, pour la conservation des meubles. » Or, personne n’ose ajouter que le brave gouverneur a commencé par faire disparaître lesdits meubles jusqu’au dernier. — A Louye, il a été coupé une bonne partie du hault-bois. Les usufruitiers ont quelque peu agi en propriétaires, et sans vouloir faire tort au roi, les bons moines, pour leur usage et celui de leurs pauvres, ne se sont pas toujours contentés des taillis.

Bien des dégâts devaient s’expliquer aussi par les droits de paisson, glandée, pacage, etc., concédés de tout temps, et les priviléges accordés à certaines personnes. Le fermier du domaine pouvait faire pâturer cinquante bêtes, le maréchal de la vénerie et des petites écuries du roi avait droit pour six vaches. Le seigneur de Sainte-Mesme pouvait faire paître tous ses troupeaux, et, de plus, prendre du bois pour ardoir et édifier en son manoir de Rouillon. Sans compter l’usage des habitants de Sainte-Mesme, Rouillon, Denisy, etc.

Ce que nul n’objecta, c’était la quantité exorbitante de combustible octroyée à chacun des officiers de la maîtrise pour son usage particulier, et qui n’était pas pris, croyons-le, sur le plus mauvais. M. Philibert Michel, écuyer, sieur de Grinville, avait à lui seul 50 cordes par an, comme maître particulier ancien et alternatif. M. de Bautru, en sa qualité de maître particulier triennal, en prenait 25 cordes, et il en réclamait 30 autres comme gouverneur du château. Le sieur de Pinceloup, contrôleur ancien, et les deux autres contrôleurs ses collègues, étaient taxés chacun à 25 cordes. Le lieutenant en avait 15 ; le procureur du roi, le greffier, le garde-marteau, chacun 10 ; il en revenait 6 à chaque garde, et ils étaient quatre ; et le sergent en prenait autant. C’étaient plus de 250 cordes de bois, sans compter les bourrées et les fagots.

Dès le mois de juin 1665, parut une sentence de bornage et d’arpentage qui fixait la contenance de toutes les parties de la forêt de Dourdan à 2,799 arpents 18 perch. (1429 h. 54 a. 12 c.), et par un arrêt du 21 juillet 1675 il fut ordonné qu’on y couperait chaque année, au profit de son altesse royale le duc d’Orléans, 20 arpents de baliveaux et 220 arpents de taillis. On ne pouvait retirer au duc la ferme des droits de paisson et glandée, mais l’enquête de réformation avait laissé un bon règlement ; les taxations des officiers avaient été revisées, et un triage spécial de la forêt affecté à leurs concessions de bois ; les deux garennes du gouverneur à Saint-Arnoult et aux Granges, causes incessantes de dégâts, avaient été supprimées et tous leurs terriers comblés. Enfin, en l’auditoire royal de Dourdan, l’audience forestière devait se tenir tous les jeudis à midi, et les assises ou « haults-jours » revenaient deux fois l’an dans ladite maîtrise, à Pâques et à la Saint-Remi. — Ce grand acte de réformation de 1665 est complété par d’autres actes, procès-verbaux et plans qui subsistent encore, datés des années 1673, 1691 et 1734.

Les ducs d’Orléans, pendant le cours du dix-huitième siècle, ne négligèrent rien pour améliorer les conditions de leur domaine. L’ouverture de cinq grandes routes, celles de la Fresnaye, de Denisy, de Saint-Arnoult, d’Auneau et de Garancières, donna une vie toute nouvelle aux environs de Dourdan. La forêt cessa d’être un obstacle aux communications. Les trois dernières routes coûtaient à elles seules 120,000 livres. Un arrêt du Conseil d’État, de février 1760, autorisa des coupes extra-ordinaires dans les forêts de Dourdan, pour subvenir aux frais de construction de ces voies d’utilité publique. A peine terminées, le commerce s’en empara, et la circulation s’y établit de telle sorte que les dépenses d’entretien et de réparation coûtèrent bientôt plus de 2,000 livres chaque année au domaine. Les ducs d’Orléans, trouvant la chose onéreuse, obtinrent, en décembre 1781, un arrêt du Conseil qui les déchargeait de l’entretien, en les obligeant à une redevance annuelle de 400 livres, représentant les dégâts causés par l’exploitation de leurs bois.

Les exigences de la chasse étaient presque aussi puissantes que celles du commerce. Le roi Louis XVI dressa, dit-on, de sa propre main, un plan où furent tracées les routes que son intention était de faire construire, « pour la plus grande commodité et sûreté de chasses de Sa Majesté dans la forêt de Dourdan. »

Le devis en fut dressé en mars 1782, en conformité d’un arrêt du Conseil du 28 février, et ce devis monte à 116,055 livres[19].

Louis XV s’était déjà occupé des routes de chasse de Dourdan. Étant à Rambouillet, il était venu, le 2 juillet 1735, lancer un cerf dans les bois de Rochefort. Il le poursuivit à travers la vallée de Dourdan, et, passant par Grillon, le prit dans la cour même des religieux de Louye. Les pères offrirent au roi un rafraîchissement et prêtèrent leur voiture pour porter le cerf à Rambouillet. Louis XV reprit son chemin, passa tout le long des murs de Dourdan et donna des ordres pour faire percer des routes dans la forêt, à dessein d’y venir chasser.

La vieille forêt avait conservé son antique réputation d’être giboyeuse, et spécialement commode pour ce plaisir de roi. Le comte de Toulouse convoita toute sa vie la chasse de la forêt de Dourdan, et Louis XIV dut à plusieurs reprises éluder sur ce point, par un refus positif, les demandes les plus insinuantes et les offres d’échange les plus avantageuses. Le prince de Rohan-Gueménée, revêtu de la charge de grand-veneur, profitait souvent du voisinage de Rochefort pour venir chasser dans la forêt de Dourdan avec la meute royale. La plus haute société des environs se donnait là rendez-vous en grand attirail[20].

Le lecteur trouvera sans doute plaisante une anecdote arrivée aux environs de Dourdan à l’occasion d’une chasse de Louis XVI, et dont nous empruntons le récit à une lettre écrite à l’intendant d’Orléans, le 3 août 1775, par le subdélégué de Dourdan, auquel on demandait, par circulaire, une petite nouvelle pour la gazette officielle : « Vous m’avez paru désirer que je vous fasse part de tout ce qui pourroit arriver à ma connoissance dans l’étendue de mon département. C’est pour me conformer à vos intentions que je crois devoir vous informer d’une anecdote particulière dont l’événement peut être heureux pour la veuve d’un de mes fermiers, chargée de quatre filles en âge d’être mariées. Vendredi, 28 juillet dernier (1775), le roy, Monsieur (Louis XVIII) et monsieur le comte d’Artois (Charles X), étant à chasser dans la paroisse de Sonchamp, survint un orage si considérable que le roy, les princes ses frères et leur suite furent mouillés jusqu’à la peau, et se réfugièrent dans une ferme nommée le Coin-du-Bois. Le roy ordonna qu’on fît bon feu dans toutes les chambres, ce qui fut exécuté avec tant de précipitation qu’on brûla jusqu’à quelques chevrons même que j’avais de réserve. Ensuite on demanda des serviettes à cette veuve, qu’elle présenta, comme on pense, avec joye. Le roy, les princes la firent retirer pour un instant, et après s’être changés, le roy, ainsi que monsieur le comte d’Artois, ayant mandé cette veuve, entrèrent avec bonté dans les plus grands détails sur sa situation, sur ce qu’elle payoit de taille et d’impositions, et, touchés du nombre des filles dont elle étoit chargée depuis treize ans que son mari étoit mort, ils lui dirent que s’il s’étoit présenté quelques partis pour elles ou s’en présentât, ils pourvoiroient volontiers à leur dot. M. le comte d’Artois demanda, entre autres, à l’une d’elles, avec gayeté (et ce n’est pas la plus désagréable des quatre), si elle avoit un amoureux, qu’elle eût à le lui déclarer avec franchise, que cette occasion en étoit une qui ne se trouveroit peut-être jamais ; et, l’ayant pressée de lui faire cette déclaration, cette fille, d’un air innocent et tremblant, lui répondit ingénuëment qu’il ne s’étoit présenté personne jusqu’à présent ; à quoi M. le comte d’Artois ayant répliqué qu’il falloit qu’elle fît en sorte d’en avoir sous peu de jours, elle répondit tout bonnement que marchandise offerte a le pied coupé ; réponse qui fit beaucoup rire le roy, qui ne put s’empêcher de dire que l’on trouvoit toujours de l’honnêteté et de la sagesse dans les villages, et fit donner à cette veuve deux louis d’or. M. le comte d’Artois en fit autant, et douze livres en outre pour ses filles. M. le comte d’Artois raconta cette histoire à la reine, qui s’informa si ces filles étoient jolies, si elles étoient brunes, rouges ou blondes ; lui ayant répondu qu’elles étoient brunes, la reine dit : « C’est de la bonne couleur : s’il n’étoit pas si tard, j’irois volontiers les voir, et si le roy contribuë à leur dot, je pourvoirai à leur trousseau. » Le roy envoya dès le surlendemain le sieur Blanchet, concierge du château royal de Saint-Hubert, et une autre personne, avec ordre de recueillir tous les éclaircissemens nécessaires, qu’on a pris par écrit, et l’on a insisté beaucoup sur le désir qu’on avoit qu’il se présentât quelque parti pour les filles. On ignore quelle pourra être la suite de cet événement. Si vous le désirez, Monsieur, je me ferai un plaisir de vous en rendre compte. »

§ III

PRINCIPALES CENSIVES PARTICULIÈRES SUR LE TERRITOIRE DES PAROISSES DE DOURDAN.


LA SEIGNEURIE DE ROUILLON

Fief de Rouillon. — Il est un de ceux qui intéressent le plus l’histoire topographique de Dourdan. Par sa censive et sa justice, il embrassait, en effet, la plus grande partie de la banlieue de notre ville, et pénétrait jusque dans ses murs.

Rouillon, aujourd’hui hameau de la commune de Dourdan, « sis en la paroisse de Saint-Germain de ladite ville, » est situé dans un repli de terrain, derrière Semont, sur le plateau qui domine la ville au nord. Son nom, qui était autrefois Roullon, paraît avoir pour étymologie le nom propre Rollo[21]. Très-anciennement possédée par un prêtre du nom de Pierre Bourguignon, qui la tenait lui-même de ses pères, cette terre fut donnée par lui, à la condition d’entretenir un religieux chargé de prier pour sa famille, aux chartreux de Paris, qui en jouissaient encore en 1287, et la vendirent à divers particuliers. Vers 1315, la plus grande partie du bois de Rouillon fut réunie à la forêt de Dourdan. Le plus ancien seigneur de Rouillon, connu par les titres, est Jean Cinguot, dont la veuve, Jeanne La Girarde, en rendit aveu au duc de Berry, seigneur de Dourdan, le 9 juin 1415, et le gendre Guillaume Aymery, avocat au Châtelet de Paris, en rendit aveu au roi le 29 avril 1467.

En 1473, Aymard de Poisieu, dit Capdorat, seigneur de Sainte-Mesme, acquit la terre de Rouillon de Guillaume Aymery, et sa petite-fille, Louise de Poisieu, l’apporta à la famille des l’Hospital, qui la conservèrent pendant deux siècles (aveu de 1539). Échangée un instant, en 1565, entre Henri de l’Hospital et Saladin de Montmorillon, écuyer[22], elle sortit de la maison de Sainte-Mesme en 1723, vendue par Élie-Guillaume de l’Hospital, comte de Sainte-Mesme, à Jacques-Michel Lévy, grand-bailli de Dourdan. Les enfants de celui-ci la cédèrent, en 1739, au président de Bandeville, qui la réunit à son marquisat jusqu’à la révolution.

Dès 1473, le fief de Rouillon, outre l’hôtel seigneurial, avec colombier, cour, mare et jardin, entouré de plus de cent arpents de terre, cinquante arpents de bois avec rentes foncières, droits de menus cens, coutumes et justice, pâture dans la forêt de Bonchamp, etc., s’étendait jusqu’à Roinville et Sermaise, sur une partie des terres et prés des chantiers de Grousteau, des Minières, de Montauban, de Blanchien, de l’Oiselet, de Gaudrée et du « Mardre, » sur plusieurs maisons de la rue Saint-Pierre et sur presque tout le quartier d’Étampes, entre la rue de ce nom et les remparts ; mais ce qui triplait son importance et sa valeur, c’étaient ses arrière-fiefs, depuis longtemps inséparables, de Liphard, Cens-Boursier, Pierre de Sonchamp, Semonds, les Jorias, La Leu, le Sault-de-l’Eau, Grillon, le Moulin-Grousteau, Vausoleil, qui enveloppaient presque complétement la ville.

Fief de Liphard. — Anciennement Luffehard, Luphard, Lyphard, situé sur le plateau, au nord-est de Dourdan. Il n’était, à proprement parler, qu’un démembrement de Rouillon, et se composait d’un manoir avec huit à neuf vingt arpents de terre, en y comprenant celles de l’Hôtel-Dieu de Dourdan, baillés à cens et à rentes à plusieurs particuliers ; soixante livres tournois environ de menus cens, droits de justice confondus avec ceux de Rouillon (aveux de 1415, 1467, 1539, 1602, 1685, etc.). Liphard, qui n’est aujourd’hui qu’une ferme, paraît avoir été autrefois un hameau composé d’habitations espacées et occupées par des vignerons, qui cultivaient en vignes tout le coteau qui regarde le midi, depuis Semont jusqu’à Châteaupers et au delà. On a retrouvé de vieilles caves, et la charrue a mis plusieurs fois à découvert des vestiges de constructions entre Liphard et Semont, au nord du bois des Brosses.

Fief de Cens-Boursier, ou Chamboursier, sis à Dourdan. — Ce fief, dont l’origine est fort ancienne, se composait de 40 sols parisis de menus cens, à prendre le jour de la Saint-Remy, sur plusieurs héritages de la ville et terroirs voisins de Dourdan, par le seigneur de Rouillon pour moitié, et ensuite pour le tout, en vertu de la cession que fit de sa part, en 1455, à Guillaume Aymery, Jean Couturier, héritier de messire Jean Boissy, son oncle, par-devant Dechénac, notaire à Dourdan.

Fief de Pierre de Sonchamp, sis à Dourdan. — Il se composait de cinq quartiers de prés assis à Grésillon (Grillon), et de huit à onze sols parisis de cens sur plusieurs héritages à Dourdan et ès environs, naguère acquis de feu Pierre de Sonchamp (1461), achetés par Guillaume Aymery, de Jean Vian de Dourdan, et vendus par lui au seigneur de Sainte-Mesme (1473). Aveux du 27 sept. 1463, etc.

Fief de Semonds, Semons, aujourd’hui Semont. — Situé entre Rouillon et la lisière de la forêt, au nord de Dourdan.

La terre et seigneurie de Semonds, d’après un aveu passé la veille de l’Assension, devant Chenetier, tabellion à Brethencourt, appartenait, en 1355, à Adam de Moncelles. Le 12 mars 1415, nous voyons le bailli de Dourdan, en conséquence des lettres patentes du duc de Berry, seigneur de Dourdan, donner main-levée de la saisie féodale faite du fief de Semonds sur noble homme Charles de Fumechou. Son petit-fils, Louis, en fait foi et hommage, le 7 décembre 1473 et le 15 juin 1476 ; le vend en 1477 à noble dame Marguerite de Montorsier, dame de Sainte-Mesme, qui possédait du même temps la terre de Rouillon, et depuis cette époque ces deux terres ont toujours été dans la même main.

La seigneurie de Semonds consistait anciennement, d’après l’aveu de 1476, en l’hôtel seigneurial de Semonds, bâtiments, maisons, cour, jardins, bois et terres labourables, le tout contenant 151 arpents 20 perches en domaine ; plus en 3 arpents 25 perches de prés ; 35 sols de cens, payables à la Saint-Remy ; trois septiers de dîmes et champarts et cinq fiefs ci-dessous décrits. Elle relevait de l’église, chanoine et chapitre de Notre-Dame de Cléry, à cause de leur terre et seigneurie de Dimancheville[23].

Au-dessus de Semont, vers le nord, non loin du pavé de Rochefort, dans une petite plaine au milieu du bois, existait une ferme qui portait le nom de Bonchamp. Michel le Fébure, conseiller du roi, procureur en la maîtrise des eaux et forêts de Dourdan et procureur général de la confrérie de la charité des pauvres de la paroisse Saint-Germain, s’intitulait sieur de Bonchamp en 1690. Le fermier de Bonchamp faillit être, au xviiie siècle, l’une des victimes de la bande de Renard, qui infestait le pays[24].

Fief de Jorias ou des Jourriatz (1er relevant de Semont). — Acquis à ce titre, avec Rouillon, par le seigneur de Sainte-Mesme, en 1477, ce fief était assis à Dourdan, devant l’église Saint-Pierre (ou Moustier de Saint-Père, suivant l’aveu du 9 juin 1415). Il consistait en un manoir, hôtel et ses dépendances (cet hôtel n’était plus, en 1473, qu’une masure occupée par Guillaume Chereau et sa femme)[25] ; en deux arpents de vignes derrière ledit hôtel ; une maison rue Saint-Pierre, appelée l’hôtel de l’Écu de France (1415) ; droits de cens sur 42 maisons de la ville, 37 jardins et 114 arpents de terre ; dîmes de vignes, de vin et de terres, en commun avec le prieur de Saint-Pierre. — Aveux de 1473, 1672, etc.

Fief de la Leu ou Lalun pour moitié (2e relevant de Semont). — Assis près et en la paroisse de Saint-Arnoult, et consistant en manoir, hébergement et divers menus cens. — Tenu en 1476 par Jean Ramelot.

Fief du Sault-de-l’Eau (3e relevant de Semont). — Joint à celui de la place devant le moulin Pareau, situé en la paroisse de Roinville-sous-Dourdan. — Tenu par les hoirs de Bernard Hubert, en 1476.

Fiefs de Grillon et du Moulin de Grillon (4e et 5e relevant de Semont). — D’après des aveux de Semont du 15 juin 1476 et de 1514, il y avait à Grillon ou au Grésillon, dans la prairie, au nord-ouest de Dourdan, une maison avec cens et rentes d’avoines, etc., qui fut aux Robigues, tenue par Jean Macés, écuyer, au lieu de Philippe Massard. Jehan de Nasselles, écuyer, était seigneur de Grillon, de la Fosse, du Jallier et des Loges, en 1499. Sa sœur, Louise de Nasselles, apporta en dot à noble homme Jean Lesaine le fief de Grillon, dont des aveux de 1514 et 1519 nous donnent la description : « Consistant en une masure qui fut aux Robigues, où de présent a une maison et grange couverte de thuilles, cour, lieu et accint, avec un colombier qui souloit estre sur le portail et entrée dudit hostel ; le tout fermé d’anciens fossés à eaux, contenant le tout environ un arpent, qui est le principal manoir dudit fief de Grillon, tenant d’une part aux prés du seigneur de Semonds, d’autre part à la rivière d’Orge, — un jardin entre le manoir et le moulin de Grillon, — pièces de terre[26] allant jusqu’au Gravier ou fief du Jallier et au clos du Moine des Fourneaux, — au champtier du Champ-des-Prezou du Mineray, — au Mesnil, — à Cochereau, — à la fontaine de la Thiboulde, — à la pointe de Potelet, — à la croix l’Eslu, — plus le Moulin de Grillon. »

La fille, Françoise Lesaine, femme de Denis Harmand, écuyer, céda Grillon en 1520 à Jean Hurault, conseiller et maître des requêtes, seigneur deVeuil, le Val Saint-Germain, etc. ; et c’est ainsi que ce fief passa et demeura sous la censive des propriétaires du Marais[27]. Jean Hurault, en se réservant tous ses droits seigneuriaux, qui furent souvent l’occasion de litiges, saisies, main-levées, etc., engagea Grillon, qui changea fréquemment de mains. Le moulin de Grillon, acquis en 1506 par Jean Paroissien, appartient, en 1534, avec Grillon, à Guillaume du Roussel, écuyer, sieur de la Mare. Antoine Duferrier est menacé de le perdre par saisie en 1558. Guillaume du Gué, valet de chambre et organiste du roi, en est propriétaire en 1563. Jean Le Roux, receveur des tailles à Dourdan, le vend à Paul Pénot en 1659, et Denis Jonquet l’achète en 1663. Denis Jonquet était un docteur en médecine qui fit de fort mauvaises affaires, et ceux qui achetèrent de lui Grillon eurent longtemps à souffrir des saisies, décrets, oppositions, etc., de ses créanciers.

Jean du Cerceau, conseiller du roi et de son altesse royale, lieutenant en la maîtrise des eaux et forêts de Dourdan, ayant fait cette acquisition, vint s’établir à Grillon avec sa femme Antoinette des Érables. Bien que les biographies mentionnent Paris, on a souvent répété que le célèbre jésuite et poëte latin, le père du Cerceau, était né à Dourdan ; ses parents possédaient effectivement Grillon à l’époque de sa naissance (1670).

Etienne Le Large de Ruys acheta Grillon, le 23 septembre 1676, de Jean du Cerceau. Il était conseiller du roi, maître des requêtes du conseil du duc d’Orléans et contrôleur général de la maison de la duchesse ; il trouva quelque intérêt à s’établir sur le nouveau domaine de son maître. Il fit démolir l’ancien manoir de Grillon et construire un château qui, bien qu’il fût de proportions restreintes, contribua à l’endetter. A sa mort, Marguerite de Bonnière, sa veuve, vendit Grillon moyennant 18,000 livres, dont 8,000 comptant et 10,000 représentées par une rente de 500 livres, à un personnage célèbre dont le nom et le souvenir vivent encore dans notre vallée, à Jean-François Regnard, le poëte (22 juillet 1699).

C’est dans un chapitre spécial que nous parlerons du séjour de Regnard à Grillon. Il y passa les dernières années de sa vie en joyeuse et noble compagnie, y composa plusieurs de ses plus spirituelles comédies et la relation des pérégrinations de sa bizarre existence. Il y mourut non moins bizarrement, le 5 septembre 1709, et ses héritiers vendirent, le 7 mars 1710, la maison, le moulin et les terres de Grillon pour 21,000 livres, et le mobilier pour 2,000 livres, à Nicolas-Joseph Foucault, chevalier, marquis de Magny, lieutenant de la grande vénerie du roi, lieutenant général des armées du roi d’Espagne et fils de l’estimable administrateur et antiquaire Foucault. Regnard devait toujours 10,000 livres sur sa maison, et on racheta la rente de 500 livres.

M. de Magny possédait encore Grillon en 1771. Le chevalier de Maupeou le vendit le 15 novembre 177.3 au sieur Duclos, moyennant 50,000 livres, qui ne lui furent sans doute pas payées, car nous trouvons une seconde vente du chevalier de Maupeou, le 4 novembre 1779, moyennant 40,000 livres, à M. Lebrun, alors attaché au chancelier de Maupeou, plus tard prince et architrésorier de l’empire. C’est la terre de Grillon qui a attiré M. Lebrun dans un pays dont il n’a pas cessé de faire sa résidence favorite, et où il s’est plu à exercer sa bienfaisance. Nous dirons ailleurs[28] les jours tour à tour paisibles et agités qu’il passa à Grillon, et le rôle joué par le modeste château de Regnard durant la période révolutionnaire de notre histoire.

Le fief de Grillon, comme on le remarquera en passant, avait vu, par suite de transmissions successives, se multiplier et se croiser ses liens féodaux, et il est assez curieux de suivre dans les actes de foi et hommage reçus et rendus par ses seigneurs, les ricochets d’une vassalité compliquée. Un personnage comme Regnard, par exemple, après avoir reçu la foi du petit fermier qui exploitait un héritage sur la terre de Grillon, allait porter la sienne au seigneur du Marais ; le seigneur du Marais devait l’hommage au comte de Sainte-Mesme, à cause de Semont, dont relevait Grillon. Le comte de Sainte-Mesme devait, pour Semont, hommage au chapitre de Notre-Dame de Cléry, à cause de la seigneurie de Dimancheville, et le chapitre avait aussi ses devoirs. D’un autre côté, pour son comté de Sainte-Mesme, dont Semont dépendait, le comte devait foi et hommage au roi et au duc d’Orléans, à cause de la grosse tour de Dourdan ; nous ne suivons pas la filière dans tous ses détails[29].

Fief du moulin Grousteau. — Donné à bail à rente par Guillaume Aymery, seigneur de Rouillon, le 27 avril 1458, à Micheau Le Tessier, dit de Beausse, avec prés, aulnoys, grange et clos, moyennant une rente seigneuriale de douze septiers de blé froment, mesure de Dourdan, à douze deniers près du prix du meilleur, le moulin de Grousteau demeura dans la main des Tessier pendant plus d’un siècle, et conserva toujours le nom de moulin Micheau, du nom de son premier fermier. Il appartenait, au xviiie siècle, aux religieuses cordelières de la rue de Grenelle, à Paris, réunies en 1749 à l’abbaye de Longchamp[30].

Fief de Vausoleil. — Situé sur la rue de la Forest de Dourdan, consistant en masure et bois, tenus en roture par différents particuliers.

Fief du Rouage[31] de Dourdan et des Granges-le-Roy (relevant du roi, à cause de son château de Dourdan). — Le 3 décembre 1352, Charles de Rougemont, par-devant deux notaires du Châtelet de Paris, vendait le « Rouage » de Dourdan et des Granges à Robert de Boutarvillier. Robert le transmettait à sa soeur Marie, des mains de laquelle il passait, de père en fils, à Jean de Nasselles, Pierre de Nasselles, Jean de Nasselles, seigneur des Loges et de la Chaise[32]. C’est de ce dernier que Claude de Poisieu, seigneur de Sainte-Mesme, l’acheta le 25 octobre 1510, devant Soutif, tabellion à Dourdan, moyennant 100 livres tournois et une robbe de chambre à l’épouse du vendeur. Ce droit de rouage était de deux deniers parisis par charrette, et quatre deniers parisis par charriot chargés de vin ou autre breuvage, et, à faute de le payer ou déprier, amende de 60 sols parisis.

Les profits du roi pour ce fief montaient à 23 livres 10 deniers. (Actes du bailliage de Dourdan, en 1512.)[33]

Justice de Rouillon. — La justice de Rouillon, qui était commune à Liphard, à Semont avec ses dépendances, et aux maisons de la rue d’Étampes à Dourdan, n’était que moyenne et basse avant 1651. C’était à Dourdan qu’elle s’exerçait le plus souvent. Nous lisons dans un aveu et dénombrement du 29 avril 1467 : « Item, toute la justice moyenne et basse sur tous les manans et habitans de la ville de Rouillon, de Luffehard et de Semons, aussi maisons et masures assises en ladite ruë d’Estampes, étant de la censive dudit Rouillon, en l’une desquelles maisons sises en laditte ruë d’Estampes, il y a prison, et où l’on tient les plaids et juridiction de la justice de Rouillon, pareillement et semblablement comme audit lieu de Rouillon, quand bon semble audit seigneur de Rouillon, et en icelle est encore la prison dudit seigneur de Rouillon, qui est toute ronde. » Le siége de la justice de Rouillon paraît avoir été de tout temps une cause de jalousie et un sujet de contestations entre les propriétaires et les officiers du bailliage de Dourdan. Longtemps elle se rendit à l’entrée de l’auditoire de Dourdan, qui en garda le nom de Barre de Rouillon. A la suite d’un différend, on la transporta rue d’Étampes, et là, tout près de la prison en forme de puits qui s’y voyait encore, comblée de pierres, au xviie siècle, on charria de Rouillon un grosse pierre en forme de meule de moulin, devant laquelle furent cités les plaideurs. Au xviiie siècle, M. Lévy, propriétaire de Rouillon, s’avisa d’installer sa justice dans une des dépendances de sa nouvelle maison du Parterre, et de faire inscrire sur la porte, en face de la croix Rouge : « Justice de Rouillon, » en lettres d’or sur marbre noir, avec les armes royales ; mais le procureur du roi s’en émut, et, par suite d’une transaction, la justice de Rouillon fut à toujours expulsée du territoire de la ville[34].

Moyens et bas justiciers jusqu’en 1651, les seigneurs de Rouillon acquirent le droit de haute justice lors de l’érection de la terre de Sainte-Mesme en comté. (Lettres patentes de septembre 1651.) Leur justice s’exerçait par un bailli, un procureur liscal, un greffier, procureur postulant et sergent à la barre du bailliage de Dourdan. Les appellations ressortissaient audit bailliage, et les droits se reportaient en plein fief au roi, à cause du comté de Dourdan.

Au droit de justice s’ajoutaient ceux de mesurage, arpentage, bornage et rouage. — La coutume de toutes les denrées vendues ou échangées dans les villages soumis à la censive et dans les maisons de la rue d’Étampes, savoir : pour un cheval, 1 denier parisis ; pour charrette, 2 deniers parisis. — Puissance au seigneur de recevoir gagement en sa seigneurie et justice, avec l’office de sergenterie fieffée de la châtellenie de Dourdan.

Nous devons faire observer, pour terminer l’histoire des fiefs relevant de Rouillon, qu’ils subirent au dix-huitième siècle, dans leur assiette et dans leur censive, de grandes modifications.

Le duc d’Orléans, seigneur de Dourdan, fatigué, comme nous l’avons dit, par des conflits incessants de juridiction, et gêné, jusque dans le cœur de sa ville, par ces nombreuses enclaves, proposa et fit accepter au marquis de Bandeville, seigneur de Rouillon, un échange qui débarrassa Dourdan de toute censive étrangère et reporta plus loin dans la banlieue les droits des anciens possesseurs. C’est ainsi que, par contrat du 9 juin 1780, tous les droits du seigneur de Rouillon sur 85 maisons, granges ou jardins de la ville et faubourgs de Dourdan, et sur 95 arpents de terres situées au levant, midi et couchant de la ville et dépendant des fiefs de Rouillon, Cens-Boursier, Pierre de Sonchamp, et de Jorias, furent échangés contre pareils droits appartenant au duc d’Orléans sur 245 arpents de terres, bois et vignes de la partie nord ou nord-ouest du territoire de Dourdan. (Vallée Biron, etc.)

Une transaction semblable fut faite en même temps avec le seigneur du Marais à cause de ses droits sur Grillon, Grousteau, les Minières, et sa censive de Roinville qui s’étendait sur un bon nombre de maisons de la ville et notamment sur des maisons du quartier Saint-Pierre et de la rue Neuve, entre autres sur les terrains de l’Hôtel-Dieu, etc.

Cet arrangement, qui exigea tout un travail préparatoire et dont les archives de l’empire conservent un plan détaillé[35], devait avoir peu d’utilité. Dix ans après, Philippe d’Orléans, devenu Philippe Égalité, perdait, par la Révolution, ses terres et ses droits, et le territoire de Dourdan voyait pour jamais disparaître de sa surface ce dédale compliqué d’une féodalité surannée.

CENSIVE DU PRIEUR DE SAINT-PIERRE.

Le Prieur de Saint-Pierre avait hérité des anciens droits du Moustier Saint-Père lorsque les moines de Morigny avaient dû séculariser les fonctions curiales qu’ils y exerçaient[36]. Il était à la fois seigneur spirituel et temporel de sa paroisse, et comme seigneur temporel il avait droit de justice moyenne et basse sur les vassaux et sujets du prieuré. Sa censive se décomposait ainsi, suivant l’aveu et dénombrement rendu au xviiie siècle, lors de la rénovation du terrier de Dourdan :

La maison prieurale sise près l’église Saint-Pierre, et terrain y attenant planté en ormes.

Un arpent de pré, champtier de la Huanderie, prairie de Dourdan, près les Fontaines bouillantes.

Un arpent de marais, près le moulin Choisellier.

15 sous 2 deniers de cens sur des maisons et jardins de la rue Saint-Pierre.

11 s. 3 d. sur des maisons et jardins de la rue Grouteau.

9 s. 4 d. sur des prés et marais du champtier de la petite Soulaye.

8 s. ½ sur une maison de la rue d’Étampes.

11 s. 1 d. sur des maisons et jardins rue de la Chiennerie, vers la tête au Maur.

4 s. 7 d. sur des maisons et terres au-dessous de la butte de Normont, entre ladite butte et le chemin qui conduit de la chapelle Saint-Laurent au Puits-des-Champs.

5 s. 10 d. sur des maisons et jardins au faubourg du Puits-des-Champs (emplacement de l’ancien clos Saint-Perre).

55 s. 10 d. sur tout le champtler de la Huanderie, appelé autrefois le bois Saint-Perre, contenant actuellement environ 44 arpents.

17 s. 6 d. et 4 chapons sur le lieu et héritage appelés le Gravier, appartenant actueljement au sieur Le Brun.

41 s. 6 d., 3 chapons et ¾ de chapons sur la basse-cour du sieur de Verteillac, et autres héritages hors de la ville et de la paroisse.

32 s. 10 d. de menus cens, 7 chapons et 12 minots ½ d’avoine sur les héritages situés à la Brière, paroisse de Roinville.

Les cens, à raison de 8 s. par arpent, sur les terres, vignes et bois assis au champtier dépendant de la Brière.

Les cens, à raison de 5 d. par arpent, avec le droit de champart de 12 gerbes une, à prendre sur tout le territoire dudit lieu.

20 s. 6 d. de cens sur plusieurs maisons et jardins aux Granges-le-Roi.

16 s. 3 d. sur une maison à Saint-Évroult, paroisse de Saint-Chéron[37].

Les Prieurs de Saint-Pierre avaient, comme les autres seigneurs, leur terrier. Il fut renouvelé à la fin du xviiie siècle, suivant des lettres obtenues à cet effet, le 31 août 1774[38].

CENSIVE DU PRIEUR DE SAINT-GERMAIN.

Le fief du moulin Choiselier. — Le moulin Choiselier, encore connu sous le nom de moulin Prieur, situé sur la rivière d’Orge, au-dessous de Dourdan, à la sortie du faubourg du Madre, dépendait très-anciennement du Prieur de Saint-Germain, car nous avons cité un acte de 1281, revêtu du sceau de la prévôté de Dourdan, par lequel, en présence de Gille Cortoys et Nicholas Deville « prévoz de Dourdan » et de nobles témoins, la dame Julianne de Choiseler reconnaît « que religieus home le prieur de Saint-Germain et si prédecesseur pour raison de leur meson et de leur prieuré de Saint-Germain, ont esté tozjourz et sont en possession de prandre et recevoir ou moulin de Choiseler un mui de blé de rante chacun an, franc, quitte et délivre, » ce que le meunier Johannot « afferma estre vrae[39]. »

En novembre 1340, Jean, sieur de Marchais, de qui relevait le moulin Choiselier, donnait des lettres d’amortissement.

En 1464, frère Cantien Favernay, prieur-curé de Saint-Germain, acquérait de Jean Brehier une maison attenant le moulin Choiselier, ladite maison chargée envers lui de 2 sols de cens[40].

Fief du Mesnil. — (Relevant de Marchais.) Situé dans la prairie de Dourdan, un peu au-dessus de Potelet, le fief du Mesnil appartenait par moitié aux marguilliers et au prieur de Saint-Germain. Suivant testament du 8 mai 1489, noble homme Jehan de la Barre, dit Germain, écuyer, leur laissait par moitié un arpent de pré au champtier du Mesnil, aboutissant d’un bout au Morsan, à la charge, pour le prieur, de dire une messe anniversaire, et, pour les marguilliers, « de lui ramentevoir (rappeler) ce mestier. »

Nous avons sous les yeux, aux dates de 1587, 1594, 1597, 1600, etc., des déclarations en faveur du prieur de Saint-Germain de plusieurs arpents de terre, manoir, etc., assis au Mesnil, tenus en censive dudit prieur.

Le 15 septembre 1489, le prieur et les marguilliers rendent foi et hommage à noble homme Jean des Mazis, seigneur de Bruières-les-Scellés et Marchais, pour le fief du Mesnil et avouent le tenir à 32 sols 10 deniers parisis, 2 deniers tournois de menus cens, en fief noble, à une seule foi et hommage, à rachat, quint-denier et cheval de service, quand le cas y échet. — D’autres aveux sont datés du 1er octobre 1524 (à Guillaume des Mazis), 1604-1618-1780, etc. Les formalités d’usage sont soigneusement enregistrées : Le prieur et deux marguilliers se transportent, avec un notaire, devant la principale porte du lieu seigneurial de Marchais et demandent, par trois diverses fois, le seigneur ou son chargé de pouvoir ; puis, se mettant en devoir de vassal, c’est-à-dire sans épée ni éperons, tête nue et un genou en terre, disent et déclarent qu’ils font et portent la foi et hommage dont ils sont tenus envers ledit seigneur[41].

CENSIVE DES DAMES DE LONGCHAMP.

Nous avons eu occasion de dire ailleurs comment les « sereurs meneurs du couvent de l’Umilité Nostre-Dame, encloses jouste Saint-Cloust, » fondées par la sœur de saint Louis, et plus connues depuis sous le nom de dames de Lonchamp, avaient été, en 1266, mises en possession de droits de champart et autres sur le territoire de la ville de Dourdan et sur celui des Granges-le-Roy, en vertu d’une cession à elles faite par Jean Bourguignel pour lequel saint Louis avait racheté ces droits de Bertaut Cocalogon, ou Gélapon, seigneur de Favière au Perche, et de Jean Saillard. Nous avons trouvé qu’elles avaient affermé, dès le mois de juin 1267, ce droit de champart de Dourdan et des Granges, pour trois années, moyennant 80 livres et 100 sols parisis, et que, suivant leur déclaration de 1322 des terres tenues à champart, ledit champart montait, année courante, à 6 muids, 10 septiers, 1 mine[42]. Il paraît, par des titres, qu’elles continuèrent leurs acquisitions à Dourdan et aux Granges en 1303, 1304, 1307, 1319, 1322, 1325. Elles rendirent des aveux en 1408, 1524, 1543, 1548, 1681, etc., et, en divers temps, firent faire des terriers (1517-1595, 1604-1698)[43]. Quoi qu’il en soit la véritable consistance de leur censive était fort embrouillée. Négligés de la part du couvent pendant une série d’années calamiteuses au xve siècle, revendiqués par les gens d’affaires de l’abbaye, et souvent au détriment du domaine, pendant des périodes où Dourdan était presque sans maître, les droits des dames de Lonchamp étaient une matière à procès[44]. Les Granges surtout étaient sous leur dépendance, et dans la ville de Dourdan leur censive s’étendait sur plusieurs maisons de la place et spécialement sur la ville basse, l’île de l’Orge et ce qu’on appelait le quartier de la Tête aux Maures. En juin 1658, la reine-mère avait cherché à établir leurs droits pour sauvegarder les siens, et le 20 octobre 1680 les religieuses avaient dû faire une transaction avec le sieur de Passart, seigneur des terres de la Margaillerie et de la Villeneuve, au sujet du droit de champart qu’elles y prétendaient, à cause de leur fief et seigneurie des Granges-le-Roy. Après une longue contestation, elles consentirent à céder au duc d’Orléans à titre d’échange, moyennant une rente de 500 livres au principal de 22000 livres sur les aides et gabelles de France, toutes leurs possessions et leurs droits dans l’enclave du domaine. Le contrat de juin 1756 fut confirmé par lettres patentes.

Les déclarations, aveux, cueillerets, terriers des dames de Lonchamp forment aux archives de l’Empire et aux archives du Loiret[45] de volumineux dossiers. Ils contiennent sur les propriétaires de Dourdan, notamment aux xiiie et xive siècles, des renseignements locaux fort intéressants. Le lecteur trouvera à la fin du volume des extraits dont nous n’avons pas voulu surcharger ce chapitre[46].

CENSIVE DE L’ABBÉ DE CLAIREFONTAINE.

Elle était une conséquence de l’antique possession du fief et terre des Jalots, près Dourdan, par l’abbaye de Clairefontaine. On se souvient de la colonie agricole envoyée par le couvent, qui au xiiie siècle défrichait les pentes sablonneuses du coteau. Vers le xve siècle, les moines paraissent avoir cessé d’exploiter directement les terres, et en les affermant ils se créèrent une censive bien établie par des terriers, déclarations, cueilloirs conservés dans le fonds de l’abbaye aux archives de Seine-et-Oise :

« D’un aveu rendu au roi en 1601, à cause de sa grosse tour de Dourdan, pour le fief des Jallots : le lieu et manoir appelé les Jallots : maison manable, grange, étables, volière, garenne et jardins, 200 arpents de terres environ, partie en labour, partie en friche sur la paroisse, justice et bailliage de Dourdan, tenant d’une part aux vignes de Beaumont et au chemin tendant de Marchais à Dourdan, lesquels lieux et terres auroient esté baillés à vies par lesdits déclarans dès l’an 1485, à la charge des droits seigneuriaux et de 24 sols 8 deniers parisis, 2 chapons de cens, payables par an audit abbé et couvent. — Droit de champart sur toutes les terres de 12 gerbes l’une par arpent. — 9 sols 7 deniers de cens sur un arpent et demi de vigne, appelé la vigne de Beaumont, paroisse de Dourdan. — 3 sols 11 deniers obole parisis de cens sur 19 arpents de terres, paroisse de Dourdan, près l’étang de Gauldrée, tenant au chemin de Beaurepairé et aux terres du Madre. — 12 sols parisis de cens sur 5 arpents de terres où sont plusieurs maisons appelées le Lieu du Madre, en la paroisse et justice de Dourdan, tenant d’une part au chemin du moulin Choiseler à Beaurepaire, d’autre aux terres dessus dites. — 6 sols parisis sur 6 aires contenant 3 quartiers de terre sis en la Basse-Bretonnière, tenant d’une part au moulin Choiseler et aux jardins, d’un bout à la rivière et d’autre à la Morteaue. — 12 deniers parisis de cens sur une maison à Dourdan. — 12 sols 1 denier parisis de cens sur 9 arpents de terre au Mesnil. — 19 sols 6 deniers parisis sur 9 arpents ½ de terre à Roinville. — 28 deniers parisis sur une maison et jardin audit Roinville.

De tous lesquels biens l’abbaye jouit de temps immémorial et ont été amortis en 1522[47]. »

Mentionnons en terminant la censive de l’abbé de Morigny à cause de quelques droits qu’il avait conservés comme collateur des bénéfices du prieuré et de la cure de Saint-Pierre, dans la paroisse proche « la garenne des Granges. »

Celle des doyen, chanoines et chapitre de Sainte-Croix d’Étampes.

Celle du prieur de Saint-Arnoult pour quelques redevances qu’il avait droit de percevoir dans la ville, etc., etc.

Sans oublier celle de l’abbé de Saint-Chéron-lès-Chartres, à cause de ses droits incontestables sur la paroisse Saint-Germain dont il était depuis le xiie siècle, comme on l’a vu ailleurs, le supérieur ecclésiastique et le gros décimateur.

  1. On a vu que, comme titre, la prévôté, terre et châtellenie de Dourdan ne fut décorée du nom de comté qu’au xviie siècle.
  2. Archives du Loiret. — Inventaire de Vassal, A. 1371.
  3. Comptes du domaine. — Archives de l’Empire, Q. 1514. — Mémoire manuscrit ayant appartenu à M. de Fourqueux, procureur général de la chambre des Comptes. Bibl. de l’Arsenal. Histoire de France, 348. — Mémoires des intendants, etc.
  4. Le fermier du domaine, Pierre Félix, en 1731, eut à ce propos de violents débats avec la fabrique de l’église Saint-Germain qui, par don royal et possession immémoriale, jouissait du droit de mesurage des grains ; sous prétexte de réunir les droits de mesurage à ceux de plaçage, il assigna les marguilliers, usa de force et de ruse, et égara un instant la justice du duc d’Orléans.
  5. Le rouage était un droit sur les charrois.
  6. Archives du Loiret, A. 1381.
  7. Le duc d’Orléans, désirant établir d’une manière certaine ses droits domaniaux sur les Murs et Potelet, fit une requête à la cour des Comptes pour avoir des extraits des anciens titres du domaine, qui lui furent expédiés le 18 août 1679.
  8. Sentence rendue par Lallemant de Lestrée, commissaire au terrier de 1676 de l’apanage du duc d’Orléans. — Archives du Loiret, A. 1380.
  9. Archives du Loiret, A. 1373.
  10. Le grand étang, à lui seul, en contenait 14 ; l’étang de Gaudrée et celui de la Muette, chacun 3 ; les prés Trembleur et de Potelet, 3 arpents ½ ; celui de Grillon, 1 arpent ½ ; celui de Roinville, 3, et le clos Sanguin, près de Sermaise, 1 arpent ¼.
  11. Une de ces pièces, près l’étang de Gaudrée, servait anciennement de pépinière. — Février 1683, réunion au domaine de trois pièces de terre situées hors les murs, entre l’étang et le moulin du Roi, usurpées par le concierge du château.
  12. Les gélines et les pains étaient destinés aux oiseaux et aux chiens de chasse.
  13. Ces 840 arpents, jadis appelés « les Coustumes de Sonchamp, » avaient été adjugés au roi par arrêt du parlement, de février 1534. 420 arpents avaient été alors engagés par lui, pour 1,100 livres, à Jean Beaulieu et autres, en mars 1543. 220 avaient servi à faire un échange en octobre 1540. — Archives du Loiret, A. 1382.
  14. Vieux souvenir de l’échanson de Philippe-Auguste. La maison de la communauté à Dourdan était sous la censive du fief de l’Eschanson.
  15. Messire Jean Pommereu, conseiller du roi, avait été commis pour informer des usurpations du domaine de Dourdan, dès mars 1518.
  16. C’est ce qui explique la présence, aux archives départementales du Loiret, d’une partie des papiers concernant le comté de Dourdan. Un fonds spécial, portant le titre du comté, est classé sous la cote A. 1371 à 1397. — Une autre partie de ces papiers est déposée aux Archives de l’Empire, dans la section domaniale O. 20,248-20,250, et 20,436-20,451. Les nos 20,438 et suivants sont ceux des anciens terriers.
  17. Archives de l’Empire, O. 20,436.
  18. Archives de l’Empire, O. 20,436.
  19. Archives de l’Empire, O 20,249.
  20. Le spirituel et mordant marquis de Châtre raille le justaucorps chamarré d’or et le chapeau à plumes que portait à une de ces chasses de Dourdan M. Servin, seigneur de Bandeville, qui avait donné sa démission de maître des requêtes pour mieux chasser. — M. de Ch. — Jeux d’esprit et de mémoire. Cologn, 1694.
  21. Rouillon ayant, au siècle dernier, appartenu en partie aux seigneurs de Bandeville, nous avons puisé sur ce fief des détails assez complets, en dépouillant d’anciens titres et surtout l’inventaire des titres du marquisat de Bandeville, dont les trois registres in-folio nous ont été confiés avec la plus grande bienveillance par M. le comte de Pourtalès, propriétaire actuel de Bandeville et de la ferme de Rouillon.
  22. Hommage du 15 juillet 1582. — Archives de l’Empire, P. 8.98.
  23. Sur l’emplacement de cet ancien fief existent maintenant le petit Semont, la ferme de Semont et le château de Semont qui, après avoir passé dans les mains d’un grand nombre de propriétaires, appartient aujourd’hui à M. Allain, qui l’a réparé et agrandi.
  24. La ferme de Bonchamp a fait place à la pittoresque et solitaire habitation de M. le baron Jubé de la Pérelle.
  25. 24 juin 1476. — Saisie féodale du fief de Jorias, qui est la maison du Cheval Blanc, rue Saint-Pierre, à Dourdan.
  26. Environ 30 arpents, avec 10 à 11 livres tournois de menus cens, demi-septier d’avoine et 10 à 15 poules.
  27. Au sujet du fief de Grillon, nous avons trouvé des détails dans les archives du Marais, qui nous ont été ouvertes de la meilleure grâce par M. le marquis de la Ferté.
  28. Voir le chapitre de Dourdan en 1789.
  29. La terre de Grillon, habitée par Lebrun, devint le centre d’une manufacture de filature et tissage de coton, créée par le consul, florissante sous l’Empire, plusieurs fois reprise et finalement abandonnée. Une sorte de cité ouvrière, dont il ne reste plus que le souvenir, s’élevait non loin du château. Il y a peu d’années, le château délabré a disparu comme le reste. Le moulin et la terre viennent d’être acquis par M. Charles Dujoncquoy, dont la belle propriété de la Garenne s’étend de l’autre côté de la route, en face Grillon.
  30. Le moulin Micheau a été supprimé, il y a quelques années, pour augmenter la chute du moulin Prieur ou Choiselier, qui est un peu au-dessus.
  31. Droit prélevé sur les charrois.
  32. Sentences du Trésor, 12 avril 1507. — 29 mai 1508.
  33. Hommage (1510). Arch. de l’Emp., P. 8, no 5. — Lettres royaux, 20 déc. 1511. — Arrêts du parlement, 25 juin 1533. — 3 janvier 1558. — Sentences du bailliage, etc.
  34. Ce marbre avec son inscription vient d’être offert à la collection de la ville par Mme de Beaulieu, naguère propriétaire de la ferme de Rouillon.
  35. Plans Seine-et-Oise, 2e classe, nos 68, 161. — La mairie de Dourdan en possède un calque.
  36. Voir le chapitre consacré à l’église Saint-Pierre.
  37. Voir d’autres aveux rendus le 16 novembre 1598 par Mre Pierre Chaillon, prêtre, chanoine et chantre de l’église Sainte-Croix d’Étampes, comme seigneur temporel de Saint-Pierre, au roi, et à M. de Sancy ; — le 1er novembre 1680, par Étienne Le Gou, prieur-curé, etc. — Archives de l’Église.
  38. Les déclarations reçues par Me Héroux sont aujourd’hui dans l’étude de Me Ortiguier. — Le terrier de Saint-Pierre est aux archives de Seine-et-Oise.
  39. Archives d’Eure-et-Loir, fonds de Saint-Chéron.
  40. Archives de l’hospice de Dourdan, B. 2, 1.
  41. Archives de l’Église. — Le Mesnil, comme son nom l’indique (mansio), était primitivement une habitation, une demeure rurale, puis la réunion de plusieurs maisons, une sorte de petit hameau. — Sur l’emplacement du fief du Mesnil, s’élève aujourd’hui la propriété de Mme Cousineau.
  42. Archives de l’Empire, O. 20,441.
  43. Idem, O. 20,442-20,451.
  44. Idem, P. 2277.
  45. Série A, nos 1384 à 1397.
  46. Pièce justificative XVI.
  47. Archives de Seine-et-Oise, fonds de Clairefontaine, cartons 3, 6, etc. — Voir déclarations et cueilloirs concernant les cens dus à l’abbaye à cause de son fief des Jallots, 1501 à 1601, etc. — Baux à ferme et emphytéotiques de la ferme des Jallots, procès-verbal de visite de cette ferme, baux et autres pièces concernant les champarts du fief des Jallots, 1546 à 1759, arpentage et plan de la ferme en 1785. — Bail du 18 juin 1649 pour 6 vingts livres par an et 4 setiers de blé aux héritiers Thibault, avant à Léger Lucas et à sa veuve dès 1485. — Sentences, saisie féodale (4 juin 1552), procès-verbal de compulsoire, contrats, etc., 1485 à 1576.