Chronique d’une ancienne ville royale Dourdan/18

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Dessin de murs, de tours et de douves du château de Dourdan
LE CHÂTEAU DE DOURDAN VU DE L’ANGLE EST

CHAPITRE XVIII

LE CHÂTEAU


Que le lecteur ne cherche pas, dans ce chapitre, l’histoire du château de Dourdan ; elle est partout dans ce livre : car cette histoire est celle de la ville elle-même. La ville et le château ne font qu’un ; et nous avons esquissé le récit de leurs communes destinées. Faits l’un pour l’autre, le village et le château primitif sont solidaires dès le principe. C’est parce qu’il s’est groupé quelques familles dans notre fertile vallon, au centre d’une clairière des grands bois d’autrefois, sur le cours d’une rivière et sur le bord d’un étang, qu’un point s’est fortifié pour servir de védette, et de refuge en cas d’incursion. C’est parce que ce lieu fortifié s’est offert comme une sauvegarde, une garantie, un point de ralliement, que les habitations se sont multipliées tout à l’entour, se sont serrées jusqu’à former une cité. Devenu, avec le temps, centre à la fois militaire et politique pour les maîtres de la contrée, le château s’est agrandi et le seigneur en a fait au besoin sa retraite.

Telle est, en deux mots, l’histoire de l’oppidum gaulois qui occupe Dourdan à l’origine, du poste romain qui reprend la place, du château mérovingien et carlovingien qui succèdent. Le premier de ces établissements fortifiés n’est qu’un enclos de palissades et de fossés qui protègent un fort central de pierre ou de bois, assis sur la motte naturelle qui domine la vallée et peut renfermer au besoin, dans son enceinte, un village de cabanes groupées autour de la grande salle du chef. Adoptée et consolidée par les Romains trop bons observateurs pour ne pas utiliser les données locales, l’enceinte est régularisée et flanquée, et le fort se change en une citadelle organisée pour une résistance sérieuse. Conservée ou renouvelée à peu près dans les mêmes conditions, la station romaine devient la station germaine et continue pendant plusieurs siècles à assurer la défense du territoire. Peu confortable, le château n’est guère qu’un camp, castrum. Pourtant de puissants personnages s’en contentent et nous savons que le père de la dynastie capétienne, le grand duc de France, vient se reposer à Dourdan pour mourir, apud castrum, apud villam Dordingum. Château et village, c’est tout un pour l’histoire : quand la royauté hérite de l’un et de l’autre comme de son domaine, c’est le titre de municipe, de lieu fortifié, qui subsiste pour désigner Dourdan, Dordinchum quod regium municipium est, et les bourgeois, burgentes, qui y vivent continuent d’emprunter leur nom à la tour ou burgus qui les a ralliés.

Forteresse royale, le château de Dourdan est aux xe, xie et xiie siècles, une des sentinelles avancées du souverain obligé de disputer sa couronne contre les grands vassaux insoumis. Il se dresse sur une des frontières du domaine de la couronne, pour en couvrir le territoire, en face des tours menaçantes des seigneurs rivaux, et tandis que les cimes imprenables de Montlhéry et de Rochefort servent de repaires à d’illustres bandits, la citadelle du roi rassure contre un audacieux coup de main les paisibles habitants de la vallée. Quand le monarque cherche un lieu sûr et écarté pour abriter les préparatifs d’un hasardeux dessein et les mystères d’une politique qui a encore besoin de surprises, il donne là ses rendez-vous à d’officieux personnages. Quand la puissante maison de Chartres-Champagne tient la couronne en échec, c’est au château de Dourdan, sur la limite du pays chartrain, que Louis le Gros le Batailleur vient se retirer par intervalle, et c’est autour de ce centre monarchique que se serrent et s’abritent les paysans des campagnes dévastées.

Le trône s’affermit, mais il garde ses postes militaires, les agrandit, les fortifie suivant un plan à la fois préventif et répressif. En même temps, la forteresse devient palais, et le château, aménagé pour le combat, l’est aussi pour le séjour pacifique et la vie privée du maître. C’est, à Dourdan, l’œuvre de Philippe-Auguste. Son père, aux mœurs monacales, s’est contenté du vieux château ; lui-même y est venu souvent en chasseur. Pour y venir en prince, il le fait reconstruire. Un nouveau château est terminé en 1222 ; c’est celui dont Dourdan possède encore aujourd’hui les restes.

À supposer, ce qui est extrêmement probable, que le nouveau château ait été construit exactement sur l’emplacement de l’ancien, l’appropriation du terrain qui lui fut consacré la construction des fossés, la création, devant l’entrée, d’une place vide utile à la perspective et au service de la citadelle, donnèrent lieu à un déblaiement, à des démolitions dont les traces ont été plusieurs fois retrouvées. De Lescornay dit que : « lors du siége de 1591 le capitaine Jacques ayant fait oster de la place quantité de terre pour fortifier le chasteau dans lequel il commandoit ; et estant paruenu jusques à l’ancien solage, on y a trouué des foyers et autres choses qui font cognoistre qu’auparauant y auoit eu des bastiments qui auoient (peut estre) esté ruinez pour y pratiquer la commodité de ce jardin[1]. » En juin 1751, « quand on a voulu aplainir un costé de la grande place d’armes vulgairement appelée le Martroy ou le boulevard, du costé et contiguë les maisons faisant face à l’église de Saint-Germain, pour y faire le marché neuf, l’on y a découvert plusieurs vestiges et fondements de murs qui estoient très-bien basty en chaux et sable, et qui font connoistre qu’il y a eu anciennement des bâtiments dans cette place avant qu’elle ait esté destinée pour une place d’armes. Entre autres monuments d’antiquité, on a découvert un bassin de massonnerie de neuf pieds de diamètre bien crépy en ciment, lequel bassin paroist avoir esté fait pour l’usage de quelque tanneur ou corroyeur, et proche ce bassin s’est découvert une entrée de cave avec son escalier qui par la structure de sa voûte montre qu’elle est bastie d’une antiquité la plus reculée, et on peut assurer que ces anciens bastiments que l’on trouve dans cette place y estoient devant que le chasteau fut basty[2]. » Ces vestiges ont été, plusieurs fois depuis, remis au jour à l’occasion de pavages ou de travaux particuliers. L’entrée de cave, le bassin de trois à quatre mètres de diamètre et de soixante dix centimètres environ de rebord[3], ont été revus plusieurs fois, et existent encore, nous dit-on. Au reste, ce ne sont pas là les seules substructions qui se rencontrent aux abords du château. Des voûtes, de longues caves paraissant se diriger vers lui ont été maintes fois constatées lors de constructions et de fondations, à l’hôtel du Croissant, sur l’emplacement de l’ancien corps de garde et des maisons qui lui font suite, etc.

Le grand apport de terres recouvrant l’ancien solage de la place, qui fut utilisé en partie par le capitaine Jacques pour la défense intérieure du château, et peu à peu aplani comme le témoignent encore les arrachements du parapet des fossés, provenait sans doute de l’immense terrassement qu’on avait dû faire pour creuser ces fossés profonds. Une sorte de jardin avait été ainsi disposé devant la façade ; c’est ce jardin qui fut donné par Jean duc de Berry, en 1408, au prieur de Saint-Germain et qui a servi de cimetière, car on retrouve des ossements devant l’église. Au bout, était la halle sur laquelle les droits du prieur de Saint-Pierre étaient établis dès 1315. Halle, place et église étaient peut-être, suivant l’usage le plus fréquent, contenues dans la baille du château, sorte d’enceinte extérieure où le seigneur aimait à réunir sous sa main le centre religieux et le centre commercial de la ville, et surveillait à la fois le mouvement de la population et la perception des droits domaniaux. En tout cas, l’entrée du château n’était pas immédiate comme aujourd’hui, et, en avant du fossé, une place entourée de barrières servait à l’évolution et au groupement des hommes d’armes qui sortaient les uns après les autres par l’étroite passerelle du pont levis.

La formation de l’enceinte des fossés dut être l’objet d’un grand travail. Cette enceinte mesure 178 toises de pourtour ; elle forme un carré à peu près parfait d’environ 90 mètres de côté. Le fossé, construit à fond de cuve et entièrement revêtu de parois de grès, a 12 mètres de largeur et plus de 6 mètres de profondeur à partir du sol de la ville [4]. Le développement de la surface occupée par le fossé est de 34 ares, 40 centiares. L’enceinte intérieure contient 53 ares, 60 centiares. C’est un total de 88 ares pour l’ensemble du terrain consacré par Philippe-Auguste, au milieu de la ville, à sa nouvelle citadelle. L’orientation, parfaitement choisie, est du nord-ouest au sud-est. (Voir le plan, fig. 1.)

Une muraille très-élevée ou courtine forme la paroi intérieure du fossé. Cette muraille, bâtie en grès à peu près jusqu’au niveau du parapet de la paroi extérieure, et continuée en moëllons et cailloux cimentés par un indestructible mortier, a une épaisseur de plus de 2 mètres. Elle est flanquée de neuf tours circulaires en saillie. Deux de ces tours, rapprochées l’une de l’autre, défendent l’entrée principale située sur la place et protégent la porte ogivale à laquelle un pont-levis donnait accès. Quatre tours s’élèvent aux quatre angles, et trois autres à la moitié de chacun des trois côtés de l’enceinte. La tour de l’angle nord, qui surpasse de beaucoup les autres en diamètre et en hauteur, a une position tout exceptionnelle. Complétement détachée de l’enceinte intérieure, elle se dresse isolée au milieu du fossé[5]. Le fossé l’enveloppe, échancre sur ce point l’angle du carré, et se renfle du côté de la ville pour conserver sa largeur et décrire une circonférence à peu près concentrique à celle de la tour. C’est le donjon, auquel nous reviendrons tout particulièrement.

Ces tours, dont la base, jusqu’à affleurement du sol de la rue, est en grès et s’assied solidement dans le fond du fossé, ont des murs dont la maçonnerie atteint ou dépasse deux mètres d’épaisseur. Elles contenaient au moins deux étages soutenus par des voûtes à nervures et des planchers, et éclairés par d’étroites baies ou de simples meurtrières. Un escalier, pris en général dans l’épaisseur du mur, servait pour la communication intérieure. Ces tours, dont cinq sont aujourd’hui rasées au niveau de la courtine qui les relie, c’est-à-dire au niveau du premier étage, n’avaient point l’aspect massif et surbaissé qu’on leur voit actuellement, mais s’élevaient minces et élancées, et devaient être surmontées d’un chemin de ronde avec machicoulis et d’un haut toit pointu revêtu d’une couverture de tuiles[6]. Des souterrains voûtés « et blancs comme neige » mettaient en communication ces tours et servaient de magasins pour les vivres et les munitions. Une autre communication aérienne les reliait toutes à l’extérieur. Une sorte de galerie couverte en bois, avec toit incliné et paroi antérieure percée d’ouvertures pour lancer des projectiles, était accrochée ou fixée aux murailles et permettait de circuler de tour en tour.

Intérieurement, le quadrilatère était occupé par une grande cour qui servait de place d’armes et se garnissait au besoin de baraques pour le logement de la garnison. Sur les quatre côtés de cette place s’étendaient des corps de bâtiments qui s’appuyaient à la courtine et s’enclavaient dans les tours. Ces bâtiments avaient, eux aussi, de hauts toits aux pentes rapides, et prenaient en grande partie leur jour sur l’intérieur. Le principal corps de logis était celui qui garnissait le côté que longe la rue de Chartres et s’ouvrait au midi sur la cour. Au rez-de-chaussée, dans des salles basses, étaient le puits au large diamètre avec des pierres saillantes comme des degrés le long de ses parois, les cuisines, l’entrée des escaliers et vis montant aux deux étages supérieurs. Dans la tour enclavée au milieu de ce bâtiment, une porte donnait accès à l’escalier des fossés et, presque au pied de cet escalier, une profonde citerne à laquelle on descendait par des marches de pierre, offrait une provision d’eau fournie par l’égout des larges toits.

À l’extrémité de la cour, non loin de la grosse tour, et presque en face de l’entrée principale du château, s’élevait la chapelle de Monsieur Saint-Jehan, dont Philippe-Auguste avait assuré le service quotidien par un des chanoines de Saint-Germain. À gauche, en entrant, une grande salle voûtée (qui supporte aujourd’hui la terrasse) s’adossait à la muraille qui regarde le portail de l’église.

Nous avons hâte de revenir au donjon, car c’est en lui que se résumait la défense extrême de la place ; c’est lui qui commandait et couvrait le pays, et c’est à lui que se rattachait, comme au centre de la suzeraineté, le réseau féodal de la contrée. Tous les vassaux et arrière-vassaux de la seigneurie de Dourdan étaient dits relever du roi à cause de sa grosse tour dudit lieu. (Voir fig. 2, 3, et 4).

Le donjon, cylindrique, intact encore aujourd’hui dans toutes ses parties essentielles et décrit par nous d’après son état actuel, mesure du bas des fossés jusqu’à la plate-forme qui repose sur la voûte du second étage par laquelle il se termine maintenant, 25 m. 80 c. de hauteur, ou 18 m. du sol de la cour. Le diamètre, hors d’œuvre, est de 13 m. 50. La base qui repose au fond du fossé va en s’élargissant à sa partie inférieure, et son diamètre, comparé à celui de la tour, donne environ 0,60 c. de fruit. Cette base est construite en grès taillés et appareillés et s’élève à peu près au niveau du sol de la rue. À partir de ce niveau, la tour est formée d’assises de pierres soigneusement taillées et jointoyées, montées avec un aplomb qui fait encore aujourd’hui l’admiration des hommes spéciaux. Le calcaire de Beauce fin et dur qui a servi à cette construction ne se rencontre pas sur les lieux et a dû être transporté de loin, peut-être des carrières qui ont pu exister à l’origine de la vallée, au dessus de Saint-Martin, à en juger par la grande analogie de ces matériaux avec ceux de la tour de Saint-Martin de Bretencourt. La pierre est demeurée intacte surtout du côté du nord et du levant.

La base du donjon n’a pas encore été explorée. Nous avons tout lieu de penser qu’elle n’est pas pleine. Une salle ou cave, voûtée en calotte de four, dans laquelle on ne pénétrait que par une sorte de regard au milieu de la salle du premier étage, existe vraisemblablement et servait de silo pour les provisions et de magasin pour les munitions. (Fig. 2. A.) La salle du premier étage était la grande salle, la salle commune. (Fig. 2, B et fig. 3). Tout ce qui est nécessaire à la vie, en temps de siége, s’y trouvait réuni. La voûte de cette salle est portée sur six fortes nervures terminées par des culs de lampe représentant des feuillages finement sculptés. La hauteur du plancher à la clef est de 8 m. 45. Bien que le diamètre de la tour soit de 13 m. 50 hors d’œuvre, le diamètre ou vide intérieur de cette salle n’est que de 6 m., les murs ayant une épaisseur de 3 m. 75, c’est à dire de plus du quart du diamètre[7]. Trois larges embrasures ou berceaux en ogive forment dans l’épaisseur du mur trois passages ou réduits qui agrandissent singulièrement la salle et se terminent par trois ouvertures sur l’extérieur. Deux de ces ouvertures se regardent. L’une (fig. 2 et 3, C) est une porte ogivale qui donne du côté du château et communiquait par une passerelle avec la cour quand le

Plan du château de Dourdan
Fig. 1 — PLAN DU CHÂTEAU DE DOURDAN (1869)
Dessin de l'intérieur du donjon du château de Dourdan
Fig. 2
Plan du donjon du château de Dourdan
Fig. 3 et 4
Ancien toit du donjon du château de Dourdan
Fig. 5 et 5 bis
fossé entourait de toutes parts le donjon. Au dessus du linteau de grès de cette porte, se voit une baie qui a été agrandie. C’est dans cette embrasure que s’ouvre la porte de l’escalier montant aux étages supérieurs, dans l’épaisseur du mur (D). L’ouverture qui fait face à cette porte est une autre porte ogivale qui regarde la rue de Chartres et servait de communication avec l’extérieur au moyen d’un pont levis dont les corbeaux sont encore visibles au dessous de la porte (E). La troisième embrasure est éclairée vers le couchant par deux étroites fenêtres rectangulaires superposées (F). Sur une des parois, dans un enfoncement ogival (G), se voit le puits de 0,80 c. de diamètre, cylindrique, monté en pierres admirablement taillées et dressées en même temps que la maçonnerie du mur (H). De l’autre côté de la salle, une grande cheminée (I), dont l’intérieur a plus de deux mètres de large, se terminait par un manteau pyramidal de près de quatre mètres de haut dont l’arrachement se voit encore, et dont les deux pilastres subsistent. Au fond de cette cheminée, un four permettait de cuire le pain en temps de siége. Le long des parois de la salle, un enfoncement qui correspond à une fosse servait de latrines (J). Dans le plancher un large trou (K), qui était sans doute recouvert d’une dalle, est la bouche du souterrain ou casemate qui mettait le donjon en communication avec l’intérieur de la place et très-probablement aussi avec l’extérieur. En effet, ce souterrain que nous avons exploré passe sous le fossé de 7 m. qui séparait le donjon de la cour.

On y descend d’abord, à l’aide d’une échelle, par une sorte de puits perpendiculaire d’environ 4 m. 60 de profondeur. Un escalier voûté forme ensuite un chemin en pente de 6 m. de long sur 1 m. 10 de large et 2 m. 10 de haut (L). Le chemin, devenu horizontal, s’élargit un peu et mesure 1 m. 60 sur 7 m. de longueur. On se trouve alors sous le fossé. Une nouvelle pente avec degrés, d’environ 8 m. de longueur, remonte jusqu’à une sorte de plate-forme de 2 m., au-dessus de laquelle se trouve l’ouverture, aujourd’hui fermée de dalles et recouverte de terre, qui ressort dans l’intérieur de la cour. Par cette casemate, la garnison, une fois forcée dans le château, se retirait dans le donjon, et des portes et herses de fer empêchaient l’ennemi d’y pénétrer. Mais pour donner aux assiégés, cernés de toutes parts, un moyen de communiquer avec le dehors, un autre souterrain devait, suivant l’usage, s’ouvrir dans la casemate et se diriger en sens opposé, en passant sous le fossé extérieur, pour sortir à quelque distance. Une tradition, commune à tous les vieux châteaux, donne à ce souterrain une immense étendue et le fait aboutir à Sainte-Mesme, c’est-à-dire à une lieue de là. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’au bas de la descente de la casemate, à l’intérieur de la tour, une ouverture, assez grossièrement bouchée et près de laquelle se voient quelques suintements d’eau, correspond à l’axe du puits du donjon, et comme, en comparant les niveaux, ce puits, qui ne contient plus que quelques centimètres d’eau provenant de l’égoût des terres, est précisément comblé à cette hauteur, il est présumable qu’on a fait disparaître une issue qui s’ouvrait sur le puits, et qui, franchie à l’aide d’une planche facilement retirée, permettait de s’engager dans un passage extérieur que nous avons l’intention de rechercher, et qui est très-vraisemblablement effondré.

La salle qui nous occupe, pourvue, comme on le voit, de tout ce qui pouvait permettre de vivre en temps de siége : cheminée, four, puits, moulin à bras, suivant la tradition, paraît n’avoir jamais eu d’autre décoration qu’un enduit avec joints de pierre figurés par des filets rouges dont on retrouve quelques traces[8].

L’escalier (D), pris dans l’épaisseur du mur, et faiblement éclairé par deux meurtrières, ne mesure pas moins de 1 m. 24 de large. Il conduit, par quarante-et-un degrés, à un petit pallier dans lequel un trou carré sert d’orifice à un conduit acoustique qui permet de communiquer avec l’étage inférieur (fig. 2 et 4, M). La salle qui ouvre sur ce pallier (N), est à peu près semblable à celle d’en bas. Elle est, toutefois, plus régulière et son diamètre atteint 7 mètres. On n’y voit qu’une embrasure ogivale terminée par une fenêtre rectangulaire qui éclaire d’une manière un peu incomplète cette pièce à l’aspect austère (O). La voûte est également portée par six nervures, mais n’a pas la hauteur de la voûte inférieure et ne mesure que 6 m. 55 du sol à la clef. Cette clef porte un ornement central et des feuillages décorent les pendentifs des nervures. L’un d’eux figure un homme accroupi et grotesque. Des feuilles trilobées sont sculptées sur les corbeaux des portes. Cette salle était la chambre du commandant. Une ouverture qui a été murée correspond à la cheminée dont le corps passe dans l’épaisseur du mur (P).

Dans l’embrasure de la fenêtre se trouve la porte de l’escalier ou vis (Q), qui monte à l’étage supérieur et au bas duquel s’ouvre un couloir aboutissant par quelques degrés aux latrines et à un réduit largement éclairé par une grande porte (R). Cette porte, qui n’est pas très-loin du niveau des ouvrages de défense, servait probablement pour amener au haut du donjon des engins qu’il eût été difficile d’engager dans la vis étroite du dernier étage. Quoi qu’il en soit, à moins qu’un autre escalier, dont l’existence n’est nullement probable, ait échappé jusqu’ici à toutes nos investigations, le service de la plate-forme ne pouvait se faire qu’en passant par la chambre du commandant. C’est du reste une mesure de prudence tout-à-fait conforme aux usages du temps et aux précautions défiantes qu’on prenait contre la garnison au moins autant que contre l’ennemi.

L’étroit escalier voûté qui s’élève en tournant jusqu’à l’étage supérieur amenait au couronnement. Ce couronnement, qui n’existe plus, puisque le donjon finit maintenant au-dessus de la voûte du second étage, était fort compliqué, et c’est après avoir étudié les règles presque invariables de l’époque et avoir reçu personnellement du maître en cette science, M. Viollet-Leduc, les indications les plus précises, que nous nous hasardons à donner au lecteur un aperçu de ce que devait être le faîte du donjon de Dourdan (fig. 5 et 5 bis). La première zone était celle des machicoulis : des poutres posées en travers sur des corbeaux ou pierres saillantes fixées en encorbellement tout autour du sommet, soutenaient la charpente antérieure d’un chemin couvert ou couloir circulaire qui régnait autour du donjon sur une partie de l’épaisseur de la muraille (S). Ce chemin couvert était protégé par un toit incliné à 45°, et fermé en avant par une cloison percée d’ouvertures pour lancer des projectiles. Entre cette cloison et la paroi de la tour, dans le vide donné par la saillie des corbeaux, une sorte de fente permettait de laisser tomber des pierres sur les assaillants (T). La muraille contre laquelle s’adossait ce chemin couvert portait elle-même, sur son épaisseur (U), des créneaux derrière lesquels circulait un étroit chemin de ronde qui formait une dernière couronne de défense. Au-dessus se dressait, à 60 degrés, un haut comble pointu surmonté par une girouette (V). Sur la voûte qui termine aujourd’hui le donjon, s’élevait donc une salle haute, plus un grenier.

Ce système stratégique, combiné pour les engins en usage au moyen âge et principalement pour les armes à trait, devait devenir insignifiant et même gênant après la découverte de l’artillerie. Aussi fut-il supprimé sur les anciens donjons. C’est ainsi que celui de Dourdan perdit, au moins en partie, au commencement du xve siècle, ses ouvrages supérieurs, qui furent remplacés par des clayonnages et des gabions derrière lesquels furent installés les canons et les couleuvrines. Les grands siéges qui eurent lieu à cette époque achevèrent de défigurer ce couronnement.

Aujourd’hui, il ne reste plus rien sur la plate-forme du donjon privé de ses machicoulis, qu’une épaisse couche de terre et de détritus devenue le sol artificiel d’un véritable jardin. Des lilas et des églantiers couronnent d’un panache de verdure la cime légèrement écorchée de la vieille tour. Cette végétation parasite ajoute beaucoup à l’effet pittoresque du monument, mais, hélas ! compromet sérieusement son existence. L’eau, en s’infiltrant dans les terres, disjoint les pierres, décompose les mortiers et pourrit les voûtes. Déjà plusieurs claveaux s’effritent et exigent un prompt remplacement. Sur le point de faire exécuter des réparations déclarées urgentes par les hommes de l’art, nous avouons que c’est avec regret que nous nous déciderons à supprimer ce couronnement naturel donné par les siècles, et que nous le remplacerons par un enduit imperméable aux pluies et par un ouvrage destiné à protéger l’escalier. Mais, avant tout, il faut assurer la conservation de l’édifice et prévenir à temps sa décrépitude.

Tel était, dans ses parties essentielles, le château de Philippe-Auguste. Nous l’avons suivi ailleurs dans toutes les phases de son histoire, et nos lecteurs l’ont vu tour à tour servant de résidence à saint Louis, de douaire aux reines Blanche de Castille et Marguerite de Provence, de rendez-vous de chasse à Philippe le Bel, d’apanage aux comtes d’Évreux, de prison à Jeanne de Bourgogne — disputé par les factions des Bourguignons et des Armagnacs — pris par les Anglais — ébranlé par de terribles assauts — séquestré pendant trente ans — successivement engagé et retiré par la couronne à des serviteurs du trône, à une belle dame, à de grands capitaines — occupé par les Guise — pris pour un des quartiers généraux de la Ligue — démantelé et meurtri par le canon de Henri IV.

Ici, nous nous arrêterons et, complétant notre récit, nous ramènerons le lecteur dans le château de Dourdan, au lendemain de ce siége terrible de 1591. À cette époque, les traces violemment effacées du passé sont encore lisibles, et l’on peut en ressaisir les contours, comme après un incendie on retrouve des silhouettes sous la cendre, avant que la main de l’homme ait balayé les débris. Un document, entièrement inédit, permet de le faire avec un certain intérêt.

Nos lecteurs se rappellent sans doute que de Harlay de Sancy, s’étant rendu acquéreur de Dourdan, fit faire, en 1597, un procès-verbal de visitation ou état de lieux du château. Suivant ce procès-verbal, le lieutenant général du bailliage, Pierre Boudon, accompagné du procureur du roi et de celui de monsieur de Sancy, avec quatre experts maîtres maçons et charpentiers, se présente le 13 mars devant le château. Il trouve d’abord, au devant du pont dormant, la barrière du chastel « faicte de limandes » fermant à clef, avec le moullinet à trois pieds de hauteur ; puis le pont dormant formé de solives couchées, ayant des parapets de bois de sept pieds de haut ; enfin le pont-levis avec sa planchette garnie de serrures, donnant accès à l’entrée flanquée de deux tours. Contre ces deux tours sont accolées deux petites tourelles de maçonnerie « là où se mettoient les gens de guerre du temps que le pont s’abattoit, pour les deffences dudict pont ; » et entre le pont-levis et la porte est suspendue la herse qu’on n’abaisse qu’en « poinct de deffence. » Derrière la porte « bien tournante et fermante » se montre le concierge Jacques Louis. À droite et à gauche, servant de corps de garde, sont les deux salles basses des tours voûtées et fermées. Au premier étage, entre ces deux tours, existent deux chambres surmontées d’un toit à haute charpente dont les bois ont résisté, mais dont la couverture a été percée par les boulets.

À main droite, en pénétrant dans la cour, le grand bâtiment de la « Grange » s’étend en façade sur la place. Converti en bastion par le capitaine Jacques, il a beaucoup souffert, et, comblé, à la hauteur de douze pieds, de terre et d’immondices, il est criblé par le canon et mis hors d’usage.

De la tour d’angle, jusqu’à la grosse tour, dominant la rue de Chartres, se dresse, avec ses deux étages et ses combles, le principal corps de logis « long de dix espasses. » Le rez-de-chaussée est occupé par les écuries du duc de Guise plus ou moins endommagées et dépouillées de leurs accessoires, par le puits entouré de ses garde-fous, par un escalier à vis desservant les étages supérieurs et par une cuisine basse, du côté de la grosse tour, dans laquelle ouvre un autre escalier.

Revenant à la porte d’entrée et tournant à gauche, on trouve la plate-forme ou terrasse qui regarde le portail de l’église. Au bout de cette terrasse, s’appuie à la tour d’angle devant Saint-Germain, et court jusqu’à l’autre tour d’angle au couchant « un grand corps d’hostel contenant neuf espasses, » dont les planchers sont ruinés de fond en comble et dont les chevrons pendants, les cheminées rompues attestent une attaque à outrance. Un appenti de 14 pieds de long, à toit de tuiles, couvre l’entrée des caves ; un poulaslier est au-dessus de l’une des entrées des foulleries et contre un des murs s’adosse le fourny qui a trois toises de longueur.

La tour d’angle du couchant, fendue par la mine, est béante d’un côté[9]. Contre elle s’adosse, à angle droit, le dernier « grand corps d’hostel, contenant sept espasses » qui se prolonge presque jusqu’à la grosse tour et ferme ainsi le circuit formé par les constructions disposées en carré sur les quatre côtés de la cour. Ce corps d’hôtel, comme l’autre, a sa toiture arrachée, son plancher inférieur couvert de terre, ses planchers supérieurs presque tous rompus. À son extrémité, près de la grosse tour, se dresse debout un grand pan de muraille de dix-huit pieds de haut et de vingt pieds de large : c’est là que « soulloit estre ung des bouts de la chappelle Monsieur Saint Jehan, qui est à présent ruisnée et plaine de terre et immondices. »

Les sept tours qui, avec les deux tours d’entrée, forment la défense de l’enceinte, ont leurs planchers brisés et leurs salles à demi comblées de terre. Les « garde-fous planchéiés pour aller de tour en tour » sont encore accrochés sur les murailles.

La grosse tour, solitaire au milieu de ses fossés, se relie à la cour par sa casemate, cette fameuse casemate qui a perdu le capitaine Jacques. Dans la cour, cette casemate est fermée par « ung huis faict de barres de fer » cadenassé et verrouillé. Derrière est une descente de vingt-quatre marches. Un long corridor chemine sous le fossé et aboutit à un autre « huis de fer » qui donne accès à l’aide d’une échelle dans le premier étage du donjon. Là sont « les escalliers et vis pour monter au hault d’icelle tour, ung puits et ung four. » Sur le faite, « les murailles de pierres de taille sont escorchées de quinze thoises ou environ à cause du canon, » et il est resté « des courtines d’oziers plaines de terraces qui journellement, par la pourriture d’icelles, tombent tant en fossez que au dedans d’icelle tour. »

Sur le mur de clôture est plantée « une garitte faicte de charpenterie et couverte en thuille où se met ordinairement une sentinelle regardant à la porte de Chartres. » Les parapets, ou bordages des fossés sont en plusieurs endroits rasés jusqu’au sol de la rue et des pierres de taille « picquez » gisent dans le fossé au-dessous de la grosse tour[10].

Il est difficile de trouver, dans le style d’un acte et dans l’expertise d’un maçon, une description plus complète et plus saisissante. Nous l’avons dégagée de quelques surcharges fastidieuses et inutiles, mais nous l’avons citée textuellement, en lui conservant toute son exactitude et sa couleur.

Si l’entreprenant de Harlay de Sancy avait été longtemps maître de Dourdan, il aurait restauré et renouvelé le château. Il en refit le principal corps de logis. Trouvant inhabitable celui qui donnait sur la rue de Chartres, il fit construire un bâtiment entièrement neuf sur l’emplacement du « corps d’hostel » presque ruiné qui s’étendait en face, de l’autre côté de la cour, et s’ouvrait sur la vallée. Appuyée d’un côté à la terrasse qui regarde l’église et de l’autre à la tour d’angle du couchant, l’aile nouvelle enclavait et avait pour centre la tour qui s’élève au milieu de ce côté de l’enceinte. Surmontée d’un haut toit d’ardoise pointu et circulaire, à girouette élancée, cette tour se relia par des noues aux combles de tuile à pentes rapides des deux corps contigus. Deux ou trois grandes salles au rez-de-chaussée, une série de chambres au premier étage regardaient, les unes l’intérieur de la cour, les autres le point de vue de la campagne. Des fenêtres principales, exposées en plein midi, l’œil embrassait, dans un charmant panorama, tout le cours de la vallée et la ligne harmonieuse des collines qui la bordent : à gauche, au seuil du haut plateau de Beauce, la tour carrée de l’église des Granges, la butte de Normont couronnée d’arbres et environnée d’une ceinture de vignes — en face, les champs de blé au milieu desquels serpentent les chemins d’Authon, de Corbreuse et d’Auneau ; plus loin les cimes de la forêt de Louye et, dans un repli des bois, le vieux monastère — à droite, Potelet et Grillon dans les prés, et au fond, derrière le rideau de peupliers qui laisse deviner le cours de l’Orge, la vallée de Sainte-Mesme et de lointains coteaux baignés le soir dans la lumière du soleil couchant.

Du bord de la rivière qui baignait ses murailles, la ville montait en amphithéâtre jusqu’aux fossés du château, et, de sa tourelle, le châtelain élevé au-dessus des toitures des rues basses, avait pour premier plan un pêle-mêle étrange de combles aigus et de pignons inégaux déchirant bizarrement l’horizon.

Sully, qui, après de Sancy, posséda Dourdan, rendit, comme on sait, le donjon inutile au point de vue de la défense en le rattachant par une terrasse au sol de la cour : travail qui employa à la fois la terre des retranchements du capitaine Jacques et les bras d’une population mourant de faim.

Le hasard amena Louis XIII à Dourdan : l’agrément du lieu l’y retint, et pendant plusieurs années le château retrouva, par intervalle, une animation et une faveur qu’il ne connaissait plus. Piqueurs, meutes, pages et mousquetaires revenaient, chaque fois, avec le jeune monarque, qui se plaisait aux chasses, aux curées le soir dans la cour, aux parades, aux parties de paume. Le bâtiment de M. de Sancy offrit une hospitalité modeste à une cour tant soit peu enfantine et aux commensaux du roi qu’égayait le brave gouverneur du château de Dourdan, M. de Bautru, ou que distrayaient les audiences improvisées par Louis le Juste en faveur de quelques pauvres diables. Marie de Médicis, dame de Dourdan, y attirait volontiers son fils et faisait à ses frais réparer et recouvrir les deux tours qui flanquent l’entrée, et construire, sur la place, pour les mousquetaires, un petit corps de garde adossé au fossé, à gauche du pont.

Le xviie siècle n’était encore qu’à moitié, et les séjours de Louis XIII, et le souvenir des relevailles d’Anne d’Autriche, et tout ce passager éclat étaient déjà bien loin. Les troubles de la Fronde, la guerre de 1652, avaient fait de nouveau armer les forteresses, et le château de Dourdan, comme un de ces invalides qui redeviennent soldats à l’heure du péril, menacé un instant par les combattants d’Étampes, recevait de Corbeil de la poudre et des munitions qu’on enfermait dans ses tours. Le bruit de la guerre s’éloigna. Le silence se fit pour le château de Dourdan, silence de tristesse et d’oubli. Dédaigné du grand roi, dépouillé par ses propres gouverneurs, il cessa d’être entretenu, et ses bâtiments demeurèrent à l’abandon. On n’y voyait pas d’autres êtres vivants que le concierge et les deux vieilles demoiselles filles du sieur Récard de Saint-Martin, ancien gruyer ou garde-marteau de la forêt, auxquelles on avait accordé un petit logement où elles se trouvaient près de l’église qu’elles ne quittaient guère. Du reste, c’est encore à un « état de lieux », découvert par nous dans de vieux papiers, que nous empruntons le tableau exact de cette décadence.

Le prince de Rohan-Guéménée ayant été pourvu du gouvernement du château et déléguant la lieutenance à Jean de Lescornay, sieur de Fortin, celui-ci vint prendre possession, le lundi 10 novembre 1664, et voici l’acte qu’il fit dresser :

« …Voullant entrer au chasteau, le sieur de Fortin a trouvé le corps de garde, lequel est entièrement ruyné par le deffault de la couverture qui a causé la pourriture tant de la charpente et sollives que des murs et tout le reste, et de là pour entrer dans ledit chasteau, les barrières du pont rompues, le pont dormant tout pourry en ruyne et prest à tomber et sans pont-levis, estant le plancher d’icelluy tombé dans le fossé, ny ayant que deux aiz avec deux autres pièces et la planchette, sans que charrettes ni chevaux y puissent passer. Les flèches rompues et pourries qui sont estayées et soustenues de quelques pièces de bois ; la herse ancienement ruynée.

« Et estant entré dans le chasteau, la porte s’est trouvée assez forte, mais en plusieurs endroits de pièces pourries à cause de sa vieillesse, où est apparu Pierre Perche, portier dudit lieu, auquel le sieur de Fortin a demandé où sont les armes et les meubles du Roy et luy faire démonstration et ouverture des lieux ; lequel Perche lui a faict responce qu’il n’a cognoissance d’aucuns meubles ny armes et qu’on peult s’addresser aux enffans du feu sieur de Saint-Martin logez ès aistrises du dit chasteau, où se seroit à l’instant ledit sieur de Fortin transporté et y ayant trouvé ces damoiselles leur aurait demandé lesdits meubles et armes et autres choses, lesquelles damoiselles ont dit qu’il n’y avoit aucuns meubles ny armes et que ceux qui y avoient esté ont esté enlevez par ordre de feu monsieur le comte de Nogent lors gouverneur du chasteau, dont elles ont bonne descharge par escript, sinon un grand viel coffre magazin sans fonds ruyné et rompu et trois planches de bois servant de tables de cuysine sans tretteaux de nulle valleur ; comme de faict en touttes les chambres, magazins et autres lieux ne s’est rien trouvé, ains seullement les ratelliers desnuez de leurs armes et dans le fond d’une tour dont on n’a pu trouver la clef, quelque petit reste de poudre et plomb dans un poinson, de celle qui avoit esté amenée de Corbeil pendant le siége d’Estampes en 1652, et quant aux chambres, greniers et aistrises du château, se sont tous trouvez inhabitables, par le deffault des couvertures toutes ruynées, planchers pourris, lucarnes tombées, croisées pourries sans fermetures ne vittres et les planchers descarlés et ruynés, ce que ne menace pas moins que de tomber en une entière ruyne s’il n’y est promptement pourveu. »

Il y fut pourvu, avec économie, lorsque, huit ans après, le château de Dourdan, donné en apanage au duc d’Orléans, fut préalablement « mis en état. » Mais comme le seigneur n’y résidait pas, on se contenta des grosses réparations indispensables, et les appartements demeurèrent inutiles et fermés. Veut-on savoir quels étaient alors les hôtes de ces vieilles murailles solitaires ? — Des tableaux de maîtres italiens, de lumineuses toiles vénitiennes ou florentines enfermées sous clef dans l’obscurité, avec les valeurs mises en dépôt par messire Alexandre de Passart, un des bienfaiteurs de l’hospice de Dourdan, dont nos lecteurs feront la connaissance dans le chapitre suivant. — Par son testament, daté du 30 août 1696, il nous apprend en effet qu’outre sa maison de la rue des Marets, faubourg Saint-Germain, à Paris, sa maison de la Villeneuve et son château de Saint-Escobille, près Dourdan, où sont contenus ses meubles et objets d’art, on devra mettre les scellés « aux chambres du château de Dourdan où sont ses coffres-forts, meubles et tableaux. » Ces tableaux qu’il paraît affectionner d’une façon toute spéciale, et qui sont « la plus considérable partie de son bien, » il les lègue pour les convertir en argent aux Pères de l’oratoire de Saint-Magloire, faubourg Saint-Jacques, à Paris. « Ils sont de grand prix, dit-il, et des plus grands peintres tant anciens que modernes : de Raphaël Urbin, du Poussin, de Paul Veronèse, du Guide, des Carrache, du Parmezan, de l’Alban, et généralement des plus grands maîtres ; la plupart desquels ont de riches bordures dorées. »

Mû par un pieux scrupule de chrétien et d’artiste, il ajoute plus bas : « Si parmy mes tableaux on juge qu’il y ait quelques nudités criminelles, je prie Monsieur mon Exécuteur d’y faire remédier au plustôt en faisant voiller ou drapper les choses déshonnestes, mais comme la plus part sont tableaux de prix, je le prie de choisir un peintre habile à cet effet, affin que leur valeur en souffre moins de diminution, et ne pas se servir de peintres communs qui les gasteroient immanquablement »[11].

Le 22 octobre 1710, par ordre de l’administration des domaines du duc d’Orléans, adjudication au rabais fut faite des réparations à exécuter au château de Dourdan. Entre autres choses il s’agissait :

De faire descendre la charpente de la grange (bâtiment de droite en entrant, donnant sur la place), sauf un espace qui restera pour faire la croupe tenant au corps de logis (sur la rue de Chartres) qu’il faudra faire à neuf.

Faire descendre à la chapelle (une nouvelle chapelle qui avait été sans doute, sous Louis XIII, construite sur la terrasse), la couverture de cinq espaces de bâtiments et la charpente et se servir des matériaux qui seront plus que suffisants pour la réparation des autres bâtiments.

Réparer le pavillon au-dessus de la porte du château.

Boucher les vides entre la chapelle et le corps de logis (de Sancy) et réparer tout celui-ci, ainsi que son pavillon d’ardoise.

À la grosse tour, faire un escalier des grès provenant des démolitions pour descendre au cachot de la casemate, et boucher l’entrée de devant de cette casemate avec pierre, chaux et sable.

Mettre une grille à la fenêtre et une porte neuve ; raccommoder la cheminée et à la chambre du premier étage (le faux plancher qui, on le voit, existait déjà).

À la chambre du deuxième étage (chambre du commandant), sceller deux portes de chêne, des barreaux à la croisée, deux barreaux de fer dans le conduit de la cheminée et boucher la porte qui monte au haut de la tour.

À la chambre basse (rez-de-chaussée), faire à neuf le lambris et une porte en iceluy en forme de guichet, garnie de ses ferrures, serrures et verrouils.

Garnir la porte qui donne sur le pont (en face de la porte de Chartres), de deux longs verrouils et une serrure forte ouvrant en dehors et en dedans ; plus, faire une porte à guichet pour fermer toute l’embrasure.

Rétablir le pont ou passerelle ; refaire un massif de maçonnerie sur l’ancienne fondation (de quatre pieds d’épaisseur sur sept pieds de large au bas) ; poser dessus quatre poutres prises dans la chapelle, portant sur l’appui du fossé et sur les corbeaux de la porte-fenêtre de la grosse tour, avec plancher et garde-fous[12].

Pourquoi tout ce déploiement de force, ce luxe de portes, de guichets, de barreaux et de verrous, et cet aménagement qui sent le cachot ? C’est qu’en effet le donjon de Dourdan allait être converti en prison, comme on voit de braves vétérans devenir porte-clefs sur leurs vieux jours. — Nous consacrons plus loin un chapitre spécial aux prisons de Dourdan, et, comme nous ne voulons pas nous répéter, nous ne dirons rien ici des hôtes misérables ou terribles qui vinrent gémir ou comploter sous les voûtes de la grosse tour.

Nous ne reviendrons pas davantage sur les gouverneurs, capitaines, concierges du château de Dourdan, importants et riches personnages, pourvus d’un titre purement honorifique, et dont nous avons, au sujet des juridictions, suffisamment entretenu nos lecteurs. Nous ajouterons seulement que, bien qu’il n’y eût plus trace de chapelle, le titre et le bénéfice du chapelain ne s’en était pas moins conservé jusqu’à la fin du xviiie siècle. Le collateur était le duc d’Orléans, et le revenu était de 20 livres. M. Nicolas-Charles Carrey, clerc tonsuré du diocèse de Chartres, s’intitulait « chapelain de la chapelle Saint-Jean du château royal de Dourdan, » en l’année 1775.

Il paraît que le château continua à être régulièrement entretenu, pendant le cours du xviiie siècle, car le duc d’Orléans se plaint qu’il lui a coûté 6,000 livres de réparations en six ans, de 1741 à 1747.

En 1743, permission fut donnée au comte de Verteillac, gouverneur, de « faire démolir différents bâtiments dépendants du château de Dourdan, sur la longueur de 35 toises quatre pieds, et d’en employer les matériaux à la construction d’un bâtiment pour l’emplacement et le dépôt des sels destinés pour l’aprovisionnement de Dourdan, à la condition de jouir des loyers dudit grenier et de pouvoir être remboursé de 3,000 livres pour les sommes avancées par lui[13]. » Nous avons vu en effet qu’à cette époque un grenier à sel fut créé à Dourdan et installé au château, à droite, sur la place, dans l’aile de la grange, dont la vieille et épaisse muraille extérieure subsiste seule percée d’une unique fenêtre.

Vers la même époque (mai 1742), le pont-levis, dont l’entretien était trop coûteux, fut remplacé par un pont de pierre à une seule arche en plein cintre, sur les fossés, garni de parapets et terminé par deux enfoncements ou quarts de rond, servant de retraite aux piétons lors du passage des voitures, sur l’emplacement des deux guérites autrefois accolées aux tours de l’entrée pour la défense du pont-levis. Ce pont de pierre fut en grande partie édifié avec les matériaux de la tour d’angle, en face du portail de l’église, qui fut alors baissée de plus de dix pieds.

Le château perdait sa solitude et s’ouvrait à la foule comme le lieu des services publics. L’auditoire royal, commun à toutes les juridictions, s’installait alors, on le sait, dans les salles du rez-de-chaussée du bâtiment de Sancy, et les audiences, les ventes, les séances de toutes sortes attiraient chaque jour les juges, les plaideurs, les administrés ou les curieux[14]. Les dernières grandes assemblées qui se tinrent là au nom du roi, furent les réunions des trois ordres du bailliage séparément enfermés pour élaborer leurs élections et leurs cahiers, à la veille des États-Généraux de 1789[15].

Un peu plus tard, le château, devenu propriété nationale, était converti en prison centrale, et nous dirons ailleurs comment ses bâtiments remplis de détenus, ses cours divisées et couvertes d’ateliers, furent aménagés pour la triste destination à laquelle la vieille forteresse se prêtait trop bien par les sûretés de son enceinte, dont la force, devenue inutile pour une résistance extérieure, fut tournée tout entière contre ceux qui étaient dedans.

En 1818, la maison centrale de Dourdan fut transportée à Poissy, et le château, dont la tour continua plusieurs années à servir de prison communale, fut mis à la disposition de la famille d’Orléans, à laquelle la forêt de Dourdan avait été de nouveau affectée comme partie d’apanage. La liste civile y installa l’inspecteur des forêts. Messieurs Houssaye, de Violaine, de Lagrave, s’y succédèrent en cette qualité. C’est M. Houssaye qui obtint de faire démolir le bâtiment de M. de Sancy. Il était dans un déplorable état depuis que les prisonniers y avaient passé, et messieurs les inspecteurs n’étaient pas fâchés de supprimer la possibilité d’un retour. À la place, des arbres furent plantés, et les deux tours, celle d’angle et celle du milieu, furent rasées, comme le mur, à la hauteur de la terrasse, et comblées de terre. Le château était devenu un pêle-mêle assez confus. L’administration forestière occupait, en même temps qu’une partie du bâtiment du grenier à sel, les deux tours de l’entrée et le dessus du portail, dont les combles et les charpentes renouvelés avaient été baissés de plusieurs pieds. La grande porte avait reçu une ornementation de circonstance et était décorée des têtes grimaçantes de loups tués dans la forêt. La cour, divisée en deux par un mur, servait d’un côté de jardin à l’inspecteur, de l’autre de récréation à l’école communale. On avait, en effet, affecté aux classes de cette école une portion du bâtiment du grenier à sel, et pour donner aux enfants une entrée spéciale, on avait fait une ouverture dans la tour du milieu, du côté de la rue de Chartres, et construit un pont de pierre donnant accès sur cette rue. Le maître d’école avait une petite maison, non loin de la grosse tour, en face de l’entrée de la casemate convertie en lieux d’aisance, et derrière un autre mur était le préau de la prison. Les fossés, loués à des particuliers des rues voisines qui avaient ouvert une entrée souterraine, ou transformés en terriers, servaient à la culture des légumes ou aux pacifiques ébats des lapins, et de la tour d’angle, disposée en un vaste colombier, en face de l’hôtel du Croissant, s’échappaient des volées de pigeons qui se répandaient sur tous les toits des environs.

L’inspection des forêts ayant été transférée de Dourdan à Rambouillet, le château, devenu inutile à la liste civile, fut par elle mis en vente et adjugé le 24 mars 1852. La bande noire, quelques spéculateurs avaient déjà calculé les profits possibles d’une démolition qui, vu la nature et la résistance de la construction, les eût à coup sûr ruinés. Un bon citoyen de Dourdan, homme modeste et dévoué, ne recula pas devant la tâche difficile et coûteuse qui s’imposait à l’acquéreur d’une propriété si étrangement défigurée et si incommode pour la vie privée. Il l’acheta, sachant à peine d’abord ce qu’il pourrait en faire, mais voulant à tout prix la sauver de la ruine et la conserver au pays dont elle est le principal honneur. M. Amédée Guenée employa, pendant onze années, avec une patiente intelligence, son temps et sa fortune à faire déblayer, consolider, réparer tout ce qui subsistait d’intéressant du vieux monument et de son enceinte. Il supprima ces divisions factices et ces appentis parasites réclamés par des services transférés ailleurs. Il débarrassa et nivela complétement l’aire de la cour, et, faisant rapporter de la terre végétale, y dessina une grande pelouse et des massifs. Les mouvements de terrain attestant et recouvrant d’anciennes substructions furent scrupuleusement conservés. Des fleurs vinrent égayer l’austère paysage. Les festons des lierres, la verdure des arbres, les cimes des grands platanes et des vieux noyers des fossés encadrèrent, sans les dissimuler, la ligne des sombres murailles et le profil des tours. La promenade pittoresque et curieuse sur l’épaisseur des murs d’enceinte fut rendue sans danger. La casemate, entièrement débarrassée, put être explorée. Le pont de l’entrée sur la place, nivelé et baissé, fut consolidé. Les fossés, appropriés, reçurent une culture régulière, leurs parois furent reprises avec soin, et leurs assises solidement jointoyées ; un grand escalier permit d’y descendre du côté du midi. La partie habitable, intérieurement remaniée, constitua une demeure modeste mais convenable, où tous ceux qui l’ont connue espéraient voir vivre de longues années l’aimable et généreux propriétaire. Il voulait achever son œuvre et en étudiait la partie la plus difficile, la consolidation du donjon. La mort le surprit, jeune encore, le 30 janvier 1863.

Les archéologues, pour lesquels le service rendu par M. Guenée a un prix réel, nos lecteurs en général, les habitants de Dourdan en particulier, nous permettront, malgré le lien qui nous unit à lui, de donner un public et dernier hommage à un homme de bien qui aimait tant sa ville natale et lui en a laissé tant de preuves[16]. Parmi les souvenirs locaux et les souvenirs de famille, il en est un qu’on doit pardonner aux cités comme aux individus de publier sans scrupule, c’est celui de la reconnaissance.

M. Amédée Guenée, par son testament, laissa en mourant le château à son cousin et ami M. Ludovic Guyot, enfant d’Étampes et de Dourdan. Notre excellent père, après une vie consacrée aux grandes études et aux affaires publiques, ne put jouir, hélas ! que quelques mois de cette paisible retraite. Sa veuve demeure, avec ses enfants, héritière et gardienne de ces lieux qu’elle vénère et qu’elle aime.

Que les fervents admirateurs des vieux monuments de notre histoire, que les savants amis du passé, que nos chers concitoyens veuillent bien en recevoir ici l’assurance : tant que nous vivrons, s’il plaît à Dieu, ce sera notre joie et notre honneur de conserver et d’entretenir dans toute son intégrité l’antique demeure sur laquelle près de sept siècles déjà ont passé et sur laquelle des siècles peuvent passer encore.

  1. Page 8.
  2. Note laissée par Gaumer, commissaire de police à Dourdan au xviiie siècle.
  3. Ce bassin, qui était plutôt à l’usage des potiers, dont on a trouvé un four sous le pilier de la halle, existe sur la place devant la seconde maison de la rue de Chartres, faisant face à l’église, à partir du bout le plus rapproché du château.
  4. Cette profondeur, qui varie de quelques décimètres, suivant le niveau des rues adjacentes et les apports de terre végétale qui ont été faits en divers temps pour la culture des fossés, est celle que l’on peut constater au-dessous du parapet de la rue de Chartres.
  5. Ou plutôt se dressait, car aujourd’hui le fossé est comblé du côté de la cour, et ce que nous appellerons le premier étage du donjon est devenu en réalité le rez-de-chaussée.
  6. Cette couverture de tuiles (ou plutôt son renouvellement sans doute) date, suivant de Lescornay, de 1450, et a été en partie ruinée au siége de 1591.
  7. Cette proportion de l’épaisseur du mur au diamètre total indique bien la fin du règne de Philippe-Auguste. On sait que l’épaisseur des murs des donjons est en raison inverse de leur ancienneté. Les moyens de destruction se perfectionnant, les murs furent de plus en plus renforcés. La proportion, qui est souvent de moins de un huitième dans les donjons du xie ou du xiie siècle, atteint un quart pendant presque tout le règne de Philippe-Auguste, et le dépasse, souvent de beaucoup, après lui.
  8. Cette salle était naguère encore défigurée et coupée en deux, dans le sens de sa hauteur, par un faux plancher en charpente solidement appuyé sur un arrachement circulaire pratiqué dans les parois. Une porte, ouverte dans l’escalier, y donnait accès, et des latrines existaient aussi à cet étage. Ce faux plancher, que nous avons fait disparaître en 1864, avait une date relativement récente. Il existait, d’après des titres, en 1710, lors de l’aménagement de la tour comme prison sous les ducs d’Orléans, et avait été créé sans doute pour augmenter la surface habitable du donjon, peut-être à l’époque des derniers siéges.
  9. Cette tour, privée de sa toiture, est telle que l’a laissée le canon de Henri IV, et dépasse la courtine. On peut voir encore, au-dessous d’une ouverture qui regarde l’extérieur, la trace de poutres et de corbeaux qui soutenaient un ouvrage de défense.
  10. Archives de l’Empire. Q. 1514.
  11. Archives de l’Hospice. B. 32. 5.
  12. Archives de l’Empire. O. 20436.
  13. Archives de l’Empire. O. 20250. — C’est alors que disparut le corps de logis donnant sur la rue de Chartres, dont le puits seul fut conservé.
  14. Voici quelle était, en l’année 1787, la disposition du bâtiment de Sancy, d’après un état des réparations à faire par P. Daubroche, maître maçon à Dourdan, sur l’ordre de M. Aubereau, inspecteur général des domaines de S. A. R. :

    Au rez-de-chaussée, une antichambre, la grande salle de l’auditoire, la chambre du conseil, la petite chambre des archives, une chambre de domestique, deux « étrises » noires et une cave. Au bout, à droite, les écuries et remises, avec les cuisines au-dessus, le tout formant appentis sur une basse-cour.

    Un grand escalier, où s’ouvrait, à l’entresol, la porte des cuisines, conduisait à un grand palier qui donnait accès dans un vestibule, ou directement dans une salle à manger. À la suite de cette salle à manger et ayant, comme elle, vue au midi, sur la campagne, se succédaient le salon circulaire de la tour centrale, qui avait usurpé le nom de donjon, puis une grande chambre à coucher, et au bout une salle des gardes ouvrant sur la terrasse par une porte vitrée.

    Sorti sur la terrasse, on rentrait dans une suite de cabinets et de chambres éclairés sur la cour, qui desservaient les pièces principales et se reliaient par le vestibule au palier. L’escalier se continuait et conduisait à un second étage égal au premier en superficie, et de grands greniers recouvraient le tout.

    Le dessus du portail de l’entrée, avec ses deux tours, fournissait encore cinq chambres au premier étage. — Archives de l’Empire. O. 20436.

  15. Voir le chapitre : Dourdan en 1789.
  16. M. Amédée Guenée a laissé, par son testament, près de cent mille francs pour des œuvres charitables ou utiles dans la commune de Dourdan : restauration de l’église, secours aux malades, livrets d’encouragement aux écoles, entretien des chemins communaux et ruraux, création de lavoir, etc.