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Corinne ou l’Italie/Livre IV

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Tome I – Livre IV


LIVRE IV.

ROME.

CHAPITRE PREMIER.


QUINZE jours se passèrent pendant lesquels lord Nelvil se consacra tout entier à la société de Corinne. Il ne sortait de chez lui que pour se rendre chez elle, il ne voyait rien, il ne cherchait rien qu’elle, et sans lui parler jamais de son sentiment, il l’en faisait jouir à tous les momens du jour. Elle était accoutumée aux hommages vifs et flatteurs des Italiens, mais la dignité des manières d’Oswald, son apparente froideur, et sa sensibilité qui se trahissait malgré lui, exerçaient sur l’imagination une bien plus grande puissance. Jamais il ne racontait une action généreuse, jamais il ne parlait d’un malheur sans que ses yeux se remplissent de larmes, et toujours il cherchait à cacher son émotion. Il inspirait à Corinne un sentiment de respect qu’elle n’avait pas éprouvé depuis long-temps. Aucun esprit, quelque distingué qu’il fût, ne pouvait l’étonner ; mais l’élévation et la dignité du caractère agissaient profondément sur elle. Lord Nelvil joignait à ces qualités une noblesse dans les expressions, une élégance dans les moindres actions de la vie, qui faisaient contraste avec la négligence et la familiarité de la plupart des grands seigneurs romains.

Bien que les goûts d’Oswald fussent à quelques égards différens de ceux de Corinne, ils se comprenaient mutuellement d’une façon merveilleuse. Lord Nelvil devinait les impressions de Corinne avec une sagacité parfaite, et Corinne découvrait, à la plus légère altération du visage de lord Nelvil, ce qui se passait en lui. Habituée aux démonstrations orageuses de la passion des Italiens, cet attachement timide et fier, ce sentiment prouvé sans cesse et jamais avoué, répandait sur sa vie un intérêt tout à fait nouveau. Elle se sentait comme environnée d’une atmosphère plus douce et plus pure, et chaque instant de la journée lui causait un sentiment de bonheur qu’elle aimait à goûter, sans vouloir s’en rendre compte.

Un matin, le prince Castel-Forte vint chez elle ; il était triste, elle lui en demanda la cause. — Cet Écossais, lui dit-il, va nous enlever votre affection, et qui sait même s’il ne vous emmenera pas loin de nous ! — Corinne garda quelques instans le silence, puis répondit : je vous atteste qu’il ne m’a point dit qu’il m’aimait. — Vous le croyez, néanmoins, répondit le prince Castel-Forte ; il vous parle par sa vie, et son silence même est un habile moyen de vous intéresser. Que peut-on vous dire en effet que vous n’ayez pas entendu ! quelle est la louange qu’on ne vous ait pas offerte ! quel est l’hommage auquel vous ne soyez pas accoutumée ! Mais il y a quelque chose de contenu, de voilé dans le caractère de lord Nelvil, qui ne vous permettra jamais de le juger entièrement comme vous nous jugez. Vous êtes la personne du monde la plus facile à connaître ; mais c’est précisément parce que vous vous montrez volontiers telle que vous êtes, que la réserve et le mystère vous plaisent et vous dominent. L’inconnu, quel qu’il soit, a plus d’ascendant sur vous que tous les sentimens qu’on vous témoigne. — Corinne sourit. — Vous croyez donc, cher prince, lui dit-elle, que mon cœur est ingrat et mon imagination capricieuse ? Il me semble cependant que lord Nelvil possède et laisse voir des qualités assez remarquables pour que je ne puisse pas me flatter de les avoir découvertes. C’est, j’en conviens, répondit le prince Castel-Forte, un homme fier, généreux, spirituel, sensible même, et surtout mélancolique ; mais je me trompe fort, ou ses goûts n’ont pas le moindre rapport avec les vôtres. Vous ne vous en apercevrez pas tant qu’il sera sous le charme de votre présence, mais votre empire sur lui ne tiendrait pas, s’il était loin de vous. Les obstacles le fatigueraient, son ame a contracté, par les chagrins qu’il a éprouvés, une sorte de découragement qui doit nuire a l’énergie de ses résolutions ; et vous savez d’ailleurs combien les Anglais en général sont asservis aux mœurs et aux habitudes de leur pays. —

À ces mots, Corinne se tut et soupira. Des réflexions pénibles sur les premiers événemens de sa vie se retracèrent à sa pensée ; mais le soir elle revit Oswald plus occupé d’elle que jamais ; et tout ce qui resta dans son esprit de la conversation du prince Castel-Forte, ce fut le désir de fixer lord Nelvil en Italie, en lui faisant aimer les beautés de tout genre dont ce pays est doué. C’est dans cette intention qu’elle lui écrivit la lettre suivante. La liberté du genre de vie qu’on mène a Rome excusait cette démarche, et Corinne en particulier, bien qu’on pût lui reprocher trop de franchise et d’entraînement dans le caractère, savait conserver beaucoup de dignité dans l’indépendance et de modestie dans la vivacité.

Corinne, à lord Nelvil.
Ce 15 décembre 1794.

« Je ne sais, Milord, si vous me trouverez trop de confiance en moi-même, ou si vous rendrez justice aux motifs qui peuvent excuser cette confiance. Hier je vous ai entendu dire que vous n’aviez point encore voyagé dans Rome, que vous ne connaissiez ni les chefs-d’œuvre de nos beaux arts, ni les ruines antiques qui nous apprennent l’histoire par l’imagination et le sentiment ; et j’ai conçu l’idée d’oser me proposer pour guide dans ces courses à travers les siècles.

Sans doute Rome présenterait aisément un grand nombre de savans dont l’érudition profonde pourrait vous être bien plus utile ; mais si je puis réussir à vous faire aimer ce séjour, vers lequel je me suis toujours sentie si impérieusement attirée, vos propres études achèveront ce que mon imparfaite esquisse aura commencé.

Beaucoup d’étrangers viennent à Rome, comme ils iraient à Londres, comme ils iraient à Paris, pour chercher les distractions d’une grande ville ; et si l’on osait avouer qu’on s’est ennuyé à Rome, je crois que la plupart l’avoueraient ; mais il est également vrai qu’on peut y découvrir un charme dont on ne se lasse jamais. Me pardonnerez-vous, Milord, de souhaiter que ce charme vous soit connu ?

Sans doute il faut oublier ici tous les intérêts politiques du monde ; mais lorsque ces intérêts ne sont pas unis à des devoirs ou à des sentimens sacrés, ils refroidissent le cœur. Il faut aussi renoncer à ce qu’on appellerait ailleurs les plaisirs de la société ; mais ces plaisirs, presque toujours, flétrissent l’imagination. L’on jouit à Rome d’une existence tout à la fois solitaire et animée, qui développe librement en nous-mêmes tout ce que le ciel y a mis. Je le répète, Milord, pardonnez-moi cet amour pour ma patrie, qui me fait désirer de la faire aimer d’un homme tel que vous ; et ne jugez point avec la sévérité anglaise les témoignages de bienveillance qu’une Italienne croit pouvoir donner, sans rien perdre à ses yeux, ni aux vôtres. »

« Corinne. »

En vain Oswald aurait voulu se le cacher, il fut vivement heureux en recevant cette lettre ; il entrevit un avenir confus de jouissances et de bonheur ; l’imagination, l’amour, l’enthousiasme, tout ce qu’il y a de divin dans l’ame de l’homme, lui parut réuni dans le projet enchanteur de voir Rome avec Corinne. Cette fois il ne réfléchit pas, cette fois il sortit à l’instant même pour aller voir Corinne, et, dans la route, il regarda le ciel, il sentit le beau temps, il porta la vie légèrement. Ses regrets et ses craintes se perdirent dans les nuages de l’espérance ; son cœur, depuis long-temps opprimé par la tristesse, battait et tressaillait de joie ; il craignait bien qu’une si heureuse disposition ne put durer ; mais l’idée même qu’elle était passagère donnait à cette fièvre de bonheur plus de force et d’activité.

— Vous voilà ? dit Corinne en voyant entrer lord Nelvil, ah ! merci. — Et elle lui tendit la main. Oswald la prit, y imprima ses lèvres avec une vive tendresse, et ne sentit pas dans ce moment cette timidité souffrante qui se mêlait souvent à ses impressions les plus agréables, et lui donnait quelquefois, avec les personnes qu’il aimait le mieux, des sentimens amers et pénibles. L’intimité avait commencé entre Oswald et Corinne depuis qu’ils s’étaient quittés, c’était la lettre de Corinne qui l’avait établie ; ils étaient contens tous les deux, et ressentaient l’un pour l’autre une tendre reconnaissance.

— C’est donc ce matin, dit Corinne, que je vous montrerai le Panthéon et Saint-Pierre : j’avais bien quelque espoir, ajouta-t-elle en souriant, que vous accepteriez le voyage de Rome avec moi ; aussi mes chevaux sont prêts. Je vous ai attendu ; vous êtes arrivé ; tout est bien ; partons. — Étonnante personne, dit Oswald, qui donc êtes-vous ? où avez-vous pris tant de charmes divers qui sembleraient devoir s’exclure : sensibilité, gaieté, profondeur, grâce, abandon, modestie ? êtes-vous une illusion ? êtes-vous un bonheur surnaturel pour la vie de celui qui vous rencontre ? — Ah ! si j’ai le pouvoir de vous faire quelque bien, reprit Corinne, vous ne devez pas croire que jamais j’y renonce. — Prenez garde, reprit Oswald en saisissant la main de Corinne avec émotion, prenez garde à ce bien que vous voulez me faire. Depuis près de deux ans une main de fer serre mon cœur ; si votre douce présence m’a donné quelque relâche, si je respire près de vous, que deviendrai-je quand il faudra rentrer dans mon sort ; que deviendrai-je ?… — Laissons au temps, laissons au hasard, interrompit Corinne, à décider si cette impression d’un jour que j’ai produite sur vous durera plus qu’un jour. Si nos ames s’entendent, notre affection mutuelle ne sera point passagère. Quoi qu’il en soit, allons admirer ensemble tout ce qui peut élever notre esprit et nos sentimens ; nous goûterons toujours ainsi quelques momens de bonheur. — En achevant ces mots, Corinne descendit, et lord Nelvil la suivit, étonné de sa réponse. Il lui sembla qu’elle admettait la possibilité d’un demi-sentiment, d’un attrait momentané. Enfin, il crut entrevoir de la légèreté dans la manière dont elle s’était exprimée, et il en fut blessé.

Il se plaça sans rien dire dans la voiture de Corinne, qui, devinant sa pensée, lui dit : — Je ne crois pas que le cœur soit ainsi fait, que l’on éprouve toujours ou point d’amour, ou la passion la plus invincible. Il y a des commencemens de sentiment qu’un examen plus approfondi peut dissiper. On se flatte, on se détrompe, et l’enthousiasme même dont on est susceptible, s’il rend l’enchantement plus rapide, peut faire aussi que le refroidissement soit plus prompt. — Vous avez beaucoup réfléchi sur le sentiment, madame, dit Oswald avec amertume. — Corinne rougit à ce mot, et se tut quelques instans ; puis reprenant la parole avec un mélange assez frappant de franchise et de dignité : — Je ne crois pas, dit-elle, qu’une femme sensible soit jamais arrivée jusqu’à vingt-six ans sans avoir connu l’illusion de l’amour ; mais si n’avoir jamais été heureuse, si n’avoir jamais rencontré l’objet qui pouvait mériter toutes les affections de son cœur, est un titre à l’intérêt, j’ai droit au vôtre. — Ces paroles, et l’accent avec lequel Corinne les prononça, dissipèrent un peu le nuage qui s’était élevé dans l’ame de lord Nelvil ; néanmoins il se dit en lui-même : — C’est la plus séduisante des femmes, mais c’est une Italienne ; et ce n’est pas ce cœur timide, innocent, à lui-même inconnu, que possède sans doute la jeune Anglaise à laquelle mon père me destinait. —

Cette jeune Anglaise se nommait Lucile Edgermond, la fille du meilleur ami du père de lord Nelvil ; mais elle était trop enfant encore lorsqu’Oswald quitta l’Angleterre pour qu’il pût l’épouser, ni même prévoir avec certitude ce qu’elle serait un jour.


CHAPITRE II


OSWALD et Corinne allèrent d’abord au Panthéon, qu’on appelle aujourd’hui Ste.-Marie de la Rotonde. Partout en Italie le catholicisme a hérité du paganisme ; mais le Panthéon est le seul temple antique à Rome qui soit conservé tout entier, le seul où l’on puisse remarquer dans son ensemble la beauté de l’architecture des anciens, et le caractère particulier de leur culte. Oswald et Corinne s’arrêtèrent sur la place du Panthéon, pour admirer le portique de ce temple, et les colonnes qui le soutiennent.


Corinne fit observer à lord Nelvil que le Panthéon était construit de manière qu’il paraissait beaucoup plus grand qu’il ne l’est. — L’église St.-Pierre, dit-elle, produira sur vous un effet tout différent ; vous la croirez d’abord moins immense qu’elle ne l’est en réalité. L’illusion si favorable au Panthéon vient, à ce qu’on assure, de ce qu’il y a plus d’espace entre les colonnes, et que l’air joue librement autour ; mais surtout de ce que l’on n’y aperçoit presque point d’ornemens de détails, tandis que Saint-Pierre en est surchargé. C’est ainsi que la poésie antique ne dessinait que les grandes masses, et laissait à la pensée de l’auditeur à remplir les intervalles, à suppléer les développemens : en tout genre, nous autres modernes, nous disons trop.

Ce temple, continua Corinne, fut consacré par Agrippa, le favori d’Auguste, à son ami, ou plutôt à son maître. Cependant ce maître eut la modestie de refuser la dédicace du temple, et Agrippa se vit obligé de le dédier à tous les Dieux de l’Olympe pour remplacer le Dieu de la terre, la puissance. Il y avait un char de bronze au sommet du Panthéon, sur lequel étaient placées les statues d’Auguste et d’Agrippa. De chaque côté du portique ces mêmes statues se retrouvaient sous une autre forme ; et sur le frontispice du temple on lit encore : Agrippa l’a consacré. Auguste donna son nom à son siècle, parce qu’il a fait de ce siècle une époque de l’esprit humain. Les chefs-d’oeuvre en divers genres de ses contemporains formèrent, pour ainsi dire, les rayons de son auréole. Il sut honorer habilement les hommes de génie qui cultivaient les lettres, et dans la postérité sa gloire s’en est bien trouvée.

— Entrons dans le temple, dit Corinne ; vous le voyez, il reste découvert presque comme il l’était autrefois. On dit que cette lumière qui venait d’en haut était l’emblème de la divinité supérieure à toutes les divinités. Les païens ont toujours aimé les images symboliques. Il semble en effet que ce langage convient mieux à la religion que la parole. La pluie tombe souvent sur ces parvis de marbre ; mais aussi les rayons du soleil viennent éclairer les prières. Quelle sérénité ! quel air de fête on remarque dans cet édifice ! Les païens ont divinisé la vie, et les chrétiens ont divinisé la mort ; tel est l’esprit des deux cultes mais notre catholicisme romain est moins sombre cependant que ne l’était celui du nord. Vous l’observerez quand nous serons à Saint-Pierre. Dans l’intérieur du sanctuaire du Panthéon sont les bustes de nos artistes les plus célèbres. Ils décorent les niches où l’on avait placé les Dieux des anciens. Comme depuis la destruction de l’empire des Césars nous n’avons presque jamais eu d’indépendance politique en Italie, on ne trouve point ici des hommes d’état ni de grands capitaines. C’est le génie de l’imagination qui fait notre seule gloire : mais ne trouvez-vous pas, mylord, qu’un peuple qui honore ainsi les talens qu’il possède mériterait une plus noble destinée ? — Je suis sévère pour les nations, répondit Oswald, je crois toujours qu’elles méritent leur sort, quel qu’il soit. — Cela est dur, reprit Corinne, peut-être en vivant en Italie éprouverez–vous un sentiment d’attendrissement sur ce beau pays, que la nature semble avoir paré comme une victime ; mais du moins souvenez-vous que notre plus chère espérance, à nous autres artistes, à nous autres amans de la gloire, c’est d’obtenir une place ici. J’ai déjà marqué la mienne, dit-elle, en montrant une niche encore vide. Oswald, qui sait si vous ne reviendrez pas dans cette même enceinte quand mon buste y sera placé ? Alors… — Oswald l’interrompit vivement et lui dit : — Resplendissante de jeunesse et de beauté, pouvez-vous parler ainsi à celui que le malheur et la souffrance font déjà pencher vers la tombe ? — Ah ! reprit Corinne, l’orage peut briser en un moment les fleurs qui tiennent encore la tête levée. Oswald, cher Oswald, ajouta-t-elle, pourquoi ne seriez-vous pas heureux, pourquoi… — Ne m’interrogez jamais, reprit lord Nelvil, vous avez vos secrets, j’ai les miens, respectons mutuellement notre silence. Non, vous ne savez pas quelle émotion j’éprouverais s’il fallait raconter mes malheurs ! — Corinne se tut, et ses pas, en sortant du temple, étaient plus lents, et ses regards plus rêveurs.

Elle s’arrêta sous le portique. — Là, dit-elle à lord Nelvil, était une urne de porphyre de la plus grande beauté, transportée maintenant à Saint-Jean de Latran ; elle contenait les cendres d’Agrippa, qui furent placées au pied de la statue qu’il s’était élevée à lui-même. Les anciens mettaient tant de soin à adoucir l’idée de la destruction, qu’ils savaient en écarter ce qu’elle peut avoir de lugubre et d’effrayant. Il y avait d’ailleurs tant de magnificence dans leurs tombeaux, que le contraste du néant de la mort et des splendeurs de la vie s’y faisait moins sentir. Il est vrai aussi que l’espérance d’un autre monde étant chez eux beaucoup moins vive que chez les chrétiens, les païens s’efforçaient de disputer à la mort le souvenir que nous déposons sans crainte dans le sein de l’Éternel. —

Oswald soupira et garda le silence. Les idées mélancoliques ont beaucoup de charmes tant qu’on n’a pas été soi-même profondément malheureux ; mais quand la douleur dans toute son âpreté s’est emparée de l’ame, on n’entend plus sans tressaillir de certains mots qui jadis n’excitaient en nous que des rêveries plus ou moins douces.


CHAPITRE III


ON passe, en allant à St.-Pierre sur le pont St.-Ange, et Corinne et lord Nelvil le traversèrent à pied. — C’est sur ce pont, dit Oswald, qu’en revenant du Capitole j’ai pour la première fois pensé long-temps à vous. — Je ne me flattais pas, reprit Corinne, que ce couronnement du Capitole me vaudrait un ami, mais cependant en cherchant la gloire, j’ai toujours espéré qu’elle me ferait aimer. À quoi servirait-elle, du moins aux femmes, sans cet espoir ! — Restons encore ici quelques instans, dit Oswald. Quel souvenir, entre tous les siècles, peut valoir pour mon coeur ce lieu qui me rappelle le jour où je vous ai vue. — Je ne sais si je me trompe, reprit Corinne, mais il me semble qu’on se devient plus cher l’un à l’autre, en admirant ensemble les monumens qui parlent à l’ame par une véritable grandeur. Les édifices de Rome ne sont ni froids, ni muets ; le génie les a conçus, des événemens mémorables les consacrent ; peut-être même faut-il aimer, Oswald, aimer surtout un caractère tel que le vôtre, pour se complaire à sentir avec lui tout ce qu’il y a de noble et de beau dans l’univers. — Oui, reprit lord Nelvil, mais en vous regardant, mais en vous écoutant, je n’ai pas besoin d’autres merveilles. — Corinne le remercia par un sourire plein de charmes.

En allant à St.-Pierre, ils s’arrêtèrent devant le château St.-Ange : — Voilà, dit Corinne, l’un des édifices dont l’extérieur a le plus d’originalité ; ce tombeau d’Adrien, changé en forteresse par les Goths, porte le double caractère de sa première et de sa seconde destination. Bâti pour la mort, une impénétrable enceinte l’environne, et cependant les vivans y ont ajouté quelque chose d’hostile par les fortifications extérieures qui contrastent avec le silence et la noble inutilité d’un monument funéraire. On voit sur le sommet un ange de bronze avec son épée nue[1], et dans l’intérieur sont pratiquées des prisons fort cruelles. Tous les événemens de l’histoire de Rome depuis Adrien jusqu’à nos jours sont liés à ce monument. Bélisaire s’y défendit contre les Goths, et presqu’aussi barbare que ceux qui l’attaquaient, il lança contre ses ennemis les belles statues qui décoraient intérieur de l’édifice. Crescentius, Arnault De Brescia, Nicolas Rienzi[2], ces amis de la liberté romaine, qui ont pris si souvent les souvenirs pour des espérances, se sont défendus longtemps dans le tombeau d’un empereur. J’aime ces pierres qui s’unissent à tant de faits illustres. J’aime ce luxe du maître du monde, un magnifique tombeau. Il y a quelque chose de grand dans l’homme qui, possesseur de toutes les jouissances et de toutes les pompes terrestres, ne craint pas de s’occuper long-temps d’avance de sa mort. Des idées morales, des sentimens désintéressés remplissent l’ame, dès qu’elle sort de quelque manière des bornes de la vie.

C’est d’ici, continua Corinne, que l’on devrait apercevoir St.-Pierre, et c’est jusques ici que les colonnes qui le précèdent devaient s’étendre ; tel était le superbe plan de Michel-Ange, il espérait du moins qu’on l’achèverait après lui ; mais les hommes de notre temps ne pensent plus à la postérité. Quand une fois on a tourné l’enthousiasme en ridicule, on a tout défait, excepté l’argent et le pouvoir. — C’est vous qui ferez renaître ce sentiment, s’écria lord Nelvil. Qui jamais éprouva le bonheur que je goûte ? Rome montrée par vous, Rome interprétée par l’imagination et le génie, Rome, qui est un monde, animé par le sentiment, sans lequel le monde lui-même est un désert[3]. Ah, Corinne, que succèdera-t-il à ces jours plus heureux que mon sort et mon cœur ne le permettent ! — Corinne lui répondit avec douceur : — Toutes les affections sincères viennent du ciel, Oswald, pourquoi ne protégerait-il pas ce qu’il inspire ? C’est à lui qu’il appartient de disposer de nous. —

Alors St-Pierre leur apparut, cet édifice, le plus grand que les hommes aient jamais élevé, car les pyramides d’Égypte elles-mêmes lui sont inférieures en hauteur. — J’aurais peut-être dû vous faire voir le plus beau de nos édifices, dit Corinne, le dernier, mais ce n’est pas mon système. Il me semble que pour se rendre sensible aux beaux arts, il faut commencer par voir les objets qui inspirent une admiration vive et profonde. Ce sentiment, une fois éprouvé, révèle pour ainsi dire une nouvelle sphère d’idées, et rend ensuite plus capable d’aimer et de juger tout ce qui, dans un ordre même inférieur, retrace cependant la première impression qu’on a reçue. Toutes ces gradations, ces manières prudentes et nuancées pour préparer les grands effets, ne sont point de mon goût. On n’arrive point au sublime par degrés, des distances infinies le séparent même de ce qui n’est que beau. — Oswald sentit une émotion tout à fait extraordinaire en arrivant en face de St.-Pierre. C’était la première fois que l’ouvrage des hommes produisait sur lui l’effet d’une merveille de la nature. C’est le seul travail de l’art, sur notre terre actuelle, qui ait le genre de grandeur qui caractérise les œuvres immédiates de la création. Corinne jouissait de l’étonnement d’Oswald. — J’ai choisi, lui dit-elle, un jour où le soleil est dans tout son éclat pour vous faire voir ce monument. Je vous réserve un plaisir plus intime, plus religieux, c’est de le contempler au clair de la lune ; mais il fallait d’abord vous faire assister à la plus brillante des fêtes, le génie de l’homme décoré par la magnificence de la nature.

La place de Saint-Pierre est entourée par des colonnes légères de loin, et massives de près. Le terrain, qui va toujours un peu en montant jusqu’au portique de l’église, ajoute encore à l’effet qu’elle produit. Un obélisque de 80 pieds de haut, qui paraît à peine élevé en présence de la coupole de Saint-Pierre, est au milieu de la place. La forme des obélisques elle seule a quelque chose qui plaît à l’imagination ; leur sommet se perd dans les airs, et semble porter jusqu’au ciel une grande pensée de l’homme. Ce monument, qui vint d’Égypte pour orner les bains de Caligula, et que Sixte-Quint a fait transporter ensuite au pied du temple de Saint-Pierre, ce contemporain de tant de siècles, qui n’ont pu rien contre lui, inspire un sentiment de respect ; l’homme se sent si passager, qu’il a toujours de l’émotion en présence de ce qui est immuable. À quelque distance des deux côtés de l’obélisque, s’élèvent deux fontaines dont l’eau jaillit perpétuellement et retombe avec abondance en cascade dans les airs. Ce murmure des ondes, qu’on a coutume d’entendre au milieu de la campagne, produit dans cette enceinte une sensation toute nouvelle ; mais cette sensation est en harmonie avec celle que fait naître l’aspect d’un temple majestueux.

La peinture, la sculpture, imitant le plus souvent la figure humaine, ou quelque objet existant dans la nature, réveillent dans notre ame des idées parfaitement claires et positives ; mais un beau monument d’architecture n’a point, pour ainsi dire, de sens déterminé, et l’on est saisi, en le contemplant, par cette rêverie sans calcul et sans but qui mène si loin la pensée. Le bruit des eaux convient à toutes ces impressions vagues et profondes ; il est uniforme comme l’édifice est régulier.

L’éternel mouvement et l’éternel repos[4]


sont ainsi rapprochés l’un de l’autre. C’est dans ce lieu surtout que le temps est sans pouvoir ; car il ne tarit pas plus ces sources jaillissantes, qu’il n’ébranle ces immobiles pierres. Les eaux qui s’élancent en gerbes de ces fontaines sont si légères et si nuageuses, que, dans un beau jour, les rayons du soleil y produisent de petits arcs-en-ciel formés des plus belles couleurs.

— Arrêtez-vous un moment ici, dit Corinne à lord Nelvil comme il était déjà sous le portique de l’église, arrêtez-vous avant de soulever le rideau qui couvre la porte du temple ; votre cœur ne bat-il pas à l’approche de ce sanctuaire ? et ne ressentez-vous pas, au moment d’entrer, tout ce que ferait éprouver l’attente d’un événement solennel ? — Corinne elle-même souleva le rideau, et le retint pour laisser passer lord Nelvil ; elle avait tant de grâce dans cette attitude, que le premier regard d’Oswald fut pour la considérer ainsi : il se plut même pendant quelques instans à ne rien observer qu’elle. Cependant il s’avança dans le temple, et l’impression qu’il reçut sous ces voûtes immenses fut si profonde et si religieuse, que le sentiment même de l’amour ne suffisait plus pour remplir en entier son ame. Il marchait lentement a coté de Corinne ; l’un et l’autre se taisaient. Là tout commande le silence ; le moindre bruit retentit si loin, qu’aucune parole ne semble digne d’être ainsi répétée dans une demeure presque éternelle ! La prière seule, l’accent du malheur, de quelque faible voix qu’il parte, émeut profondément dans ces vastes lieux. Et quand, sous ces dômes immenses, on entend de loin venir un vieillard dont les pas tremblans se traînent sur ces beaux marbres arrosés par tant de pleurs, l’on sent que l’homme est imposant par cette infirmité même de sa nature qui soumet son ame divine à tant de souffrances, et que le culte de la douleur, le christianisme, contient le vrai secret du passage de l’homme sur la terre.

Corinne interrompit la rêverie d’Oswald, et lui dit : — Vous avez vu des églises gothiques en Angleterre et en Allemagne, vous avez dû remarquer qu’elles ont un caractère beaucoup plus sombre que cette église. Il y avait quelque chose de mystique dans le catholicisme des peuples septentrionaux. Le nôtre parle à l’imagination par les objets extérieurs. Michel-Ange a dit, en voyant la coupole du Panthéon : « Je la placerai dans les airs. » Et en effet, Saint-Pierre est un temple posé sur une église. Il y a quelque alliance des religions antiques et du christianisme dans l’effet que produit sur l’imagination l’intérieur de cet édifice. Je vais m’y promener souvent pour rendre à mon ame la sérénité qu’elle perd quelquefois. La vue d’un tel monument est comme une musique continuelle et fixée, qui vous attend pour vous faire du bien quand vous vous en approchez ; et certainement il faut mettre au nombre des titres de notre nation à la gloire, la patience, le courage et le désintéressement des chefs de l’église, qui ont consacré cent cinquante années, tant d’argent et tant de travaux, à l’achèvement d’un édifice, dont ceux qui l’élévaient ne pouvaient se flatter de jouir [5]. C’est un service rendu même à la morale publique, que de faire don à une nation d’un monument qui est l’emblème de tant d’idées nobles et généreuses. — Oui, répondit Oswald, ici les arts ont de la grandeur ; l’imagination et l’invention sont pleines de génie : mais la dignité de l’homme même comment y est-elle défendue ? Quelles institutions, quelle faiblesse dans la plupart des gouvernemens d’Italie ! Et néanmoins quel asservissement dans les esprits ! — D’autres peuples, interrompit Corinne, ont supporté le joug comme nous, et ils ont de moins l’imagination qui fait rêver une autre destinée :

Servi siam sì, ma servi ognor frementi.

Nous sommes esclaves, mais des esclaves toujours frémissans dit Alfieri, le plus fier de nos écrivains modernes. Il y a tant d’ame dans nos beaux arts que peut-être un jour notre caractère égalera notre génie.

Regardez, continua Corinne, ces statues placées sur les tombeaux ; ces tableaux en mosaïque, patientes et fidèles copies des chefs-d’oeuvre de nos grands maîtres. Je n’examine jamais Saint-Pierre en détail, parce que je n’aime pas à y trouver ces beautés multipliées qui dérangent un peu l’impression de l’ensemble. Mais qu’est-ce donc qu’un monument où les chefs-d’oeuvre de l’esprit humain eux-mêmes paraissent des ornemens superflus ! Ce temple est comme un monde à part. On y trouve un asile contre le froid et la chaleur. Il a ses saisons à lui, son printemps perpétuel que l’atmosphère du dehors n’altère jamais. Une église souterraine est bâtie sous le parvis de ce temple ; les papes et plusieurs souverains des pays étrangers y sont ensevelis, Christine, après son abdication, les Stuart, depuis que leur dynastie est renversée. Rome, depuis long-temps, est l’asile des exilés du monde, Rome elle-même n’est-elle pas détrônée ! son aspect console les rois dépouillés comme elle.

Cadono le città, cadono i regni,
E l’uom, d’esser mortal, par che si sdegni.

Les cités tombent, les empires disparaissent et l’homme s’indigne d’être mortel !

Placez-vous ici, dit Corinne à lord Nelvil, près de l’autel au milieu de la coupole, vous apercevrez à travers les grilles de fer l’église des morts qui est sous nos pieds, et en relevant les yeux vos regards atteindront à peine au sommet de la voûte. Ce dôme, en le considérant même d’en bas, fait éprouver un sentiment de terreur. On croit voir des abîmes suspendus sur sa tête. Tout ce qui est au-delà d’une certaine proportion cause à l’homme, à la créature bornée, un invincible effroi. Ce que nous connaissons est aussi inexplicable que l’inconnu ; mais nous avons pour ainsi dire pratiqué notre obscurité habituelle, tandis que de nouveaux mystères nous épouvantent et mettent le trouble dans nos facultés.

Toute cette église est ornée de marbres antiques, et ces pierres en savent plus que nous sur les siècles écoulés. Voici la statue de Jupiter, dont on a fait un St.-Pierre en lui mettant une auréole sur la tête. L’expression générale de ce temple caractérise parfaitement le mélange des dogmes sombres et des cérémonies brillantes ; un fond de tristesse dans les idées, mais dans l’application la mollesse et la vivacité du midi ; des intentions sévères, mais des interprétations très-douces ; la théologie chrétienne et les images du paganisme ; enfin la réunion la plus admirable de l’éclat et de la majesté que l’homme peut donner à son culte envers la divinité.

Les tombeaux décorés par les merveilles des beaux arts ne présentent point la mort sous un aspect redoutable. Ce n’est pas tout à fait comme les anciens, qui sculptaient sur les sarcophages des danses et des jeux, mais la pensée est détournée de la contemplation d’un cercueil par les chefs-d’oeuvre du génie. Ils rappellent l’immortalité sur l’autel même de la mort ; et l’imagination, animée par l’admiration qu’ils inspirent, ne sent pas, comme dans le nord, le silence et le froid, immuables gardiens des sépulcres. — Sans doute, dit Oswald, nous voulons que la tristesse environne la mort, et même avant que nous fussions éclairés par les lumières du christianisme, notre mythologie ancienne, notre Ossian ne place à côté de la tombe que les regrets et les chants funèbres. Ici vous voulez oublier et jouir, je ne sais si je désirerais que votre beau ciel me fît ce genre de bien. — Ne croyez pas, cependant, reprit Corinne, que notre caractère soit léger et notre esprit frivole Il n’y a que la vanité qui rende frivole ; l’indolence peut mettre quelques intervalles de sommeil ou d’oubli dans la vie, mais elle n’use ni ne flétrit le cœur ; et malheureusement pour nous on peut sortir de cet état par des passions plus profondes et plus terribles que celles des ames habituellement actives. —

En achevant ces mots, Corinne et lord Nelvil s’approchaient de la porte de l’église. — Encore un dernier coup d’œil vers ce sanctuaire immense, dit-elle à lord Nelvil. Voyez comme l’homme est peu de chose en présence de la religion, alors même que nous sommes réduits à ne considérer que son emblème matériel ! voyez quelle immobilité, quelle durée les mortels peuvent donner à leurs œuvres, tandis qu’eux-mêmes ils passent si rapidement, et ne se survivent que par le génie ! Ce temple est une image de l’infini ; il n’y a point de terme aux sentimens qu’il fait naître, aux idées qu’il retrace, a l’immense quantité d’années qu’il rappelle à la réflexion, soit dans le passé, soit dans l’avenir ; et quand on sort de son enceinte, il semble qu’on passe des pensées célestes aux intérêts du monde, et de l’éternité religieuse à l’air léger du temps. —

Corinne fit remarquer à lord Nelvil, lorsqu’ils furent hors de l’église, que sur ses portes étaient représentées en bas-reliefs les métamorphoses d’Ovide. — On ne se scandalise point à Rome, lui dit-elle, des images du paganisme, quand les beaux arts les ont consacrées. Les merveilles du génie portent toujours à l’ame une impression religieuse, et nous faisons hommage au culte chrétien de tous les chefs-d’oeuvre que les autres cultes ont inspirés. — Oswald sourit a cette explication. — Croyez-moi, mylord, continua Corinne, il y a beaucoup de bonne foi dans les sentimens des nations dont l’imagination est très vive. Mais à demain, si vous le voulez, je vous mènerai au Capitole. J’ai, je l’espère, plusieurs courses à vous proposer encore : quand elles seront finies, est-ce que vous partirez ? est-ce que…… Elle s’arrêta, craignant d’en avoir déjà trop dit. — Non, Corinne, reprit Oswald, non, je ne renoncerai point à cet éclair de bonheur, que peut-être un ange tutélaire fait luire sur moi du haut du ciel. —


CHAPITRE IV


LE lendemain Oswald et Corinne partirent avec plus de confiance et de sérénité. Ils étaient des amis qui voyageaient ensemble ; ils commençaient à dire nous. Ah ! qu’il est touchant ce nous prononcé par l’amour ! Quelle déclaration il contient timidement et cependant vivement exprimée ! — Nous allons donc au Capitole, dit Corinne. — Oui, nous y allons, reprit Oswald ; et sa voix disait tout avec des mots si simples, tant son accent avait de tendresse et de douceur ! — C’est du haut du Capitole, tel qu’il est maintenant, dit Corinne, que nous pouvons facilement apercevoir les sept collines. Nous les parcourrons toutes ensuite l’une après l’autre ; il n’en est pas une qui ne conserve des traces de l’histoire. —

Corinne et lord Nelvil suivirent d’abord ce qu’on appelait autrefois la voie sacrée ou la voie triomphale. — Votre char a passé par là, dit Oswald à Corinne ? — Oui, répondit-elle, cette poussière antique devait s’étonner de porter un tel char ; mais, depuis la république romaine, tant de traces criminelles se sont empreintes sur cette route, que le sentiment de respect qu’elle inspirait est bien affaibli. Corinne se fit conduire ensuite au pied de l’escalier du Capitole actuel. L’entrée du Capitole ancien était par le Forum. — Je voudrais bien, dit Corinne, que cet escalier fût le même que monta Scipion, lorsque, repoussant la calomnie par la gloire, il alla dans le temple pour rendre grâce aux Dieux des victoires qu’il avait remportées. Mais ce nouvel escalier, mais ce nouveau Capitole a été bâti sur les ruines de l’ancien, pour recevoir le paisible magistrat qui porte à lui tout seul ce nom immense de sénateur romain, jadis l’objet des respects de l’univers. Ici nous n’avons plus que des noms ; mais leur harmonie, mais leur antique dignité cause toujours une sorte d’ébranlement, une sensation assez douce, mêlée de plaisir et de regret. Je demandais l’autre jour à une pauvre femme que je rencontrai où elle demeurait ? À la Roche Tarpeïenne, me répondit-elle ; et ce mot, bien que dépouillé des idées qui jadis y étaient attachées, agit encore sur l’imagination. —

Oswald et Corinne s’arrêtèrent pour considérer les deux lions de basalte qu’on voit au pied de l’escalier du Capitole[6]. Ils viennent d’Égypte, les sculpteurs égyptiens saisissaient avec bien plus de génie la figure des animaux que celle des hommes. Ces lions du Capitole sont noblement paisibles, et leur genre de physionomie est la véritable image de la tranquillité dans la force.

A guisa di leon, quando si posa.
Dante.

À la manière du lion quand il se repose.

Non loin de ces lions on voit une statue de Rome mutilée, que les Romains modernes ont placée là, sans songer qu’ils donnaient ainsi le plus parfait emblème de leur Rome actuelle. Cette statue n’a ni tête, ni pieds, mais le corps et la draperie qui restent ont encore des beautés antiques. Au haut de l’escalier sont deux colosses qui représentent, à ce qu’on croit, Castor et Pollux, puis les trophées de Marius, puis deux colonnes milliaires qui servaient à mesurer l’univers romain, et la statue équestre de Marc-Aurèle, belle et calme au milieu de ces divers souvenirs. Ainsi tout est là, les temps héroïques représentés par les Dioscures, la république par les lions, les guerres civiles par Marius, et les beaux temps des empereurs par Marc-Aurèle.

En avançant vers le Capitole moderne on voit à droite et à gauche deux églises bâties sur les ruines du temple de Jupiter Férétrien et de Jupiter Capitolin. En avant du vestibule est une fontaine présidée par deux fleuves, le Nil et le Tibre, avec la louve de Romulus. On ne prononce pas le nom du Tibre comme celui des fleuves sans gloire ; c’est un des plaisirs de Rome que de dire : Conduisez-moi sur les bords du Tibre ; traversons le Tibre. Il semble qu’en prononçant ces paroles on évoque l’histoire et qu’on ranime les morts. En allant au Capitole, du côté du Forum, on trouve à droite les prisons Mamertines. Ces prisons furent d’abord construites par Ancus Martius, et servaient alors aux criminels ordinaires. Mais Servius Tullius en fit creuser sous terre de beaucoup plus cruelles pour les criminels d’état, comme si ces criminels n’étaient pas ceux qui méritent le plus d’égards, puisqu’il peut y avoir de la bonne foi dans leurs erreurs. Jugurtha et les complices de Catilina périrent dans ces prisons. On dit aussi que Saint Pierre et Saint Paul y ont été renfermés. De l’autre côté du Capitole est la roche Tarpéienne ; au pied de cette roche l’on trouve aujourd’hui un hôpital appelé l’Hôpital de la Consolation. Il semble que l’esprit sévère de l’antiquité et la douceur du christianisme soient ainsi rapprochés dans Rome a travers les siècles, et se montrent aux regards comme à la réflexion.

Quand Oswald et Corinne furent arrivés au haut de la tour du Capitole, Corinne lui montra les sept collines, la ville de Rome bornée d’abord au mont Palatin, ensuite aux murs de Servius Tullius qui renfermaient les sept collines, enfin, aux murs d’Aurélien qui servent encore aujourd’hui d’enceinte à la plus grande partie de Rome. Corinne rappela les vers de Tibulle et de Properce, qui se glorifient des faibles commencemens dont est sortie la maîtresse du monde [7]. Le mont Palatin fut à lui seul tout Rome pendant quelque temps ; mais dans la suite le palais des empereurs remplit l’espace qui avait suffi pour une nation. Un poëte du temps de Néron fit à cette occasion cette épigramme[8] : Rome ne sera bientôt plus qu’un palais. Allez à Veyes Romains, si toutefois ce palais n’occupe pas déjà Veyes même.

Les sept collines sont infiniment moins élevées qu’elles ne l’étaient autrefois lorsqu’elles méritaient le nom de monts escarpés. Rome moderne est élevée de quarante pieds au-dessus de Rome ancienne. Les vallées qui séparaient les collines se sont presque comblées par le temps et par les ruines des édifices ; mais ce qui est plus singulier encore, un amas de vases brisés a élevé deux collines nouvelles[9], et c’est presque une image des temps modernes, que ces progrès ou plutôt ces débris de la civilisation, mettant de niveau les montagnes avec les vallées, effaçant au moral comme au physique toutes les belles inégalités produites par la nature, et qui décorent son aspect.

Trois autres collines[10], non comprises dans les sept fameuses, donnent à la ville de Rome quelque chose de si pittoresque, que c’est peut-être la seule ville qui, par elle-même, et dans sa propre enceinte, offre les plus magnifiques points de vue. On y trouve un mélange si remarquable de ruines et d’édifices, de campagnes et de déserts, qu’on peut contempler Rome de tous les côtés, et voir toujours un tableau frappant dans la perspective opposée.

Oswald ne pouvait se lasser de considérer les traces de l’antique Rome du point élevé du Capitole où Corinne l’avait conduit. La lecture de l’histoire, les réflexions qu’elle excite, agissent bien moins sur notre ame que ces pierres en désordre, que ces ruines mêlées aux habitations nouvelles. Les jeux sont tout-puissans sur l’ame ; après avoir vu les ruines romaines on croit aux antiques Romains, comme si l’on avait vécu de leurs temps. Les souvenirs de l’esprit sont acquis par l’étude. Les souvenirs de l’imagination naissent d’une impression plus immédiate et plus intime qui donne de la vie à la pensée, et nous rend pour ainsi dire, témoins de ce que nous avons appris. Sans doute on est importuné de tous ces bâtimens modernes qui viennent se mêler aux antiques débris. Mais un portique debout à côté d’un humble toit ; mais des colonnes entre lesquelles de petites fenêtres d’églises sont pratiquées, un tombeau servant d’asile à toute une famille rustique, produisent je ne sais quel mélange d’idées grandes et simples, je ne sais quel plaisir de découverte qui inspire un intérêt continuel. Tout est commun, tout est prosaïque dans l’extérieur de la plupart de nos villes européennes, et Rome, plus souvent qu’aucune autre, présente le triste aspect de la misère et de la dégradation ; mais tout à coup une colonne brisée, un bas-relief à demi détruit, des pierres liées à la façon indestructible des architectes anciens, vous rappellent qu’il y a dans l’homme une puissance éternelle, une étincelle divine, et qu’il ne faut pas se lasser de l’exciter en soi-même et de la ranimer dans les autres.

Ce Forum, dont l’enceinte est si resserrée et qui a vu tant de choses étonnantes, est une preuve frappante de la grandeur morale de l’homme. Quand l’univers, dans les derniers temps de Rome, était soumis à des maîtres sans gloire, on trouve des siècles entiers dont l’histoire peut à peine conserver quelques faits ; et ce Forum, petit espace, centre d’une ville alors très circonscrite, et dont les habitans combattaient autour d’elle pour son territoire, ce Forum n’a-t-il pas occupé, par les souvenirs qu’il retrace, les plus beaux génies de tous les temps ? Honneur donc, éternel honneur aux peuples courageux et libres, puisqu’ils captivent ainsi les regards de la postérité !

Corinne fit remarquer à lord Nelvil qu’on ne trouvait à Rome que très-peu de débris des temps républicains. Les aqueducs, les canaux construits sous terre pour l’écoulement des eaux, étaient le seul luxe de la république et des rois qui l’ont précédée. Il ne nous reste d’elle que des édifices utiles, des tombeaux élevés à la mémoire de ses grands hommes, et quelques temples de brique qui subsistent encore. C’est seulement après la conquête de la Sicile que les Romains firent usage, pour la première fois, du marbre pour leurs monumens ; mais il suffit de voir les lieux où de grandes actions se sont passées pour éprouver une émotion indéfinissable. C’est à cette disposition de l’ame qu’on doit attribuer la puissance religieuse des pélerinages. Les pays célèbres en tout genre, alors même qu’ils sont dépouillés de leurs grands hommes et de leurs monumens, exercent beaucoup de pouvoir sur l’imagination. Ce qui frappait les regards n’existe plus, mais le charme du souvenir y est resté.

On ne voit plus sur le Forum aucune trace de cette fameuse tribune d’où le peuple romain était gouverné par l’éloquence ; on y trouve encore trois colonnes d’un temple élevé par Auguste en l’honneur de Jupiter Tonnant, lorsque la foudre tomba près de lui sans le frapper ; un arc à Septime Sévère que le sénat lui éleva pour récompense de ses exploits. Les noms de ses deux fils, Caracalla et Géta, étaient inscrits sur le fronton de l’arc ; mais lorsque Caracalla eut assassiné Géta, il fit ôter son nom, et l’on voit encore la trace des lettres enlevées. Plus loin est un temple à Faustine, monument de la faiblesse aveugle de Marc-Aurèle ; un temple à Vénus, qui, du temps de la république, était consacré à Pallas ; un peu plus loin les ruines du temple dédié au soleil et à la lune, bâti par l’empereur Adrien, qui était jaloux d’Apollodore, fameux architecte grec, et le fit périr pour avoir blâmé les proportions de son édifice.

De l’autre côté de la place l’on voit les ruines de quelques monumens consacrés à de plus nobles buts, à des souvenirs plus purs. Les colonnes d’un temple qu’on croit être celui de Jupiter Stator, Jupiter qui empêchait les Romains de jamais fuir devant leurs ennemis. Une colonne, débris d’un temple de Jupiter Gardien, placé, dit-on, non loin de l’abîme où s’est précipité Curtius. Des colonnes d’un temple élevé, les uns disent à la Concorde, les autres à la Victoire. Peut-être les peuples conquérans confondent-ils ces deux idées, et pensent-ils qu’il ne peut exister de véritable paix que quand ils ont soumis l’univers ? À l’extrémité du mont Palatin s’élève un bel arc de triomphe dédié à Titus pour la conquête de Jérusalem. On prétend que les Juifs qui sont à Rome ne passent jamais sous cet arc, et l’on montre un petit chemin qu’ils prennent, dit-on, pour l’éviter. Il est à souhaiter, pour l’honneur des Juifs, que cette anecdote soit vraie : les longs ressouvenirs conviennent aux longs malheurs.

Non loin de là est l’arc de Constantin, embelli de quelques bas-reliefs enlevés au Forum de Trajan par les Chrétiens, qui voulaient décorer le monument consacré au fondateur du repos ; c’est ainsi que Constantin fut appelé. Les arts, à cette époque, étaient déjà dans la décadence, et l’on dépouillait le passé pour honorer de nouveaux exploits. Ces portes triomphales qu’on voit encore à Rome perpétuaient, autant que les hommes le peuvent, les honneurs rendus à la gloire. Il y avait sur leurs sommets une place destinée aux joueurs de flûte et de trompette, pour que le vainqueur, en passant, fût enivré tout à la fois par la musique et par la louange, et goûtât dans un même moment toutes les émotions les plus exaltées.

En face de ces arcs de triomphe sont les ruines du temple de la Paix bâti par Vespasien ; il était tellement orne de bronze et d’or dans l’intérieur, que lorsqu’un incendie le consuma, des laves de métaux brûlans en découlèrent jusques dans le Forum. Enfin, le Colisée, la plus belle ruine de Rome, termine la noble enceinte où comparaît toute l’histoire. Ce superbe édifice, dont les pierres seules dépouillées de l’or et des marbres subsistent encore, servit d’arène aux gladiateurs combattant contre les bêtes féroces. C’est ainsi qu’on amusait et trompait le peuple romain par des émotions fortes, alors que les sentimens naturels ne pouvaient plus avoir d’essor. L’on entrait par deux portes dans le Colisée, l’une qui était consacrée aux vainqueurs, l’autre par laquelle on emportait les morts.[11] Singulier mépris pour l’espèce humaine, que de destiner d’avance la mort ou la vie de l’homme au simple passe-temps d’un spectacle ! Titus, le meilleur des empereurs, dédia ce Colisée au peuple romain ; et ces admirables ruines portent avec elles un si beau caractère de magnificence et de génie, qu’on est tenté de se faire illusion sur la véritable grandeur, et d’accorder aux chefs-d’œuvre de l’art l’admiration qui n’est due qu’aux monumens consacrés à des institutions généreuses.

Oswald ne se laissait point aller à l’admiration qu’éprouvait Corinne ; en contemplant ces quatre galeries, ces quatre édifices, s’élevant les uns sur les autres, ce mélange de pompe et de vétusté, qui tout à la fois inspire le respect et l’attendrissement, il ne voyait dans ces lieux que le luxe du maître et le sang des esclaves, et se sentait prévenu contre les beaux arts, qui ne s’inquiètent point du but, et prodiguent leurs dons à quelqu’objet qu’on les destine. Corinne essayait de combattre cette disposition. — Ne portez point, dit-elle à lord Nelvil, la rigueur de vos principes de morale et de justice dans la contemplation des monumens d’Italie ; ils rappellent pour la plupart, je vous l’ai dit, plutôt la splendeur, l’élégance et le goût des formes antiques, que l’époque glorieuse de la vertu romaine. Mais ne trouvez-vous pas quelques traces de la grandeur morale des premiers temps dans le luxe gigantesque des monumens qui leur ont succédé ? La dégradation même de ce peuple romain est imposante encore ; son deuil de la liberté couvre le monde de merveilles, et le génie des beautés idéales cherche à consoler l’homme de la dignité réelle et vraie qu’il a perdue. Voyez ces bains immenses ouverts à tous ceux qui voulaient en goûter les voluptés orientales ; ces cirques destinés aux éléphans qui venaient combattre avec les tigres ; ces aqueducs qui faisaient tout à coup un lac de ces arènes, où des galères luttaient à leur tour ; ces crocodiles qui paraissaient à la place, où des lions naguères s’étaient montrés ; voilà quel fut le luxe des Romains, quand ils placèrent dans le luxe leur orgueil ! Ces obélisques amenés d’Egypte, et dérobés aux ombres africaines, pour venir décorer les sépulcres des Romains ; cette population de statues qui existait autrefois dans Rome ne peut être considérée comme l’inutile et fastueuse pompe des despotes de l’Asie ; c’est le génie romain, vainqueur du monde, que les arts ont revêtu d’une forme extérieure. Il y a de la féerie dans cette magnificence, et sa splendeur poétique fait oublier et son origine et son but. —

L’éloquence de Corinne excitait l’admiration d’Oswald, sans le convaincre ; il cherchait partout un sentiment moral, et toute la magie des arts ne pouvait jamais lui suffire. Alors Corinne se rappela que, dans cette même arène, les Chrétiens persécutés étaient morts victimes de leur persévérance ; et montrant à lord Nelvil les autels élevés en l’honneur de leurs cendres, et cette route de la croix que suivent les pénitens au pied des plus magnifiques débris de la grandeur mondaine elle lui demanda si cette poussière des martyrs ne disait rien à son cœur. — Oui, s’écria-t-il, j’admire profondément cette puissance de l’ame et de la volonté contre les douleurs et la mort : un sacrifice, quel qu’il soit, est plus beau, plus difficile, que tous les élans de l’ame et de la pensée. L’imagination exaltée peut produire les miracles du génie ; mais ce n’est qu’en se dévouant à son opinion, ou à ses sentimens, qu’on est vraiment vertueux : c’est alors seulement qu’une puissance céleste subjugue en nous l’homme mortel. — Ces paroles nobles et pures troublèrent cependant Corinne ; elle regarda lord Nelvil, puis elle baissa les yeux ; et bien qu’en ce moment il prît sa main et la serrât contre son cœur, elle frémit de l’idée qu’un tel homme pouvait immoler les autres et lui-même, au culte d’opinions, de principes ou de devoirs dont il aurait fait choix.


CHAPITRE V


APRÈS la course du Capitole et du Forum, Corinne et lord Nelvil employèrent deux jours à parcourir les sept collines. Les Romains d’autrefois faisaient une fête en l’honneur des sept collines : c’est une des beautés originales de Rome, que ces monts enfermés dans son enceinte ; et l’on conçoit sans peine comment l’amour de la patrie se plaisait à célébrer cette singularité.

Oswald et Corinne, ayant vu la veille le mont Capitolin, recommencèrent leurs courses par le mont Palatin. Le palais des Césars, appelé le palais d’or, l’occupait tout entier. Ce mont n’offre à présent que les débris de ce palais. Auguste, Tibère, Caligula et Néron, en ont bâti les quatre côtés, et des pierres, recouvertes par des plantes fécondes, sont tout ce qu’il en reste aujourd’hui : la nature y a repris son empire sur les travaux des hommes, et la beauté des fleurs console de la ruine des palais. Le luxe, du temps des rois et de la république, consistait seulement dans les édifices publics ; les maisons des particuliers étaient très-petites et très-simples. Cicéron, Hortensius, les Gracques, habitaient sur ce mont Palatin, qui suffit à peine, lors de la décadence de Rome, à la demeure d’un seul homme. Dans les derniers siècles, la nation ne fut plus qu’une foule anonyme, désignée seulement par l’ère de son maître : on cherche en vain, dans ces lieux les deux lauriers plantés devant la porte d’Auguste, le laurier de la guerre, et celui des beaux arts cultivés par la paix ; tous les deux ont disparu.

Il reste encore sur le mont Palatin quelques chambres des bains de Livie ; l’on y montre la place des pierres précieuses qu’on prodiguait alors aux plafonds, comme un ornement ordinaire ; et l’on y voit des peintures dont les couleurs sont encore parfaitement intactes ; la fragilité même des couleurs ajoute à l’étonnement de les voir conservées, et rapproche de nous les temps passés. S’il est vrai que Livie abrégea les jours d’Auguste, c’est dans l’une de ces chambres que fut conçu cet attentat ; et les regards du souverain du monde, trahi dans ses affections les plus intimes, se sont peut-être arrêtés sur l’un de ces tableaux dont les élégantes fleurs subsistent encore. Que pensa-t-il, dans sa vieillesse, de la vie et de ses pompes ? Se rappela-t-il ses proscriptions ou sa gloire ? craignit-il, espéra-t-il un monde à venir ? et la dernière pensée qui révèle tout à l’homme, la dernière pensée d’un maître de l’univers erre-t-elle encore sous ces voûtes[12] ?

Le mont Aventin offre plus qu’aucun autre les traces des premiers temps de l’histoire romaine. Précisément en face du palais construit par Tibère on voit les débris du temple de la Liberté, bâti par le père des Gracques. Au pied du mont Aventin était le temple dédié à la Fortune virile, par Servius Tullius, pour remercier les dieux de ce qu’étant né esclave, il était devenu roi. Hors des murs de Rome on trouve aussi les débris d’un temple qui fut consacré à la Fortune des femmes, lorsque Véturie arrêta Coriolan. Vis-à-vis du mont Aventin est le mont Janicule, sur lequel Porsenna plaça son armée. C’est en face de ce mont qu’Horatius Coclès fit couper derrière lui le pont qui conduisait à Rome. Les fondemens de ce pont subsistent encore ; il y a sur les bords du fleuve un arc de triomphe bâti en briques, aussi simple que l’action qu’il rappelle était grande. Cet arc fut élevé, dit-on, en l’honneur d’Horatius Coclès. Au milieu du Tibre on aperçoit une île formée des gerbes de blé recueillies dans les champs de Tarquin, et qui furent pendant longtemps exposées sur le fleuve, parce que le peuple romain ne voulait point les prendre, croyant qu’un mauvais sort y était attaché. On aurait de la peine, de nos jours, à faire tomber sur des richesses quelconques des malédictions assez efficaces pour que personne ne consentît à s’en emparer.

C’est sur le mont Aventin que furent placés les temples de la Pudeur Patricienne et de la Pudeur Plébéienne. Au pied de ce mont on voit le temple de Vesta, qui subsiste encore presque en entier, quoique les inondations du Tibre l’aient souvent menacé[13]. Non loin de là sont les débris d’une prison pour dettes, où se passa, dit-on, le beau trait de piété filiale généralement connu. C’est aussi dans ce même lieu que Clélie et ses compagnes, prisonnières de Porsenna, traversèrent le Tibre pour venir rejoindre les Romains. Ce mont Aventin repose l’ame de tous les souvenirs pénibles que rappellent les autres collines, et son aspect est beau comme les souvenirs qu’il retrace. On avait donné le nom de belle rive (pulchrum littus) au Bord du fleuve qui est au pied de cette colline. C’est là que se promenaient les orateurs de Rome en sortant du Forum ; c’est là que César et Pompée se rencontraient comme de simples citoyens, et qu’ils cherchaient à captiver Cicéron, dont l’indépendante éloquence leur importait plus alors que la puissance même de leurs armées.

La poésie vient encore embellir ce séjour. Virgile a placé sur le mont Aventin la caverne de Cacus ; et les Romains, si grands par leur histoire, le sont encore par les fictions héroïques dont les poëtes ont orné leur origine fabuleuse. Enfin, en revenant du mont Aventin, on aperçoit la maison de Nicolas Rienzi, qui essaya vainement de faire revivre les temps anciens dans les temps modernes ; et ce souvenir, tout faible qu’il est à côté des autres, fait encore penser long-temps. Le mont Cœlius est remarquable parce qu’on y voit les débris du camp des prétoriens et de celui des soldats étrangers. On a trouvé cette inscription dans les ruines de l’édifice construit pour recevoir ces soldats : Au génie saint des camps étrangers. Saint, en effet, pour ceux dont il maintenait la puissance ! Ce qui reste de ces antiques casernes fait juger qu’elles étaient bâties à la manière des cloîtres, ou plutôt que les cloîtres ont été bâtis sur leur modèle.

Le mont Esquilin était appelé le mont des Poëtes, parce que Mécène ayant son palais sur cette colline, Horace, Properce et Tibulle y avaient aussi leur habitation. Non loin de là sont les ruines des Thermes de Titus et de Trajan. On croit que Raphaël prit le modèle de ses arabesques dans les peintures à fresque des Thermes de Titus. C’est aussi là qu’on a découvert le groupe de Laocoon. La fraîcheur de l’eau donne un tel sentiment de plaisir dans les pays chauds, qu’on se plaisait à réunir toutes les pompes du luxe et toutes les jouissances de l’imagination dans les lieux où l’on se baignait. Les Romains y faisaient exposer les chefs-d’œuvre de la peinture et de la sculpture. C’était à la clarté des lampes qu’ils les considéraient ; car il paraît, par la construction de ces bâtimens, que le jour n’y pénétrait jamais, et qu’on voulait ainsi se préserver de ces rayons du soleil si poignans dans le midi : c’est sans doute à cause de la sensation qu’ils produisent, que les anciens les ont appelés les dards d’Apollon. On pourrait croire en observant les précautions extrêmes prises par les anciens contre la chaleur, que le climat était alors plus brûlant encore que de nos jours. C’est dans les Thermes de Caracalla qu’étaient placés l’Hercule de Farnèse, la Flore et le groupe de Dircé. Près d’Ostie, l’on a trouvé dans les bains de Néron l’Apollon du Belvédère. Peut-on concevoir qu’en regardant cette noble figure Néron n’ait pas senti quelques mouvemens généreux !

Les Thermes et les Cirques sont les seuls genres d’édifices consacrés aux amusemens publics dont il reste des traces à Rome. Il n’y a point d’autre théâtre que celui de Marcellus dont les ruines subsistent encore. Pline raconte que l’on a vu trois cent soixante colonnes de marbre et trois mille statues dans un théâtre qui ne devait durer que peu de jours. Tantôt les Romains élevaient des bâtimens si solides, qu’ils résistaient aux tremblemens de terre ; tantôt ils se plaisaient à consacrer des travaux immenses à des édifices qu’ils détruisaient eux-mêmes quand les fêtes étaient finies : ils se jouaient ainsi du temps sous toutes les formes, Les Romains, d’ailleurs, n’avaient pas, comme les Grecs, la passion des représentations dramatiques ; les beaux arts ne fleurirent à Rome que par les ouvrages et les artistes de la Grèce, et la grandeur romaine s’exprimait plutôt par la magnificence colossale de l’architecture, que par les chefs-d’œuvre de l’imagination. Ce luxe gigantesque, ces merveilles de la richesse ont un grand caractère de dignité : ce n’était plus de la liberté, mais c’était toujours de la puissance. Les monumens consacrés aux bains publics s’appelaient des provinces ; on y réunissait les diverses productions, et les divers établissemens qui peuvent se trouver dans un pays tout entier. Le Cirque (appelé Circus maximus), dont on voit encore les débris, touchait de si près au palais des Césars, que Néron, des fenêtres de son palais, pouvait donner le signal des jeux. Le Cirque était assez grand pour contenir trois cent mille personnes. La nation presque tout entière était amusée dans le même moment ; ces fêtes immenses pouvaient être considérées comme une sorte d’institution populaire qui réunissait tous les hommes pour le plaisir, comme autrefois ils se réunissaient pour la gloire.

Le mont Quirinal et le mont Viminal se tiennent de si près, qu’il est difficile de les distinguer : c’était là qu’existait la maison de Salluste et de Pompée ; c’est aussi là que le pape a maintenant fixé son séjour. On ne peut faire un pas dans Rome sans rapprocher le présent avec le passé, et les différens passés entre eux. Mais on apprend à se calmer sur les événemens de son temps, en voyant l’éternelle mobilité de l’histoire des hommes ; et l’on a comme une sorte de honte de s’agiter, en présence de tant de siècles, qui tous ont renversé l’ouvrage de leurs prédécesseurs.

À côté des sept collines, ou sur leur penchant ou sur leur sommet, on voit s’élever une multitude de clochers, des obélisques, la colonne Trajane, la colonne Antonine, la tour de Conti, d’où l’on prétend que Néron contempla l’incendie de Rome, et la coupole de Saint-Pierre, qui domine encore sur tout ce qui domine. Il semble que l’air est peuplé par tous ces monumens qui se prolongent vers le ciel, et qu’une ville aérienne plane avec majesté sur la ville de la terre.

En rentrant dans Rome, Corinne fit passer Oswald sous le portique d’Octavie, de cette femme qui a si bien aimé et tant souffert ; puis ils traversèrent la Route Scélérate par laquelle l’infâme Tullie a passé, foulant le corps de son père sous les pieds de ses chevaux ; on voit de loin le temple élevé par Agrippine en l’honneur de Claude, qu’elle a fait empoisonner ; et l’on passe enfin devant le tombeau d’Auguste, dont l’enceinte intérieure sert aujourd’hui d’arène aux combats des animaux.

— Je vous ai fait parcourir bien rapidement, dit Corinne à lord Nelvil, quelques traces de l’histoire antique ; mais vous comprendrez le plaisir qu’on peut trouver dans ces recherches, à la fois savantes et poétiques, qui parlent à l’imagination comme à la pensée. Il y a dans Rome beaucoup d’hommes distingués dont la seule occupation est de découvrir un nouveau rapport entre l’histoire et les ruines. — Je ne sais point d’étude qui captivât davantage mon intérêt, reprit lord Nelvil, si je me sentais assez de calme pour m’y livrer : ce genre d’érudition est bien plus animé que celle qui s’acquiert par les livres : on dirait que l’on fait revivre ce qu’on découvre, et que le passé reparaît sous la poussière qui l’a enseveli. — Sans doute, dit Corinne, et ce n’est pas un vain préjugé que cette passion pour les temps antiques. Nous vivons dans un siècle où l’intérêt personnel semble le seul principe de toutes les actions des hommes ; et quelle sympathie, quelle émotion, quel enthousiasme pourrait jamais résulter de l’intérêt personnel ! Il est plus doux de rêver à ces jours de dévouement, de sacrifice et d’héroïsme qui pourtant ont existé, et dont la terre porte encore les honorables traces. —


CHAPITRE VI


CORINNE se flattait en secret d’avoir captivé le cœur d’Oswald mais comme elle connaissait sa réserve et sa sévérité, elle n’avait point osé lui montrer tout l’intérêt qu’il lui inspirait, quoiqu’elle fut disposée, par caractère, à ne point cacher ce qu’elle éprouvait. Peut-être aussi croyait-elle que, même en se parlant sur des sujets étrangers à leur sentiment, leur voix avait un accent qui trahissait leur affection mutuelle, et qu’un aveu secret d’amour était peint dans leurs regards et dans ce langage mélancolique et voilé qui pénètre si profondément dans l’ame.

Un matin, lorsque Corinne se préparait à continuer ses courses avec Oswald, elle reçut un billet de lui, presque cérémonieux, qui lui annonçait que le mauvais état de sa santé le retenait chez lui pour quelques jours. Une inquiétude douloureuse serra le cœur de Corinne : d’abord elle craignit qu’il ne fut dangereusement malade ; mais le comte d’Erfeuil, qu’elle vit le soir, lui dit que c’était un de ces accès de mélancolie auxquels il était très-sujet, et pendant lesquels il ne voulait parler à personne. — Moi-même, dit alors le comte d’Erfeuil, quand il est comme cela, je ne le vois pas. — Ce moi-même déplaisait assez à Corinne, mais elle se garda bien de le témoigner au seul homme qui put lui donner des nouvelles de lord Nelvil. Elle l’interrogea, se flattant qu’un homme aussi léger, du moins en apparence, lui dirait tout ce qu’il savait. Mais tout à coup, soit qu’il voulut cacher par un air de mystère qu’Oswald ne lui avait rien confié, soit qu’il crût plus honorable de refuser ce qu’on lui demandait que de l’accorder, il opposa un silence imperturbable à l’ardente curiosité de Corinne. Elle, qui avait toujours eu de l’ascendant sur tous ceux à qui elle avait parlé, ne pouvait comprendre pourquoi ses moyens de persuasion étaient sans effet sur le comte d’Erfeuil : ne savait-elle pas que l’amour-propre est ce qu’il y a au monde de plus inflexible ?

Quelle ressource restait-il donc à Corinne pour savoir ce qui se passait dans le cœur d’Oswald ! lui écrire ? Tant de mesure est nécessaire en écrivant ! et Corinne était surtout aimable par l’abandon et le naturel. Trois jours s’écoulèrent, pendant lesquels elle ne vit point lord Nelvil, et fut tourmentée par une agitation mortelle. — Qu’ai-je donc fait, se disait-elle, pour le détacher de moi ? je ne lui ai point dit que je l’aimais, je n’ai point eu ce tort si terrible en Angleterre, et si pardonnable en Italie. L’a-t-il deviné ? Mais pourquoi m’en estimerait-il moins ? — Oswald ne s’était éloigné de Corinne que parce qu’il se sentait trop vivement entraîné par son charme. Bien qu’il n’eût pas donné sa parole d’épouser Lucile Edgermond il savait que l’intention de son père avait été de la lui donner pour femme, et il désirait de s’y conformer. Enfin Corinne n’était point connue sous son véritable nom, et menait, depuis plusieurs années, une vie beaucoup trop indépendante ; un tel mariage n’eût point obtenu (lord Nelvil le croyait) l’approbation de son père, et il sentait bien que ce n’était pas ainsi qu’il pouvait expier ses torts envers lui. Voilà quels étaient ses motifs pour s’éloigner de Corinne. Il avait formé le projet de lui écrire en quittant Rome, ce qui le condamnait à cette résolution ; mais comme il ne s’en sentait pas la force, il se bornait à ne pas aller chez elle, et ce sacrifice, toutefois, lui parut dès le second jour trop pénible.

Corinne était frappée de l’idée qu’elle ne reverrait plus Oswald, qu’il s’en irait sans lui dire adieu. Elle s’attendait à chaque instant à recevoir la nouvelle de son départ ; et cette crainte exaltait tellement son sentiment, qu’elle se sentit, saisie tout a coup par la passion, par cette griffe de vautour sous laquelle le bonheur et l’indépendance succombent. Ne pouvant rester dans sa maison, où lord Nelvil ne venait pas, elle errait quelquefois dans les jardins de Rome, espérant le rencontrer. Elle supportait mieux les heures pendant lesquelles se promenant au hasard, elle avait une chance quelconque de l’apercevoir. L’imagination ardente de Corinne était la source de son talent ; mais, pour son malheur, cette imagination se mêlait à sa sensibilité naturelle, et la lui rendait souvent très-douloureuse.

Le soir du quatrième jour de cette cruelle absence il faisait un beau clair de lune, et Rome est bien belle pendant le silence de la nuit ; il semble alors qu’elle n’est habitée que par ses illustres ombres. Corinne, en revenant de chez une femme de ses amies, oppressée par la douleur, descendit de sa voiture et se reposa quelques instans près de la fontaine de Trevi, devant cette source abondante qui tombe en cascade au milieu de Rome, et semble comme la vie de ce tranquille séjour. Lorsque pendant quelques jours cette cascade s’arrête, on dirait que Rome est frappée de stupeur. C’est le bruit des voitures que l’on a besoin d’entendre dans les autres villes, à Rome c’est le murmure de cette fontaine immense qui semble comme l’accompagnement nécessaire à l’existence rêveuse qu’on y mène : l’image de Corinne se peignit dans cette onde si pure, qu’elle porte depuis plusieurs siècles le nom de l’eau virginale. Oswald, qui s’était arrêté dans le même lieu peu de momens après, aperçut le charmant visage de son amie qui se répétait dans l’eau. Il fut saisi d’une émotion tellement vive qu’il ne savait pas d’abord si c’était son imagination qui lui faisait apparaître l’ombre de Corinne, comme tant de fois elle lui avait montré celle de son père ; il se pencha vers la fontaine pour mieux voir, et ses propres traits vinrent alors se réfléchir à côté de ceux de Corinne. Elle le reconnut, fit un cri, s’élança vers lui rapidement et lui saisit le bras, comme si elle eut craint qu’il ne s’échappa ! de nouveau ; mais à peine se fut-elle livrée à ce mouvement trop impétueux, qu’elle rougit, en se ressouvenant du caractère de lord Nelvil, d’avoir montré si vivement ce qu’elle éprouvait ; et laissant tomber la main qui retenait Oswald, elle se couvrit le visage avec l’autre pour cacher ses pleurs.

— Corinne, dit Oswald, chère Corinne, mon absence vous a donc rendue malheureuse ! — Oh, oui, répondit-elle, et vous en étiez sûr ! Pourquoi donc me faire du mal ? ai-je mérité de souffrir par vous ! — Non, s’écria lord Nelvil, non, sans doute. Mais si je ne me crois pas libre, si je sens que je n’ai dans le cœur que des orages et des regrets ; pourquoi vous associerais-je à cette tourmente de sentimens et de craintes ? Pourquoi… — Il n’est plus temps, interrompit Corinne, il n’est plus temps, la douleur est déjà dans mon sein, ménagez-moi. — Vous, de la douleur ? reprit Oswald ; est-ce au milieu d’une carrière si brillante, de tant de succès, avec une imagination si vive ? — Arrêtez, dit Corinne, vous ne me connaissez pas ; de toutes mes facultés la plus puissante c’est la faculté de souffrir. Je suis née pour le bonheur, mon caractère est confiant, mon imagination est animée ; mais la peine excite en moi je ne sais quelle impétuosité qui peut troubler ma raison ou me donner la mort. Je vous le répète encore, ménagez-moi ; la gaieté, la mobilité ne me servent qu’en apparence ; mais il y a dans mon ame des abîmes de tristesse dont je ne pouvais me défendre qu’en, me préservant de l’amour. —

Corinne prononça ces mots avec une expression qui émut vivement Oswald. — Je reviendrai vous voir demain matin, reprit-il, n’en doutez pas, Corinne. — Me le jurez-vous ? dit-elle avec une inquiétude qu’elle s’efforçait en vain de cacher. — Oui, je le jure, s’écria lord Nelvil ; et il disparut.

  1. Un Français, dans la dernière guerre, commandait le château Saint-Ange ; les troupes napolitaines le sommèrent de capituler, il répondit qu’il se rendrait quand l’ange de bronze remettrait son épée dans le fourreau.
  2. Ces faits se trouvent dans l’Histoire des républiques italiennes du moyen âge, par M. Simonde, Génevois. Cette histoire sera certainement considérée comme une autorité ; car l’on voit, en la lisant, que son auteur est un homme d’une sagacité profonde, aussi consciencieux qu’énergique dans sa manière de raconter et de peindre.
  3. Eine Welt zwar bist du, o Rom ; dockohne die Liebe
    Ware die Welt nicht die Welt, ware denn Rom auch nicht Rom.

    Ces deux vers sont de Goethe, le poëte de l’Allemagne, le philosophe, l’homme de lettres vivant, dont l’originalité et l’imagination sont les plus remarquables.
  4. Vers de M. de Fontanes.
  5. On dit que cette église de Saint-Pierre est une des principales, causes de la réformation, parce qu’elle a coûté tant d’argent aux papes, que pour la bâtir ils ont multiplié les indulgences.
  6. Les minéralogistes affirment que ces lions ne sont pas de basalte, parce que la pierre volcanique qu’on désigne aujourd’hui sous ce nom ne saurait exister en Égypte ; mais, comme Pline appelle basalte la pierre égyptienne dont ces lions sont formés, et que l’historien des arts, Winkelmann, leur conserve aussi ce nom, j’ai cru pouvoir m’en servir dans son acception primitive.
  7. Carpite nunc, tauri, de septem collibus herbas,
    Dum licet. Hic magnæ jam locus urbis erit.
    Tibulle.

    Hoc quodcunque vides, hospes, quam maxima Roma est,
    Ante Phrygem Ænean collis et herba fuit, etc.

    Properce lib. IV, el. 1.
  8. Roma domus fiet : Veios migrate, Quirites ;
    Si non et Veios occupat ista domus
  9. Le monte Citorio et Testacio.
  10. Le Janicule, le monte Vaticano et le monte Mario
  11. Sana vivaria, sandapilaria.
  12. Auguste est mort à Nola, comme il se rendait aux eaux de Brundise, qui lui étaient ordonnées ; mais il partit mourant de Rome.
  13. Vidimus flavum Tiberim, etc.