Correspondance 1812-1876, 6/1870/DCCLVIII

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 30-31).


DCCLVIII

À M. CHARLES DUVERNET, À LA CHÂTRE


Nohant, 10 septembre 1870.


Chers amis,

Nous jouons de malheur ! une fois vous êtes venus, et nous étions au Brolet[1], au diable ! La seconde fois, mes enfants étaient sortis et j’étais dans mon lit avec la fièvre. Êtes-vous à la Châtre ou au Coudray ? Si au Coudray, il est possible que nous allions vous demander asile pour deux ou trois jours, afin d’éviter la variole charbonneuse qui s’est déclarée à notre porte et qui a enlevé le mari de ma pauvre Sylvie[2] ; son fils est malade aujourd’hui, et on ne sait encore si ce sera le même mal. Nous sommes effrayés pour nos petites ; car la vaccine ne préserve pas de cette affreuse variété de la variole. Si le mal se propageait, Lina ou moi prendrions une bonne et les deux petites, et nous irions demander asile aux amis qui ne seraient pas entourés du même fléau. Dites-nous par un mot si cela ne vous gênerait pas et si Verneuil ou vos fermes n’ont pas de cas de variole. Ceci n’est qu’une éventualité ; dites-nous seulement un mot, et sans vous gêner ; car j’ai écrit par précaution à deux ou trois amis de nos environs.

Je ne vous parle pas des événements terribles que nous venons de traverser et qui nous menacent. Tout est douleur et péril pour tous. Il s’agit d’aller chaque jour au plus pressé et d’avoir le cœur politique à la hauteur des circonstances. Nous vous embrassons.

G. SAND.


Nous avons vu avec joie Cyprien[3] à sa vraie place.

  1. Village à la limite du département de l’Indre et de la Creuse.
  2. Femme de chambre de George Sand à Nohant.
  3. M. Cyprien Girerd, qui venait d’être nommé préfet de la Nièvre.