Chronique d’une ancienne ville royale Dourdan/17

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CHAPITRE XVII

L’ÉGLISE SAINT-PIERRE[1].


Vaisseau. — L’église Saint-Pierre, la seconde paroisse de Dourdan, dont il ne reste aujourd’hui aucun vestige, occupait, au haut et en face de la rue Saint-Pierre, l’emplacement de l’allée terminée par une grille qui donne maintenant accès dans le parterre. Cette grille est à peu près à la place du sanctuaire, et les dimensions de l’édifice sont assez bien représentées par les dimensions de l’allée. La limite inférieure est facile à reconnaître par la disposition même du terrain. La nef était étroite et de même largeur que le sanctuaire ; la forme de l’édifice était celle d’une croix latine. Au centre, sous le clocher, était le chœur[2]. Dans le haut, deux chapelles ou « cancelles » se terminaient par des autels placés dans le même sens que le maître-autel, dans les enfoncements demi-circulaires qui faisaient saillie de chaque côté du chevet. L’emplacement arrondi de l’abside est encore visible entre la grille du parterre et la maison voisine. Cette maison et le terrain élevé en terrasse qui en dépend, formaient l’ancien prieuré. À gauche, dans le talus triangulaire planté d’arbres et bordé par la rue Haute-Saint-Pierre, était le petit cimetière de la paroisse. Le sol de ce cimetière affecté pendant de longs siècles au même usage, puisqu’on y a trouvé des cercueils de l’époque mérovingienne, s’était graduellement élevé. Au xviiie siècle, comme nous l’avons déjà dit, il menaçait de rompre ses murs de soutènement et de s’effondrer dans la rue. On le transporta près du jeu de paume (13 mai 1764), par suite d’un échange avec M. de Verteillac dont la propriété s’appuyait contre le chevet de l’église et en enclavait une partie.

Il est probable que l’existence d’une église à cette place remonte à une haute antiquité. Lorsque l’abbaye de Morigny, par la munificence de Louis le-Gros, ou tout au moins avec sa protection, acquit, vers 1112, l’église Saint-Pierre « Ecclesiam B. Petri, apud Dordinchum, »[3] c’était déjà une paroisse sous le vocable du prince des apôtres. On a même prétendu que c’était la plus ancienne de la ville. Quoi qu’il en soit, les moines de Morigny ayant été envoyés pour la desservir, l’église fut reconstituée et un nouvel édifice s’éleva suivant le style et le plan des églises monacales. La paroisse était pauvre, très-limitée ; l’église reçut des proportions restreintes. Elle dut subir, par suite des injures du temps et des dévastations de la guerre, plusieurs modifications et réparations, dont la flèche du clocher, cette partie vulnérable et fragile de l’édifice, paraît avoir été un des principaux objets. La date d’une de ces restaurations semble indiquée par le millésime de 1535 sculpté sur une pierre autrefois placée dans l’église, aujourd’hui enchâssée dans le mur méridional de la maison du parterre, à gauche de l’entrée. Le lambris de la nef fut fait en 1607 ; il paraît qu’auparavant « cette nef était comme une grange. »

Le 4 août 1637, à quatre heures du matin, le tonnerre tomba sur le clocher, le dépouilla complètement des ses ardoises, rompit un des arêtiers, cassa une cloche, descendit dans l’église où il fit un fracas épouvantable et laissa des « impressions de griffes » sur les bancs et sur les murailles. Le clocher était près de tomber. Les habitants montèrent sur les combles et arrêtèrent les bois avec des cordes. L’année suivante on le répara, et deux ans après on établit une nouvelle cloche[4].

En 1690, autre accident. Le jour de Noël, immédiatement après le premier carillon de la messe du point du jour, un coup de vent terrible, qui fit des dégâts dans toute la France, coupa net le clocher. Le pied seul resta pendant trois ans. On confia la réédification d’une nouvelle flèche, suivant le plan de l’ancienne, à Jacques Monclain, charpentier à Dourdan, et Jacques Liger, le couvreur de Sainte-Mesme[5]. Cette flèche avait quarante pieds, et était surmontée d’une croix de fer de onze pieds « avec le coq. » À peine fait, ledit clocher reçut un nouvel assaut. Le 29 juillet 1702, il s’abattit sur Dourdan et les environs une telle nuée de grêle, qu’on « croyait être au dernier moment de sa vie, dit un contemporain. Plusieurs habitants eurent la tête cassée par des grêlons qui pesaient deux livres moins un quart ; » le clocher fut encore dépouillé de ses ardoises. La couverture et les vitres de l’église éprouvèrent de grandes avaries. En 1712, les trois cloches furent refondues pour en faire trois nouvelles « rendues sonnantes et accordantes en plein ton de mi-ré-ut. »

Il y avait une fatalité marquée pour le clocher de Saint-Pierre : le 16 juillet 1735, le tonnerre le perça de part en part, le brisa en partie, cassa les gargouilles de pierre qui crevèrent la voûte, descendit dans l’église, démolit la porte du chœur et pulvérisa le crucifix.

L’église, ébranlée par tant de secousses et en fort mauvais état, cessa de servir au culte en 1791. Le 10 novembre, la paroisse Saint-Pierre fut réunie à celle de Saint-Germain ; une partie de son mobilier y fut transportée[6], et le 13, les paroissiens assistèrent pour la première fois, à Saint-Germain, au service divin célébré par l’abbé Geoffroy. Le vaisseau devenu propriété nationale, administré comme les autres domaines de l’État, fut momentanément mis à la disposition du ministre de la guerre et servit de prison pour des soldats vendéens et de magasin de grains et de fourrages. Par une décision du ministre des finances du 5 juin 1812, la fabrique de Saint-Germain fut remise en possession du bâtiment, mais comme il tombait de vétusté et que le clocher menaçait d’écraser le quartier, la fabrique obtint du roi Louis XVIII une ordonnance de septembre 1816, autorisant à démolir, vendre les matériaux et céder le terrain à la commune suivant estimation d’experts. Les matériaux, adjugés pour 2,670 fr., le 17 novembre 1816, furent enlevés l’année suivante, et les pierres de l’antique église, complétement dispersées, entrèrent dans plusieurs constructions de l’époque. À peine si l’on peut en retrouver quelques traces dans deux ou trois bases de colonnes converties en bornes près du parterre, un vieux chapiteau servant de banc dans la rue Neuve, etc.

Disposition et ornementation intérieures. — Les murailles de Saint-Pierre étaient autrefois peintes de vieilles détrempes représentant des épisodes de la Passion, de la vie de sainte Marguerite et autres. Elles furent blanchies en 1646, et on voyait encore, au siècle dernier, des traces de fresque sous les enduits. L’ancien autel était massif et bas. Le tabernacle avait la forme d’une tour. On y montait par un escalier de pierre derrière l’autel. Une « grosse image de la chaire de saint Pierre en pierre » se voyait au côté droit de l’autel ; à gauche, une figure de saint Paul. En 1660, le curé, Me Etienne Le Gou, fit remplacer cet autel par un autel moderne, avec quatre colonnes de bois doré, un tableau représentant la Nativité d’après Lebrun, et deux niches pour les deux patrons de la paroisse : saint Pierre et saint Gilles, dont il commanda les statues de bois peint et doré à un « très-habile sculpteur de chez le Roy. » La vénérable chaire de Saint-Pierre fut placée au-dessus de la porte principale. À côté du maître-autel, se voyait encore un grand tableau de saint Dominique. Devant le sanctuaire, des dalles avec noms et figures recouvraient des tombes, et sous la lampe étaient enterrés Pierre Lucas, mort en 1540, et son épouse Perrine Boutet, descendante du fameux privilégié de Chalo-Saint-Mard, demeurant de leur vivant « dans leur maison des Châteaupers, paroisse Saint-Pierre. »

De chaque côté du chœur, où étaient rangées dix-huit stalles, s’enfonçaient les deux cancelles : à droite, celle de la Vierge, avec son autel du même style et de la même époque que le maître-autel (1664), trois tableaux et un grand crucifix. À gauche, celle de saint Phallier, le bon moine d’Aquitaine qui rendait la santé aux petits enfants. Cette dernière chapelle, dans laquelle on remarquait une statue de bois du saint, et un petit tableau fort ancien représentant le mariage de Jésus-Christ avec son Église, fut restaurée en 1750 par M. Bajou, lieutenant particulier au bailliage. Il la dédia à sainte Geneviève et commanda à Paris un tableau « copié sur celui du Saint-Esprit, à Paris, » avec une image de saint Charles et une de saint Jacques.

Dans la nef étroite et longue qui contenait vingt-trois bancs, on avait encore placé deux chapelles dont les tableaux étaient des originaux de maître « ôtés, dit un contemporain, par la lâcheté des habitants qui l’ont souffert » et remplacés par des copies : l’une dédiée à saint Roch avec l’image de saint Pierre-ès-liens et les statues de saint Roch et saint Sébastien sur deux colonnes ; l’autre dédiée à saint Vincent, avec un tableau de la conversion de saint Paul et deux colonnes portant saint Vincent et saint Marcoul. La chaire, le banc d’œuvre avec un grand soleil de bois doré sur son haut dossier, les fonts baptismaux[7], près desquels se voyait une magnifique bannière des Gobelins, garnissaient les parois de la nef, et entre les fonts et le banc des marguilliers était la tombe de M. Lévy, le riche habitant de Saint-Pierre et le créateur du Parterre.

La petite sacristie, enclavée dans les bâtiments voisins et dont l’emplacement fut l’objet de procès sans fin, était bien loin d’être garnie comme celle de Saint-Germain Les vases sacrés étaient fort modestes ; on n’y voyait pas de riches tentures, mais un grand nombre de vieux ornements, qui auraient sans doute pour nous leur valeur archéologique, comme ceux de damas rouge donnés au xvie siècle par Balthazar Gouin, avec son portrait à genoux et son nom brodé. On conservait soigneusement trois grands bâtons rouges, dont deux se terminaient par des couronnes de fer et un par la figure du Père Éternel ; ils servaient aux confréries de Saint-Gilles et de « Saint-Marcou, » ces deux antiques patrons des corporations. À la porte était affichée la bulle du pape Alexandre VIII accordant indulgence plénière à ceux qui, s’étant confessés et ayant communié, visiteraient l’église paroissiale de Saint-Pierre de Dourdan au jour et fête de saint Pierre et saint Paul (24 déc. 1689).

Prieuré et cure de Saint-Pierre. — Lorsque l’église Saint-Pierre fut acquise, vers 1112, à l’abbaye de Morigny, des religieux furent détachés de la maison abbatiale et vinrent former une sorte de colonie ou obédience qui exploita les biens et les terres appartenant à l’église de Dourdan et vécut de leurs produits. Ces religieux, chargés d’abord en commun, in solidum, de l’administration spirituelle de la paroisse, eurent un prieur, prior, le premier d’entre eux. Le vieux prieuré ou moûtier Saint-Père était si pauvre, comme nous l’avons vu ailleurs, et ses paroissiens étaient si peu nombreux qu’en 1257 l’évêque de Chartres, Mathieu, lui accorda le privilége de ne payer que trente sols parisis pour la procuration de l’évêque qui viendrait faire sa visite. Le prieur, auquel fut spécialement confiée la charge des âmes, prior curatus, est le curé primitif de Saint-Pierre de Dourdan. Plus tard, peut-être au commencement du xve siècle, pendant les grandes guerres qui désolèrent la France et dépouillèrent les couvents, les religieux de Morigny abandonnèrent leur monastère de Dourdan. Le prieuré-cure se scinda en deux bénéfices qui demeurèrent toutefois l’un et l’autre à la collation de l’abbé de Morigny : un prieuré simple qui pouvait être mis en commende et dont le titulaire jouissait des revenus subsistants, — une cure qui se sécularisa et dont le titulaire jouissait d’un « gros ou portion congrue » en argent.

La situation relative des deux bénéficiaires était complexe. Assez mal vue par les canons et résultant de circonstances et de nécessités à la fois générales et locales, elle donna lieu, pendant les trois derniers siècles, à de fréquents conflits dont les archives de Saint-Pierre offrent de nombreuses traces. Le curé, prêtre responsable des fidèles confiés à sa garde, était le vrai pasteur de la paroisse. D’un autre côté, il n’était que le « vicaire perpétuel » du prieur, ce « curé primitif » de l’endroit. Il avait tout le fardeau du ministère et ne touchait qu’un revenu modique et limité. Le prieur, non obligé à la résidence, et qui pouvait être un simple clerc tonsuré de quatorze ans, était à la fois seigneur spirituel et temporel de la paroisse, en recueillait les fruits sans avoir autre chose à faire que de payer les décimes, pourvoir à la réparation de certaines parties de l’église et assister ou coopérer aux offices de certains jours de l’année.

Voici, en résumé, quels étaient les droits du prieur de Saint-Pierre :

Il était dit seigneur spirituel et temporel du prieuré avec droit de mairie et de justice censuelle. À ce titre, il avait son terrier.

De la seigneurie dudit prieuré dépendaient la majeure partie du territoire de la paroisse Saint-Pierre, une certaine portion de celui de la paroisse Saint-Germain (faubourg du Puits-des-Champs, clos Saint-Père, etc.), du village des Granges, du hameau de Saint-Évroult, etc., — la plus grande partie du hameau de la Brière, paroisse de Roinville, — le fief des Bordes, et celui de la Tête-aux-Maures, situés à Dourdan, avec droits de cens, lods et ventes (ces deux derniers montaient à 600 l. l’an 1773).

Au prieuré appartenaient encore : la maison prieurale avec le terrain y attenant, — un arpent de pré au champtier de la Huanderie, près les Fontaines-Bouillantes, — un droit de champart, à raison de douze gerbes l’une, sur toutes les terres de la Brière, — un arpent de terre en marais, ci-devant en pré, prairie de Dourdan, près le moulin Choiselier, — une rente sur l’Hôtel de Ville de Paris[8].

Tout cela ne constituait pas, du reste, un revenu considérable. Les biens fonds du prieuré étaient affermés 712 livres au xviiie siècle. Tous les biens et droits furent adjugés, en 1791, par le directoire de Dourdan, à M. de Verteillac pour 17,700 livres.

Des aveux et dénombrements des xvie et xviie siècles, mentionnant ces droits du prieuré de Saint-Pierre dont le bénéfice, disent-ils, est « de fondation royale, » en reconnaissent les charges, à savoir : que le prieur est obligé de faire le service dans l’église aux quatre fêtes annuelles et le jour de saint Pierre ; de dire ou faire dire une messe basse chaque dimanche, d’aider à faire le service les dimanches et fêtes ; de payer les décimes : de pourvoir aux réparations du chœur, du clocher et des deux chapelles, d’après ancienne sentence du bailliage, testament du sieur Ragot, prieur (déc. 1693), et décision des habitants (août 1697). Ce sont ces charges dont les prieurs veulent trop souvent se dispenser et qui sont l’occasion de procès avec la fabrique et les paroissiens, de contestations ou de transactions avec les curés.

Quant au curé, voici la déclaration qu’il fait de son revenu en 1692 :

Il jouit de son presbytère, maison d’une chambre à chaque étage, avec petit jardin clos de murs, près de l’église, contenant environ 5 perches de terre.

9 livres de rente sur le vieil presbytaire, situé faubourg Grousteau, consistant en une petite maison et jardin avec trois aires de terre au bout, baillés anciennement à rente à Claude Degas pour 3 écus sol.

6 livres sur une maison rue Saint-Pierre.

12 livres 9 sols, montant du bail de 2 arpents et demi, 12 perches, de morceaux de terre autour de Dourdan.

80 livres que lui sert le fermier des dîmes, abandonnées au curé par le prieur gros décimateur.

Il paie de décimes ordinaires et extraordinaires, 16 livres 14 sols 6 deniers.

Et reçoit de la fabrique 160 livres pour acquitter toutes les fondations annuelles.

Au xviiie siècle le « gros» du curé de Saint-Pierre est estimé 500 livres. D’ailleurs sa position varie suivant les arrangements qu’il fait avec le prieur. Il arrive même plusieurs fois que le curé, cumulant les deux bénéfices, est pourvu par l’abbé de Morigny du prieuré et de la cure.

Les noms des prieurs et des curés de Saint-Pierre nous sont inconnus avant le xvie siècle, par suite de la perte de tous les titres. En 1556, à la séance de rédaction des coutumes, nous apparaissent comme curé un religieux, frère Jacques Audren, et pour prieur Me Jacques Soullay.

1594. — Martin Couldroy, curé. — Me Pierre Blanchard, prêtre habitué, dessert le prieuré et laisse une rente par testament.
1597. — Simon Barbier, curé.
1598. — Pierre Chaillon, prêtre, chanoine et chantre de l’église Sainte-Croix d’Étampes, rend, comme prieur et seigneur temporel de Saint-Pierre, aveu et dénombrement au roi et à M. de Sancy. De 1590 à 1613, l’abbé Boujon dessert le prieuré et en remplit les charges au nom du prieur.
1631. — Girard Le Thierry, curé.
1635. — Jacques Vris, curé.
1649. — Jacques Barbault, curé.
1654. — Étienne Le Gou, prieur et curé tout à la fois pendant trente années, se montre très-charitable et fait beaucoup pour l’église. On a de lui un aveu du 1er nov. 1680.
1685. — Étienne Tronson, curé. — Paul Ragot, prieur commendataire, curé de Saint-Martin de Bretencourt, prend soin des réparations de l’église et les assure par son testament.
1705. — Nicolas Membray, curé. — Bouchard, prieur (1701). — Me Louis d’Othis, prieur (1720).
1723. — Léonard Le Boistel de Chatignonville, curé. — Vautier, prieur titulaire. — L’un et l’autre exercent pendant plus de trente années. Le sieur Vautier, qui ne veut faire aucune réparation, entre en procès avec M. Le Boistel. Par suite d’une transaction, ce dernier accepte les charges en même temps que les bénéfices du prieuré. Il appartient à une ancienne et riche famille des environs.
1763. — Louis Delafoy, curé. — Louis Dubois, sieur du Tilleul, prieur. — Ils font ensemble le même arrangement que les précédents, et la paroisse, bien desservie, continue à jouir des premières messes et de tous les secours spirituels. Mais, en 1770, le sieur de Neufville, nouveau prieur, se comporte différemment, ne paraît pas à son bénéfice, n’en acquitte et n’en fait acquitter aucune des charges ; de telle sorte que les habitants, privés de messes, sont obligés de présenter une requête au bailliage de Dourdan, le 20 juillet 1772. Une sentence du 27 mars 1773 condamne le prieur qui en appelle à la cour, et sur ces entrefaites résigne son prieuré entre les mains de P. L. Benjamin Lambert. Celui-ci soutient le procès devant la cour, élève des prétentions sur le terrain de la sacristie et de la maison prieurale, et entraîne la paroisse et la ville dans de coûteuses et pénibles procédures.
1779. — M. Millet, le dernier curé de Saint-Pierre, est député par le bailliage comme représentant du clergé aux États-Généraux de 1789.
1780. — L’abbé de Montagnac, chapelain du roi, est le dernier prieur. Les deux bénéfices qui, par leur séparation étaient une cause de difficultés et qui, réunis n’eussent pas formé plus de 14 ou 1,500 livres, au dire des contemporains, demeurent jusqu’à la fin à la nomination de l’abbé de Morigny.

La cure est fondue avec celle de Saint-Germain en 1791, et la propriété du temporel du prieuré, mise en adjudication par l’administration du directoire du district de Dourdan, comme bien national à aliéner, est acquise le 4 avril 1791 par M. de Verteillac qui s’engage à payer à la fabrique de Saint-Pierre, réunie à celle de Saint-Germain, une rente de 230 livres. La maison prieurale est achetée au département, suivant acte du 15 fructidor an IV, par le sieur Lambert, qui appuie un bâtiment contre le mur de l’église devenue propriété nationale, et plus tard il en résulte une question de mitoyenneté et un interminable procès.

Revenus de la fabrique. — Les recettes de la fabrique de Saint-Pierre se composaient :

De rentes diverses à Dourdan, sur des maisons de la rue Saint-Pierre, de la rue Neuve, de la rue Grousteau[9], de la rue des Bordes, sur le clos Saint-Père au Puits-des-Champs[10].

De rentes, hors Dourdan, sur des terres et prés à Saint-Martin, à Liphard, à Roinville, au Bréau, au vignoble de Dourdan ; plus 200 livres sur l’Hôtel de Ville de Paris.

Du loyer de quelques maisons à Dourdan et de terres et prés à Saint-Martin, la Brosse, Sermaise, Cottereau.

Le tout ne rapportait que 932 livres vers 1700, et, en 1745, on comptait :

Pour les rentes à Dourdan 346 liv.
Hors Dourdan
378
Pour les loyers à Dourdan 260
Hors Dourdan
142
Total
1126 liv.

Il y avait en plus les quêtes qui rapportaient fort peu, car sur les cinq cents paroissiens, chiffre que Saint-Pierre ne dépassa point, plus de la moitié se composait de pauvres artisans et d’indigents nourris par la charité. Les meilleures recettes étaient peut-être celles des quatre quêtes que la paroisse avait droit de faire à Saint-Germain aux quatre fêtes solennelles. — Les bancs ne donnaient que quelques livres, car l’ancien taux des locations n’avait pas changé. Le droit de fosses fut longtemps très-minime : on ne payait que 3 livres pour enterrer une grande personne dans l’église, et 30 sols pour les enfants. La fabrique, très-pauvre, obtint, le 22 décembre 1691, une sentence de l’official de Dourdan qui portait ce droit à 18 livres pour une grande personne et à 6 ou 9 livres pour les enfants.

Les dépenses montaient à 665 livres vers 1700, et à 900 livres en 1749. Les honoraires du curé étaient de 318 livres. Le traitement du vicaire revenait à 200 livres ; celui des deux chantres était de 40 liv. ; celui des deux bedeaux de 64 livres. Il y avait 30 livres par an attribuées au vicaire, par fondation des Yvon, au xviie siècle, « pour faire les petites écolles » aux pauvres de la charité de Saint-Pierre[11]. Ce soin ayant été négligé, une sentence du bailliage de Dourdan, du 11 mai 1737, diminua de 35 livres les appointements du vicaire pour former ceux d’un maître d’école, portés à 60 livres en 1764. Le vicaire lui même finit par être supprimé par manque de prêtres et insuffisance de ressources.

  1. D’après les anciennes archives que nous avons trouvées mêlées avec celles de Saint-Germain.
  2. On peut voir ce clocher sur le fac-simile qui est en tête du chapitre XV.
  3. Voir chapitre IV.
  4. Bénite par messire Girard Thierry, et nommée Jeanne-Françoise par Jean Joyer, marchand fort riche, qui mit l’enchère pour avoir cet honneur.
  5. Dépense de 1,200 liv. pour la flèche, 50 liv. pour le rétablissement du tambour qui est sous la flèche. M. Guyot, directeur des hôpitaux du Roi, et paroissien de Saint Pierre, fit don de 950 liv., qui permirent à la fabrique très-pauvre d’entreprendre le travail.
  6. Le reste fut vendu aux enchères, le 12 août 1792, pour 677 liv., à la requête du procureur syndic du district de Dourdan.
  7. Ces fonts, en marbre, viennent d’être rachetés à un particulier par la fabrique de Saint-Germain. Ils pourront servir de bénitier dans l’église.
  8. Voir, au chapitre V, l’amortissement général, par Louis d’Évreux, au xive siècle, de tous les biens du prieur de Saint-Pierre, qui prétendait quelque droit sur la terre des Murs, l’étang et quatre étaux de la halle.
  9. Rachetées par M. Lévy, lors de la création du Parterre.
  10. Maison et clos Saint-Père : Rente de 20 sols parisis. 1427.
  11. Voir, sur la Charité de Saint-Pierre, le chapitre de l’Hôtel-Dieu.