Correspondance de Voltaire/1734/Lettre 402

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Correspondance : année 1734
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 33p. 417-418).
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402. — Á M. DE MONCRIF.
À Monjeu, par Autun, ce 6 mai[1].

Je compte sur votre amitié, mon cher et aimable Moncrif. Voici une belle occasion pour vous. On me calomnie, on m’accable, on me déchire. Jamais vous n’aurez plus de mérite à me défendre. Les dévots me damnent ; les sots me critiquent ; les politiques me parlent de lettres de cachet : le tout, pour avoir dit des vérités fort innocentes. Le juste est toujours persécuté, mon cher ami ; mais ces épreuves servent à faire valoir le zèle des vrais élus. Vous êtes de ces élus ; votre royaume, qui mieux est, est de ce monde, et vous avez le don de plaire dans la société comme sur le Parnasse. Mettez en usage ce talent que vous avez de persuader, pour réfuter les lâches calomnies dont on m’affuble. On ose dire que c’est moi-même qui fais débiter ces Lettres anglaises, dans le temps qu’on sait que je n’épargne, depuis un an, ni soins ni argent pour les supprimer. Je pardonne à ces vils insectes, à ces misérables prétendus beaux esprits, qui déchirent tout haut des ouvrages qu’ils approuvent tout bas, et qui font semblant de mépriser ce qu’ils envient ; mais je ne puis pardonner à ces calomniateurs de profession, qui attaquent la personne encore plus cruellement que les ouvrages, et qui vont de maison en maison semer les rumeurs les plus calomnieuses. C’est contre le bourdonnement de ces frelons que je vous demande votre secours, ma gentille abeille du Parnasse. Mandez-moi, je vous en prie, des nouvelles de vous, des théâtres, de ces Lettres et des plaisirs. A-t-on joué Zaïre ? qui ? Mlle Gaussin ? et vous, qui ? … ou pour aller plus galamment : Qua cales ? quæ te vinctum grata compede detinetee[2] ?

Adieu ; je vous aime, vous estime, et voudrais passer ma vie avec vous.

  1. Voltaire partit le même jour de Monjeu.
  2. Telephum… puella… lenct… grara
    Compede vinctum.

    (Horace, liv. IV, od. xi, 21-24.)