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Chronique du 22 novembre 1873

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15 novembre 1873

22 novembre 1873

29 novembre 1873

CHRONIQUE

Le Challenger à l’île Saint-Paul. — Le Challenger, poursuivant son voyage de circumnavigation, est arrivé le 27 août dernier à l’île Saint-Paul, rocher isolé au milieu de l’Atlantique, sans eau, sans autres habitants que des oiseaux de mer. L’exploration avait pour but principal l’examen géologique du sol de ce point, distant de plus de 100 milles des deux continents. La constitution du sol est un mélange de feldspath et de silicate d’alumine et de magnésie, ayant quelques rapports avec la serpentine. Il n’y a pas de traces d’éruptions volcaniques. Les membres de l’expédition n’ont rencontré que deux espèces d’oiseaux Sula fusca et Sterna stolida, qui sont en telle abondance qu’il suffit de frapper avec un bâton leurs bandes épaisses pour en abattre une quantité. Il ne pousse aucune plante sur ce rocher ; aucune graminée, pas même de lichens. Ce rocher solitaire fut visité, en 1832, par M. Darwin, pendant la campagne du Beagle et par sir James Ross, à bord de l’Erebus et de la Terror en 1839. Les navires du commerce y relâchent rarement, à moins qu’ils n’y soient contraints par les circonstances de la navigation. Les savants du Challenger y trouvèrent néanmoins une note renfermée dans une bouteille, laissée par le capitaine Pack, de l’Ann Millicent, datée du 19 juillet 1872.

Mort de M. Mac Clure. — La marine anglaise vient de perdre un de ses meilleurs et de ses plus brillants officiers dans la personne de ce héros des explorations polaires.

M. Mac Clure n’était encore que midshipman lorsqu’il débuta dans la carrière des explorations arctiques, où il devait se distinguer d’une façon si brillante. Il faisait partie de l’expédition de lord Ross en 1826. Pendant l’insurrection du Canada, il eut le commandement d’un navire de guerre sur les lacs. Mais ses services militaires sont complètement effacés par le succès de son expédition à la recherche du capitaine Franklin. Il reçut de l’Amirauté britannique le prix de 10 000 sterling pour la découverte du fameux passage Nord-Ouest. Mais la navigation profitera peu de cette découverte géographique, qui semble devoir rester à l’état purement théorique, car les détroits de l’archipel arctique sont encombrés de glaces qui le rendent impraticable pour les navigateurs. Le navire du capitaine Mac Clure lui-même n’a point passé d’un océan dans l’autre, et il n’a pu donner cette preuve matérielle, inutile du reste, de la réalité de ses assertions. Lady Franklin ayant vu dans les journaux qu’on attribuait à Mac Clure la découverte du passage, a protesté en faveur de son mari. Car la découverte d’un squelette faite près du passage semble indiquer que les compagnons de l’infortuné martyr ont usé de ce détroit. Mais les malheureux perdus dans les glaces ignoraient peut-être qu’en continuant leur route, ils auraient pu changer d’Océan. Du reste, ils ont bientôt après emporté dans l’autre monde le secret de leur trouvaille. Or il est admis en principe qu’une découverte non publiée est comme nulle et non faite. Dans ce cas particulier, on doit, tout en défendant les droits de Mac Clure, combattre avec les plus grands égards l’honorable exaspération d’une femme aussi digne d’intérêt à tous égards.

Retour de la Diana. — M. Leigh Smith est de retour en Angleterre. Il a eu une entrevue avec le correspondant du Herald, sur les résultats de sa campagne et sur son opinion relativement à la possibilité de gagner le pôle Nord par le Spitzberg.

M. Leigh Smith, ainsi que nous l’avons raconté déjà, a été arrêté par des banquises plus hautes et plus nombreuses que celles qu’il avait déjà rencontrées. Il n’a pu parvenir ainsi près du pôle Nord. Il est d’avis que la seule route qui soit à essayer encore est celle du détroit de Smith, où le malheureux capitaine Hall avait guidé le Polaris. C’est en effet de ce côté que seront dorénavant concentrés tous les efforts des explorateurs. M. Leigh Smith a fait, du reste, remarquer que ses explorations n’avaient un caractère scientifique que par-dessus le marché, s’il est permis d’employer ce terme. Elles sont avant tout des excursions de chasse et de pêche ; à ce point de vue, le Spitzberg doit être considéré comme le paradis terrestre des chasseurs. M. Smith se propose d’y retourner en touriste et pour se distraire.

Il n’est peut-être pas inopportun de citer une légende norwégienne en vertu de laquelle le purgatoire est au pôle Nord. La porte de l’enfer serait au contraire le Maelstrom. Elle ne s’ouvre qu’une fois l’an, le jour anniversaire de la fête des Morts.

Une vache de 200 000 francs. — Le Scientific American nous fait le récit d’une vente extraordinaire de bestiaux qui a eu lieu à New-York-Mills, près d’Utica, n. y. Les animaux mis en vente appartenaient, pour la plus grande part, à l’espèce des Duchesses et des Oxfords. Une vache duchesse d’Oueida a été achetée par lord Skehnersdale d’Angleterre la somme de 12 000 dollars. Une autre appartenant à la même espèce a été vendue 40 600 dollars, c’est-à-dire plus de 200 000 francs de notre monnaie. Cette vente, qui comprenait 111 animaux, a atteint le chiffre fantastique de 390 890 dollars. Le propriétaire de ce bétail, l’honorable Samuel Campbell, est un éleveur fort célèbre aux États-Unis. On voit que, de l’autre côté de l’Atlantique, les bœufs et les vaches destinés à faire des élèves sont disputés avec autant de passion que les tableaux de nos maîtres, vendus aux commissaires-priseurs.