Correspondance de Voltaire/1761/Lettre 4563

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Correspondance : année 1761
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 41p. 311-312).

4563. — À M. ARNOULT,
avocat, doyen de l’université, à dijon.
À Ferney, le 5 juin.

J’ai peur, monsieur, de vous avoir fait envisager l’aventure de mon église comme une affaire plus considérable qu’elle ne l’est en effet. Je pense que nous ne serions réduits, le curé, les paroissiens, et moi, à en appeler comme d’abus qu’en cas que notre official de village nous fît signifier quelque grimoire, comme je le craignais dans les premiers mouvements de cette sottise.

J’ai fait venir de Paris le seul livre qui traite, dit-on, de ces besognes : c’est la Pratique de la juridiction ecclésiastique de Ducasse, grand vicaire en son vivant. Ce livre, assez mauvais, ne m’a donné aucune lumière ; et c’est ce qui arrive presque toujours en affaire. Le bruit public, dans le petit pays sauvage de Gex, est qu’on se repent de cette équipée ; mais qui payera les frais de leur procédure ? On ne m’a rien fait signifier ; mais je présume que je n’ai d’autre chose à faire qu’à continuer mon bâtiment. Quand j’aurai achevé mon église, il faudra bien qu’on la bénisse ; et je ne vois pas, quand je suis d’accord avec tous les paroissiens, qu’on puisse me faire de chicane. Je sens bien qu’il est désagréable d’avoir été si mal payé de mes bienfaits ; mais je ne crois pas que je doive faire un procès à mes chevaux s’ils ruent dans l’écurie que je leur ai fait bâtir.

Pour l’affaire du curé de Moëns[1], la sentence de Gex me paraît ridicule. Je ne sais si vous êtes chargé de cette affaire : je le souhaite au moins, pour apprendre aux curés de ce canton barbare à ne pas employer leur temps à distribuer des coups de bâton aux hommes, aux femmes, et aux petits garçons ; le zèle de la maison du Seigneur ne doit pas aller jusqu’à assommer les gens.

J’ai l’honneur d’être, etc.

  1. Voyez tome XXIV, page 161.