Correspondance de Voltaire/1767/Lettre 6746

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6746. — À M. LE COMTE D’ARGENTAL.
14 février.

Mes chers anges, par excès de précaution, et par nouvelle surabondance de droit, j’adresse encore un nouvel exemplaire à M. le duc de Praslin, pour que vous ayez la bonté de le communiquer. Il y a quelque peu de vers encore de changés, et les notes instructives sont plus amples. Il serait trop aisé de jouer le rôle d’Obéide à contre-sens ; c’est dans ce rôle que la lettre tue, et que l’esprit vivifie[1], car dans ce rôle, pendant plus de quatre actes, oui veut dire non. J’ai pris mon parti signifie je suis au désespoir. Tout m’est indiffèrent[2] veut dire évidemment je suis très-sensible.

Ce rôle, joué d’une manière attendrissante, fait, ce me semble, un très-grand effet ; et, si nous avons deux vieillards, je crois que tout ira bien.

J’espère toujours qu’après Pâques M. de La Harpe donnera quelque chose de meilleur que les Scythes. Il s’est trompé dans son Gustave, mais il n’en vaudra que mieux ; et il est, en vérité, le seul qui ait un style raisonnable. Par quelle fatalité faut-il que des pièces qu’on ne peut lire aient eu de si prodigieux succès ? Cela est horriblement welche, et les Welches ne se corrigeront jamais. Vous, qui êtes Français, tenez toujours pour le bon goût[3].

  1. Saint Paul, IIe épitre aux Corinthiens, iii, 6.
  2. Les Scythes, acte II, scène i.
  3. Dans Beuchot, cette lettre se termine par un paragraphe emprunté en partie à la lettre du 10 février, en partie à la lettre du 16 février.