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Contes et fables/Le Choucas

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Traduction par Ely Halpérine-Kaminsky.
Contes et fablesLibrairie Plon (p. 188-190).


LE CHOUCAS

FABLE


Un ermite aperçut un jour, dans la forêt, un faucon qui emportait dans son nid un morceau de viande ; puis il vit l’oiseau déchirer sa proie en morceaux qu’il donnait à manger à un jeune choucas.

L’ermite fut surpris de voir un faucon nourrir un jeune choucas.

« Grâce à la Providence, ce jeune choucas ne souffre pas de la faim. Dieu apprend à ce faucon à nourrir cet orphelin étranger. Dieu nourrit donc tous ces êtres animés, et nous, nous ne pensons qu’à nous-mêmes. Je ne me soucierai plus de moi, et je ne ferai plus de provisions ; puisque Dieu prend soin de ses créatures, il aura soin aussi de moi. »

C’est ce qu’il fit.

Il s’assit dans la forêt, ne bougea plus et passa son temps en prières. Il resta ainsi trois jours et trois nuits, sans manger ni boire ; le troisième jour, il était si faible qu’il ne pouvait même plus lever le bras. Il s’endormit de faiblesse et fit un rêve. Il lui semblait qu’un vieil homme s’approchait de lui et lui disait :

— Pourquoi ne cherches-tu pas ta nourriture ? Tu penses être ainsi agréable à Dieu, et tu ne fais que pécher. Dieu a disposé le monde de façon que chacun subvienne à ses besoins ; il ordonna au faucon de nourrir le jeune choucas parce que, sans le faucon, le jeune oiseau serait mort de faim ; tandis que toi, tu peux travailler de tes mains, tu veux tenter Dieu ! et c’est un péché ! Réveille-toi et travaille comme auparavant !

L’ermite se réveilla, et vécut comme il l’avait fait jusqu’à ce jour.