Correspondance de Voltaire/1749/Lettre 1981

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Correspondance : année 1749
Texte établi par Condorcet, Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 37p. 27).

1981. — À M. LE COMTE D’ARGENTAL,
à paris.
Cirey, le 23 juin.

Vous saurez, cher et respectable ami, que nous sommes à Cirey, et qu’il est fort triste de quitter des appartements délicieux, ses livres, sa liberté, pour aller jouer à la comète. Si je pouvais rester trois mois où je suis, vous auriez de moi, au bout de ce temps-là, d’étranges nouvelles[1].

Je vous prie d’ajouter à toutes vos bontés celle de me renvoyer une certaine Nanine, quand on ne la jouera plus. Le sieur Minet, homme fort dangereux en fait de manuscrits, et à qui je ne donnerais jamais ni pièces de vin ni pièces de théâtre à garder, doit remettre cette pauvre Nanine entre les mains de Mlle Gaussin, après la représentation ; et Mlle Gaussin doit la serrer et vous la rendre après son enterrement. Cela fait, je vous supplie de me l’envoyer à la cour de Lorraine, sous l’enveloppe de M. Alliot, conseiller aulique de Sa Majesté, etc.

Comment va la santé de Mme d’Argental ? Je crois qu’il fait assez chaud pour qu’elle soit à Auteuil. M. deChoiseul digère-t-il ? M. de Pont-de-Veyle est-il toujours gras à lard ? M, l’abbé de Chauvelin prend-il son lait tous les soirs chez vous ? J’aimerais mieux y être avec eux qu’à la cour des rois, où je vais aller avec Mme du Châtelet, J’ai tant fait parler ces messieurs-là en ma vie ! Tout ce que je leur fais dire et tout ce qu’ils disent ne vaut pas assurément le charme de votre société.

Adieu, mes chers anges ; le parfait bonheur serait d’être à la fois à Cirey et à Paris.

  1. Voltaire veut probablement parler de sa tragédie de Rome sauvée : voyez une note sur la lettre 1957.