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Contes et fables/Les Pêches

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Traduction par Ely Halpérine-Kaminsky.
Contes et fablesLibrairie Plon (p. 47-50).


LES PÊCHES


Le paysan Tikhon Kouzmitch, revenant de la ville, appela ses enfants.

— Regardez, mes enfants, leur dit-il, quel cadeau l’oncle Ephim vous envoie !

Les enfants accoururent, et le père ouvrit un petit paquet.

— Voyez les jolies pommes, s’écria Vania, jeune garçon de six ans ; regarde, maman, comme elles sont rouges !

— Non, ce ne sont probablement pas des pommes, dit Serguey, le fils aîné ; vois leur peau, on dirait qu’elle est recouverte de duvet.

— Ce sont des pêches, dit le père, vous n’avez pas encore vu de pareils fruits ; l’oncle Ephim les a cultivées dans la serre, car il prétend que les pêches ne poussent que dans les pays chauds, et que, chez nous, on ne peut les récolter que dans les serres.

— Et qu’est-ce qu’une serre ? demanda Volodia, le troisième fils de Tikhon.

— Une serre, c’est une grande maison dont les murs et le toit sont vitrés.

L’oncle Ephim m’a expliqué qu’on la construit ainsi pour que le soleil puisse réchauffer les plantes. L’hiver, au moyen d’un poêle particulier, on maintient la température au même degré.

Voilà pour toi, femme, la plus grosse pêche, et ces quatre-là sont à vous, enfants.

— Eh bien, demanda Tikhon, le soir même, comment trouvez-vous ces fruits ?

— Ils ont un goût si fin, si savoureux, répondit Serguey, que je veux planter le noyau dans un pot ; il en poussera peut-être un arbre qui se développera dans l’isba.

— Tu serais peut-être un bon jardinier ; voilà maintenant que tu songes à faire pousser des arbres, reprit le père.

— Et moi, reprit le petit Vania, je l’ai trouvée si bonne, la pêche, que j’ai demandé à maman la moitié de la sienne ; mais le noyau, je l’ai jeté !

— Toi, tu es encore tout jeune, dit le père.

— Vania a jeté le noyau, dit le second fils, Vassili ; moi, je l’ai ramassé et je l’ai cassé ; il était bien dur ; il y avait dedans une amande qui avait le goût de la noix, mais plus amer. Quant à ma pêche, je l’ai vendue dix kopeks ; elle ne valait d’ailleurs pas davantage.

Tikhon hocha la tête :

— C’est trop tôt pour toi de commencer à faire du commerce ; tu veux donc devenir un marchand ? Et toi, Yolodia, tu ne dis rien ! Pourquoi ? demanda Tikhon à son troisième fils qui se tenait à l’écart ; ta pêche avait-elle bon goût ?

— Je ne sais pas ! répondit Volodia ?

— Comment, tu ne sais pas ? reprit le père… tu ne l’as donc pas mangée ?

— Je l’ai portée à Gricha, répondit Volodia ; il est malade, je lui ai raconté ce que tu nous as dit à propos de ce fruit, et il ne faisait que contempler la pêche ; je la lui ai donnée, mais Gricha ne voulait pas la prendre ; alors, je l’ai posée près de lui, et je me suis enfui.

Le père mit la main sur la tête de son fils et lui dit :

— Dieu te la rendra.