Cours d’agriculture (Rozier)/ÉPIDÉMIE

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Hôtel Serpente (Tome quatrièmep. 242-244).


ÉPIDÉMIE, Médecine rurale. On appelle épidémie, ure maladie générale qui attaque indifféremment, & sans distinction, toutes les classes de citoyens ; elle a une cause commune, qui réside pour l’ordinaire dans l’air, ou dans les choses, dont on ne peut point éviter de faire usage pour le besoin de la vie, & elle a une marche égale, & qu’on traite par une même méthode.

Les épidémies peuvent se manifester en tout lieu ; c’est en cela qu’elles diffèrent des endémies familières à certains pays, & qui ne sont point accidentelles ; ces dernières sont distinguées des maladies sporadiques, parce que celles-ci sont particulières aux personnes qu’elles attaquent dans différens temps, ou en différens lieux.

Les maladies épidémiques n’ont pas toutes le même caractère. Elles varient selon la variété des saisons qui les produisent, & les lieux où elles paroissent. Elles se manifestent souvent par un appareil des plus effrayans : quelquefois elles empruntent une marche déguisée, & s’enveloppent des symptômes les plus légers, pour exercer plus à leur aise leur cruauté, en trompant la confiance du médecin, & en enlevant tout-à-coup les malades aussi doit-on être très-circonspect dans le commencement d’une épidémie, sur la méthode du traitement. On doit plutôt s’attacher à bien observer tous les symptômes, à en découvrir les nuances, & à épier les mouvemens critiques de la nature, qui sont toujours très-lents, ou pour mieux dire très-rares dans ce temps-là.

Si cet examen bien réfléchi, ne fournit pas assez de connoissances pour tracer une route qui puisse conduire à pouvoir les combattre avec quelque avantage, il faut faire de nouvelles recherches, examiner le sol, les eaux, l’exposition, les environs de la campagne, afin de pouvoir distinguer & connoître si ce n’est point un miasme malin, dont l’air s’est chargé par les exhalaisons de quelque eau croupissante qui produise cette maladie ; il faut encore s’informer si les habitans du lieu où règne l’épidémie, ont eu une bonne ou une mauvaise récolte, si leurs champs tout semés n’ont point été emportés par le débordement de quelque rivière ; d’après de pareilles perquisitions, on découvrira peut-être la véritable cause, & on prononcera si elle est l’effet d’une mauvaise nourriture.

Les maladies épidémiques ne sont pas toujours mortelles. Il en existe dont le caractère ne porte nullement sur aucun viscère essentiel à la vie & qui cèdent aisément à un traitement bien vu & bien ordonné. Mais en général, elles sont le fléau du genre humain, & il meurt plus de gens y & dans la vigueur de l’âge, par l’effet des maladies épidémiques, que par toute autre forte de maladie

On pourroit se promettre quelque succès dans le traitement des maladies épidémiques, si elles étoient simples & jamais compliquées d’autres maladies ; mais elles sont quelquefois si liées entr’elles, qu’il est souvent impossible de distinguer celle qui domine sur l’autre. Dans ces circonstances, on est embarrassé. Il faut l’avouer, la science est quelquefois en défaut : l’air en pénétrant le corps humain par différentes voies, y porte avec lui, & applique à diverses parties, certains miasmes d’une nature inconnue, qui produisent cependant les mêmes effets dans les personnes affectées ; la différente situation des lieux, le différent aspect, l’exposition à certains vents, les exhalaisons des marais, les variations dans les faisons, les intempéries de l’air, le vent du midi, qui hâte la putréfaction des eaux croupissantes, d’où il s’élève continuellement dans l’air des matières fétides ou acrimonieuses qui l’infectent, contribuent beaucoup à établir les différentes espèces d’épidémies.

Les mauvais alimens engendrent aussi des maladies épidémiques. On a vu en 1771, dans la comté de Cominge en Gascogne, une maladie épidémique, qui n’avoit d’autre cause que la mauvaise nourriture qu’on prenoit : M. le Roi, célèbre professeur de Montpellier, parvint à la détruire en prescrivant un bon régime, & en faisant donner aux pauvres de la campagne, du bon pain, fait avec de la farine de blé qui n’avoit pas été gâté ; ce pays-là avoit été dévasté par différentes inondations. Personne n’ignore que c’est dans le sein des calamités publiques, que les épidémies prennent leur origine.

Pour s’en préserver, il faut éviter ce qui peut arrêter l’insensible transpiration y & pour cela on ne doit pas s’exposer aux intempéries de l’air, ni passer subitement d’un endroit chaud, en un lieu froid.

Les personnes qui, par état, sont chargées du soin de veiller à l’administration des villes & villages, doivent être attentifs à ce que le rues soient bien propres, à ne pas permettre des creux à fumier dans l’enceinte des lieux habités, à faire allumer de distance en distance des feux composés de plantes odoriférantes ; le feu est un excellent purificateur, & même le meilleur & le plus expéditif de tous.

Le traitement des épidémies doit se rapporter aux causes qui les produisent ; les saignées, les rafraîchissans, le camphre corrigé avec le nitre, seront très-appropriés quand le caractère de l’épidémie sera inflammatoire, que le pouls sera fort, serré, tendu, & qu’il n’y aura point abattement de forces ; mais tous ces secours seroient très-dangereux si la cause dépendoit d’une abondance d’humeurs putrides dans l’estomac, & dans le reste des premières voies. Si la putridité domine sur les autres complications, les émétiques, les purgatifs, produiront les effets les plus salutaires.

Si on en attribue la cause à la suppression de l’insensible transpiration, il faut alors employer les moyens nécessaires au rétablissement de cette sécrétion si nécessaire & si utile à l’économie animale ; le kermès minéral, les fleurs de sureau, le scordium, combinés avec quelque léger sudorifique rempliront cette indication. Les frictions sur la peau, faites avec des linges imbibés de fumée de plantes aromatiques seront aussi très appropriées.

Mais quand, dans les épidémies, la malignité est portée au dernier degré, que le cerveau est affecté, qu’il y a assoupissement ou délire, l’application de larges vésicatoires sur le gras des deux jambes, suivi de l’usage du camphre, du nitre & des acides, contribueront à un heureux changement ; enfin, on doit se conduire d’après l’indication, & d’après ce qui soulage ou ce qui blesse. On ne peut donner ici que des règles générales sur le traitement des épidémies ; mais, comme il y a toujours quelques nuances, quelques variétés, on doit aussi ordonner des remèdes combinés, pour pouvoir les combattre avec quelques succès. Ces maladies sont quelquefois si cruelles & si rapides, qu’il est difficile dans les premiers temps, qu’il ne meure un grand nombre de personnes, quelle que soit la méthode qu’on emploiera pour les traiter. Mais leur marche ordinaire est telle, qu’après avoir duré un certain temps, elles perdent peu à peu de leur férocité, & deviennent plus longues & moins meurtrières. Aussi dans le commencement d’une épidémie, un médecin ignorant va de pair avec le médecin le plus instruit. M. AM.

Épidémie sur les animaux. (Voy. Épizootie).