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Comptes rendus de l’Académie des sciences/Tome 1, 1835/9 novembre

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SÉANCE DU LUNDI 9 NOVEMBRE 1835.
PRÉSIDENCE DE M. Ch. DUPIN.



CORRESPONDANCE.

L’Académie accepte :

Un paquet cacheté de M. Fourcault, docteur-médecin ;

Un paquet cacheté de M. Baudelocque neveu ;

Un paquet cacheté de M. Beau.

M. Nicod appelle de nouveau l’attention de l’Académie sur ses travaux relatifs aux polypes de la vessie.

M. Leymerie adresse un supplément à ses premières communications sur les maladies épidémiques.

Électricité voltaïque.Lettre de M. Auguste de la Rive à M. Arago, sur l’électricité voltaïque, sur l’électricité qui accompagne les actions chimiques, et sur les propriétés par lesquelles se distinguent les électricités qui proviennent de sources différentes.

Nous avions d’abord le projet de ne donner ici qu’une simple analyse de la lettre de M. de La Rive ; mais plusieurs académiciens ayant manifesté l’intention d’entrer dans une discussion détaillée des importantes observations et des vues théoriques qui s’y trouvent consignées, chacun a compris que nous ne pourrions plus nous dispenser de publier ce travail sans y joindre tous les développemens que l’auteur a jugés nécessaires.

… « En voulant remettre au net, pour les Annales, le Mémoire que j’ai lu il y a environ un an à l’Institut sur l’électricité voltaïque, je suis parvenu à quelques résultats qui me paraissent nouveaux. Je viens vous en faire part, et si vous estimez qu’ils en soient dignes, oserai-je vous demander d’avoir la bonté de les communiquer à l’Académie des Sciences, qui avait accueilli avec indulgence mes premières recherches, et de leur donner une place dans votre journal.

» Vous vous rappelez peut-être que parmi les points que j’avais traités dans le mémoire auquel je viens de faire allusion, il y en avait un sur lequel j’avais principalement insisté, savoir qu’il n’y a aucun développement d’électricité dans le simple contact de deux corps hétérogènes. Cependant il existait encore quelques cas dans lesquels, je l’avoue, il était difficile de découvrir, une fois que l’on avait exclu le contact, la cause de l’électricité développée. Tel était, en particulier, le cas des peroxide de manganèse et de platine mis en contact l’un avec l’autre : on sait que dans le contact de ces deux corps, l’électricité positive passe au platine, et la négative dans le doigt ou le corps humide quelconque avec lequel on touche le peroxide. Or, en étudiant avec quelque soin ce qui se passe dans cette expérience, je me suis assuré que la production de l’électricité est due à une action chimique qui est exercée sur le peroxide de manganèse. Cette action est probablement une légère désoxidation accompagnée de la formation d’un hydrate ; elle est très faible avec l’eau distillée ; elle est plus forte, mais à des degrés différens, avec des solutions acides et alcalines, ou avec le doigt, dont l’humidité est toujours légèrement acide ou alcaline. Pour prouver que c’est à cette action et non au contact du peroxide avec le platine, qu’on doit attribuer les signes électriques, j’ai remplacé le platine par une lame mince de bois aussi sèche que j’ai pu me la procurer, sans qu’elle cessât d’être conductrice ; je l’ai mise sur le plateau du condensateur, et j’ai placé sur elle le peroxide ; puis touchant le peroxide soit avec le doigt, soit avec du papier trempé dans une solution acide, ou alcaline, j’ai obtenu au condensateur des signes très prononcés d’électricité positive. Pour recueillir la négative, j’ai fait l’expérience inverse : posant sur le plateau du condensateur une lame de platine, j’ai mis sur cette lame le morceau de papier humecté, sur lequel j’ai placé le peroxide que j’ai touché avec le bois ou avec le doigt très sec ; le condensateur s’est chargé alors d’électricité négative : il n’est pas nécessaire de remarquer que le contact du platine et du métal du condensateur n’est pour rien dans la production de cette électricité, qui serait d’ailleurs d’une nature contraire si elle provenait de cette cause. Ainsi donc, il résulte de ce qui précède, que l’action chimique exercée par les corps humides sur le peroxide de manganèse (action qui est probablement dans tous les cas essentiellement désoxidante) dégage de l’électricité ; que la loi de ce dégagement est que l’électricité négative passe dans le corps humide attaquant, et que la positive reste dans le peroxide, d’où elle passe dans les corps non attaquans en contact avec lui.

» J’ai réussi à vérifier, au moyen du galvanomètre, les conséquences que j’avais tirées des indications de l’électroscope condensateur. Une lame de platine a été fixée à l’une des extrémités du galvanomètre ; un morceau de peroxide de manganèse a été mis en communication avec l’autre ; ce couple, plongé dans l’eau et dans différentes solutions acides ou alcalines, a donné naissance à un courant dans lequel le peroxide jouait constamment le rôle de l’élément négatif, c’est-à-dire que c’était de lui que partait l’électricité négative pour entrer dans le liquide, puis dans le platine, et revenir au peroxide à travers le fil du galvanomètre. L’intensité du courant dépendait essentiellement de la nature du liquide interposé entre les élémens du couple : elle était très prononcée avec les acides hydrochlorique et nitrique. On sait que le premier de ces acides, en donnant lieu par son action sur le peroxide de manganèse, à un dégagement de chlore, occasionne une forte désoxidation du peroxide ; en employant l’acide nitrique, on voyait les bulles d’oxigène s’échapper, parce qu’il y avait formation d’un nitrate de protoxide. L’ammoniaque donnait lieu aussi à un courant passablement fort, et il y avait formation d’un composé jaunâtre, qui était probablement un hydrate d’un sous-oxide. Un fait qui prouve l’altération chimique que le peroxide de manganèse éprouve de la part de l’eau, c’est que lorsqu’il est resté quelques jours plongé dans ce liquide, et qu’on le met avec du platine pour former un couple dans de l’acide nitrique étendu, il joue au premier moment le rôle d’élément positif, parce qu’il y a formation immédiate d’un nitrate ; mais une fois que la première couche altérée par l’action prolongée de l’eau a été enlevée par l’acide nitrique, le peroxide redevient négatif, parce que, pour que l’acide nitrique puisse se combiner avec lui, il faut qu’il éprouve une désoxidation, ou qu’il se change en hydrate.

» Je ne vous fatiguerai pas de plus de détails sur les diverses observations que j’ai faites avec le peroxide de manganèse. Je me bornerai à une seule remarque. M. Becquerel, à qui je communiquai il y a peu de temps, à son passage à Genève, les expériences que je viens de rapporter, me dit avoir observé, en employant des cristaux de peroxide de manganèse formant avec du platine un couple dans l’eau distillée, que pour que le courant soit sensible, il faut attendre un temps plus ou moins considérable ; il paraît que le peroxide se charge et donne lieu, au moment où le circuit est fermé, à un courant instantané. J’ai en effet remarqué que l’effet est beaucoup moins prononcé avec les cristaux réguliers de peroxide de manganèse, qu’avec les morceaux non cristallisés ou à cristallisation confuse ; ce qui est dû à ce que l’action chimique est beaucoup plus faible sur les premiers, ainsi que je m’en suis assuré directement. Mais comme le peroxide cristallisé est un très mauvais conducteur, les très petites quantités d’électricité développées par l’action chimique excessivement faible, mais continue, peuvent s’accumuler sans qu’il y ait recomposition des deux principes, et devenir par conséquent sensibles au bout d’un certain temps. C’est à la même cause que l’on peut attribuer les effets proportionnellement plus intenses, auxquels donne lieu à l’électroscope condensateur le peroxide de manganèse, lors même qu’il n’est soumis qu’à une action chimique très faible ; sa conductibilité imparfaite, qu’il soit cristallisé ou non, empêche la recomposition immédiate des deux principes électriques portés par l’action chimique, l’un dans le corps attaquant, l’autre dans le peroxide : recomposition qui a eu lieu en très grande proportion lorsque c’est un métal qui est attaqué.

» En réfléchissant aux différens phénomènes que m’avait présentés l’action chimique des liquides sur le peroxide de manganèse et sur d’autres minéraux du même genre, j’ai été conduit à examiner de plus près le développement de l’électricité qui accompagne les actions chimiques en général. Je me suis demandé, en particulier, si l’on ne pourrait pas préciser, mieux qu’on ne l’a fait jusqu’à présent, les lois de ce développement, et je crois être parvenu, sous ce rapport, à quelques résultats qui ne me paraissent pas sans intérêt.

» Jusqu’ici, on se contentait de dire que, dans un couple formé de deux métaux plongés dans un même liquide, c’était le métal le plus attaqué qui était positif par rapport à l’autre, c’est-à-dire que des deux courans électriques dus à l’action du liquide sur chacun des métaux, et parcourant le circuit en sens contraire, le plus fort et par conséquent celui qui déterminait le sens du courant définitif, était celui qui partait du métal le plus attaqué. Mais, qu’entendre par un corps plus attaqué qu’un autre ? Je conçois que lorsqu’il s’agit de deux plaques du même métal plongées dans le même liquide, celle qui présente une surface plus étendue à l’action du liquide, pourra être considérée comme plus attaquée ; mais si les plaques sont différentes, ou si, étant de même nature, le liquide qui attaque chacune d’elles n’est pas le même, comment comparer le plus ou moins d’énergie des actions chimiques ? Je dirai plus, c’est que si l’on attache aux mots plus ou moins attaqués l’idée que c’est de la vivacité ou de la promptitude seulement de l’action chimique qu’il s’agit, la loi énoncée plus haut n’est alors pas exacte ; ainsi, le zinc dans l’eau pure est positif par rapport au cuivre plongé dans l’acide nitrique, et cependant, dans ce cas, le cuivre est bien plus attaqué que le zinc. Depuis long-temps je sentais la nécessité de recourir à un principe moins vague et plus vrai que celui que j’ai rappelé ci-dessus ; voici celui qu’il me semble convenable de lui substituer ; du moins je le soumets à votre attention.

» Toutes les fois qu’il y a combinaison chimique entre deux atomes, il y a développement d’un courant électrique, dont l’intensité dépend de la nature relative des deux atomes. Toutes les fois qu’il y a décomposition chimique, et par conséquent séparation de deux atomes, il y a aussi production d’un courant électrique de même intensité que celui qui résulte de la combinaison des deux mêmes atomes ; mais ce courant est dirigé en sens contraire. L’intensité des courans développés dans les combinaisons et dans les décompositions, est exactement proportionnelle au degré d’affinité qui règne entre les atomes dont la combinaison ou la séparation a donné naissance à ces courans. En parlant de courant, je n’exclus nullement l’électricité de tension, qui se manifeste lorsque l’expérience est disposée de façon à ne pas permettre au courant de s’établir ; cette électricité de tension suit, quant à sa nature, les mêmes lois que le courant suit quant à sa direction.

» Les expériences qui m’ont servi à établir le principe qui précède, ont été faites simplement au moyen d’un galvanomètre multiplicateur très sensible. À l’une des extrémités de ce galvanomètre, était fixée une lame de platine ; à l’autre, une pince du même métal, à laquelle étaient successivement fixées les diverses substances solides que l’on voulait éprouver ; la lame de platine et la substance fixée à la pince, étaient plongées dans un liquide de manière à former un couple, et le sens du courant dépendait des effets électriques plus ou moins grands auxquels donnaient naissance les diverses réactions chimiques qui avaient lieu entre le liquide et la substance, laquelle jouait ainsi, par rapport au platine, tantôt le rôle d’un élément positif, tantôt celui d’un élément négatif.

» Il est rare que l’action chimique qui s’exerce entre un corps solide et un liquide soit une action simple ; ainsi, dans l’action de l’eau acidulée sur un métal, il y a à la fois oxidation du métal, et par conséquent formation d’un composé, et décomposition de l’eau ; les combinaisons sont donc accompagnées le plus souvent des décompositions dont l’effet électrique augmente ou diminue, suivant les circonstances, l’effet électrique des combinaisons. Dans l’exemple que j’ai cité d’un métal attaqué par de l’eau acidulée, l’état électrique dans lequel se constituent le métal et le liquide, négatif pour le premier et positif pour le second, est dû non-seulement à l’oxidation du métal, mais aussi à la décomposition de l’eau ; ces deux actions, si elles avaient lieu séparément, au lieu d’être simultanées, tendraient en effet à développer un courant dirigé dans le même sens, à cause de la manière dont l’expérience est disposée. Le principe négatif est emporté par l’oxigène dans la décomposition de l’eau ; il tend donc du côté où est porté l’oxigène, c’est-à-dire vers le métal attaqué ; d’autre part, il est porté dans ce métal par l’effet de l’oxidation ; ainsi, il y a accord entre les résultats des deux actions. Mais il arrive aussi très souvent que ces divers effets, au lieu de s’ajouter, se contrarient, et alors le sens du courant dépend de celui qui est le plus fort. Un oxide fixé à la pince de platine et plongé dans de l’acide hydrochlorique est décomposé ; il y a production d’un chlorure et formation d’eau ; il y a aussi désoxidation de l’oxide ; or ces deux dernières actions donnent naissance à un courant dirigé en sens contraire de celui que produit la formation du chlorure. C’est en général le premier de ces courans qui l’emporte sur le second, c’est du moins ce dont je me suis assuré avec les oxides de plomb, d’étain, de bismuth, de barium, etc. La formation du chlorure d’argent me semblerait au contraire donner naissance à un courant plus fort que la désoxidation de l’argent. Serait-ce à l’insolubilité du chlorure et à la grande affinité qui unit ses élémens que serait due cette exception ? Les chlorures tels, par exemple, que le protochlorure de mercure, décomposés par l’acide nitrique, donnent lieu à un courant définitif qui, par sa direction, indique que le courant partiel qui résulte de l’oxidation du métal est plus fort que celui auquel donne naissance la décomposition du chlorure et la formation de l’acide hydrochlorique.

» Les sulfures donnent, en général, par leur décomposition dans les acides, un courant plus faible que celui qui est produit par la formation de l’oxide ou du sel d’oxide ; aussi jouent-ils dans un acide par rapport au platine, le rôle de l’élément positif. Quand le sulfure est décomposé sans qu’il y ait formation d’un oxide, alors il joue le rôle de l’élément négatif, le courant unique qui a lieu dans ce cas étant dirigé dans le sens de celui qui accompagne toute décomposition.

» Je cherche, dans ce moment, à réunir un aussi grand nombre que je le pourrai de résultats analogues à ceux que je viens de transcrire, en employant des produits et des réactifs chimiques aussi purs que possible. Toutes les expériences que j’ai faites jusqu’ici, et qui sont déjà passablement nombreuses, s’accordent avec le principe que j’ai énoncé ; elles m’ont de plus montré l’existence d’actions chimiques dans des cas où l’on ne soupçonnerait pas d’avance qu’elles dussent exister. Le galvanomètre me paraît donc devoir devenir un instrument précieux pour les chimistes, non-seulement comme indicateur excessivement sensible de toute action chimique, mais de plus comme pouvant donner le degré spécifique d’affinité qui unit les divers atomes chimiques, avec une exactitude parfaite.

» Cette liaison intime qui existe entre la force que nous nommons affinité chimique et celle que nous appelons électricité, me paraît propre à démontrer de plus en plus que ces deux forces ne sont que deux formes différentes sous lesquelles se manifeste une seule et même force qui réside très probablement dans la propriété que possède chaque atome de la matière de déterminer certaines vibrations dans l’éther. Mais quelles que soient les conjectures qu’on puisse faire sur la nature de ces forces, il est impossible de se refuser à reconnaître leur presque-identité, surtout lorsqu’on voit le courant qui, en traversant un corps, le décompose, pouvoir être développé dans la même direction par une décomposition analogue à celle qu’il a lui-même déterminée, mais produite par un autre moyen. Il y a dans tous ces phénomènes un enchaînement de causes et d’effets qu’on ne peut expliquer qu’en les ramenant à une cause unique dont les effets se manifestent sous des formes différentes suivant les conditions dans lesquelles ils sont produits.

» Je ne terminerai pas sans remarquer que le principe que j’ai énoncé, ne doit pas être confondu avec la loi trouvée par MM. Faraday et Matteuci, savoir que l’oxidation d’une quantité chimiquement équivalente de différens métaux, produit la même quantité totale d’électricité ou du moins les mêmes effets électro-chimiques. Quand il y a oxidation de quantités équivalentes de différens métaux, il y a combinaison d’un même nombre d’atomes chimiques et par conséquent production d’un même nombre de courans ; mais ces courans égaux en nombre sont loin d’être égaux en intensité ; il n’est aucun physicien qui ne sache que l’oxidation d’un atome de zinc produit un courant plus fort que celle d’un atome de cuivre. Mais il paraîtrait que lorsqu’il s’agit de décompositions chimiques, c’est le nombre et non pas l’intensité individuelle des courans qui détermine l’énergie de l’effet ; de sorte que pourvu que ce nombre soit le même, l’effet reste constant quelle que soit l’intensité. Cependant il est des cas, même dans les effets électro-chimiques, où cette intensité a une influence, indépendamment du nombre, en ce sens qu’aucun effet ne peut avoir lieu si les courans individuels n’ont pas une certaine intensité qui dépend de la nature des élémens dont la combinaison s’opère. C’est ce qui résulte d’un grand nombre d’expériences de MM. Becquerel et Faraday.

» Ainsi, dans le développement de l’électricité par les actions chimiques, il faut distinguer le nombre des courans produits, de l’intensité, ou pour m’exprimer d’une manière plus générale, du caractère individuel de chacun. Le nombre dépend, dans un temps donné, de la quantité de matière soumise à l’action chimique, de la rapidité, soit vivacité de cette action ; on peut, comme je l’ai dit, le regarder comme proportionnel au nombre des atomes chimiques combinés. L’intensité ou le caractère individuel de chaque courant dépend de la nature relative des atomes combinés ou séparés. Quelle est dans la production d’un effet, la part relative du nombre et de l’intensité des courans ? C’est ce que l’on ne peut encore dire de manière bien exacte ; des expériences précises et nombreuses peuvent seules résoudre cette question. Seulement il paraîtrait qu’il est possible, entre certaines limites, de compenser au moyen d’une augmentation dans leur nombre, une diminution dans l’intensité des courans ; ainsi, par exemple, quoique l’intensité du courant qui résulte de l’oxidation du cuivre, soit moindre que celle qui résulte de l’oxidation du plomb, on peut, en augmentant considérablement le nombre des atomes de cuivre qui se combinent dans un temps donné et par conséquent le nombre des courans produits, avoir un courant total plus fort que celui qui résulte de l’oxidation, dans le même temps, d’une moins grande quantité de plomb. C’est ce qui résulte de l’expérience que j’ai faite il y a déjà plusieurs années et dans laquelle le plomb est négatif par rapport au cuivre dans l’acide nitrique concentré, tandis qu’il est positif dans ce même acide très étendu. Mais si au lieu de plomb on prend du zinc, le même effet n’a plus lieu ; quelque nombreux qu’ils soient, les courans résultans de l’oxidation du cuivre ne pourront surpasser en intensité, ceux en beaucoup moins grand nombre qui sont dus à l’oxidation du zinc.

» Dans ce qui précède j’ai toujours entendu par intensité du courant, l’effet plus ou moins considérable qu’il produit sur le galvanomètre magnétique ; or ce n’est pas seulement par des différences d’action sur ce galvanomètre, que des courans qui proviennent d’actions chimiques diverses, tout en restant égaux en nombre, diffèrent entre eux. Leur origine influe, ainsi que je m’en suis assuré, et sur leurs effets sous le rapport de la température, et sur leurs propriétés à être transmis plus ou moins facilement à travers des conducteurs homogènes ou à travers des diaphragmes métalliques placés dans des conducteurs liquides. Ainsi donc, comme je l’ai dit plus haut, chaque courant a un caractère ou des propriétés individuelles qui dépendent de la nature de la combinaison chimique qui lui a donné naissance ; et si, au lieu de se borner aux courans d’une nature purement chimique, on étudie ceux qui ont une autre origine et qui sont développés soit par la chaleur, soit par une action mécanique, soit par l’influence des aimans, etc., on retrouve encore, ainsi que je m’en suis assuré, des différences dans leurs propriétés qui peuvent servir comme de types propres à caractériser chacun d’eux.

» Je suis occupé à classer les courans d’après leurs propriétés et à déterminer, si je le puis, le rapport qui doit exister entre ces propriétés et la source qui leur donne naissance. Le nombre des faits que j’ai observés est déjà assez considérable pour me montrer que les courans électriques ne sont point homogènes et ont des différences spécifiques aussi grandes, et peut-être même plus grandes encore, mais du même genre que celles que M. Melloni a observées entre les rayons calorifiques. Je dois ajouter que M. Becquerel avait déjà remarqué que l’on peut produire des effets électro-chimiques différens, en variant la nature des réactions chimiques qui sont destinées à donner naissance à ces effets, et que M. Faraday avait ajouté quelques faits du même genre à ceux déjà observés par M. Becquerel. Mais ni l’un ni l’autre de ces deux physiciens ne me semblent avoir envisagé la question sous le point de vue général que j’ai signalé plus haut ; ils me paraissent en avoir fait purement une question d’intensité et même ne l’avoir considérée que sous le rapport de la force que doit avoir un courant pour produire certains effets chimiques en vue de la production de ces effets ; ils ne se sont occupés nullement des autres propriétés, et je ne crois pas qu’ils aient eu pour but d’établir des différences spécifiques entre les courans. Or c’est précisément ce but que je me suis proposé, et quand j’aurai achevé le travail qui doit m’y conduire, je m’empresserai de vous le communiquer et de vous demander de vouloir bien lui réserver une place dans les annales ; j’espère que ce moment ne tardera pas et que je serai bientôt en mesure de vous transmettre, sinon la totalité, du moins la plus grande partie des recherches que j’ai entreprises sur ce sujet, qui me paraît digne de quelque intérêt. »

» Agréez, etc.
» Genève, le 13 octobre 1835.

» P. S. Depuis que la lettre qui précède est écrite, j’ai lu dans un compte rendu de la séance de l’Académie des Sciences du 12 octobre, que M. Peltier a trouvé des différences dans la faculté que possèdent à vaincre les mêmes résistances, des courans primitivement égaux, mais provenant de sources différentes. Ce résultat me paraît tout-à-fait d’accord avec les idées que j’ai émises dans ma lettre, et propre à confirmer ce que j’ai dit sur la nature individuelle caractéristique de chaque courant. Je rappellerai aussi que j’avais déjà en 1828 (voyez Ann. de Ch. et de Phys., T. 37, p. 286) montré que la conductibilité des corps pour l’électricité n’est pas une propriété absolue, mais qu’elle varie avec l’intensité du courant et le plus ou moins grand nombre de couples qui le produit ; tellement qu’une substance plus conductrice qu’une autre pour une certaine intensité du courant, peut devenir moins conductrice que cette autre pour une intensité différente ou pour un courant de même intensité, mais provenant d’une pile composée d’un nombre de paires qui n’est pas le même.

» Puisque j’ai encore l’occasion de dire quelques mots, je désire en profiter pour expliquer plus clairement que je ne l’ai fait dans ma lettre, comment je compare les intensités relatives des courans dus à des actions chimiques différentes, en me mettant à l’abri de l’influence du nombre ou de la quantité de ces courans qui pourrait n’être pas la même dans les cas que l’on voudrait comparer. Le moyen le plus simple et que j’ai le plus fréquemment employé (il n’est cependant pas le seul) consiste à faire agir un liquide sur un corps composé ; chaque atome composé donne lieu à deux courans inverses, l’un qui provient de la décomposition de l’atome, l’autre de la nouvelle combinaison qui remplace la première ; ces deux courans sont simultanés, et le sens de la déviation de l’aiguille du galvanomètre, indique lequel des deux est le plus fort. Il est clair qu’il y a ici autant de courans dus à l’une des actions que de courans dus à l’autre, et que, par conséquent, les différences d’effet ne peuvent être attribuées qu’à des différences dans les intensités individuelles de chaque courant et non à des différences dans leur nombre.

» Genève, le 20 octobre 1835. »
Astronomie.Lettre de M. Valz à M. Arago, sur la comète de Halley.

M. Valz écrit qu’après deux mois d’observations assidues, il retrouve à peu près, sauf une variation de 20′ dans l’inclinaison de l’orbite, les élémens de la comète de Halley qu’il avait d’abord déduits d’un arc embrassant la courte période de 16 jours (voyez page 130). Voici ces derniers élémens :

Passage au périhélie, 1835, novembre, 15j,933 temps moyen à Nîmes,
compté de midi ;
Longitude du périhélie 
304° 30′
Longitude du nœud 
55° 6′
Inclinaison 
17° 47′
Excentricité 
0,967391
Demi-grand axe adopté 
17,9879.

Dans la lettre analysée à la page 130, M. Valz affirmait que les actions réunies de Vénus et de Mars devaient diminuer la durée de la révolution de la comète de Halley de six jours. Les géomètres et les astronomes se montrèrent très peu disposés à admettre ce résultat. On a pu voir, page 234, comment M. de Pontécoulant le combattit ensuite, en se fondant sur des calculs directs. M. Valz répond qu’il s’était cru d’autant plus autorisé à citer le résultat contre lequel on se récrie tant, que M. Schumacher l’a inséré, il y a plus de six mois, dans le no 276 de son journal, sans exciter aucune réclamation ; que les six jours contestés sont aussi la conséquence d’un calcul direct ; qu’enfin, s’il y a erreur, c’est à M. Rosenberg et non à lui qu’il faudra s’en prendre.

Depuis que la lettre de M. Valz nous est parvenue, nous nous sommes procuré le no 276 du journal de M. Schumacher, car, par une singulière fatalité, il n’est encore arrivé ni à l’Institut, ni à l’Observatoire. Nous y avons trouvé, en effet, un Mémoire de M. Rosenberg, terminé par les conclusions suivantes, imprimées en gros caractères.

« On voit que l’influence de la terre accélère d’environ 15j le prochain retour de la comète au périhélie (M. Damoiseau trouvait 12j,33 ; M. de Pontécoulant 15j,05 pour cette accélération. Conn. des Tems de 1832 et de 1833) ; mais on voit aussi que Vénus produit une accélération d’environ 5j sur ce retour, et Mercure et Mars, considérés ensemble, une accélération qui s’élève presque à un jour entier. »

M. Poisson fait remarquer que, si les calculs de M. Rosenberg étaient exacts, il y aurait une différence assez considérable entre le passage au périhélie observé et le passage calculé, et que dès lors les probabilités sont en faveur des résultats de M. de Pontécoulant.

M. Arago s’associe volontiers à l’opinion de M. Poisson, mais il n’en persiste pas moins à penser, prenant en considération le mérite distingué de M. Rosenberg, qu’il y a dans ce cas-ci matière à un examen sérieux. M. de Pontécoulant, à qui M. Arago se propose de remettre le mémoire du géomètre allemand, découvrira peut-être aisément la source de l’erreur. Au surplus, depuis le travail de M. Encke, ajoute M. Arago, on peut s’attendre, en thèse générale, soit à raison de la résistance de l’éther, soit par des causes encore inconnues, à des irrégularités sensibles dans le mouvement de telle ou telle autre comète[1].

M. Poisson ne pense pas que deux et même trois retours successifs au périhélie d’une comète à longue période, soient suffisans pour déterminer l’effet de la résistance de l’éther, attendu qu’outre le coefficient de cette résistance, il faut connaître très exactement la correction du moyen mouvement diurne à l’époque de la seconde apparition.

Physique du globe.Lettre de M. Boubée sur un tremblement de terre ressenti à Saint-Bertrand-de-Comminges.

« Un tremblement de terre très intense s’est fait ressentir ici pendant la nuit du 27 octobre. — Vers les 4 heures du matin, le sol a été vivement ébranlé, et à tel point que dans les maisons tous les meubles étaient rudement secoués et soulevés jusqu’à plusieurs pouces au-dessus du plancher. Tout le monde réveillé en sursaut s’est effrayé d’un tel fracas nocturne, soit à Saint-Bertrand, soit à Loures, à Valcabrère, Izaourt, Anla et dans tous nos environs. La secousse s’est prolongée pendant une minute environ ; elle consistait en un mouvement ondulatoire rapide accompagné d’un bruit souterrain comparable au roulement d’une lourde voiture. La direction de cette secousse, qu’il a été facile de reconnaître à Saint-Bertrand, était de l’est-sud-est à l’ouest-nord-ouest, direction qu’affectent précisément les couches de calcaire compacte du terrain de craie inférieure sur lesquelles Saint-Bertrand est bâti, et qui est aussi celle de la chaîne entière des Pyrénées.

» J’ignore encore si le même tremblement de terre s’est fait ressentir avec les mêmes circonstances dans les lieux plus rapprochés de l’axe de la chaîne et où règnent des terrains plus anciens. Mais puisque la physique et la géologie sont également intéressées à savoir si la direction et l’intensité des secousses souterraines sont en rapport avec la nature et la direction des couches rocheuses qui se montrent à la surface du sol ; puisque d’ailleurs la science ne possède guère encore à cet égard qu’une seule observation due au géologue anglais Labeche, je vais, malgré la neige, tenter une enquête dans la montagne, en remontant jusqu’au terrain primitif. Je m’empresserai de communiquer à l’Académie le résultat de ces recherches, s’il offre quelque intérêt et s’il me paraît pouvoir éclairer la question.

» Je ne dois point terminer cette note sans faire mention d’une seconde secousse ressentie une heure après, mais moins forte et surtout beaucoup moins prolongée. — Je ne connais pas encore de ravages occasionnés par le tremblement de terre de Saint-Bertrand ; cependant quelques pans de muraille dans mon musée ont été dépouillés du plâtre qui les revêtait, ce qui me fait supposer que des constructions moins solides auront dû éprouver de plus graves dégâts.

» Les tremblemens de terre sont fréquens aux Pyrénées, mais celui du 28 octobre s’est fait remarquer par une intensité si extraordinaire, qu’il méritait d’être signalé spécialement et d’être annoté dans les archives de l’Académie. Les habitans de nos montagnes l’ont naturellement attribué au passage de la comète. »

Chirurgie.Traitement des hernies.

M. Malgaigne, chargé du service des hernies au bureau central des hôpitaux de Paris, écrit afin de prendre date pour quelques idées que ses recherches lui ont suggérées et dont voici l’énoncé :

« 1o.La présence d’une hernie inguinale, directe ou oblique, est une prédisposition manifeste au développement d’une seconde, en sorte qu’après un espace de temps variable, et dont je m’occupe de déterminer les limites, tout individu atteint d’une hernie mal contenue doit s’attendre à en avoir deux.

» 2o.Tous les bandages imaginés jusqu’à ce jour pour contenir la hernie inguinale oblique, soit congéniale, soit accidentelle, sont fondés sur un principe vicieux et demandent une réforme complète. Tous exercent la compression principale sur l’anneau externe, et à peine sur une petite partie du canal. Le principe nouveau que je veux établir, consiste à exercer la compression sur tout le canal, mais principalement sur l’anneau interne.

» Les principaux inconvéniens de l’ancienne méthode sont : 1o qu’en bouchant seulement l’anneau externe, elle laisse la hernie séjourner dans le canal et ne fait donc que transformer une hernie complète en hernie intersticielle ; 2o elle ne procure une guérison radicale que par hasard, et même chez les enfans, la proportion des insuccès est énorme ; 3o la hernie est évidemment moins bien contenue, et la plupart des malades sur qui l’on compare les deux méthodes, en rendent témoignage à l’instant même ; 4o lorsque la hernie exige une grande force de compression, tous les bandages actuels s’appuyant sur le pubis, compriment le cordon spermatique ; et de là une proportion effrayante d’engorgemens du cordon ou du testicule ; ce qui n’a pas lieu avec la nouvelle méthode.

» 3o.Dans les hernies inguinales directes, surtout lorsqu’elles sont anciennes et que la partie inférieure de l’anneau est constituée par l’os pubis même, il faut une force de compression énorme et qui doit nécessairement porter sur le pubis. J’ai essayé alors si l’on ne pourrait pas éviter la compression du cordon en relevant le scrotum et plaçant la pelote compressive par-dessous ; j’ai déjà appliqué deux bandages de cette manière, mais depuis trop peu de temps pour être sûr du résultat.

» 4o.Parmi les affections confondues sous le nom de chute de l’utérus ou du vagin, il en est une toute spéciale, dont je n’ai vu ni description ni même la plus simple mention nulle part, et qui paraît cependant assez commune, puisque j’en ai recueilli déjà huit observations. C’est une hernie de la partie inférieure du rectum à travers la vulve ; hernie que j’ai constatée à divers degrés, depuis la grosseur d’une noix jusqu’à celle d’un gros œuf de poule ; tantôt compliquée de cystocèle ou de chute de matrice, le plus souvent à l’état simple, et offrant des caractères et des inconvéniens particuliers. J’aurais pu dès aujourd’hui en faire l’histoire pathologique, mais j’ai préféré attendre les résultats des essais que je tente en ce moment pour y porter remède. »

Statistique.Lettre de M. Demonferrand sur l’exactitude des documens statistiques dont on fait usage dans toutes les recherches relatives à la loi de la mortalité en France.

Des doutes sérieux ont été élevés concernant l’exactitude des tables de mortalité adressées au ministère par les autorités départementales. Peut-on, d’après cela, se demande M. Demonferrand, accorder quelque confiance aux recherches qui se fonderont sur ces documens ?

Voici sa réponse :

« Il existe un moyen simple d’apprécier le degré de probabilité des documens et des résultats auxquels ils ont servi de base. Ce moyen est emprunté à l’Astronomie : il consiste à se servir des valeurs approximatives fournies par des observations imparfaites, pour prédire des faits futurs, et à comparer ensuite les résultats du calcul à de nouvelles observations, pour obtenir des approximations de plus en plus rigoureuses.

» Pour appliquer cette méthode à mon travail, voici la marche que j’ai suivie. Il est évident que si l’on diminue le nombre des naissances de garçons d’une année quelconque, des pertes éprouvées par cette génération, en passant successivement de 0 à 1 an, de 1 à 2, etc., le reste donné par la 20me année, sera égal au nombre des conscrits de cette époque. Cette méthode était applicable aux départemens pour lesquels on possède une suite non interrompue de feuilles depuis 1814 ; ils sont au nombre de 61. J’ai calculé pour chacun d’eux le nombre des conscrits de la classe de 1834. En comparant les résultats avec les listes du recrutement, qui parviendront bientôt au ministère de la guerre, on aura une base fixe pour apprécier les limites d’erreur des feuilles, leur influence dans les calculs, et le degré de probabilité des lois que j’ai énoncées. »

Minéralogie.Aperçu de la richesse minérale de l’empire russe.

(D’après plusieurs notes de M. Teploff, officier des mines de Russie.)

Cet aperçu statistique, emprunté à l’un des articles de la correspondance de l’Académie, nous a paru devoir être conservé dans nos Comptes rendus.

» Le tableau placé à la fin de cette note indique les quantités[2] d’or, de platine, d’argent aurifère, de cuivre, de plomb, de fonte, de sel, de houille et de naphte, extraites en Russie dans les années 1830, 1831, 1832, 1833 et 1834. À défaut de renseignemens plus précis, on ne lira pas sans intérêt quelques détails sur la manière dont ces richesses se trouvent réparties entre les diverses contrées de l’empire.

» Or. — L’or se trouve au Caucase, dans la Daourie, dans l’Altaï, et principalement dans l’Oural, qui fournit la presque totalité de ce métal précieux. L’or de l’Oural provient soit des mines situées aux environs d’Ekatherinbourg, où l’on connaît dans le schiste talqueux plus de 150 filons, soit des alluvions aurifères, généralement répandues sur la pente orientale de cette chaîne, dans une étendue qui n’a pas moins de 5 à 7 lieues de large et 250 de long. Des circonstances locales très favorables rendent l’exploitation de ces alluvions facile et peu coûteuse.

» Platine. — Le platine y accompagne souvent l’or ; mais il existe aussi des alluvions où le platine se trouve en abondance, à l’exclusion presque complète de l’or.

» Argent. — L’argent se trouve, au Caucase, dans les montagnes isolées qui dominent les steppes sablonneuses des Kirghiz ; dans la Daourie et principalement dans l’Altaï, où le métal produit, toujours aurifère, forme les de l’argent extrait dans tout l’empire[3].

» Cuivre. — Le cuivre provient du Caucase, des montagnes situées au milieu des steppes des Kirghiz, de l’Altaï et de l’Oural.

» Plomb. — On trouve du plomb au Caucase, dans les montagnes des steppes des Kirghiz et dans l’Altaï.

» Fer. — Le fer[4] est exploité au Caucase, dans les départemens qui environnent celui de Moscou, dans les provinces méridionales de la Russie, et principalement dans l’Oural, où l’on trouve des montagnes presque entièrement composées de minerai magnétique. Celle qu’on nomme Grâce-de-Dieu fournit annuellement, depuis un siècle, 11 360 000 kilogrammes de minerai, dont la richesse est, moyennement, de 57 p. 100, et atteint souvent 70 p. 100.

» Zinc. — Le Caucase, les montagnes des steppes des Kirghiz, produisent une certaine quantité de zinc.

» Étain, mercure. — L’étain et le mercure ont été découverts en Daourie.

» Sel. — Le sel s’extrait en abondance des steppes des Kirghiz. Les régions transcaucasiennes renferment aussi d’importantes exploitations de cette substance.

» Houille. — La faible quantité de houille exploitée maintenant, provient des provinces méridionales de la Russie.

» Naphte. — Le naphte est fourni par le Caucase.

» Alun, soufre. — Le Caucase, les départemens environnant celui de Moscou produisent de l’alun et du soufre.

» Les gisemens les plus riches, ou plutôt les exploitations les plus actives, sont situées, dans l’ordre de leur importance, dans l’Oural, dans l’Altaï et dans la chaîne de la Daourie. Le nombre des ouvriers employés aux mines et aux usines surpasse 120 000. Ils forment une classe particulière, recevant du gouvernement solde et provisions, et ayant en outre la jouissance de terres, de prairies et de forêts. Le travail est proportionné à l’âge et à la force des ouvriers ; il ne leur est imposé que pour 220 jours par an ; les 140 autres leur appartiennent, ils en disposent à leur gré. Les ouvriers restent ainsi attachés au service des mines le même temps que les soldats au service militaire ; ce temps est de 30 années, et par conséquent assez long pour leur donner l’habitude de ce genre de travail et le désir d’y consacrer le reste de leur vie.

» Diverses substances précieuses. — Nous ajouterons que les montagnes de la Finlande, qui renferment des minéraux intéressans pour la science, fournissent aussi de superbes granites, employés aux monumens de la capitale ; la Daourie donne des pierres précieuses ; l’Oural fournit aussi des jaspes, des marbres et des gemmes, telles que le zircon, l’émeraude et la topaze : on y a même découvert, dans ces derniers temps, de riches gissemens de diamans. »

Tableau du produit des mines de Russie pendant les années 1830, 1831, 1832, 1833 et 1834.
SUBSTANCES
EXTRAITES.
1830. 1831. 1832. 1833. 1834.
kil. kil. kil. kil. kil.
Or 
6,260 6,582 6,916 6,706 6,626
Platine 
1,742 1,767 1,907 1,907 1,695
Argent aurif. 
20,974 21,503 21,454 20,552 20,666
Cuivre 
3,860,696 3,904,543 3,620,201 3,387,252 (3) (4)
Plomb 
693,478 792,935 688,351 716,500 (4)
Fonte 
182,721,274 180,043,730 162,480,224 159,113,372 (3) (4)
Sel (1) 
342,240,893 232,821,358 (2) 372,776,283 491,862,299 (4)
Houille 
7,863,642 9,774,998 6,596,034 8,227,528 (4)
Naphte 
4,253,000 4,253,000 4,253,000 4,253,000 (4)
(1) Le sel exploité dans les contrées transcaucasiennes ne figure point dans ce tableau.
(2) L’exploitation du sel a dû être réduite en 1831, pour achever d’écouler les produits des années précédentes.
(3) La diminution qu’on remarque en 1832 et 1833 sur la production en cuivre et en fonte, provient de ce que les ouvriers qui se livrent ordinairement à l’exploitation de ces métaux, ont été employés à d’autres travaux.
(4) Lorsque cette note a été rédigée, on ne connaissait pas encore les produits relatifs à ces substances pour l’année 1834.
Géologie.Cire fossile ; connaissances des Chinois sur cet objet.

À l’occasion d’une communication faite à l’Académie sur la cire fossile, et dans laquelle ce minéral était considéré comme du succin en voie de formation, M. Paravey adresse l’extrait suivant de ce qu’il a trouvé à ce sujet dans les livres chinois :

« Le Pentsao, section des pierres, pages 7 et 8, livre 37, dit que le hou-pe, nom chinois du succin, se nomme aussi kiang-tchu, ou perles, larmes du kiang, c’est-à-dire des grands fleuves ou bras de mer, ce que les anciens ont traduit par produits de l’Éridan ; l’autre nom hou-pe ou khou-pe, offre les caractères de tigre qui enlève, et de paille blanche ; il est comme la traduction de son nom persan karabe ou kah-rubah, qui enlève la paille.

» Quant à sa formation, il la développe ainsi : la résine ou la graisse tchy, du pin sauvage ou du mélèze song, étant laissée en terre mille ans, donne le fou-ling, sorte d’excroissance des racines profondes du mélèze ou des vieux pins, dont la présence dans la terre se décèle par une vapeur lumineuse, qui voltige au-dessus du lieu où se conservent les racines de ces arbres, quand on a coupé leur tronc à fleur de terre.

» Le fou-ling, substance rare et très chère, décrite par le père Duhalde, et qui s’emploie comme médicament, avec les racines encore plus précieuses de gin-seng, étant laissé mille ans ou très long-temps en terre, donne le hou-pe, ou khou-pe, c’est-à-dire le succin ou ambre jaune ; enfin ce hou-pe, ou succin, étant laissé à son tour mille ans en terre, donne la pierre noire, dite to ou to-pe, laquelle évidemment, d’après ce que l’on en rapporte, ne peut être que le jayet. »

MÉMOIRES PRÉSENTÉS.
Anatomie.De l’organotomie considérée comme un moyen de connaître les fonctions des centres nerveux ou des organes dont le cerveau est formé ; par M. Fourcault.
(Commissaires, MM. Serres, Roux et Breschet.)
Botanique.Mémoire sur ce que les nomenclateurs nomment espèce, particulièrement dans le genre Rosier, et monographie de ce genre ; par M. Boitard.
(Commissaires, MM. Mirbel, de Jussieu, Richard.)
Anatomie.Mémoire sur le vol et la natation des oiseaux ; par M. Émile Jacquemin.
(Commissaires, MM. Dulong, Magendie et Blainville.)
Botanique.Mémoire sur trois nouvelles plantes observées au Brésil ; par M. Théod. Descourtils.
(Commissaires, MM. Mirbel, Turpin et Richard.)
Médecine.Mémoire sur les maladies désignées sous le nom de fièvres continues.
Mémoire concernant la découverte du parenchyme et des altérations des organes.
(Ces deux mémoires anonymes sont adressés pour le concours Montyon.)
Médecine.Mémoire sur les fluides impondérables ; par M. Sellier.
(Ce mémoire sera examiné par l’ancienne commission du choléra.)

Les recherches de M. Sellier furent provoquées par la demande que fit le gouvernement, à l’époque de l’invasion du choléra, d’examiner si le développement de cette maladie était lié à quelque modification atmosphérique.


L’Académie s’occupe, en comité secret, du prochain voyage de la Bonite et des instructions qui doivent être remises au commandant de ce navire. Sur la proposition de M. Arago, il est décidé que M. le président demandera à M. le ministre de la marine de vouloir bien adjoindre à l’expédition un ingénieur hydrographe (M. Darondeau), auquel les observations de physique générale seraient spécialement confiées. Sur la demande de MM. Mirbel, Cordier, Blainville et Freycinet, M. l’amiral Duperré sera également prié de nommer M. Gaudichaud, pharmacien de la marine, à l’emploi de naturaliste de la Bonite. M. Arago est autorisé à demander, dès ce moment, au ministère, tous les instrumens qui seront nécessaires pour qu’on puisse se livrer aux recherches recommandées dans les instructions dont il sera donné lecture lundi prochain.

La séance est levée à cinq heures.

A.

Bulletin bibliographique.

L’Académie a reçu dans cette séance les ouvrages dont voici les titres :

Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences, no 14, in-4o.

Atlas géographique et physique ; par M. de Humboldt ; 11me livraison, in-folio.

Mémoire sur l’Interpolation ; par M. A. Cauchy ; septembre 1835.

Conseil de Salubrité. — Instruction sur les Fondoirs de suif ; par M. D’Arcet ; brochure in-8o.

Instruction sur les Soufroirs ; par le même ; in-8o.

Sur le genre Cheval et spécialement sur l’Hémione ; par M. Isid. Geoffroy Saint-Hilaire ; in-4o.

Astronomical Observations made at the Royal Observatory at Greenwich, in the months of july, august, september, october, november and december 1834, and january, february and march 1835, under the direction of John Pond, Esq. ; Londres, 1835, trois vol. in-folio.

An Account of the Revd John Flamsteed, the first astronomer royal, compiled, from his own manuscripts, and other authentic documents, never before published ; by Francis Baily, Esq. ; Londres, 1835, in-4o.

Transactions of the geological Society of London ; 3me vol., 3me partie ; Londres, 1835, in-4o.

Memoirs of the royal astronomical Society ; vol. 8, Londres, 1835, in-4o.

Transactions of the Cambridge philosophical Society ; 5me vol., Cambridge, 1835, in-4o.

Philosophical Transactions of the Royal Society of London ; pour l’année 1835 ; 1e partie, Londres, 1835, in-4o.

Proceedings of the Royal Society ; nos 20 et 21, in-8o.

Astronomical Observations made at the observatory of Cambridge ; by M. G. Biddell Airy, Esq. ; pour l’année 1834, 7me vol., Cambridge, 1835, in-8o.

Experimental Researches in electricity (tenth series), by M. Michael Faraday ; Londres, 1835, in-4o.

Liste des membres de la Société Royale de Londres, au premier décembre 1834.

The nautical Almanac and astronomical Ephemeris de Londres ; pour l’année 1835 ; Londres, 1833, in-8o.

The fourth Report of the British Association for the advancement of science ; Londres, 1835, in-8o.

Description of a microscopic Entozoon infesting the muscles of the human body ; par M. Richard Owen ; Londres, 1835, in-4o.

On the Osteology of the Chimpanzee and Orang-Utang ; par le même ; in-4o.

Die physiologie als erfahrungswissenschaft ; par M. C.-F. Burdach, 5me vol. ; Leipsig, 1835, in-8o.

Bibliographia palœonthologica ; par M. Fischer de Valdhein ; Moscou, 1834, in-8o.

Memorie di Medicina ; par M. Ceresa ; Vienne, 1835, in-8o. (Réservé, d’après la demande de l’auteur, pour le concours Montyon.)

Neuf années à Constantinople ; par M. A. Brayer ; 2e vol., in-8o, Paris, 1835. (M. Magendie est chargé d’en rendre un compte verbal.)

Recherches sur l’état du pouls, de la respiration et de la température du corps dans les maladies ; par M. A. Donné ; in-8o.

Traitement de la Dyssenterie qui a régné dans le canton de Pornic en 1834 ; par M. Desplantes ; Nantes, 1835, in-8o.

Monographie des Cétoines et genres voisins ; par MM. Gory et Percheron ; 9e livraison, in-8o.

Traité élémentaire d’Histoire naturelle ; par MM. Martin-Saint-Ange et Guérin ; 22e livraison, in-8o.

Annales des Mines ; 3e série, tome 8, juillet et août 1835, in-8o.

Mémorial encyclopédique et progressif des Connaissances humaines ; 5e année, no 58, in-8o.

Archives générales de Médecine ; 2e série, tome 9, 1835, in-8o.

Annales de la Société Royale d’Horticulture de Paris ; tome 17, octobre 1835, in-8o.

Bulletin de la Société géologique de France ; tome 6, in-8o.

Bulletin de la Société Royale d’Agriculture, Sciences et Arts de Limoges ; no 3, tome 13, in-8o.

Société d’Émulation du département des Vosges ; nos 17 et 18, in-8o.

Journal de Pharmacie et des Sciences accessoires ; no 9 ; 21e année, in-8o.

Gazette des Hôpitaux, no 133.

Gazette médicale de Paris, tome 3, no 45.

Journal de Santé, no 114.


  1. Si les calculs de M. Rosenberg étaient exacts, la comète de Halley observée, se serait trouvée notablement moins avancée dans sa course que la comète calculée ; or la résistance de l’éther produirait un effet diamétralement contraire ! En admettant les résultats de M. de Pontécoulant, la discordance est moindre, mais dans le même sens. Ainsi, quant à la comète de Halley, on ne pourrait pas recourir à l’éther pour expliquer les différences actuelles entre la théorie et l’observation ; d’ailleurs, y a-t-il réellement des différences ?
  2. Les nombres donnés en mesures russes ont été réduits en kilogrammes au moyen des relations suivantes :
    1 pud 
    16k,3592,
    1 livre 
    pud 
    0,40898,
    1 solotnik
    livre 
    0,00426.
  3. L’or et l’argent, extraits dans ces diverses localités, sont réunis dans les villes principales, voisines des centres d’exploitation et transportés chaque hiver à la monnaie de Saint-Pétersbourg, où ils subissent l’opération du départ par l’acide sulfurique.
  4. Rendu à Saint-Pétersbourg, le fer coûte 34 francs les 100 kilogrammes.