Correspondance 1812-1876, 6/1872/DCCCLXXXII

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 264-265).


DCCCLXXXII

À M. JULES CLARETIE, À PARIS


Nohant, 6 décembre 1872.


Cher confrère,

J’ai trop tardé à vous envoyer ces pauvres pages. Je suis liée par un travail courant qui était en retard aussi ; — et, vous le voyez, j’ai eu à faire un effort immense, je le dis à vous ; — il faut me pardonner.

Je n’ai pas pris mon parti sur cette cession de nos provinces : j’en pleure encore comme au premier jour, je ne veux pas qu’on m’en parle. Vous me demandez des pages émues ; c’est justement quand je suis trop émue que je ne dis rien qui vaille. Je n’y peux rien. J’ai plus de peine qu’on ne croit à rester calme, et il faut que nous le soyons ! affaire de décence et de tenue devant l’ennemi. Malgré moi, je suis indignée de ce qui se passe en ce moment, et j’ai peut-être eu tort de le dire dans ces pages où il ne faut froisser personne. Si vous pensez qu’il y ait quelques mots à ôter, vous me le direz, et je rayerai sur l’épreuve que vous voudrez bien me faire envoyer.

Veuillez aussi dire à nos confrères du Comité que, tout en étant tourmentée de leur insistance, j’en ai été touchée et reconnaissante.

À vous de cœur.
G. SAND.