Correspondance de Voltaire/1761/Lettre 4569

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Correspondance : année 1761
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 41p. 320).

4569. — À M. FABRY[1].
Ferney, 14 juin.

Monsieur, il y a plusieurs articles sur lesquels il faut que j’aie l’honneur de vous écrire. Premièrement, je dois vous renouveler mes remerciements. Je crois que vous savez combien on a été indigné à Dijon de la malhonnêteté et de l’insolence absurde avec laquelle on s’est conduit au sujet de l’église de Ferney ; j’ai bien voulu continuer à la faire bâtir, quoique je dusse attendre qu’on eût eu avec moi les procédés qu’on me devait.

Il serait à souhaiter que M. de Villeneuve voulût bien venir à Ferney au mois de septembre ou d’octobre. Il y trouverait M. de Montigny, le commissaire du roi pour les sels, et on pourrait, je crois, finir alors l’affaire du baron Sédillot. Nous aurons dans ce temps M. le premier président de La Marche, qui n’aime point du tout les friponneries des regrattiers : il est fort lié avec monsieur l’intendant, et il l’encouragerait à terminer.

Je vous propose actuellement, monsieur, de sauver les têtes, les bras et les jambes à une centaine de personnes. On bâtit actuellement un théâtre à Châtelaine ; il a la réputation de n’être point du tout solide. Les curieux qui l’ont été voir disent que les poutres ont déjà fléchi, et sont sorties de leurs mortaises. On ne veut point aller à ce spectacle, à moins que vous n’ayez la bonté d’envoyer deux charpentiers experts pour visiter la salle et faire le rapport. Si vous vouliez m’envoyer un ordre pour Jacques Gaudet, charpentier de Moëns, et pour François-Louis Landry, qui travaillent tous deux chez moi à Ferney, j’irais avec eux, et je vous enverrais leur rapport signé d’eux.

Je vous recommande, monsieur, les bras et les jambes de ceux qui aiment la comédie ; pour mon cœur, il est à vous, et je serai toute ma vie, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

  1. Éditeurs, Bavoux et François.