Correspondance 1812-1876, 6/1871/DCCCXXV

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 163).


DCCCXXV

AU MÊME


Nohant, 6 septembre 1871.


Où es-tu, mon cher vieux troubadour ?

Je ne t’écris pas, je suis toute troublée dans le fond de l’âme. Ça passera, j’espère ; mais je suis malade du mal de ma nation et de ma race. Je ne peux pas m’isoler dans ma raison et dans mon irréprochabilité personnelles. Je sens les grandes attaches relâchées et comme rompues. Il me semble que nous nous en allons tous je ne sais où ? As-tu plus de courage que moi ? Donne-m’en !

Je t’envoie les minois de nos fillettes. Elles se souviennent de toi et disent qu’il faut t’envoyer leurs portraits. Hélas ! ce sont des filles, on les élève avec amour comme des plantes précieuses. Quels hommes rencontreront-elles pour les protéger et continuer notre œuvre ? Il me semble qu’il n’y aura plus que des cafards et des voyous !

Donne-moi de tes nouvelles, parle-moi de ta pauvre maman, de ta famille, de Croisset. Aime-nous toujours comme nous t’aimons.