Chronique de la quinzaine - 14 janvier 1865

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Chronique n° 786
14 janvier 1865


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 janvier 1865.

Le début de l’année nouvelle est heureux. On n’y voit aucun de ces symptômes de difficultés graves et pressantes qui tous les ans, à pareille époque, depuis 1859, excitaient de générales inquiétudes. Le commencement de 1865 ressemble à l’aube d’un jour serein : c’est un ciel pur, finissant à l’horizon par des tons doux. Qu’on se reporte seulement un an en arrière : nous en étions alors au discours impérial qui proclamait la ruine du système politique européen, et ne montrait d’espoir pour la paix du monde que dans la réunion d’un congrès. Nous n’avons pas eu le congrès, quelques iniquités politiques nouvelles ont été commises dans notre vieille Europe, et nous avons des apparences de paix telles que nous n’en avions plus connues depuis le commencement de 1858. Le ton des petites allocutions prononcées par l’empereur à l’occasion du jour de l’an s’est conformé avec une justesse particulière à cet aspect nouveau, des circonstances. L’empereur a dit au corps diplomatique que la France serait toujours guidée, dans ses rapports avec les nations étrangères, par le respect du droit et l’amour de la paix et de la justice. Dans sa réponse au sénat, il a pris soin de marquer lui-même d’un trait les heureuses perspectives du moment, en se félicitant du tranquille dénoûment où étaient venues se fondre les alarmes des premiers mois de 1864.

Il est une de ces petites allocutions impériales du jour de l’an qui ne touche en rien à la politique, et qui pour cela nous a peut-être frappés davantage, comme donnant la note d’une situation qu’il est curieux de saisir à la volée. Nous voulons rappeler les paroles adressées au chancelier de la Légion d’honneur, « au général de l’empire et au dernier aide-de-camp de l’empereur, » qui n’est autre que M. le comte de Flahault. Tout le monde connaît la brillante et longue carrière, aujourd’hui si heureusement couronnée, de M. le comte de Flahault. Il semble que rien n’ait manqué, en fait d’éclat, d’élégance et de bonheur, à la vie de cet homme distingué. Il a connu sur le théâtre le plus élevé et le plus dramatique du monde les vives et fortes émotions de la jeunesse. Quand il a été condamné à l’inaction, il a pu occuper ses loisirs dans le mouvement de la société aristocratique et politique d’Angleterre, recueillir de nobles amitiés dans le cercle d’Holland-House, former d’intimes liaisons avec des hommes tels que lord Palmerston. Le régime de 1830 le porta aux premiers postes diplomatiques, qu’il sut dignement remplir, et les vicissitudes des événemens qui suivirent ont rejoint pour ainsi dire les deux extrémités de sa vie en le ramenant dans le milieu des succès de ses premières années. L’empereur a éclairé l’autre jour d’une lueur finale, dans l’intervalle opportun d’une situation politique reposée, la bonne grâce et la bonne fortune de cette rare existence. Pour nous, en lisant les paroles de l’empereur, nous songions aux lignes touchantes par lesquelles Mme de Souza, qui était encore alors Mme de Flahault, présenta pour la première fois au monde son fils, celui-là même à qui vient d’être adressé le compliment impérial. Il y a longtemps de cela. C’était en 1793. Mme de Flahault, émigrée et malade, publiait à Londres son premier roman, Adèle de Sénanges. « Cet essai, disait-elle dans l’avant-propos, a été commencé dans un temps qui semblait imposer à une femme, à une mère, le besoin de s’éloigner de tout ce qui était réel, de ne guère réfléchir et même d’écarter la prévoyance, et il a été achevé dans les intervalles d’une longue maladie… Seule dans une terre étrangère, avec un enfant qui a atteint l’âge où il n’est plus permis de retarder l’éducation, j’ai éprouvé une sorte de douceur à penser que ses premières études seraient le fruit de mon travail. Mon cher enfant, si je succombe à la maladie qui me poursuit, qu’au moins mes amis excitent votre application en vous rappelant qu’elle eût fait mon bonheur ! Et ils peuvent vous l’attester, eux qui savent avec quelle tendresse je vous ai aimé, eux qui si souvent ont détourné mes douleurs en me parlant de vous !… » Et ainsi continuait le tendre et gracieux babil maternel. On voit que les vœux de sa mère ont porté bonheur à M. de Flahault. Sa vie est un roman de Mme de Souza qui finit bien, un roman consolant qui prouve que toutes les carrières commencées dans les peines de l’exil ne sont point condamnées à un malheur éternel. Nous espérons d’ailleurs qu’on ne trouvera point ce rapprochement indigne du sérieux de la politique. Qui sait si quelque historien investigateur de l’avenir, un Michelet, un Carlyle encore à naître, désireux de se rendre compte de tous les ressorts directs ou indirects qui ont agi sur l’époque présente, ne sera point amené à se demander quelle influence a pu exercer sur une forme et un moment de notre société l’écrivain délicat à qui nous devons Eugène de Rothelin, Emilie et Alphonse, et d’autres œuvres qui restent parmi les plus charmantes de notre littérature ? L’historien littéraire notera sans doute ces ouvrages qui marquent une fine transition, au point de vue de là forme et du goût, entre le style Louis XVI et le style de l’empire, comme parlent aujourd’hui les amateurs de curiosités ; mais peut-être l’historien moraliste voudra-t-il aller plus loin et se croira-t-il autorisé à rechercher à travers le style les influences d’esprit et d’âme que cette femme distinguée a pu avoir sur tout un côté de notre société vivante.

Ces exercices raffinés ne sont malheureusement point de notre compétence : après les souhaits de bonne année, il faut retourner aux affaires. Les affaires, pour le moment, ce sont les nouvelles attributions données au conseil privé, la question religieuse résultant de la publication de l’encyclique, la situation financière exposée dans le rapport de M. Fould, l’enquête qui vient d’être décrétée sur les causes des crises commerciales.

Nous avions fait allusion, il y a deux mois, aux projets qui étaient étudiés dans les hautes régions du pouvoir à propos du conseil privé ; nous laissions voir dès lors que nous n’attachions point une grande importance au résultat de cette étude. C’est la nature des affaires elles-mêmes, et la force des choses qui déterminent les attributions des ministres agissant dans leurs départemens respectifs ou délibérant en conseil. Il n’y a point d’affaires qui puissent être amenées par une filière administrative naturelle et logique à un conseil qui serait distinct du conseil des ministres et qui lui serait supérieur. Si l’on avait eu l’idée, afin de donner au conseil privé, un emploi actif et continu, de lui envoyer comme en dernier ressort les affaires qui sont de la compétence ministérielle, on n’eût fait que créer un rouage inutile qui eût affaibli, en la divisant et en la ralentissant, l’action gouvernementale. Quelque désir que l’on eût pu avoir de donner de l’occupation et du relief au conseil privé, il était impossible qu’on s’arrêtât à une pareille idée. Nous croyons qu’une autre pensée avait été un moment prise en considération. Certains membres du conseil privé qui ne sont point ministres auraient désiré, assure-t-on, que l’accès du conseil des ministres leur fût ouvert. Ces membres du conseil privé eussent été dans cette combinaison de véritables ministres sans portefeuille, des ministres non pour l’action, mais pour la délibération. Avec ce système, on serait retombé dans des inconvéniens analogues à ceux que présentait un conseil privé faisant double emploi avec un conseil des ministres. Les membres du conseil privé qui n’ont point de portefeuille aujourd’hui ont été ministres autrefois et ont contracté une sorte de vocation particulière pour les fonctions qu’ils ont déjà exercées. On ne saurait faire par exemple que M. Walewski, ancien ministre des affaires étrangères, ne s’applique de préférence à la politique extérieure, que M. Magne n’ait point une inclination prononcée pour les questions financières, que M. de Persigny ne se préoccupe pas avant tout de la direction à donner à la politique intérieure. MM. Walewski, Magne et de Persigny entrant au conseilles des ministres y seraient donc en quelque sorte des doublures des ministres des affaires étrangères, des finances, de l’intérieur, aujourd’hui en exercice. Il y aurait là un mauvais partage de responsabilité morale, des chocs, des conflits probables, et en fin de compte des obstacles gratuitement créés à la bonne expédition des affaires. Nous ne sommes donc point surpris que la seconde idée n’ait pas eu plus de succès que la première. Les deux systèmes écartés, on ne voit pas trop quel aliment régulier et important on pourra donner à l’activité du conseil privé reconstitué et placé sous la présidence du prince Napoléon. Nous ne voyons que deux ordres de questions dont se puisse occuper un conseil supérieur de gouvernement. Il y a d’abord les affaires telles qu’elles naissent chaque jour de la vie politique et administrative du pays, par exemple les résolutions que peuvent commander des événemens extérieurs, l’organisation que tel ou tel dessein politique veut que l’on donne aux forces militaires ou navales, les ressources financières qu’il faut trouver pour subvenir à des dépenses nécessaires, et, tous les actes de cet ordre. Or ces affaires sont de la compétence exclusive des ministres dans les départemens desquels elles se présentent. Il y a en second lieu les grandes mesures par lesquelles s’accomplit le développement des institutions ; ces mesures, dans la constitution de 1852, dépendent exclusivement de l’initiative du chef de l’état. Il ne nous paraît pas probable que le chef de l’état soumette aux délibérations d’un conseil de telles mesures, qui sont l’exercice même du pouvoir, constituant qu’il s’est réservé. Le souverain n’a pas pris l’avis du conseil privé pour donner le décret du 24 novembre, et s’il croit utile un jour de tenir la fameuse promesse du couronnement de l’édifice, il n’est point vraisemblable qu’il fasse décider par les conseillers privés de l’opportunité d’un acte si considérable et depuis si longtemps attendu. Quelle est donc la pâture qui reste au conseil privé ? Malgré les explications données par le Moniteur, il n’est point aisé de l’apercevoir. Le courant des affaires qui se produisent pour ainsi dire d’elles-mêmes lui fait défaut ; les actes d’initiative extraordinaire ne sont pas de son ressort. Il n’y a plus alors qu’une catégorie de questions vagues et arbitraires qui n’ont ni l’urgence et l’intérêt des affaires proprement dites, ni l’importance des questions constitutionnelles fondamentales, un ordre de mesures qui rentrent, dans la politique spéculative et facultative. Pour ces questions-là, le conseil privé sera un haut comité d’études, une sorte de quintessence du conseil d’état. Il ne sera pas autre chose, car nous n’admettons point l’analogie que le Moniteur cherche à établir entre le conseil privé actuel et le conseil de l’ancienne monarchie. Une portion des membres de celui-ci étaient des fonctionnaires hiérarchiquement inférieurs aux ministres ; puis l’ancien conseil était un tribunal administratif en dernier ressort, et tout un ensemble d’affaires ordinaires lui arrivait régulièrement, sur lesquelles il portait des décisions suprêmes et sans appel.

La législation et les pratiques gouvernementales chez nous présentent à chaque instant les confusions et les disparates les plus étranges entre les traditions et les routines du passé et les principes nouveaux, que la révolution française a introduits dans la politique. Ces pans de murs ruinés qui demeurent encore debout au milieu de constructions qui sont encore loin d’être achevées composent un édifice bizarre plein d’absurdités et de contre-sens. L’application des routines du passé à un présent dont les conditions sont si différentes encombre la politique de fictions inefficaces et choquantes. On en a un exemple dans ce qui se passe aujourd’hui à propos du débat politique et religieux soulevé par l’encyclique. Après la publication du manifeste pontifical, on se trouvait en présence d’une situation religieuse et politique fort nette. Tous les inconvéniens de cette situation retombaient sur les partisans du pouvoir temporel des papes ; tout l’embarras était pour ceux qui, enchaînés par une docilité systématique aux prétentions de la cour de Rome, devenaient complices des empiétemens que l’encyclique commet sur le domaine de la société civile dans le monde moderne. C’était aux polémistes sacerdotaux et laïques du catholicisme en France, en Belgique, en Angleterre, en Amérique, dans tous les pays où la limite est nettement tracée par le principe de la liberté des cultes entre les droits de la société civile et les droits de la conscience religieuse, c’était à ces polémistes catholiques de se débattre sous le poids de la solidarité que leur imposaient les opiniâtres et bruyantes prétentions romaines. Ils étaient pris au piège d’une contradiction insoluble. Ils ne pouvaient soutenir les revendications romaines sans se mettre en guerre ouverte avec les principes essentiels des sociétés modernes, sans s’exclure eux-mêmes du mouvement et de la vie de ces sociétés, sur lesquelles ils avaient voulu, depuis bien des années, exercer une influence politique à la faveur des principes aujourd’hui condamnés sans retour par la papauté. Il eût été utile et salutaire de maintenir pendant quelque temps cette confrontation des principes de la société moderne et des prétentions de la théocratie, sans la compliquer d’aucune intervention intempestive. Cet antagonisme si radical et si franc, laissé à lui-même, eût produit dans les esprits et dans les consciences des mouvemens qui eussent rapidement contribué à la bonne solution des questions religieuses de notre époque, à cette solution qui ne saurait être autre que la séparation complète du spirituel et du temporel, la substitution du système volontaire au système de la subvention des cultes et l’entière liberté des cultes fondée sur les libertés générales du droit commun. Les exagérés du parti clérical se chargeaient déjà eux-mêmes avec un plaisant aveuglement de hâter ce travail de décomposition. Ils proclamaient avec un joyeux orgueil, l’encyclique à la main, que désormais aucun catholique ne pourrait plus s’appeler libéral. Il eût été non-seulement très curieux, mais d’un grand profit moral et politique, d’attendre l’effet de ce profond travail d’idées, de passions et d’intérêts, d’où le principe de la société moderne doit sortir épuré et complété.

Malheureusement le pouvoir en France n’a pas su conserver à la société civile l’avantage entier de cette intéressante situation. On a cru devoir recourir avec une hâte malhabile à de vieux erremens où la société moderne ne peut point trouver des moyens efficaces de défense et de triomphe. On a fait une diversion qui change la forme du débat, qui donne une contenance aux adversaires et leur ménage une retraite commode. Le gouvernement, imitant les pratiques de l’ancienne monarchie, que les articles organiques édictés à la suite du concordat ont voulu faire revivre, a cru devoir interdire aux évêques la lecture d’une portion de l’encyclique. Plusieurs évêques, n’ayant pas tenu compte de cette interdiction, ont été ou seront cités devant le conseil d’état en appel comme d’abus. Ainsi, en retirant aux évêques une liberté qui était, pour eux et pour les catholiques qui n’entendaient point faire divorce avec la société moderne, souverainement embarrassante, on leur a donné l’attitude plus intéressante et plus enviée de pasteurs arbitrairement gênés dans l’exercice de leurs fonctions religieuses, on les a ornés d’un air de persécution. Or, en agissant ainsi, on a mis en œuvre une simple fiction, comme si l’on se figurait que c’est avec des fictions que l’on peut résoudre la lutte aujourd’hui engagée sur la question de la papauté temporelle. L’interdiction de lire une encyclique est aujourd’hui une fiction au plus haut degré. Ah ! il n’en était point ainsi lorsque Napoléon promulguait les articles organiques. Non-seulement alors la liberté de la presse n’existait point, mais le premier empereur était le souverain maître de la publicité : il la façonnait, la mesurait ou l’interdisait à son gré. Quand donc il faisait défense de publier une bulle pontificale, cette bulle était vraiment soustraite en fait à la connaissance du public. On sait ce qu’il en coûta à l’abbé d’Astros de placarder une bulle de Pie VII à la porte de Notre-Dame, et avec quelle sévérité insultante fut traité un membre du conseil d’état, M. Portalis, pour n’avoir pas su intercepter la communication pontificale. Aujourd’hui nous n’avons pas, il est vrai, la liberté de la presse, mais nous avons la publicité impérieusement nécessaire des grands documens d’état. Ces documens sont pour le public une propriété qu’aucun excès de pouvoir ne peut lui ravir. L’encyclique a donc été publiée entièrement par tous les journaux, elle a été lue par tout le monde. Quiconque veut s’édifier à la méditation de l’allocution pontificale l’a sous la main. En interdisant aux évêques de lire en chaire et de publier eux-mêmes ce document, on n’atteint donc pas l’objet réel que se proposait l’auteur des articles organiques. On frappe les évêques d’une vexation gratuite, on les affranchit de l’embarras d’une situation délicate, on les met à même de prendre une contenance de victimes. Les empêche-t-on d’exprimer publiquement leur adhésion à l’encyclique ? Pas le moins du monde, puisque l’interdiction qui leur est signifiée suppose leur adhésion acquise d’avance, et qu’il leur est loisible de répondre par des lettres publiques à la lettre publique du ministre. L’appel comme d’abus, le jugement invoqué du conseil d’état est une autre fiction et un autre anachronisme. Qu’y a-t-il de commun entre la France moderne et la France de l’ancien régime, et au point de vue politique entre l’église de France et l’église gallicane d’autrefois ? L’appel comme d’abus avait un sens et une efficacité dans les institutions civiles et religieuses de l’ancienne monarchie. L’église et l’état étaient unis par des solidarités étroites dont pas une aujourd’hui ne subsiste. Ce que l’on appelle l’église gallicane ne résultait point d’une différence dogmatique ; ce qui constituait cette église, c’était la combinaison de certains intérêts ecclésiastiques groupés et fondus dans une organisation politique particulière, c’était l’alliance du spirituel et du temporel, alliance dissoute par la révolution de 1789. Cette alliance ayant été rompue, l’église en France est devenue ultramontaine, et ne peut être rien autre. Il y a donc un contre-sens si ce n’est une injustice, à s’efforcer de lui imposer les charges d’un état de choses dont elle ne possède plus les avantages. En matière d’appel comme d’abus seulement, voyez quelle différence il y a entre le tribunal d’autrefois et le tribunal d’aujourd’hui ! Il y avait des conseillers clercs dans le parlement devant lequel pouvait être traduit un évêque ; ce parlement jugeait et condamnait comme des attentats contre l’état les attaques qui se produisaient contre le dogme religieux. Si ce parlement eût existé aujourd’hui, il eût condamné sans doute M. l’évêque de Moulins, mais il eût fait brûler en Grève la Vie de Jésus de M. Renan, et sous sa juridiction les rédacteurs de journaux que M. l’évêque de Poitiers vient de condamner comme hérétiques feraient bien d’aller soutenir leurs opinions en Hollande.

L’intervention de l’état dans le débat religieux actuel au nom de formules surannées nous paraît donc une diversion regrettable. Si le gouvernement tenait à exprimer sa désapprobation touchant certaines prétentions de l’ordre politique émises par l’encyclique, il pouvait le faire avec plus de gravité et de bien moindres inconvéniens par des déclarations publiques imprimées dans le journal officiel ou prononcées dans les chambres. Une des conséquences les plus regrettables du mode d’interventions qu’on a choisi serait, nous le répétons, de faire perdre de vue par de mesquines tracasseries et des récriminations querelleuses le fond du débat que la publication de l’encyclique a si nettement posé. La papauté a repris dans cette manifestation solennelle toutes les prétentions qu’elle a pu émettre dans le cours de son existence sur la subordination de la puissance civile à la puissance spirituelle, organe de l’unité dogmatique. La société moderne est fondée sur un principe contraire : elle entend vivre indépendante de toute unité dogmatique religieuse ; elle ne reconnaît d’autre droit à l’autorité religieuse que celui qu’elle tient, en dehors du domaine civil, de la libre adhésion des consciences. La société moderne ignore le dogme, non parce qu’elle est athée ou indifférente, mais parce que, bornée par sa destination terrestre, elle proclame, comme le disait si bien Royer-Collard, son incompétence à juger des dogmes qui règlent la destinée de l’homme au-delà de la mort. La société moderne est donc fondée sur la séparation du spirituel et du temporel, et ne peut se concilier avec les exigences légitimes et ! les justes droits de la conscience religieuse qu’au moyen de la réalisation complète des garanties de la liberté politique. Or les libertés politiques assurent à la religion et aux cultes divers qui la peuvent représenter tous les droits que la conscience religieuse peut réclamer, le droit de posséder, le droit de réunion, le droit d’association, le droit de prosélytisme par la presse et par la parole. Dans l’état libre, suivant la conception moderne, l’église et toute église, en tant qu’elles n’aspirent point à la domination temporelle, sont libres. Et ce n’est là ni une utopie, ni le simple jeu d’une déduction logique : c’est un ordre de choses passé partiellement en certaines sociétés et complètement en d’autres à l’état de fait. En France, le principe est posé ; mais il n’est encore réalisé qu’en partie, par suite de l’inachèvement de l’œuvre de réorganisation que la révolution nous a léguée. En Angleterre, en dehors de la constitution officielle de l’église, tous les cultes dissidens, qui comprennent peut-être la moitié de la population du royaume-uni, depuis les catholiques d’Irlande jusqu’aux unitairiens des grandes villes industrielles trouvent l’intégrité de la liberté religieuse dans la complète jouissance des libertés politiques. Enfin cette conciliation toute moderne de la liberté religieuse et de la liberté civile est entièrement réalisée aux États-Unis. C’est à l’application totale de ce principe que les événemens et la force des choses sont en train de travailler en Italie et en France. La fin du pouvoir temporel de la papauté est destinée à mettre un terme au système bâtard et inconséquent ; mélange d’idées libérales et de pratiques despotiques, qui régit chez nous les rapports de l’église et de l’état. C’est cet objectif que la presse libérale et démocratique ne doit jamais perdre de vue en France. N’imitons point l’immoral et déplorable exemple que nous a donné en 1852 la presse cléricale. Cette presser qui croyait avoir gagné alors la perpétuelle faveur du pouvoir se réjouissait grossièrement des échecs de la liberté, qui semblaient enchaîner pour toujours ses adversaires. Ne demandons point à des actes de pouvoir une garantie contre les empiétemens de l’église ; sachons bien que nous n’avons contre ces empiétemens d’autre défense loyale, efficace et durable, que la liberté, et que les hommes aussi qui ont contribué par leur politique à l’affranchissement et à la fin du pouvoir temporel de la papauté, s’accoutument à la pensée que nous devons la liberté à l’église libre dans l’état libre, et que la chute du pouvoir temporel doit avoir pour conséquence en France l’inauguration dans leur plénitude de ces libertés politiques qui nous sont marchandées avec une si fatale imprévoyance.

La publication du rapport que le ministre des finances a l’habitude de présenter à l’empereur au moment où les projets de budget sont portés au conseil d’état était cette année attendue avec une grande curiosité. Les incidens politiques qui avaient entraîné de si grosses dépenses extraordinaires avaient donné une teinte assez triste aux rapports des années précédentes. L’an passé par exemple, le découvert avait atteint un chiffre si considérable qu’il fallut faire le pénible aveu de la nécessité d’un emprunt. On augurait mieux de la situation présente, et le rapport de M. Fould a confirmé cette espérance. Grâce à l’emprunt, les découverts sont ramenés à la somme de 660 millions. La dette flottante restera cependant durant quelque temps supérieure à cette somme. Elle s’élève encore à 808 millions, mais sera successivement atténuée par le recouvrement de diverses sommes provenant du solde de l’emprunt, qui est de 15 millions, de la perception de 50 millions des droits en retard sur les sucres, de 54 millions à réaliser sur les rentes mexicaines, et d’articles divers s’élevant à 30 millions. En somme, les découverts et la dette flottante sont ramenés à un chiffre qui, s’il est maintenu, ne saurait donner d’inquiétude. Les prévisions des budgets permettent de compter que ce chiffre ne sera point dépassé. M. Fould obtient en effet sur les exercices 1864 et 1865 des économies qui sont reportées au budget extraordinaire de 1866, et il espère augmenter notablement ces économies, grâce à la diminution successive des dépenses extraordinaires de la marine et de la guerre, qui sont encore comptées pour 65 millions au budget rectificatif de 1865. Cette perspective de la diminution des dépenses militaires et maritimes est la partie du rapport de M. Fould qui a été accueillie avec le plus de faveur. Les esprits sages ont vu aussi avec plaisir que les projets d’un emprunt applicable aux travaux publics dont il avait été question dans ces derniers temps sont tout à fait écartés. Si les prévisions du rapport sont maintenues, nous ne ferons que rentrer en 1866 dans une situation financière régulière ; c’est bien le moins qu’on donne à nos finances le temps de respirer dans une situation semblable. Il serait si sage et, ce nous semble, si commode, au lieu d’embarrasser maladroitement le présent et l’avenir par des anticipations continuelles, de laisser jouer pendant quelque temps l’élasticité des revenus publics, et de commencer des expériences financières reproductives avec des excédans de recette réalisés et des résultats acquis, en marchant de pied ferme sur un terrain solide. C’est cette sagesse de conduite qui fait la prospérité des finances anglaises. L’année dernière, M. Gladstone a pu employer à des réductions de taxes un excédant de recettes de près de 80 millions de francs. Or il se trouve que, malgré cette réduction d’impôts, l’accroissement du revenu laissera encore cette année à M. Gladstone la disposition d’un excédant non moins considérable qu’il pourra appliquer à de nouvelles expériences sur la taxation. Certes nous n’en sommes point là encore ; mais, pour atteindre à cette solidité financière qui est pour un pays la meilleure garantie de la liberté d’action politique, que manque-t-il à la France ? Ce n’est certes point la fécondité des ressources, c’est tout simplement la patience dans le pouvoir de rester deux ans sans escompter l’avenir.

Le conseil de régence de la Banque de France a dignement répondu aux violentes attaques dirigées contre ses principes économiques en demandant à l’empereur une enquête sincère et complète sur les causes des perturbations du crédit et des crises commerciales. La dernière crise a sévi avec une bien plus grande rigueur en Angleterre qu’en France. Cependant le Times s’applaudissait naguère d’un fait remarquable, c’est que la conduite de la Banque d’Angleterre dans la fixation du taux de l’intérêt n’avait soulevé au sein du commerce anglais aucune protestation, aucune plainte. Les spéculateurs à outrance qui avaient été les principaux auteurs du l’enchérissement des capitaux ont subi eux-mêmes sans murmurer l’effet naturel de leurs propres opérations. Le Times voyait dans cet acquiescement unanime de la communauté financière et commerçante aux règles suivies par la Banque le résultat de la bonne éducation économique du public anglais. Il est curieux que ce soit en France, où la crise a été bien moins sévère, qu’une clameur si passionnée et si mal justifiée par la valeur des critiques, soit élevée contre la Banque, obligée de varier le prix du crédit sous la pression des circonstances qui ont agi en 1864 sur l’ensemble du monde financier et commercial. Sans doute la lutte engagée à propos de la Banque de Savoie et des calculs d’intérêts privés, ainsi que le remarque la Banque dans sa supplique, ont été la principale cause de cette levée de boucliers ; mais il est juste d’observer aussi que si la controverse s’est assoupie en Angleterre, que si les doctrines qui ont inspiré l’acte de sir Robert Peel y ont acquis l’autorité de la chose jugée, la question de la conduite des banques dans la fixation du taux de l’intérêt et dans les mesures qui garantissent la conservation d’une réserve métallique suffisante pour assurer la convertibilité des billets a été pendant cinquante ans dans ce pays l’objet des plus vives polémiques et des enquêtes parlementaires les plus approfondies. Ceux qui sont au courant de l’histoire des idées de crédit en Angleterre depuis le fameux comité de 1810, depuis Horner et Ricardo jusqu’au temps de Mill, de Wilson, de lord Overstone et de M. Mac-leod, sourient lorsqu’ils voient M. Isaac Pereire se flatter d’être un homme de progrès en soutenant la théorie de l’immobilité de l’intérêt et de l’alimentation de l’encaisse par des expédiens empiriques. M. Isaac Pereire a eu en Angleterre un nombre infini de précurseurs, et ces précurseurs ont toujours appartenu aux classes rétrogrades et au torysme. M. Isaac Pereire, qui ne veut pas que les capitaux se prêtent à leur prix naturel, déterminé par le rapport de l’offre et de la demande, s’imagine appartenir à l’école de la liberté du commerce. Or dans cette lutte d’un demi-siècle au bout de laquelle ont prévalu les vrais principes du commerce de banque, l’école libérale en Angleterre a toujours été tout entière pour la règle de la variation de l’escompte et du maintien de l’encaisse métallique. C’est le parti de la prohibition et de la protection, le parti qui aurait voulu que le blé, comme pendant la guerre, se payât toujours plus de 100 shillings le quarter, qui voulait, devançant M. Isaac Pereire, que le taux de l’escompte fût toujours bas, et qui à toutes les crises accusait la Banque de ne point fournir assez de billets à la circulation. Ces vieux et opiniâtres rétrogrades, qui n’ont jamais pardonné à sir Robert Peel l’acte de 1819 et la reprise des paiemens en espèces, ont enfin disparu, comme le Times s’en félicitait, de la scène de la politique et des affaires, et n’ont plus laissé après eux que le souvenir fâcheux qui s’attache aux préjugés vaincus. On peut en France prédire le même sort à ceux qui ont accepté leur héritage et qui croient gravement s’être parés à la dernière mode du progrès lorsqu’ils n’invoquent que de vieilles idées justement répudiées par tout ce qu’il y a eu en Angleterre d’économistes et d’hommes d’état financiers éminens depuis un demi-siècle.

C’est une des bonnes chances de cette année qu’au début du moins aucune question de politique étrangère ne s’impose aux préoccupations publiques. Il y a bien toujours cette affaire des duchés, qui, après avoir ameuté l’Allemagne contre l’infortuné Danemark, devient une cause de querelle intestine au sein de l’Allemagne elle-même. La Prusse détient les duchés et n’a pas l’air de vouloir s’en dessaisir de si tôt. Avant de laisser régler par la diètes la question de succession ; M. de Bismark a une infinité de préliminaires à établir et profite de tous les incidens pour entamer de droite et de gauche des discussions collatérales. Tantôt il veut que l’Autriche convienne avec lui des rapports qui devront exister entre la Prusse et les duchés avant qu’on examine à Francfort les titres des divers prétendans ; tantôt il donne à la Saxe et à la Bavière des leçons acerbes sur des devoirs des états secondaires, et leur fait énergiquement sentir qu’une grande puissance comme la Prusse ne peut point se laisser enchaîner dans la confédération comme dans les mailles d’un étroit réseau ; puis il envoie à Vienne le héros d’Alsen, le prince Charles de Prusse. Cependant les jours et les semaines passent, et l’affaire des duchés ne sera point résolue lorsque s’assembleront les chambres prussiennes. Nous ne serions point surpris que M. de Bismark réservât cette affaire comme un moyen de se concilier une partie de ses anciens adversaires politiques dans la chambre populaire, et, d’un autre côté voulût à ce propos prendre dans une manifestation parlementaire un point d’appui contre les exigences de la diète. Quoi qu’il en soit, grâce à la politique passive, et à la systématique prudence de l’Angleterre et de la France, la Prusse est en veine de s’agrandir, et l’on peut être sûr que M. de Bismark ne laissera échapper aucune des occasions que la fortune pourra mettre à sa portée.

Pour notre compte, nous plaçons aussi parmi les meilleurs augures de cette année le bon aspect qu’ont pris décidément les affaires de l’Union américaine. Le général Sherman a dignement couronné par la prise de Savannah sa belle campagne de Géorgie. L’effet moral de cette campagne est immense. La Géorgie est l’état le plus riche et le plus peuplé, l’imperial state de la confédération. La presse de Richmond, quand Sherman commença son entreprise, fit entendre toute sorte de rodomontades. Sherman, disait cette presse, était coupé de sa base d’opérations par Hood, qui envahissait sur ses derrières le Tennessee ; en évacuant Atlanta et en se lançant dans la Géorgie, il tentait une retraite impossible, ce serait une autre retraite de Moscou, et on prédisait la destruction de son armée, dont quelques débris à peine atteindraient les marécages qui enveloppent Savannah. On ne pouvait rien opposer à ces prédictions confiantes tant, que Sherman poursuivait silencieusement son entreprise ; mais l’événement a prouvé que le général américain unit une grande sûreté de jugement à la hardiesse des conceptions et à une rare promptitude d’action. En s’engageant, dans la Géorgie, Sherman savait bien ce qu’il faisait. D’abord il ne reculait point devant Hood ; il savait que l’armée de Hood ne pouvait lui inspirer d’inquiétude, puisqu’il lui suffisait d’un détachement de ses propres troupes placées sous le commandement du général Thomas pour amuser Hood, l’attirer dans le Tennessee, et finalement le battre et le détruire. Il savait qu’il ne rencontrerait pas d’ennemis qui passent l’arrêter dans la Géorgie, qu’il n’aurait point à lutter contre l’énergie désespérée d’une population hostile, qu’il traverserait un pays fertile en y nourrissant grassement son armée. Aucune de ses prévisions n’a été démentie ; la faiblesse intérieure, de la confédération a été démontrée au monde, et maintenant Sherman, après avoir coupé en deux les états rebelles, pourra remonter vers le nord et se joindre à Grant pour étouffer la sécession dans un cercle de fer. Devant une démonstration aussi saisissante de la faiblesse de la confédération esclavagiste, bien dès-opiniâtretés doivent être ébranlées dans, les états du sud. Déjà un membre du congrès de Richmond a déposé une proposition qui demande l’ouverture des négociations pour la paix, et un membre du sénat rebelle, M. Foote a quitté l’assemblée en faisant entendre contre M. Jefferson Davis les récriminations les plus vives.

Il est étrange qu’au moment où la nouvelle des succès de Sherman et de Thomas arrivait à Washington, une alarme qui a peu duré ait traversé le monde politique américain. Le bruit se répandit que la France et l’Angleterre allaient prendre prétexte de la nouvelle élection présidentielle pour reconnaître comme gouvernement de fait les états confédérés. Le motif dont on couvrait ce projet de reconnaissance était assez subtil. Les puissances européennes, disait-on, ont pu considérer d’abord la rébellion comme une guerre civile intérieure, car les états du sud avaient pris part à l’élection de 1860, d’où est sortie la nomination de M. Lincoln comme président. Pendant sa première magistrature, M. Lincoln a bien été le président légal de tous les États-Unis ; mais il n’en est plus de même depuis l’élection de 1864 : les états confédérés n’ont pris aucune part à cet acte politique. M. Lincoln n’est plus maintenant le président nommé par tous les états : les états confédérés ont maintenant en fait une existence séparée et indépendante ; ils ont droit à être reconnus comme un gouvernement de fait. Nous ne savons quel est le rat de chancellerie qui a imaginé cette ingénieuse théorie. On aurait pu en tirer un grand parti contre les États-Unis, si par malheur ils eussent eu mine d’être les plus faibles et d’avoir le dessous ; mais la force domine aisément les inventions des casuistes de la diplomatie, et ni l’Angleterre ni la France ne songeront à chercher aux États-Unis et à leur magistrat suprême une aussi mauvaise chicane. Quoi qu’en ait dit le Times, nous ne pouvons croire que notre gouvernement ait récemment entamé à ce sujet des pourparlers avec le gouvernement anglais. La république américaine doit se rassurer de ce côté. Elle fera mieux de mettre dès à présent à l’étude la question de savoir comment les états du sud seront reconstitués quand la sécession avouera sa défaite. Ce problème a occupé l’autre jour à New-York, devant un immense auditoire, l’orateur populaire le plus éloquent des États-Unis, M. Wendell Phillips. La reconstruction, tel est le nom que M. Wendell Phillips donne à l’œuvre qu’il s’agit de commencer même avant l’heure de la dernière victoire et de la paix. M. Wendell Phillips demande la reconstruction au nom des idées abolitionistes les plus radicales. Il ne veut pas seulement que les noirs, esclaves du sud, soient émancipés, il veut qu’ils soient investis de tous les droits politiques qui appartiennent aux citoyens américains. Que disait-on que la question de l’esclavage n’était point la vraie cause de ce terrible conflit ? Si des deux côtés on a cherché en effet à la dissimuler au début de la lutte, la solution de cette question apparaît inévitablement comme attachée au dénouaient. On parle au sud de donner des armes aux noirs ; on parle au nord de leur donner les droits politiques. La guerre accomplit ainsi son œuvre impérieuse, et l’émancipation complète des noirs sera le premier mot de la paix.

Le bruit que fait l’encyclique refoule pour le moment l’Italie émancipée dans le silence. On peut reconnaître encore le bon sens politique italien au calme qui règne dans la péninsule malgré l’agitation morale que la cour de Rome vient de déchaîner à travers le monde. Le gouvernement et le parlement italien, après avoir eu leur grande campagne politique dans la discussion de la convention du 15 septembre, se consacrent maintenant à une campagne d’affaires. Nous n’avions pas douté que M. Sella, en montrant à l’Italie ses besoins financiers dans leur sincère réalité, n’obtînt du pays les efforts et les ressources réclamés par la situation. L’avance de l’impôt foncier a été faite avec un patriotique empressement ; un emprunt de 150 millions garanti par les biens domaniaux et remboursable en peu d’années a été conclu avec une puissante compagnie anglaise. La situation financière est assurée, les préparatifs de la translation de la capitale se poursuivent avec calme, et l’Italie n’a plus qu’à attendre paisiblement l’échéance à laquelle doit s’accomplir l’exécution de la convention du 15 septembre. e. forcade.


V. DE MARS.