Correspondance de Voltaire/1761/Lettre 4558

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Correspondance : année 1761
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 41p. 307-308).

4558. — À M. LE COMTE D’ARGENTAL.
Mai.

Ce n’est pas ma faute, ô chers anges ! si M. Dardelle a fait la sottise ci-jointe. Je la condamne comme outrecuidante ; mais je pardonne à ce pauvre Dardelle, qui a fait, je crois, quelques comédies, et qui ne peut souffrir qu’on l’appelle infâme. Ce monde est une guerre : ce Dardelle est un vieux soldat qui probablement mourra les armes à la main.

Pour moi, mes divins anges, je travaillerai pour le tripot, malgré ce beau titre d’infâme que ce maraud de Le Dain nous donne si libéralement. Et vous autres, protecteurs du tripot, n’avez-vous pas aussi votre dose d’infamie ?

Eh bien ! que fait Tèrée ? Que fera Oreste ?

Pièce nouvelle a remotis.

La czarine impératrice de toutes les Russies veut la moitié de son Czar, qui lui manque[1].

Ah ! si vous saviez combien j’ai de fardeaux à porter, et combien je suis faible, vous me plaindriez.

N. B. Si Corneille n’était pas né en France, j’aurais en horreur un pays qui a fait naître Le Dain et Omer.

  1. Voltaire n’avait encore publié que la première partie de l’Histoire de Pierre le Grand.