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Correspondance inédite/Lettre à Gontcharenko réfractaire

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Texte établi par J.-Wladimir BienstockE. Fasquelle (p. 263-265).

À GONTCHARENKO RÉFRACTAIRE[1]


17 janvier 1903.

Cher frère Evtikhi Egorovitch,

J’ai reçu votre lettre et me suis réjoui pour vous, à cause des bons sentiments et des idées qu’elle contient, et de votre état moral ferme et courageux. Je ne puis vous donner aucun conseil sur votre façon d’agir dans l’avenir. Vous savez aussi bien que moi en quoi consiste l’œuvre du chrétien. Tous, nous devons aspirer à être parfaits comme notre Père du ciel, et nous tous, dans la mesure de nos forces, arrivons à ce degré de perfectionnement que nous laissent accessible nos faiblesses. Nous tous savons que plus nous irons loin dans ce perfectionnement, mieux ce sera pour nous. C’est pourquoi nous n’avons rien à vous apprendre, et celui qui ne supporte aucune épreuve peut encore moins apprendre quelque chose à celui qui en supporte. Je ne puis que me réjouir de ce que vous avez fait et faites, et vous souhaiter la fermeté nécessaire pour persévérer dans l’accomplissement de la volonté de Dieu. Je vous souhaite aussi cette douceur et cette bonté nécessaires pour ne pas rompre vos rapports aimants avec les hommes qui se croient vos chefs. Jusqu’ici je crois que vous avez agi ainsi et j’en suis très heureux.

Au revoir. Si vous m’écrivez encore, je vous en serai très reconnaissant.

Je vous embrasse fraternellement.

L. Tolstoï.


2 février 1905.

J’ai reçu vos deux lettres, et je me réjouis et crains pour vous. Je me réjouis du bel acte que vous avez accompli, et je crains que vous n’ayez été entraîné par la gloire humaine et n’ayez agi ainsi que pour la louange et l’appréciation des hommes. Que Dieu vous aide à accomplir cette œuvre pour Lui seul, de telle façon que si personne ne savait rien de vous, vous agissiez de même et trouviez votre consolation et votre joie en Lui seul.

Je vous remercie de m’avoir donné de vos nouvelles.

Je serais heureux de pouvoir vous être utile en quelque chose.

Votre frère qui vous aime,

L. Tolstoï.


  1. Opposé à toute violence et à tous les moyens révolutionnaires, L. N. Tolstoï, néanmoins, s’est fait l’apôtre de la doctrine qui doit fatalement conduire à la destruction de tous les gouvernements, doctrine dont le point principal est le refus individuel et en masse du service militaire.
    Pendant ces vingt dernières années, il n’y a pas un seul livre, pas un seul article de Tolstoï, où ne se retrouve cette idée ; et chaque fois que s’est présenté un cas de refus du service militaire, en quelque point du globe que ce fût, Tolstoï a pris la plume pour redire que c’est le seul moyen de lutter efficacement contre les gouvernements.
    Les quelques lettres suivantes répondent précisément à diverses questions se rattachant à des cas de refus du service militaire.