Correspondance de Voltaire/1761/Lettre 4576

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Correspondance : année 1761
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 41p. 326-327).

4576. — À M. FABRY[1].
Ferney, ce 18 juin.

Monsieur, il m’est extrêmement important, pour maintenir le bon ordre dans la terre de Ferney, de savoir qui sont ceux qui ont osé déposer la calomnie en question le 9 juin dernier, devant le sieur Castin, qui se dit official de Gex. Je sais bien qu’il a fait une procédure très-illégale et très-répréhensible, en procédant contre des séculiers, sans intervention de la justice du roi ; je sais encore qu’il a manqué aux lois, en faisant comparaître un nommé Brochu, qui était décrété de prise de corps ; je sais de plus qu’il n’est nullement en droit d’exercer la charge d’official, attendu qu’il est curé. Ce n’est pas de toutes ces procédures méprisables et punissables que je suis inquiet ; mais je le suis beaucoup de savoir qu’il y a dans mes terres des malheureux assez lâches et assez ingrats pour déposer des calomnies absurdes contre leur bienfaiteur. Ils sont coupables même d’avoir comparu, car aucun séculier ne doit répondre en pareil cas à aucun juge d’église. Je vous aurais, monsieur, la plus sensible obligation si vous vouliez bien m’apprendre leurs noms ; il faut, dans une terre, connaître le caractère de ses vassaux.

Si vous voulez, monsieur, joindre à cette bonté celle de me renvoyer les plans que vous avez bien voulu permettre que je misse entre vos mains, et dont j’ai besoin pour mes ouvriers, vous me ferez un sensible plaisir. Je vous renouvelle mes remerciements et mon attachement.

J’ai l’honneur d’être dans ces sentiments, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

  1. Editeurs, Bavoux et François.