Chronique d’une ancienne ville royale Dourdan/Pièce XIV

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PIÈCE XIV.
Extraits du cahier des Doléances pour le Tiers-Etat de Dourdan aux États-Généraux d’Orléans.
— 5 Décembre 1560. —

Quant aux gens de guerre. — Les rois, pour faire cesser les anciennes vexations, ont ordonné aux gens de guerre de payer leurs dépenses ; pour cela on a augmenté les tailles afin de grossir leurs gages et ceux des prévôts des maréchaux, et des receveurs desdites tailles ; or les gens de guerre reviennent à leur ancienne manière et ne paient plus, ou donnent ce qu’ils veulent et contraignent leurs hôtes à certifier qu’ils sont « bien vivans » et paient leurs dépenses. Faute en est aux prévôts des maréchaux qui ont charge et grands gages pour y veiller : « même un prévost des maréchaux prend sur l’élection de Dourdan la somme de mil ou douze cents livres tournois pour lesquels sans nulz mérites, il fait seullement chevaulchée une ou deux par an audit Dourdan et aux environs pour seullement prendre certifficat de sa dite chevaulchée, et de punitions de malfaicteurs faictes par ledit prévost, n’en est aucune mémoire. »

Quant aux gens de cour. — Tant ceux qui vivent aux champs en l’absence de leurs maîtres gens de cour, que ceux qui suivent le train de la cour, ne paient rien en général à leurs hôtes. « De sorte que le peuple est grandement foullé et travaillé pour les vivres et choses qu’ils prennent sur le peuple et dommages qu’ils font à leurs domiciles, les rompant pour loger et approprier sans rien païer, ne récompenser leurs hostes de leur logis et ustanciles, licts et aultres choses dont se servent. »

Quant à ceux qui ont des offices. — « Nommés sans respect pour leur suffisance, se récompensent des deniers déboursez pour leurs états par des moyens insuportables. »

Quant à la noblesse. — « Le dict tiers-état dit estre grandement foullé et vexé par les gentilshommes du païs qui ordinairement et sans cesse dissipent et gastent les grains et vignes estans en maturité par le moien de la chasse à laquelle ils vacquent journellement. — Aussi aulcuns nobles et aultres aians moullins à vent ou à eau veullent adstraindre les subjects de leurs terres et leurs voisins aller faire mouldre en leurs moullins où ils ont gens depputez pour ce faire qui sont de mauvaise foy et ne rendent de moulture que le tiers des grains qui leur sont baillés à faute de prendre et rendre lesdits grains aux poix. »

Quant à justice. — « Que la justice est mal administrée par les moyens des formalitez qu’il convient garder ès justices inférieures sans peine au but et poinct principal de la vérité, et par les moyens des ressorts qui sont ès justices inférieures du Royaulme, et advient telle longueur de procès que à peine les enffans des pères qui commencent les procès peuvent voir le bout d’iceulx. De là advient que la plus part des maisons et subjects du Royaulme se ruynent et dissipent par procès, qui est une excessive foulle au pauvre peuple. — Et si en plusieurs lieucx sont seullement oys en justice les prélats et grands seigneurs, et le pauvre peuple renvoyé sans estre oy ni receu mesme. Par le moïen des privilèges octroiez à plusieurs prélats, nobles officiers du Roy à la suite de sa court, présidens et conseillers en la court du Parlement, advocats et procureurs en icelle, le tiers-état est attiré en première instance par devant les gens tenant les requestes du palais à Paris, ores qu’il ne soit question que d’un denier de cens ou aultre petite somme, en quoy il est grandement vexé et travaillé, et le plus souvent plusieurs pauvres personnes sont contrainctes quitter leurs terres et laisser perdre leurs droicts pour être travaillés et poursuivis par devant aultres que leurs juges naturels. »

« Pour le comble des doléances dudict tiers-état de Dourdan, le froict à présent si picquant et si urgent les fait resentir d’un grand bien qu’ils recepvoient par le passé de se chauffer du bois mort de la forest de Dourdan qui leur avoit esté octroyé de la grâce et bénignité des prédécesseurs Roys auxquels pour raison de ce ils paioient aulcunes reddevances. Comme aulcune desquelles reddevances ils ne sont encores deschargés et néantmoins puis douze ou quinze ans on leur a osté leur dict chauffaige et pasturaige pour leurs bestes, en sorte qu’ils n’ont moïen de se chauffer et tenir vaches pour la nourriture de leurs petits enfants. — Supplie humblement ledict tiers-état qu’il plaise au Roy de voulloir de sa bénigne grâce remettre auxdicts drpits et privillèges de chauffaige et pasturaige en la dicte forest de Dourdan, et en ce faisant offrent contynuer volontairement lesdictes reddevances. » Ainsi signé « Hébert, Joncquet, Dutertre et plusieurs aultres. » — (D’après le manuscrit retrouvé chez M. Roger.)

P. 81.