Correspondance de Voltaire/1734/Lettre 400

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Correspondance : année 1734
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 33p. 415-416).
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400. — Á M. L’ABBÉ D’OLIVET.
À Monjeu, par Autun, ce 25 avril.

Je compte toujours sur votre amitié, mon très-cher abbé et mon maître, et je vous mets à l’épreuve. Écrivez-moi, si vous m’aimez, tout ce qu’on dit de ces Lettres anglaises qui paraissent depuis peu. C’est bien assurément malgré moi que l’on débite cet ouvrage. Il y a plus d’un an que je prenais les plus grandes et les plus inutiles précautions pour le supprimer. Il m’en a coûté 1,500 francs[1] pour espérer, pendant quelques mois, qu’il ne paraîtrait point. Mais enfin j’ai perdu mon argent, mes peines et mes espérances. Non-seulement on m’a trahi, et l’on débite l’ouvrage ; mais, grâce à la bonté qu’on a toujours de juger favorablement son prochain, j’apprends qu’on me soupçonne de faire vendre moi-même l’ouvrage. Je me flatte que vous me défendrez avec vos amis, ou, plutôt, que ceux qui ont l’honneur d’être vos amis ne m’imputeront point de telles bassesses.

Mais vous, mon cher abbé, mandez-moi ce que c’était que l’affaire qu’on voulait vous susciter, au sujet des rêveries[2] de ce fou de P. Hardouin. Faudra-t-il que les gens de lettres, en France, soient toujours traités comme les mathématiciens l’étaient du temps de Domitien ! Écrivez-moi, je vous en prie, au plus vite à Monjeu. J’y étais paisiblement occupé à marier M. le duc de Richelieu à Mlle de Guise. L’aventure de ces Lettres a rabattu ma joie, et votre souvenir me la rendra.

  1. Voltaire avait prêté cette somme à Jore. (Cl.)
  2. La publication, par d’Olivet, du volume intitulé Johannis Harduini Opéra varia, Amsterdam et la Haye, 1733, in-folio, avait fait naître quelques clameurs. C’est dans ce volume que sont les Athei detecti, dont Voltaire a parlé ailleurs ; voyez tome XVII, page 472.