Chronique de la quinzaine - 14 octobre 1870

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Chronique n° 924
14 octobre 1870


CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 octobre 1870.

Non, en vérité, il n’est pas au monde de spectacle plus dramatique que celui d’une nation comme la France aux prises avec tous les périls, livrée par l’incurie en pâture à toutes les fatalités, se raidissant d’un énergique effort contre la fortune ennemie, et se ressaisissant elle-même pour disputer sa puissance et son honneur mis à mal. Quoi qu’il arrive désormais, ces trois mois qui viennent de s’écouler compteront dans notre histoire, et puisque la France n’y a point péri, nous avons le droit de garder l’espérance : c’est qu’elle ne doit pas, c’est qu’elle ne peut pas périr.

Ce qu’il y a de cruel, de poignant et d’étrange à la fois dans cette situation dont le commencement a été l’œuvre d’une légèreté sénile, dont la fin sera maintenant ce que le courage d’un peuple la fera, ce n’est pas la déception de l’orgueil militaire, ce n’est pas que notre armée ait trouvé des revers, d’incomparables revers, là où on lui promettait des victoires au pas de course. La guerre a des hasards pour tout le monde, ceux qui se laissent aller trop vite aux éblouissemens de l’épée sont exposés à être, un jour ou l’autre, blessés par l’épée. Non, ce n’est pas cela. Ce qu’il y a eu d’effroyable et de caractéristique, c’est que d’un seul coup, par le fait d’une politique d’égoïsme et de désorganisation invisible, la France se soit trouvée frappée en pleine puissance, en pleine vie, en pleine fécondité de ressources. Les hommes, l’argent, le courage, l’ardeur patriotique, rien ne lui manquait assurément de ce qui pouvait servir à réparer des revers ; seulement elle se sentait paralysée. On aurait dit un géant couché à terre, et dont un ennemi habile serait parvenu à enchaîner les membres. C’est à ce point qu’on en était déjà un moment à se demander avec une anxiété profonde si on allait avoir le temps de se relever, de se réorganiser, si le pays, ainsi pris au dépourvu, pourrait assez tôt rassembler ses forces éparses et ses ressources presque intactes encore, si Paris enfin, avec ses 2 millions d’habitans, avec ses habitudes et ses raffinemens de civilisation, ou ses divisions intestines, pourrait tenir au-delà de quelques jours devant les audacieuses entreprises d’un ennemi enivré de victoires.

L’extrémité était terrible. Rien n’était perdu cependant, et c’est là justement ce qu’il y a de dramatique, de fortifiant dans cette palpitante histoire de quelques semaines. On ne s’est point abandonné ; on a laissé l’empire à son mauvais destin, et dans la liberté de son patriotisme Paris s’est tenu prêt à combattre, non plus pour une politique qui a écrit son épitaphe dans la capitulation de Sedan, mais pour l’indépendance, pour l’intégrité de la nation rendue à elle-même, pour son honneur à lui comme métropole glorieuse de la France et de la civilisation. On l’a menacé d’un siège, il a accepté les périlleuses chances d’un siège, et un mois s’est déjà écoulé depuis que l’ennemi, poussant en avant ses masses victorieuses, a cru pouvoir venir frapper à ses portes, dont il n’a pas encore la clé. Oui vraiment, il y a déjà tout près d’un mois qu’on en est là, que Paris assiégé et investi vit retiré en lui-même, s’accoutumant au bruit du canon qui tient les Prussiens à distance, et réduit à reconnaître Auteuil ou Saint-Denis pour frontière, après avoir étendu sur le monde le rayonnement de son génie et de son influence. Puisque la Prusse n’a point reculé devant cette pensée étrange qui pourrait fort bien être plus meurtrière pour elle que pour nous, Paris vit dans son camp, séparé de l’Europe, dont il ne connaît que l’inaction, ne sachant de la France elle-même qu’une chose, c’est que la nation tout entière est indubitablement à l’œuvre pour se replier sur l’envahisseur. Paris isolé et séquestré reste confiant dans l’insurrection patriotique du pays comme dans son propre courage, et, tout compte fait, dans ce drame terrible aux péripéties inévitablement sanglantes, il s’agit de savoir qui aura le dernier mot, de Paris et de la France cherchant invinciblement à se rejoindre à travers les lignes ennemies pour reconquérir leur indépendance, ou du roi Guillaume méditant des hécatombes humaines pour l’orgueilleuse et stérile satisfaction de venir chercher dans une ville en ruine la sanction de conquêtes sans durée comme sans moralité politique. Au fond, voilà toute la question qui s’agite dans ce siège, qui n’était point, à ce qu’il semble, une opération aussi simple qu’on le croyait à l’état-major prussien, puisque après avoir marché si vite on s’est arrêté subitement, puisque M. de Moltke et M. de Bismarck ont mis tout un mois à chercher notre point vulnérable, à savoir comment cette Allemagne campée sous nos murs pourra tout à la fois attaquer Paris et se défendre contre la France refluant en armes sur elle.

Le temps des illusions est sans doute passé pour nous, lorsque le drapeau blanc et noir flotte sur les hauteurs de Meudon et de Saint-Cloud. Ce serait certainement la puérilité la plus singulière de nous bercer encore de toutes ces idées que les soldats allemands, épuisés de misère, envahis par la nostalgie ou découragés par les obstacles, n’aspirent qu’à reprendre le chemin de leur pays sans aller jusqu’au bout de l’œuvre qu’ils ont entreprise. Les Prussiens ne sont pas venus de si loin pour se retirer ainsi tranquillement à la première difficulté. Ils sont en quelque sorte enchaînés sous nos murs par l’orgueil de leurs récentes victoires, par l’âpre ambition des conquêtes, et maintenant aussi un peu par le point d’honneur, qui leur coupe la retraite. Ils iront jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’où ils pourront. Les forces qu’ils ont concentrées, les combinaisons qu’ils préparent et qu’ils ne peuvent entièrement dissimuler, les positions qu’ils choisissent et où ils se retranchent, tout indique une opiniâtreté de dessein et de volonté avec laquelle nous pouvons avoir affaire d’un instant à l’autre ; mais enfin, sans illusion, sans excès d’optimisme, on peut bien dire que, si les Prussiens n’ont tenté rien de sérieux depuis qu’ils sont arrivés devant Paris, c’est que probablement ils ne l’ont pas pu, c’est qu’ils out été arrêtés par un obstacle dont ils n’avaient pas mesuré la puissance, et ce seul fait est une amélioration relative de notre situation, un accroissement sensible de nos chances dans la marche de cette étrange campagne. Un mois perdu par la Prusse dans l’immobilité et l’inaction, ou si l’on veut dans des concentrations nécessitées par la distance, par les conditions nouvelles de la guerre, c’est un mois gagné pour nous, pour nos forces qui se rassemblent, pour tous nos moyens de combat qui se régularisent et se décuplent ; c’est un mois gagné pour le patriotisme de la France et pour son honneur devant le monde. Voilà au juste la signification de cette période déjà écoulée d’un siège extraordinaire, premier écueil d’une invasion qui jusqu’ici n’avait point trouvé d’obstacles. Ce sont les Prussiens cette fois qui se sont fait illusion, qui ont cru qu’ils n’avaient qu’à marcher sur Paris, à peu près comme nos chefs militaires, au commencement de la campagne, pensaient présomptueusement qu’ils n’avaient qu’à s’élancer vers le Rhin. Les Allemands sont partis pour Paris, et ils sont arrivés à Versailles ; ils se sont aperçus bientôt que, sur ce bout de chemin qui leur restait à faire, ils avaient devant eux la résolution désespérée d’un peuple.

Ce n’est là jusqu’ici qu’un succès bien modeste encore sans doute, qui n’a rien d’une victoire décisive ; il n’y a point de victoire véritable tant que l’invasion se promène dans nos villes et dans nos campagnes, tant que nous n’avons qu’à sonder l’horizon du haut de nos remparts pour voir l’ennemi campé sur nos coteaux. Ce n’est pas moins, au point de vue de la défense nationale, un avantage réel, puisque ce mois conquis par la fermeté d’attitude de toute une population a pu rétablir à notre profit une certaine égalité en forçant momentanément la Prusse à une sorte de suspension d’armes devant nos retranchemens, en la plaçant entre Paris invinciblement décidé à se défendre, inexpugnable derrière ses murailles, et les provinces soulevées jusque dans leurs profondeurs contre la brutalité d’une irritante invasion. Cela ne veut pas dire que la Prusse elle-même n’ait point profité de ce répit, elle en a profité pour appeler à elle toutes les forces que l’Allemagne a pu lui envoyer pour s’établir à nos portes, pour assurer ses positions. Il n’est pas moins évident que, malgré tout ce qu’il y a de pénible et de difficile dans une situation si imprévue, cette première phase du siège, cette première épreuve vaillamment supportée est plutôt favorable à Paris et à la France. Paris, il y a un mois, était déjà sans doute à l’abri d’une insulte, puisqu’on s’est bien gardé de brusquer cet assaut dont on parlait si complaisamment ; il n’était pourtant pas encore ce qu’il est devenu en ces quelques semaines, un vaste et formidable camp, hérissé de feu et de fer à toutes ses extrémités, bardé et barricadé au point d’être devenu inabordable pour toute attaque de vive force. L’armée régulière de défense, un peu émue d’abord de l’affreux désastre de Sedan, rassemblée à la hâte, presque découragée avant de combattre, a retrouvé bien vite, avec sa hardiesse native, sa cohésion et sa solidité devant l’ennemi. Ces braves gardes mobiles, qui sont l’élite de la France dans Paris, ont pris tout de suite l’allure de vieilles troupes, alliant la précision des mouvemens à l’entrain et à la bonne humeur courageuse. La population tout entière, encadrée dans ses bataillons de garde nationale, s’est faite au métier des armes et à la vie du rempart. En un mot, par l’activité du gouvernement, par le concours spontané de tous, la défense parisienne s’est rapidement constituée dans sa force et dans son intégrité. Elle est maintenant tout ce qu’elle peut être, en attendant les événemens qui peuvent la transformer en offensive.

Quant à la France elle-même, à la France non envahie et libre, si peu que nous communiquions avec elle, on ne peut évidemment douter qu’elle ne soit avec Paris d’âme, d’esprit et de résolution. Qu’a-t-elle pu faire depuis un mois ? dans quelle mesure a-t-elle organisé ses forces ? On l’apprendra peut-être seulement le jour de l’action, le jour où le reflux patriotique de la France sur Paris contraindra l’armée prussienne à tenter quelque grand coup pour se dégager. Le gouvernement ne dit pas tout probablement et ne peut pas tout dire. On sait du moins par lui que le temps n’a point été perdu jusqu’ici, que deux armées de 80,000 hommes se sont formées, qu’une troisième armée se prépare, que de vieux soldats d’Afrique, la légion romaine et les zouaves pontificaux eux-mêmes, qui n’ont plus à monter la garde autour du pape, sont arrivés, que le mouvement est universel. Un voyageur qui a traversé les lignes prussiennes pour rentrer dans Paris, et dont les curieuses pérégrinations ont été accompagnées de mille péripéties, racontait récemment qu’il avait trouvé des gardes mobiles de Lot-et-Garonne à Épernon, entre Versailles et Chartres. D’un autre côté, on le sait, des engagemens ont eu lieu vers Orléans. M. Estancelin, l’énergique organisateur, le commandant supérieur des gardes nationales mobilisées de la Normandie, a été, dit-on, vu à Mantes. Il résulterait de tout ceci que les Prussiens n’ont point certainement autour d’eux ou devant eux autant d’espace libre qu’on l’aurait cru, que des détachemens de nos armées de secours ne sont plus bien loin, que ces armées se rapprochent sans doute d’heure en heure, et cette activité des provinces qu’on entrevoit, qu’on sent en quelque sorte, un membre du gouvernement, M. Gambetta lui-même, s’est chargé d’aller la stimuler encore plus ou la régulariser en prenant la route la plus libre que nous ayons à notre disposition pour le moment, le chemin des airs. Le jeune ministre de l’intérieur, parti en ballon, est descendu dans le département de la Somme, non sans courir quelques aventures, mais heureusement sain et sauf, et il a pu se diriger sur Tours, portant avec lui la pensée du gouvernement, sans doute aussi le secret des combinaisons qui doivent lier les opérations de nos armées. C’est là en réalité le fruit de la constance patriotique de Paris. Sans cette fermeté, rien n’était possible, la fable du géant enchaîné par les membres et impuissant dans sa force pouvait rester vraie jusqu’au bout. À la faveur de cette virile défense qu’un mois d’efforts et de luttes n’a point certainement épuisée, la France a pu se lever, et elle peut toujours discipliner, pousser en avant ses bataillons accourus au secours du drapeau commun. Militairement tout est changé, si bien qu’aujourd’hui, à la rigueur, la résistance est d’abord dans Paris sans doute, mais elle n’est plus seulement dans Paris, elle est partout où il y a un soldat, un volontaire et une pensée de dévoûment national.

M. de Bismarck, nous le savons bien, s’est vanté de ne pas laisser à l’insurrection patriotique de la France le temps de s’organiser, d’aller au besoin étouffer cette insurrection dans son germe, c’est-à-dire dans le sang. Il prétendait récemment, dit-on, qu’il savait à quoi s’en tenir sur nos provinces, qu’il y avait des rassemblemens de gens en armes, non des armées. Ces « gens en armes » s’aguerriront bientôt, comme se sont aguerris, comme s’aguerrissent tous les jours ces gardes mobiles rassemblés à Paris. Ce sont de jeunes combattans aujourd’hui, ce seront de vieux soldats demain, et il faudra autre chose que des uhlans pour les réduire. Si l’armée prussienne se détourne de Paris pour aller se jeter sur les forces françaises qui s’organisent, elle sera suivie de près probablement, sans compter qu’on lui fera faire du chemin, et qu’on ne lui offrira pas cette fois l’occasion de faciles victoires en se livrant en pâture à des masses d’artillerie invisibles ; si elle reste obstinément fixée sous nos murs avec la pensée de nous fatiguer, de nous affamer, elle sera sûrement trompée dans ses calculs, elle peut être investie à son tour par nos armées, comme elle investit elle-même Paris. On n’est pas au bout, ce mois de défense en est déjà le garant, et à tout prendre, un jour ou l’autre, M. de Bismarck pourrait bien regretter d’avoir trop cédé à l’infatuation du succès en recevant si étrangement ces propositions pacifiques qu’on ne lui porterait plus aujourd’hui, que M. Jules Favre avait le droit de lui porter, il y a trois semaines, au nom de la civilisation, de l’humanité et de la concorde des peuples. Le roi Guillaume et son premier ministre ne paraissent pas en être là, nous en convenons ; ils entendent autrement l’humanité et la civilisation, ils croient avoir du temps, et ils prennent philosophiquement leur parti des sacrifices humains qu’ils commandent. Pendant que les soldats allemands se font tuer en tuant des Français, non pour la grandeur de l’Allemagne, mais pour un implacable orgueil, le roi Guillaume chassait dans les bois de Ferrières. C’est une agréable occupation digne de conquérans qui ont des loisirs, qui aiment à s’entretenir dans le goût de la guerre, et le prochain bulletin ressemblera sans doute à celui du Charles II de Ruy-Blas : « Madame, il fait grand vent, et j’ai tué six loups ! » Soit, il faut prolonger une effroyable guerre, puisqu’on peut se donner le plaisir de chasser dans les tirés de Versailles et de Saint-Germain comme dans les bois de Ferrières. Le roi Guillaume et son fidèle porte-parole, M. de Bismarck, croient-ils cependant offrir au monde un spectacle bien glorieux ? S’imaginent-ils par hasard agir comme des chefs civilisés en aggravant même pour les neutres les conditions de la guerre, en allant jusqu’à refuser aux membres de la diplomatie étrangère demeurés à Paris la liberté de leurs communications avec leurs gouvernemens ? Pensent-ils enfin être des politiques bien prévoyans pour leur pays en amassant sur lui toutes les haines et tous les ressentimens de l’avenir, en le jetant sur une nation qui ne fait désormais que se défendre, et au demeurant en exposant l’Allemagne tout entière à voir un jour ou l’autre se tourner contre elle les chances de cette fortune des armes dont on veut aujourd’hui abuser en son nom ? Le roi Guillaume et M. de Bismarck ont fait comme tous les conquérans, ils ont bu leur victoire jusqu’à l’ivresse, jusqu’à la lie, et ils n’ont pas vu que, pour vouloir aller trop loin, ils risquaient de compromettre ce qu’il pouvait y avoir de légitime dans leurs succès.

La Presse, il faut le dire, a commis un crime contre elle-même aussi bien que contre la France. Elle nous a sans doute placés, nous, sous le coup d’une nécessité suprême et héroïque en ne nous laissant le choix qu’entre le déshonneur de livrer l’inviolabilité du territoire et l’extrémité d’une guerre à outrance ; mais en même temps elle s’est placée, elle, dans l’alternative de pousser la lutte au-delà de toute limite, au-delà de toute justice, au-delà de toute humanité, ou de paraître reculer et se désavouer dans ses ambitions les plus intimes. On aurait dit que, se croyant sûre d’une victoire qu’on ne pouvait plus lui disputer, elle voulait d’avance fermer toute issue à une paix de transaction et d’équité. Paris et la France ne se sont pas fait répéter deux fois ces brutalités, qui n’étaient peut-être qu’une jactance diplomatique de la force. En définitive, trois semaines après que M. de Bismarck posait ainsi la question dans ses conversations avec M. Jules Favre, quelle est la situation de la Prusse campée sous Paris et engagée dans un tel siège ? La vérité est qu’elle ne peut ni entrer ni s’en aller. Elle a été trompée, elle s’est trompée elle-même ; elle a cru qu’elle n’avait qu’à se présenter, qu’elle allait surprendre la France en pleine désorganisation militaire, elle a trouvé une défense calme, intrépide, résolue, prête à recommencer sous Paris et dans de plus vastes proportions la vigoureuse campagne que Bazaine poursuit encore, il faut l’espérer, sous les murs de Metz. Ce mois de siège a déjà déconcerté les calculs qu’elle avait pu fonder sur des difficultés militaires d’un moment, et des actions sérieuses, conduites avec autant de prudence que de hardiesse, qui prouvent que le sol de la France n’est pas épuisé de soldats. Elle a fait aussi entrer dans ses prévisions, comme gage d’un infaillible succès, la lassitude de l’isolement pour une grande ville, l’impossibilité d’approvisionner pour longtemps une population de 2 millions d’habitans. L’isolement, Paris le supporte avec une philosophie presque imprévue, sans s’inquiéter outre mesure du reste du monde, qui fait pour le moment une assez triste figure en vérité, et, quant à la famine, il n’est point certes encore à la veille d’affronter ce fléau, qui ne deviendrait un péril que si d’un côté la distribution des vivres n’était point ménagée avec vigilance, si d’un autre côté les lignes ennemies, étaient impénétrables, si la France restait immobile. C’est une crise, on le sait bien, elle passera comme toutes les crises, et ce n’est point peut-être tant que les Allemands seront là qu’elle offrira les dangers les plus redoutables.

La Prusse enfin a une dernière espérance, et M. de Bismarck ne l’a point caché ; elle a compté, elle compte encore sur les dissensions intérieures, sur les divisions, sur les passions qui faciliteraient singulièrement son œuvre en commençant par faire elles-mêmes le siège du gouvernement. Pour ceci, et ce n’est point assurément l’affaire la moins importante aujourd’hui, la question est de savoir si nous voulons donner raison à la Prusse et ébranler les portes de la maison devant l’ennemi. Il est bien clair en effet que l’efficacité de la défense nationale dépend de l’union des esprits, de l’alliance désintéressée de tous les patriotismes, de la fusion momentanée de tous les partis dans un sentiment unique, et nous ajouterons aussi de la fermeté du gouvernement lui-même, de sa fidélité à la mission qu’il a reçue dans un désastre public, qui a été spontanément, implicitement ratifiée dès la première heure par une sorte d’assentiment universel.

Lorsque la patrie, qui n’est exclusivement ni aux uns ni aux autres, mais qui est à tous, palpite et se débat sous l’étreinte de l’ennemi, lorsqu’on est en face d’événemens qui font vibrer une même passion dans toutes les âmes, qui devraient si naturellement unir toutes les volontés, plier toutes les révoltes de l’ambition ou de la colère, c’est pourtant étrange qu’il y ait des esprits violens, aigris, emportés, toujours prêts à rompre cette trêve sacrée du patriotisme et à semer le vent pour récolter la tempête. L’ennemi est à nos portes, la république a été proclamée, acclamée, justement parce qu’elle était ce qui nous divisait le moins. Le bon sens le plus évident, le plus impérieux, dit que la première nécessité est de chasser l’étranger, de vivre en un mot ; porro unum est necessarium ! C’est le mot d’ordre invariable du patriotisme en face de l’envahisseur ; mais non, cela ne suffit pas, il faut autre chose. Il y a des hommes qui éprouvent le besoin des diversions. M. Blanqui, M. Félix Pyat, M. Ledru-Rollin lui-même, M. Gustave Flourens, sont persuadés que les Prussiens ne nous donnent pas assez d’occupation ; ils se sont mis en campagne pour procurer aux Parisiens les moyens de batailler entre eux, et c’est ainsi que, sous cette inspiration dissolvante de quelques meneurs, une espèce d’agitation factice s’est répandue dans la ville pendant quelques jours, avec des espèces de manifestations, des espèces de promenades de quelques bataillons de gardes nationaux en armes ou sans armes, et même des espèces de siège du gouvernement de la défense nationale à l’Hôtel de Ville. Que voulaient M. Blanqui, M. Ledru-Rollin, M. Delescluze, M. Pyat, M. Gustave Flourens ? que poursuivaient-ils ? Ils tenaient tout simplement à donner de l’occupation aux Parisiens, qui n’en ont pas, à ce qu’il paraît, en ce moment ; ils voulaient à tout prix et au plus vite faire des élections. Bien entendu, ils ne s’inquiétaient que fort médiocrement d’une représentation générale de la France, d’élections devenues trop notoirement impossibles en présence de l’ennemi, répandu dans vingt départemens ; ce qu’ils voulaient, c’était le scrutin à Paris, l’élection immédiate et confuse d’une municipalité parisienne, ou, pour mieux dire, d’une commune révolutionnaire, et le fond de leur pensée était aussi clair que le jour. Comme la masse des citoyens parisiens aurait trouvé naturellement qu’elle avait autre chose à faire, les partisans de M. Blanqui, de M. Ledru-Rollin, de M. Félix Pyat, seraient seuls allés aux élections ; ceux-ci composaient à leur gré la municipalité nouvelle ; la municipalité ou la commune entrait à L’Hôtel de Ville, protégeait d’abord le gouvernement de la défense nationale, puis le supplantait en le jetant au besoin par la fenêtre, en cas de résistance à la volonté du peuple, et le tour était joué : la commune révolutionnaire régnait, promulguait des décrets, déployait sa souveraineté dictatoriale sur Paris, sur la France, sur le monde ; les beaux jours de 1792 et de 1793 renaissaient, tout était sauvé !

Rêve étrange d’esprits aussi étroits que violens et figés en quelque sorte dans leur violence, dans un fanatisme révolutionnaire ! Ils ont l’hallucination de 1793. Quand ils ont prononcé ce mot cabalistique, ils croient avoir tout dit ; quand ils ont décroché de ce vieux et terrible musée de l’histoire une forme de langage, une date ou quelque vieux souvenir, ils croient qu’ils ont soufflé la vie au monde, et ils ne s’aperçoivent pas que le monde marche sans eux, qu’on ne refait pas le passé, que chaque époque a sa politique, ses idées, ses intérêts et même ses passions. Ils ne voient pas que 1870 ne ressemble guère à 1793, et que ce qui a peut-être sauvé le pays autrefois le perdrait à coup sûr aujourd’hui, que cette révolution qu’ils proposent sans cesse d’accomplir ou de recommencer est faite depuis longtemps, et qu’il n’y a plus qu’à l’épurer, à l’étendre pacifiquement dans ce qu’elle a de légitime, à la défendre quelquefois contre ses ennemis et plus souvent encore contre ses dangereux amis. Ils ne voient rien et ils ne comprennent rien, ils leur faut seulement 1793, la commune, la convention, les comités de salut public, l’emphase, la déclamation, la haine. Ils sont un anachronisme vivant. Il est fort difficile de faire comprendre à de tels esprits qu’ils battent misérablement la campagne, qu’ils vont même contre leur but, qu’ils subordonnent l’intérêt, le patriotisme de tous à leurs ambitions ou à leurs ressentimens, qu’ils ne feraient rien et qu’ils compromettraient tout. Ce qu’ils compromettraient plus que tout le reste, et cela instantanément, irrésistiblement, c’est la défense nationale et la république elle-même.

Les agitateurs peuvent bien, s’ils le veulent, se déguiser à eux-mêmes les mobiles de cette triste politique d’excitation et de désorganisation qu’ils ont inaugurée dans leurs polémiques comme dans leurs manifestations. À les entendre, c’est évidemment dans un intérêt public qu’ils ont poussé le cri d’alarme, c’est pour imprimer à la défense nationale une intensité nouvelle et plus énergique qu’ils ont demandé la commune révolutionnaire, c’est parce que le gouvernement de l’Hôtel-de-Ville est insuffisant et ne fait pas tout ce qu’il doit pour la satisfaction des patriotes qu’ils se dévouent jusqu’à vouloir le remplacer. Le patriotisme est le passeport de leurs déclamations révolutionnaires. Que serait-il arrivé cependant s’ils avaient réussi ? Oui, que serait-il arrivé ? Mais il suffit en vérité de connaître les désirs, les espérances des Prussiens, pour avoir une opinion dans une telle affaire. L’éventualité sur laquelle l’ennemi comptait le plus, qui est peut-être sa dernière chance, se trouvait réalisée. Ce qui serait arrivé, c’est d’une cruelle et aveuglante évidence. Les citoyens, mis en présence d’un scrutin ouvert par la main d’une faction, auraient bien été obligés bon gré mal gré de s’inquiéter de ces élections. Les scissions auraient inévitablement éclaté, il y aurait eu à l’intérieur des vainqueurs et des vaincus, et, au lieu de se porter à l’ennemi d’un même élan, d’une même pensée, avec un patriotisme sans trouble, on serait allé à la défense avec des doutes et des craintes, avec le ressentiment des divisions intestines. La foi patriotique serait restée peut-être au fond de ce scrutin, ou elle s’y serait tout au moins refroidie, aigrie.

Qu’aurait donc pu faire pour la défense nationale cette commune ainsi élue ? Elle n’aurait rien fait par elle-même, et elle aurait paralysé toute action dans la main de ceux qui la dirigent aujourd’hui, parce qu’après tout on ne répond au canon que par le canon, à des soldats que par des soldats ou par des citoyens qui consentent à être momentanément des soldats, parce qu’il ne suffit pas de substituer à la puissance coordonnée de l’action militaire ce qu’on appelle pompeusement et puérilement le feu révolutionnaire. Rien qu’à observer les programmes des agitateurs, les symptômes, les signes précurseurs de la situation qui se préparait, il n’est pas difficile de se douter de ce qui serait arrivé tous les jours. On l’a vu presque un instant. Des gardes nationaux émettent la prétention de discuter avec leurs chefs les ordres qu’ils reçoivent, et en définitive de ne faire que ce qui leur plaît. M. Gustave Flourens se nomme lui-même colonel, donne sa démission, la retire, rassemble ses hommes, les fait parader en armes sur la place de l’Hôtel-de-Ville pour intimider le gouvernement, et tout cela pendant que le bruit du canon retentit jusque dans le cœur de Paris. Tandis que nos soldats sont aux prises avec les Prussiens, on manifeste ; au moment où l’ennemi prépare peut-être quelque surprise, on demande les élections et la commune. Ce qui serait arrivé, la belle question ! On se serait occupé du dedans plus que du dehors, de ce qu’on appelle les Prussiens de l’intérieur plus que des Prussiens du roi Guillaume ; on aurait continué à manifester dans tous les sens possibles, on aurait fini peut-être par quelque effroyable conflit, et les temps prédits par M. de Bismarck seraient infailliblement arrivés, parce que les villes ou les nations divisées sont l’inévitable proie de l’ennemi. La province, dégoûtée ou révoltée, eût laissé Paris à sa commune, à sa dictature révolutionnaire, à ses luttes stériles ; c’eût été pour le coup l’achèvement de la prédiction de M. de Bismarck, et des républicains se seraient chargés de préparer, pour le plus grand honneur de 1793, le dernier acte de la triste tragédie nationale commencée à Sedan ou à Wœrth.

Il y a heureusement dans les masses un instinct profond qui ne se trompe guère sur les grandes choses, sur les situations extrêmes. Il y a aussi dans les sentimens vrais, tels que le patriotisme, une puissance naturelle qui s’impose. La population parisienne ne s’y est pas laissé prendre longtemps, elle a compris bien vite qu’avant de s’occuper de constituer sa municipalité, elle avait à faire face aux Prussiens, et que surtout le meilleur moyen d’assurer sa défense n’était pas d’ouvrir la carrière aux agitateurs ambitieux, de se faire la complice des promoteurs d’une commune révolutionnaire ; ce qu’elle a bien mieux compris encore, c’est qu’elle ne devait rien faire ni rien permettre qui pût la séparer des provinces, du reste de la France, et par le fait toutes ces menées violentes, artificielles, se sont trouvées submergées dans le mouvement patriotique de la population tout entière, de la garde nationale, accourant en immense majorité autour de l’Hôtel de Ville comme une force de préservation. C’est la réaction qui triomphe, se sont écriés aussitôt les meneurs de cette étrange campagne ; cela n’est point douteux, car il est depuis longtemps entendu que lorsqu’ils ne triomphent pas, c’est la réaction, qu’ils sont à eux seuls la France, la révolution immaculée, la république orthodoxe, et surtout pour le moment la défense nationale. Le danger des agitations immédiates est passé sans doute ; il ne doit pas moins rester comme une lumière pour le gouvernement, qui aurait peut-être pu éviter cette crise avec un peu plus de décision. Ce qui a fait un instant sa faiblesse, c’est une apparence d’incertitude et d’hésitation dans cette affaire des élections municipales qu’on a voulu transformer en arme de guerre contre lui ; il a retrouvé un ascendant à peu près irrésistible, un énergique appui dans l’opinion dès qu’il s’est prononcé nettement, dès qu’il a montré qu’il voulait rester sur le terrain inébranlable, inviolable de la défense nationale, et ici il faut bien y songer ; il faut absolument que les hommes honorables qui ont reçu le 4 septembre un mandat de nécessité se gardent de ce qui pourrait ressembler à un scrupule de désintéressement ou de déférence pour un prétendu vœu populaire, et ne serait en réalité qu’une défection. Il y a une chose dont le gouvernement doit bien se rendre compte et qui lui fait de la fermeté un devoir d’honneur, c’est qu’il n’est pas là apparemment pour son plaisir, ni même, nous le supposons, par ambition. Il est à l’Hôtel de Ville comme une sentinelle avancée qui n’a pas le droit de se relever elle-même de sa faction, et que Paris seul n’a pas même le droit de relever. M. Henri Rochefort l’a dit dans un semblant de jeu de mots à travers d’autres choses inutiles : « Il a accepté sa mission, il n’est pas libre de donner sa démission. »

Paris l’a conduit ou l’a laissé s’établir à l’Hôtel de Ville et s’est rangé aussitôt autour de lui ; la France entière l’a reconnu et consacré de son adhésion spontanée. Le gouvernement actuel a sa raison d’être dans cette double sanction, et depuis que l’investissement, par une violence momentanée, est venu scinder en quelque sorte le pays en deux parties, il n’est plus à son poste qu’un otage ne s’appartenant pas à lui-même, appartenant à la France, qui doit le retrouver là où elle l’a laissé en lui confiant le dépôt de l’honneur national. Voilà ce qu’a compris instinctivement, patriotiquement, la population parisienne quand elle a refusé de se prêter à la création d’un pouvoir de parti ou de localité, d’un conseil hybride condamné d’avance à n’être qu’un instrument de division. Voilà ce que ne peuvent comprendre ceux qui ont soulevé cette question perturbatrice de la commune. S’ils ne voulaient être que les membres d’un conseil municipal parisien, ce n’était guère le moment, et ils faisaient beaucoup de bruit pour rien ; s’ils aspiraient à un pouvoir plus étendu, s’ils voulaient, comme cela n’est pas douteux, se substituer par une captation du suffrage d’une ville au gouvernement actuel, ils n’étaient que des usurpateurs sacrifiant à une ambition ou à un fanatisme de parti les intérêts de la défense commune de Paris et de la France.

Qu’ils missent en péril la défense nationale, c’est d’une trop criante évidence ; mais ce qui est tout aussi clair, c’est qu’en désarmant la France, ils ne servaient pas mieux la république dans son avenir prochain. La république s’est relevée en France le 4 septembre ; elle existe aujourd’hui sans contestation. Si elle a des ennemis, ils ne sont pas pour le moment bien dangereux, et aucun d’eux n’oserait certainement laisser entrevoir un autre drapeau. On s’est rallié sans mauvaise arrière-pensée, sans hésitation, à la république comme à un pouvoir de suprême sauvegarde qui héritait de désastres dont il n’était pas coupable, qui a déjà fait ce qu’il a pu pour réparer ces désastres, et qui a toujours ce mérite d’être le seul qui puisse opposer à l’ennemi le faisceau des forces nationales. Est-ce qu’on croit travailler bien efficacement à l’avenir des institutions républicaines par ces préconisations effrénées de pouvoirs sommaires, dictatoriaux, qui ont la prétention de tout faire et de ne souffrir aucune dissidence autour d’eux ? C’est l’éternel malheur de la république de trouver si souvent pour interprètes et pour défenseurs des hommes qui font tout ce qu’ils peuvent pour la rendre insupportable et impossible. A leurs yeux, la république, c’est nécessairement l’agitation en permanence, la fièvre organisée, la guerre des classes et des intérêts, la mise en doute perpétuelle des institutions les plus fondamentales ou les plus simples, la violence dans le langage, l’insurrection dans la rue.

Dès qu’on s’éloigne de cet idéal, ils sont persuadés que la république est perdue, et c’est ce qui explique comment la France, plus qu’à demi républicaine par ses idées et ses mœurs, a laissé si souvent retomber ces institutions, parce qu’après tout ce n’est pas dans la guerre, dans le désordre permanent qu’une population peut vivre, travailler, penser, former cet assemblage de créatures humaines ayant le droit de porter le nom d’une nation intelligente et civilisée. C’est le désordre qui est le péril perpétuel de la république, et, ce qui ne la compromet pas moins, c’est cette prétention de certains hommes de l’absorber en eux, de la représenter exclusivement, de l’imposer par l’autorité de leurs passions. Franchement, quelle différence y a-t-il entre la dictature d’une oligarchie révolutionnaire et l’omnipotence d’un seul ? C’est toujours le despotisme ayant la même nature, les mêmes procédés et les mêmes conséquences changeant tout au plus de nom et s’appelant alternativement l’empire ou la commune.

il y a quarante jours à peine que la république existe de nouveau en France, et déjà elle a ses autoritaires, que disons-nous ? Ses prétendans, qui s’investissent eux-mêmes d’une sorte de légitimité inviolable, qui veulent mettre leur effigie sur tout ce qui se fait, qui ne peuvent admettre vraiment que d’autres servent la France dans ses aspirations de progrès, de justice, de civilisation, et surtout aujourd’hui qu’on puisse travailler à la défense nationale sans la commune de leur rêve. Au lieu de populariser la république, ils la rendent suspecte ; au lieu de lui attirer des amis, ils lui font des ennemis ; au lieu de lui assurer un avenir moins orageux que par le passé et moins incertain, ils préparent d’avance des réactions nouvelles qui seraient infaillibles, qui ne tarderaient pas à se produire, s’ils triomphaient un instant. Sans doute la république est possible en France, si on le veut sérieusement, et elle ne peut trouver des ennemis chez ceux qui sont formés depuis longtemps au culte de la souveraineté nationale librement manifestée ; mais qu’on y songe bien : elle n’est possible et elle ne mérite d’exister qu’à une condition, c’est qu’elle sera le bien de tout le monde, l’œuvre de tout le monde. Elle ne peut se fonder avec quelque chance de succès que si elle est un grand gouvernement, un régime régulier, équitable, libéral, protecteur pour toutes les activités, pour tous les intérêts, pour toutes les facultés du génie français. Et ce n’est pas là seulement la condition de sa durée, de son succès à l’intérieur, c’est aussi et surtout la condition de sa puissance, de son influence au dehors. Supposez une république d’agitations et de violences, que lui arrivera-t-il ? Elle trouvera le monde fermé devant elle, elle suscitera certainement plus d’adversaires passionnés que d’imitateurs, elle nous aliénera les gouvernemens sans nous donner la sympathie des peuples. Supposez une république libérale, humaine, pacifique, reprenant sous des formes nouvelles les traditions de prosélytisme moral et intellectuel de la France, elle peut exercer une irrésistible contagion ; elle peut, sans être une agression, devenir la plus séduisante des propagandes, — et qui sait si cette république, retrempée dans les épreuves et dans des mœurs plus sévères, ne sera pas quelque jour notre vengeance contre ceux qui sont à nos portes, attendant l’explosion de ces passions sur lesquelles ils comptent plus que sur leur génie ?

CH. DE MAZADE.