Correspondance de Voltaire/1761/Lettre 4550

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Correspondance : année 1761
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 41p. 301-302).

4550. — À M. FABRY[1].
Ferney, 22 mai.

Il est bien doux, mon cher monsieur, d’être servi si à point nommé par un ami aussi bienfaisant et aussi éclairé que vous l’êtes. Vos bons offices sont plus chers à Mme Denis et à moi que le procédé d’un promoteur très-ignorant n’est odieux. Il s’est conduit d’une manière qui mérite d’être réprimée par le parlement : il a osé défendre, au nom de l’évêque, aux habitants de Ferney, de s’assembler et de délibérer, selon l’usage, au sujet de leur église.

Tous les habitants sont venus aujourd’hui nous trouver d’un commun accord. La convocation s’est faite en règle. Ils ont dressé par-devant notaire un acte par lequel ils ratifient la convention de leur syndic et du curé avec Mme Denis et moi. Ils désavouent tout ce qui s’est pu faire et dire contre le dessein le plus noble et le plus généreux ; ils approuvent tout, et nous remercient de nos bontés.

Ils ont déposé de l’insolence du promoteur, qui a pris sur lui de leur défendre de s’assembler. Le curé s’est joint à nous par un acte particulier. Mallet de Genève, qui est un très-méchant homme, est l’unique cause de cette levée de boucliers. C’est lui qui avait excité deux ou trois séditieux du village à s’aller plaindre au promoteur, et à se soulever contre leur syndic, contre leur curé et contre nous. Ces séditieux, pour couvrir leur délit, ont signé aujourd’hui l’acte d’approbation comme les autres. Nous envoyons toutes ces pièces au parlement, et nous nous mettons le curé, la communauté, et le seigneur et dame de Ferney, sous la protection de la cour, contre les entreprises du promoteur d’un évêque savoyard[2], qui n’est pas roi de France. Nous requérons dépens, dommages et intérêts, contre ceux qui nous ont troublés dans la fabrique de notre église, ou plutôt dans la réparation d’icelle, et qui nous coûtent plus de mille écus.

Nous nous flattons d’apprendre aux prêtres qu’ils ne sont pas les maîtres du royaume.

Je rends compte à M. le duc de Choiseul de cet attentat des officiers d’un évêque étranger.

Nous vous réitérons, monsieur, ma nièce et moi, nos très-humbles et très-tendres remerciements ; nous comptons sur votre amitié, comme sur votre zèle pour les droits des citoyens, et nous nous souviendrons toute notre vie du service que vous voulez bien nous rendre.

J’ai l’honneur d’être, monsieur, avec l’attachement le plus inviolable, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

  1. Éditeurs, Bavoux et François.
  2. Biort, évêque d’Annecy.