Correspondance de Voltaire/1749/Lettre 1963

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Correspondance : année 1749
Texte établi par Condorcet, Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 37p. 8-10).

1963. — À M. FALKENER[1].
Paris. 29 mars 1749.

Dear sir, I have received your new favours, and those of milord Chersterfield. There are many good accounts in the Annals of Europe, as well as in the History of the late Insurrection in Scotland, though intermixed with a great number of errors. I wish I could find in every country such materials from whence my duty is to separate the wheat from the chaff ; but all seems to me but chaff in tbe pamphlets : ’is great pity that your nation is overrun with such prodigious lumbers of scandal and scurrilities ! However one ought to look upon them as the bad fruits of a very good tree called liberty.

I have been disturbed these two months and kept from writing my history, which I hope will be the work of the historiografer of the honest man, rather than that of tbe historiografer to a king. I think truth may be told, when it is wisely told, and I know my master loves it, I am neither a flaterer, nor a writer of satires, I am confident my candour and our old friendship will persuade you to help me with all the materials you can find in your way,

You will to me the greatest favour if you can send me tbe relation of admiral Anson’s voyage, and the Ample Disquisition about the proper means to civilise tbe Highlanders and to improve that country. I don’t know the exact title of that little book, which, they say, is very curious and well written ; but it begins with these words, Ample Disquisition. Pray, my dear sir, give orders to one of your men to come at it.

If you know any thing worth notice concerning the late general war, transactions, maritime expeditions, etc., I intreat you to favour me with them.

Pray, who is that M, Smith, by whose means was raised so considérable a sum in the City for the support of government, and to whom you wrote by the duke’s order ? Methinks such a good patriot should be mentioned.

If you see milord Chesterfield, pray be so kind as to present bim with my acknowledgement and respects.

I am from the bottom of my heart sensible of your tender and useful remembrance. You do not forget your old friends, and I’ll be attached to you, ’till the last day of my life. Be sure, if I enjoy a better health, I will cross the sea again, in order to see you : it is a consolation I long after. Since you govern the posts[2], you may very easily convey your paquets, and even tbe largest to M. de La Reynière, fermier général et intendant des postes de France, with a direction to me. Farewell ! my dear sir ; my respects to your lady, and my sincère wishes for your son.

Your affectionate and tender friend and servant.

Voltaire.

P. S. What is become of your brotbers[3] ?

  1. Éditeurs, de Cavrol et François.
  2. The king had appointed ! sir Everard Falkener post-master général. (Note de M. Falkener.)
  3. Traduction : Cher monsieur, j’ai reçu vos nouvelles faveurs et celles de milord Chesterfield. Il y a de fort bons récits dans les Annales d’Europe et dans l’Histoire de la dernière insurrection d’Écosse, quoiqu’il s’y mêle un grand nombre d’erreurs. Je voudrais bien trouver dans tous les pays de semblables matériaux, où mon devoir est de séparer le bon grain de l’ivraie ; mais il me semble qu’il n’y a que de l’ivraie dans les pamphlets. C’est vraiment grande pitié que votre nation soit inondée d’un si prodigieux amas de scandales et de polissonneries ! Cependant on doit les regarder comme les fruits d’un très-bon arbre appelé liberté.

    J’ai été dérangé ces deux derniers mois, et je n’ai pu écrire mon histoire, qui, j’espère, sera l’ouvrage de l’historiographe d’un honnête homme, plutôt que le travail de l’historiographe d’un roi. Je crois qu’on peut dire la vérité, quand on la dit avec modération, et je sais que mon maître l’aime. Je ne suis ni un flatteur ni un écrivain de satires. Je me persuade que ma franchise et notre vieille amitié vous engageront à m’aider de tous les matériaux que vous trouverez sur votre chemin.

    Vous me ferez un bien grand plaisir de m’envoyer la relation du voyage de l’amiral Anson, et l’Ample Information sur les moyens propres à civiliser les Highlanders et à fertiliser ce pays. Je ne sais pas le titre exact de ce petit livre, qui, dit-on, est très-curieux et bien écrit ; mais il commence par ces mots : Ample Disquisition. Je vous prie, mon cher monsieur, de charger quelqu’un de me le procurer.

    Si vous savez quelque chose d’intéressant sur la dernière guerre générale, traités, expéditions maritimes, etc., etc., je vous supplie de me favoriser de ces instructions.

    Me diriez-vous quel est ce M. Smith dont le crédit a pu lever une somme si considérable dans la Cité pour aider le gouvernement, et à qui vous avez écrit par l’ordre du duc ? Il me semble qu’un aussi bon patriote mérite une mention. Si vous voyez milord Chesterfield, je vous prie de vouloir bien lui présenter ma reconnaissance et mes respects.

    Je suis, du fond de mon cœur, pénétré de votre tendre et précieux souvenir. Vous n’oubliez pas vos vieux amis, et je vous serai attaché jusqu’au dernier jour de ma vie. Soyez sûr que si je jouis d’une meilleure santé, je traverserai encore la mer pour vous voir : c’est une consolation que je désire bien vivement. Depuis que vous gouvernez les postes*, il vous est très-facile de m’envoyer même les plus gros paquets par M. de La Reynière, fermier général et intendant des postes de France, avec mon adresse.

    Adieu, mon cher monsieur. Mes respects à milady, et mes vœux bien sincères à votre fils. Votre affectionné et tendre ami et serviteur,

    Voltaire.

    P. S. Que sont devenus vos frères ?

    *. Le roi George II avait nommé sir Éverard Falkener maître général des postes.