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Correspondance 1812-1876, 6/1872/DCCCLXXXIII

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 265-266).


DCCCLXXXIII

À M. CHARLES-EDMOND, À PARIS


Nohant, 8 décembre 1872.


La pièce est dure, comme vous me le disiez[1]. Elle a dû être très difficile à jouer à l’Odéon ; car un drame si noir a besoin de spectacle et d’effet. Le style est étrange à la lecture, tellement condensé, qu’il semble obscur. Au théâtre, ce défaut doit devenir une qualité. La pièce est admirablement agencée, saisissante d’un bout à l’autre et empreinte d’une force qui vous est propre, qui a du slave, et qui vous fera gagner d’autres batailles. Voilà l’avis des trois Sand, mère, fils et belle-fille, dit brutalement et sincèrement.

Après cette lecture, on se sent non pas tendre, mais vivement impressionné et je suis sûre qu’à la représentation, on est bouleversé. Je comprends les résistances de l’idyllique public de l’Odéon ; mais la pièce se défend, car elle est très ingénieuse dans son obstination et admirablement bien faite.

J’écris à Plauchut de vous enlever pour Noël, et de profiter des facilités du voyage à plusieurs. Notre voiture ira vous chercher à Châteauroux.

À vous de cœur, cher ami.

G. SAND.

  1. Le Fantôme rose, proverbe de Charles-Edmond, représenté à l’Odéon, le 6 décembre 1872.